SAS
ET
Il novembre lft43.
Les rédiU'tours <le la Démocratie pacifique sont des hommes convaincus qui défcndonl une cause, el non dos spéculateurs <iui Texploitenl : leur désir, c:immo le nôtre, est d<» tirer le pays de Tornière du passé el des récriminations pour le nietlre dans la voie de laveinr et des idées. 11 est vrai (|ue Ton conteste «pie les idées qui appartiennent plus particulièrement à la De'mocrd/ie /^ari/î/yi/^ S(»ient des idées di^Mies de (pielque examen sérieux. Nous n avons pas ici à les défendre et à dire en quoi elles s'accordent avec les nôtres, en (piiti elles sVxcluent; fussent-elles ttmtes fausses, que la s<»urce à laquelle elles sont puisées devrait encore les faire honorer, tout au moins les pn'»ser>er de Tinsulte el delà raillerie. La raillerie est le principal travers du cnracléro français et le plus incorri^nhle : le Fran«;aisronmienec par douter et se mo<ïuerde tout ; il se rirait de la balle d'une arme à feu déchar^'ée h bout portant sur sa poitrine, et ne croirait pas qu elle puisse donner la mort si les annes à feu avaient été inventées ta veille ou le matin. Ce malheureux travers national, qui nous porte h tourner en ridicule tout
ce qui nous parait invraisemblable ou exagéré, (oui ce qui n'esl pas encore entré dans nos habitudes, tout ce qui n'est pas encore devenu banal, ce malheureux travers est ce qui expiiiiuc l'infériorité industrielle, conunerciale et poIiti(|ue de la France relativement à l'Anj^leterre. Le Français, qui a de lespril, se moque de tout et ne croit à nen ; TAnglais, qui a du bon sens, ne se moqu(» de rien, et croit à tout ; ce dernier î^'abuse souvent, mais il ne perd pas son temps è additionner les mécomptes, il n'additionne que les résultats ; une impossibilité vaincue, un miracle opéré, une découverte réalisée, lui font vite oublier dix déceptions cruelles, cent efforts inutiles, mille échecs ruineux, et, à lin de compte, il se trouve (juil a encore mieux fait de tenter tout que de ne riscpier rien. Nous, au contraire, nous avons une telle peur d'être dupes des autres (pie nous finissons par Vêiiv. de nous-mém(*s. vi que la défiance nous «'ofite plus cher que la crédulité.
Que d'autres se plaisent à rendre les rédacteui^s de la Démocratie pacifique responsabhvs des «*\centricités de Fourier, afin de les lourniM' en ridicule t»t d'en a\oir plus facilement raison, nous nous plaisons, nous, a RM-nnnaître et à hon(»rer, dans les écrivains de celle feuille, les efforts sincèrt»s (prils font pour améliorer le si»rl des rhisses condamnées aujourd'hui à la misère et a labjeetinn. prestpie au crime. Quand les idées de» ces écrivains .seniient souvent fausses, qu'importe ! si leurs .sentimenlN sont toujours droits et ne peuvent jamais donner lieu de craindre aucun excès. Los écrivains de la Dêmorratie pacifique n'ont rien de commun avec les écrivains de la Ucpublique : ce .sont les deux pôles opposés, les deux extrémités de l'iixe populain* : les écrivains de la Démocratie pacifique ne «-roienl pas qu'abattre des têtes, faire <'ouh»r le san^' sur les plaet»s de (irèvc et les chanqts d«» bataille. sc»il le mo>en de réformer le p'nre humain et de faire avanec»r la so<'iété.lls ne sunl pas nmins dévoués que nous au maintien t\r la paix, i-etle ^'arantie fondamentale de la eons(*r\ation de toute liberté: connue nous, et autant (pie iittus.ils mmiUmiI I.i paix leco:ide et^lo-
m 1847. - LES QUKSTIONS POUTIQI'ES
rieuse. Voilà ce ({ue nous voyons en eux ; aussi nos synipaihies leur ont-i*lles loujoui's élê «letiuises. el ne somniesuous pc')s insensibles à la ni<inifestation des leurs. Le travail qu'ils fimt n eût-il pour résultat que la dissolution des vieux partis, que lapaisenient des vieilles haines, (jue ce serait encore un résultat dont tous les hommes d'ordre el de progrès <levraient leur savoir gré et leur tenir compte. Nous avons remarqué qu'ils étaient, depuis quelque temps, suivis dans cette voie de pacification et de rénovation par un vétéran de la presse, le roMrri>r/i(i;ifrti«. Une faut pas désespérer <iu ■ un de ces joui's le Siècle aussi ne se mette franchement h l'œuvre. Alors. c'en stTait fait du vieux journalisme, faussement libéral, faussement radi(*al. faussement légitimiste, envieux, scepti(|ue, railleur, stérile ; il s'éteindrait de consomption, emportant av(»c lui l'Ame des vieux piirtis. L'esprit de la Chambre dos députés ne tarderait pas à s'en ressentir. Celte réforme de la presse vaudrait, pour le moins, autant (pi'une réforme électorale. Qu'importe de changer les députés, si on n*t»n change pas l'esprit î
7 octobr*; 1R47.
