‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 40 sur 71 · VU · texte numérisé non relu

VU

17 octobre 1847.

La Gazette de France et VUnion monarchique nous adressent les questions suivantes :

(iAZETTF. DE FRANCE.— ^( ... Si Ics ([ucstious socialcs doivcnt » et peuvent être résolues indépendamment des questions » politiques, pounpioi .M. Kmile de Girardin a-t-il été, mal- » gré tous ses etforts dans la pn»sse et à la tribune, dans » Vimpuissance la plus complète pour décider le ministère *> cl les (Chambres à résoudre I(»s questions damélioratton n sociale les plus simples et les plus urgentes? Pourquoi » a-t-il été réduit h prendre pour devise, dans son jounial, » le rien ! rien ! rien î de M. Desmousseaux ? Il y avait donc » dans la poiitifpie des obsta(*les ({ui s'opposaient invinci- » blement au progrî*s soi*ial ? Les questions sociales sont

ET LES OrESTIONS SOCIALES. 265

w donc dominéos par les faits poliliquos ? Et osl-co pour 1» n'avoir pas voulu coniprondro ot arceptor cotto prédomi- » nanro d<* la politicpio sur Prcononuo sociale que M. do Gi- » rardin a éprouve de si anieres déceptions dans la session » dernière, et qu'il a hrisé lentM'j^ie très honorahle d(»nt il » a fait i)reuve ccmtre i'inuuohilité systéniaticpie du mi- » nistère ?

» M. de Girardin n*a rien éparj^né p(un' obtenir toutes 1^ ces améliorations : cons(Mls, hroehures, articles de jour- « naux, discours d(» tril)un(». action sur les honunes de son » parti, il a tout einphiyé av<»c habileté et avec persévé- » rance: il n'a rien ohteini. comme il le constatt» lui-même. » Il reste donc entre la (hizettc et la Prcsar cette <|uesti(»n y* qui (*st d(» la plus haute importance : S(»nt-ce les institu- » tions ou les hommc^s (pi'il faut chanf^'(»r? Nous croyons