L'I nion monarchifjue a tort de suppos4»r que les questions iHiliticfues sont à nos yeux sans importance.
Kst-(*e (|ue les (piestions d'alliances internationales ne sont pas des questittns politiques? Qui donc, dans le journalisme, plus souvent (|ue nous, a jamais traité ces questions, sinon av<»c plus de profondeur et d'élévation, du moins a\ec plus d'étendue et de pn»dileclion?
Mais, tout en reconnaissant aux questions politiques l'importance (|u'elles (»nt, nous ne sjiurions fermer les yeux si l'évidence qui nous montre les questions sociales cumme celles dont la solution doit surtout désormais préocTUper les homnu»sd'Ktat. Si c'e.st une envur. c'est une erreur que nous nous lionoroiLs de partager, et avec M. de Metlernkha
ET LES OrESTIONS SOCIALES. 245
qu'il est .issez difficile de rnnjçer au nombre des esprits inquiets qui s'égfirent h In rerherrho de théories inapplicables et d'améliorations chimériques: et avec Napoléon, dictant à M. de Las Cases, à Sainte-Hélène, ces paroles : « Le vieux » système est à bout... »
Partisans sincères de Thérédilé du trône, nous ne nicms pas que la léf»ilimilé n'ait ses avanlaf^'cs : partisans non moins sincères de la liberté, nous sommes loin de soutenir que la loi électorale, donl Vltiioti monarchique demande la réforme, soit irréprochable» et doive être maintenue superstitieusement connue un article de foi : mais ce (]ui nous aj)paratt comme une vérité incimlestable, cVst cpfil est des questions (juc la lép:itinïité «»t la liberté, (Misemble ou séparément, sont impuissafiles à résoudre.
Napoléon, empcnMn', écrivait de Fontainebleau, le 14 novembre 1807, à M. (In^tet, ministre de Tintéricur, celte mémorable lettre : '(.l'ai fait consister la f^loirede mon rèf?ne » à changer la face de mon empire... f attache une (jrandp »> importance et une (jrande idée de fjloire à détruire la » mendicité. Les fonds ne manqiient pas, mais il me .semble « que tout cela marche bien Icntcm^Mit ; et cependant les »» années se passent. Il fic faut pas passer s\ir celte terre >• sans y laisser des lrac<»s (pii reconïmandcnt notn» mémoire ^ à la postérité. « Napoléon n'a pas été plus heureux (pie Henri IV pronuMtaiit ii son peuple « la poule au pot ! » Napoléon a eu l(» liMUps de lomlxM* deux fois du trône a\ant d'av<iir éteint la m(»ndiciteî Son ^'éni«», (|ui avait vain<u le monde, n'a pu vaincre <*ctte «lifliculte, (|u'il n'avait pas regardée au-<lessous i\v lui. mais au-d(*SMis dr lafpielle nous avons trouve plus commode <'l plus mu* de nous mettre!
La preuve (pic les (piestions politiques sont plus facil(»s à trancher, (|U(» l(»s (piestions s(»eiales. e*(\st «pie Napoléon, a qui sept aniMvs de lout(»-[)uissanc(» n'avaient pas sufh pour cicatriser la plai(» d<* la nuMidicite, n'eut In^snin, âpre** s\m débanjuenKMH, le f niaF*s 181."», au lU'olfe Juan, (pie de quelques .semaim»s pour r«H lifter et proclamer, le ii avril, une Constitution créant deux Chambres, l'une henvlilaire.
2iG 1847. - LES QUESTIONS POLmQUES
l'autre éliio, composée de 629 membres fl) recev.int une indemnité.
Napoléon avait donné la préférence à réleclion à deux degrés, (pie nous avons remplacée par 1 élection directe. L'éleclion à d(Mix def^Tés est une question politique. Sur celte (piestion. les avis sont partafjés. L'extinction de la mendicité est une question siiciale. De l'aveu de tous, celui qui saura la résoudre sera U* bienfaiteur de son pays et le plus grand homme d'État (pii ail existé.
Tout h(unme validt*. laborieux et honnête, qui expire de faim faute de travail, est la condamnation vivante de la société qui Ta vu naître, qui lui interdit le suicide comme un crime, et (|ui, faute de si^cours organisés, le laisse ainsi mourir. Cela ne devrait pas être : cela est cependant. S'il Nuflit, comnïc vous le dites, pour résoudre les questions sociales, de les transformer cmî questions |H>liti(|ues, que ne vous hi\tez-vous donc de ti*ansformer en questions politiques et de mettn» â lonlre du jour de vos débats législatifs l(»s questions sociales du paupérisme, des enfans trouvés, des libérés voués à hi récidive, etc.. etc.?
Tout ajournement, tout retard est un crime envers Dieu, l'humanité et votre pays I
Citons ce que dit des questions S(M*iales Vi'nion monar^ rhit]iu\ afin que le lecteur juge entre elle et la Presse :
« C'est par In politique qu'elles se rêsnirrnt, parce que " toutes y aboutissent.
" (Juc signifient, au surplus, ces distinctims arbitraires? ' Au f.md. tout ne se résout-il pas en une (piestion de gou- '■ vcrncnicnl 1
' y-iinn g.mxcrncmcnt ait une i>rigiMe iiatii>naleet tradi- • lionuelle. qu'il soit as>is sur de.^ bases ferm(*s et fixes, et ^' // trouera dans sa constitution nu'me le premief élément »• des questions sociales. Ce si>nt les rév«>Iutions politiques
Halê^^ n*pr»".«iit:û»'Mi tftèn'ilemntt \n proprîi^tê et rindu>tri< c<vniii«rciii.fl (»t mmuufjLturiiTc.
» qui suscitent les désordres sociaux, et c'est au sein de » l'ordre politique que ces agitations s'apaisent, et que les ^ besoins de toute sorte trouvent satisfaction et arrivent à » s'organiser.
» Aujourd'hui, les questions sociales ne sont en souffrance » dans le monde entier que parce les problèmes politiques y » sont entourés (t incertitude, »
Rien de plus sensé, en apparence», cpie c*» plaidoyer de VUnion monarchique en faveur des « gouvernements (jui »> ont une origine traditionnelle; » malheureusement, les raisonnements sont démenlis par les faits.
A quinze heures de nous, de l'autre côté de la Manche, est un pays où la royauté est ineonleslée, où elle s appuie sur une aristoeralie vigilante, non moins puissante par les lumières (\uo par les richesses, ne négligeant aucune occasion de recruter, pour se fortifier, tout ce qui a réussi à s'illustrer par le talent ou à s'élever par l'industrie; eh l)ienl ce pays a beau chen-her « dans la consistance de son gou- » vernemenl la solution des questions sociales '> qui le travaillent, cette solution (pi'il poursuit, il ne la trouve pas!
Si hardie, si prématurée qu'elle ait paru, la réforme économi<iue h lacpielle sir Robert Peel a glorieusement attaché son nom avant de déposer le pouvoir est un palliatif dont l'action salutaire, il ne faut pas s'abuser, n'aura (pfune courte durée.
Ce palliatif a pu <lonner /r? vie à bon marche, mais il a été impui.ssant à doinuM* du travail à tous les bras qui en manquent. Ht qu'importe que le blé soit à bon compte, si l'ouvrier n'a pas l'argent ou le crédit nécessaire pour acheter du pain à sa famille 1
Nous ne parlons, en ce moment, que de l'Angleterre ; nous ne parlons pas de l'Irlande.
L'Irlande, dit-on, pour guérir ses maux, ne réclame que des remèdes polili(jues; elle ne demande que le rappel <le ri'nion, l'extension du droit électoral vi des franchises municipales. S'il en est ainsi, ah ! les honnnes d'Ktat qui gouvern«*nt l'Anglelerre, lf\s wighs ot leur chef lord John
ikf^ m7. - LES QUESTIONS POLITIOUES
RussoiJKsont bien coupables do laisser toute une population, homm<^. femmes, enfants, s'agiter et périr dans les horribles ci>nvulsions «le la faim, lorsqu'il suffirait d'un bill pour calmer tant de souffrances.
Pour l'honneur de la nation qui pousse si loin la sollicitude h l'égard de lamélioralion du sort des noirs et de l'abolition de l'esclavape que cette sollicitude s'étend jusqu'aux colonies qui nous appartiennent, nous voulons croire qu'il n'est pas aussi facile qu'on le prétend d'apaiser la faim de l'Irlande.
Où le pouvoir est-il plus fort qu'en Angleterre ? où son autorité morale est-elle plus grande ? où la loi est-elle plus respectée ? où la liberté d'association est-elle plus illimitée? où la liberté de la presse est-elle plus entière ? où la li- |)erté individuelle est-<»lle plus garantie? Eh bien! cela empéche-t-il les questions sociales de s'y produire avec une gravité qu'elles n'ont pas encore acquise en France ? et pourquoi n'y ont-elles pas accjuis cette gravité? C'est que notre industrie est moins développée, et que, relativement è l'étendue de notre territoire, notre population est moins compacte.
Non, sans doute, le paupérisme n'a pas attendu, pour naître au sein de notre société, «|ue les machines s'y fussent emparées de l'innuense place qu'elles y oc<*upent maintenant : mais cjui pourrait comparer le paupérisme tel qu'il existait il y a un siècle au paupérisme tel (ju'il existe aujourd'hui, au paupérisme tel qu'il existera dans trente ans, si la paix dure autant qu'elle a déjà duré?
Le paupérisme, au temps où les voies de communication étaient rares et difliciles. où les moyens de transport étaient lents et coûteux, où il n'y avait pasd'é(M»les dans lesquelles tous l(vs enfnnts pussent apprendre h lire, où il n'existait pas de journaux cjui eussent la liberté de tout discuter, où le s(»ntimcnt de l'égalité ne s'était pas encore fait jour au sein de la multitude, où les croyances religieu.ses exerçaîenl un empire qui s'est affaibli, où la noblesse et le clergé étaient deux grandes forces constituées; le paupérisme de
ET LES OtTîî^TIOXS SOCIALES. ?49
ce temps-lh n'a rien de commun «ivec le paupérisme de notre époque.
Paupérisme, la première des questions sociales!... Si Napoléon ne Ta pas résolue, du nn)ins Tavail-il comprise avec son adnïirable inslmcl des fjfrands dangers et des grandes tAches.
Au paupérisme, a^ijourd'hui (|U'opposc-l-on ? — L'optimisme. Qu'importe que la population s'accroisse plus rapidement que Tagricullure ne fait de progrès ? Qu'importe que les fal)ri(ïues se ferment (|uand les magasins sVncombrent? Qu'importe (jue les prisons deviennent trop étroites? La stalisticpie lu» prouvc-t-<*lle [)as cpie tout est pour le mieux, car elle constate l'auginentalion de la moyenne de la vie humaine? L'optimisme n'oublie qu'une chose, dans cette appréciation de la moyeuFie de la vie humaine, c'est (pn» trente-deux années de paix ont succédé è vingt années de guerre, qui, de TEurope entière, avaient fait un champ de bataille.
Mais parvînt-on h donner et à assurer du travail à tous les hommes valid(»s, que, cette importante cjucst ion sociale résolue, il en rcsl(M'ait encon» une autre non moins difficile à résoudn» : celle pendante entn» le capital et le travail, le profit et le salain». le maître et l(»s ouvriers.
On peut réforiner la loi éhH'torale autant de fois qu'on l'a réformée déjà depuis le 'ioctobn* 1788; on peut renouveler Tessai (fu'on a fait d«» tous les systèmes él(»ctoraux les plus variés. l(»s plus o[)posés. on n'y trouvera pas, nous le craignons fort, la siilution des cjui^stions sociales que Wnion monarchique ne place (pi'en se<find ordre, et que nous mettons au premier rafig.
Mais d(» ce que nous n'avons [)as la même confiance que Wnion monarchique dans ce «ju'on est convenu d'appeler les questi(>ns politiques, nous n'en re<M»nnaissons pas moins qu'elles ont une importance réelh», et qu'elles en accpuèrenl une dé<Msive alors qu'ayant perdu t<iut e.sp(H*r de chang«T le5 choses, il s'agit de changer les honunes.
N^ ''MJTIQVES
• •«.' (|ui |)m'i\|<' PII \n
' •» n'Noluliniis ni 1rs
^. ..• ' . nous pricM-niis i.i
: \.,\ l'rpsst' nie l'An-
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^ •MliisixriiuMil iirivU's â
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n'i »n^ (Ir li«Mi\. I«'s qu«*s-
> . «iiN ili' li-nqis.
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.' I.i l'i>rin«' (irs tjiHivtT-
•i.ihlisstMiuMit riu MMMitin
•i', i>ri i\ ;i^'i r\\ siMis n»ii- •Mili iipprili' «II» imi^ si's • niiiii' l.i ^riilc <;;iriin(ii>
niln* p.irli ta ri'pniisNO '»!! »n piililiqiii' ! «'II-., rlr.
\ Nti* pas sur Irs fpn«s|joiiN
ivail, «li's rnfanls al»an-
•iMfs. l'tr. Il \\'\ a qu'un
• <»M«>n> l't sur la (lifUnilir
.»%! «Ml tpioli'Mo s'^"*l*' «m-
» plantée ; l^exemple est mal choisi, » nous répond VUnion monarchique ; nous répliquons : — Vous admettez l'existence du fait; eh bien! expliquez-nous-en donc la cause.
En Ans;ieterre :
La royauté est environnée de respect ;
Laristocralie est une pépinière oir le gouvernement n'a qu'h choisir ses ministres vvif?hs el tories;
Le sol n'est pas morcelé ;
L'esprit d'association est puissant ;
Les capitaux ne font défaut à aucune entreprise utile, à aucun perfectionnement même douteux, à aucune spéculation même téméraire :
LVnquéte est ouverte en permanence pour rechercher le remède à tout mal signalé , réprimer tout abus, prévenir tout écart, rectitier toute erreur.
Aucun de ces avantages n'est contesté.
Pourquoi la misère est-elle plus grande en Angleterre qu'en aucun autre pays de l'Europe ? N'est-ce pas parce que les forces productives y sont plus développées que partout ailleurs ?
S'il en rst ainsi, le même sort serait réservé à tous les pays qui se consument en elTorts pour se rapprocher le plus possible de l'Angleterre qui les a distancés.
Alors, que son exemple nous serve donc <i nous faire réfléchir :
Le génie de l'homme a créé le monde scientifique. Co qu'il a découvert est déjà merveilleux. Où s'arrétera-l-îl dans cette voie? Nul ne saurait ni le prévoir ni le dire. Mais si le génie de l'hounnc a pu inventer la parole imprimée, asservir l'Océan, la vapeur, l'atmosphère, l'électricilé , triompher ainsi des difficultés de IVspace et du temps, jwunpioi donc serait-il condamné à rester stationnaire dans une autre voie : celle de la répartition moins inégale du travail et du bien-être 1
Peut-être la cause pour laquelle le génie de l'homme ne s'est pas élevé à la même hauteur , dans ces deux régions cUflérentes , tient-elle uniquement à ce qu'il est aidé dans
252 1847. - LES Ql^STIONS POLITIODES
un ('«is par des inol)iles dont il est privé dans Taulrc : — Pospoir do In for! une, la liberlé d'action, l'aiguillon de l'èmulalion, les nilos de la concurrence; à ce que l'industrie veille tandis que les gouvernements dorment?
Élant donnés à résoudre ces deux problèmes appartenant à un ordre d'idées différentes :
Assurer un certain degré de bien-être et d'instruction ; moins que (»ela, même : assurer du travail et du pain à toute famille honnête et laborieuse;
Pan*ourir sans effort un kilomètre par minute en transportant cinci cents personnes, sans autre force que la chaleur produite par la combustion de quelques hectolitres de charbon :
Lequel de ct»s deux problèmes, il y a un siècle ou deux, eût passé pour le moins chimérique ?
Assuivment, cVùt été le premier.
CVst ainsi ipie nous répondons indirectement à cette question de VCnion monarchique: « S'il est des questions ^ «îiio ni les n'»volutions, ni les gouvernements ne peu- ^ \eni r\»soudiv , nvuis prions la Presse de nous dire qui les
\a> a>o«s dit :
î' est dos questions que la légitimité et la liberté, en- >.tvb!e %Mi se|Mr**nienl, seront impuissantes k résoudre.» «t .;\<'n\omenl el légitimité ne sont pas une seule et
^ « < t\\nons jvimais dit , en parlant des questions - 1-.: .-^ s\\\\\ U\x impossible aux gouvernements de le^
1 '<•• V lunix une telle pensée! Au contraire, nous •-." .•> v-t»»ton»onl que ces questions seront bien près de »'Mr ^ i:"..*p lo v*ur où l'esprit de progrès et de perfection- '•••n. i» -.. ,Nx» î'AwH* de la science et de Tindustrie. anirv>»-: :•! ry^'v A* rfiv les gouvernements.
' Mi-<<i : ^ . .:• ^ u ,»4r\* ot^inparaison :
■^ ' O' • * ,v "tK»4Mme ne se fût propasé pour lAche que t:.»»*^^'* V >x«l*m« ^^^ diligences traînées par des
ET LES QUESTIONS SOCIALES. i53
clievaux, en vain eût-il allégé le poids des voitures, multiplié le nombre des roues, il ne fût janKiis arrivé à la vitesse d^un kilomètre parcouru par minute, vitesse (jui, rigoureusement, peut être doublée.
Comment a-l-il accompli ce prodige ? — En puisant ses inspirations à une autre si»urce, en les demandant à un esprit nouveau.
C'est aussi en demandant leurs inspirations à un esprit nouveau que peuples et gouvernements parviendront à résoudre les (pnvslions socialc^s nées des progrès de Tinduslrie et de la prolongation dv la pai\; mais ce nest pas en se bornant uni(|uen)enl à discourir sur le meilleur mode d'élection el sur IVxacte linnle dans laquelle dmvent être accordées ou refusées certaines liberlés, certaines garanties politicpies; ce nest pas en perpétuant de puériles et stériles débals; c'est encore moins en perdant son temps, ceux-i*i à organiser des banipiets. ceux-là à s'en mo(]uer.
Ce nVst pas en portant des toasts à la scicince qu on a inventé ou décou\(Mt la boussole, limprimerie , les armes à feu. la vapeur, la télégraphie éU'clrique, tant dlnstiuments précieux el tant de machines dont la puissance tient du prodige.
La lutte engagée, en <e moment, enlre le gouvernement et l'opposition nous paraît avoir juste les proportions de celle engagée, il \ a trente ans , entre les Messageries royales et les Mc.ssagt»n(\s Laflilte el (Gaillard, avec cette seule dillérence qu'au li(»u do se faire une guerre d'affiches placardées .sur tou.s les murs , on se fait une guerre de discours pronon<'és i\ la tribune.
l'auvres mc>sagerics rivales! Elles ne se doutaient pas uloi*s que les chemins de fer viendraient li*s mettre d'accord en prenant leur place.
Ouvrez la <*ollection d\i Moniteur unirersel, parcourez-Ia depuis iSliil Nous ne pourrez vou.> empé<'h<M* d(» lever les ( paules et de sourire <ie pitié en \o}ant ({uelles lutteâ acharnées gou\ernement et oppo.sition.se sont livrées sur certaines questions des<pielles ils faisaient dépendre, celui-
là la force du pouvoir, celle-ci le salut de la liberté. Quand on pense que ce furent de gi-aves questions que celles de savoir si les séances de la Chambre des pairs seraient publiques, comme celles de la Chambre des députés; si le président de la Chambre des députés serait élu par l'assemblée ou nommé par le roi !
A rhoure où nous écrivons ces lignes en réponse à VUnion monarchique^ Tillusion serait grande si nous nous croyions beaucoup plus avancés.
12 octobre 1847.
Jamais on ne fil à son contradicteur de concessions plus larges que celles que nous fait VCnion monarchique , s'exprima nt ainsi :
tf Nous avons dit et nous maintenons que la population » ouvrière de rAngleteire souffre de la politique de son » gouvernement. Le besoin de conserver sa prépondérance 0 industrielle et sa puissance dans le monde, puissance » factice s1I en fut, a poussé ^Angleterre dans les voies de w la production, de IVxportation el de la spéculation à ou- » trance. A ce jeu périlleux, elle a toujours couru les chances » les plus hasardeuses, et Ton peut dire que les grands ré- » sultats qu'elle a obtenus au dehors ont été chèrement ») achetés par les déchirements et les horreurs de la misère »> il rinlérieur. Le jour où TAngleleiTe sera forcée d'aban* » dtnnier cette polititïue d'envahissement industriel et de »' renoncer à la coûteuse roncurrenre (ju'elle emploie pour >' écraser les industries étrangèr4»s, ce jour de\iendra le » point de départ d'une décadence inévitable. Poliquement )' parlant, le remède seia, pour cette natiim envahissante, » pire que le mal. Les droits et la formr du gouvernement M ne sont donc pour rien dans les agitations perpétuelles de » l'industrie anglaise, La royauté . iaristocratie . Vesprit » d'association, n inventeront jamais que des palliatifs. En » P ICC, cela est évident, il n-en saurait être de môme.
» Tous les maux vioniuMU d'une fausse politique qui n a en » vue que les inlérôls fragiles et passagers du gouverne- » ment, parce (fu'en France l'État n'a pas de bases lixes, et » que ni les droits ni les devoirs ne sont fondés sur des ga- »» nanties de slal>ilité, de liberté et d'ordre moral. »>
Ainsi voilh qui est bien convenu, « en Angleterre, la » royauté, raristocratie, lespril d'association n'inventeront » jamais que des palliatifs » pour venir au secoui's des classes nond)reuses aux prises avec la privation , le travail et la faim ! 11 est donc des questions sociales indépendantes des (|ucsli()ns polili(iues; en d'autres termes, il est donc des souffrances sociales indépendantes des garanties politiques, l.'inioti tnotuirrhiqur l'avoue et le constate. Il est vrai ([uVlle attribue les souffrances de la p(»pulation ouvrière, en Angleterre, au besoin de conserver sa prépondérance industrielle et sa puissan<e dans le monde, qui a poussé ce pays dans les voie< de la produ(;tion, de l'exportation et de la spéculation à outrance. Mais cette explication de VL'nion mnimrrhiiiuc un i\\i\u\ t<>rt, c'est d'être une erreur radicale et le (Mïntraire abs(»lument de la \érilé.'
En Angleterre, ce n'est |)as l'industrie» qui est poussé<» en avant par la politique, r'cst la politique qui est poussée en avant par l'industrie.
Le moyen d'enqiérher l'industrie de produire! Le moyen de mmlérer l'activité de la eoneurrenceî Le moyen de nVgler la production selon la eonsonuuation. en mémt* temps qu<' le mo\en d'oicuper Inus les bras! Ces nioy(»ns. Union vwnarrhituic les sait-ell«'?
DaiiN l'etal iirtuel de hi science écononiicpie. aloi^s que l'industrie d'un ))a\.s produit, en sonune. au-delà dt* ee (pril ptnit consonuner. que f.iil-il? — Sa |)renn*ère pensée est de jeter les jeux sur tous les marchés du monde pour > chercher des débouchés, (l'est ee qu'a fait PAngleterre, c'est ce (pie font il sa suite ti utes tes nations qui ont un e\(v<lanl à exporter.
L'Angleterre obéit à une nécessite im|>érieuse. La nécessité. e*«*si \h tout l(* génie de sn polit iipie. infiniment plus
>^.^i» IS«. ^ LKS QUESTIONS POLITIQPES
'^iiui^lo 01 luoihs profoiule qu'on ue le croit généra lenieu t. r,oMo iHvoHsiiô t\sl lolle, (|u\»lle ne permet à TAngleterre \\% \W N\inVUM\ ni (ie reculer, ni lie s'écarler clans les voies ski" IVuXiilùssoniont commercial.
Si oIIo 4*ossait de fabriquer un jour, que deviendraient loUH ^VN ouvriei*s aux(|uels elle ne suffit pas à donner assez <to U<i\ail:^ El, si elle ne discontinue pas de fabriquer, il \'M\\ qu\»lle vende lout ce qu'elle est impuissante à con- K^viumor. Vendre I... Toute la politique anglaise est renferuuM* dans ce seul mol, qu'elle ait pour traducteurs sir Ro- Imm l IVel ou lord John Russell.
Nocossilé de vendre : — Origine de sa grandeur.
Uiflii'ullé de vendre : — Cause de sa décadence.
lm|K)Ssibililé de vendre : — Achèvement de sa ruine, si- |2ual de sa perle.
Welativement à l'Anglelerre, la situation de la France est ivllo de rhumme qui sort de l'adolescence relativement à l'homme qui entre dans le déclin de Tàge. Tel est notre seul avantage; nous sommes moins vieux en industrie, mais aussi nous sonmies moins avancés. L'horizon est moins près do nous, mais aussi nous avons un plus long trajet à parcourir.
Le même sort attend toutes les nations qui se proposent le môme but : or, toutes, en Europe, n'en ont plus qu'un seul : le développement de leur industrie, car il faut bien occuper les bras que n'emportent plus les boulets de canon.
14 octobre 1847..
« 11 n'y a pas de questions sociales, il n'y a que des ques- » lions politiques; toute distinction entre elles est subtile et » chimérique I » s écrie Vi'nion monardiique^ sans doute pour couronner la longue série d'arlicles (lu'elle a consacrée à celle discussion. Soit. Nous attachons peu d'importance aux mots : les choses seules nous importent. Que Ton divise les questions en questions : sociales, lolitiques, administrer
tives^ économiques^ ou ({u'on les rassemble toutes sous un seul nom, nous Unissons h cet égard à nos conlradicleurs autant (ie lil)erlé quVn laissail aux siens Mirabeau sur les définitions de {^'ouvernemenl : « Je crois, — disail-ii.— r/wV/ » n'appartient qu'à nn ordre (Vidées vagues et confuses de » vouloir chercher les différents caractères des gouverneï> ments. Tous les i)ons gouvernements ont des prineipes » connnuns, ils ne diflÎMenlciue par la distribution despou- » voirs. Les républicpies, en un eerlain sens, sont monar- » chiques; les monarchies, en un certain sens, sont répu- « bliiiues. Il n'y a de mauvais gouvernements que deux » gouvernenjents : eVst le despotisme et l'anarchie; mais je » vous demande* pardnn, ce ne sont pas là des gouverne- » ments, <''esl l'absence de gouvernements. >»
Mais cela admis, il n'en restera pas njoins <ieux sortes de questions :
Les unes dont la solution n'a plus rien crinconnu ; Tes autres dont la solution est ii trouver.
Les(iuestions dont la solution n'a plus ri(»n d'incoimu sont celles dont nous empruntons à VCtiion monarchique Vînmniération sonnnaire : cpiestions de légitimité, de droit elecral aussi étendu ou aussi restreint qu'où on suppose l'exercici», de liberté {Ws cultes, i\r liberté (i'en>cignement, de liberté de la presse.
Les questions dont la solution est a trou\er sont celh»s-ci :
Les individus les ujoins éclaires étant «eux qui couq)rennent de la manière la plus absolue \r principe de l'égalité devant la loi, coinpiis [)ar deux révoluti(»ns et consacré par deux chartes :
Les individus <pii n'ont v'ww i\ perdre étant ii la fois de iK'aucoup les ))lus nombreux, les moins interesses ii la c«)nservation de l'jM'dre et les plus faciles a égarer:
(]haeun apprenant a lire et ii raisoimcr;
Conunent le travail \enant à manquer gencralemcnt ou le ï>rix des substances ii enchérir dcmcsurcmi'ut. faire com prendre à des honunt's valides, robustes et laborieux, qu'ds doivent se résigïier i\ mourir <le faim ?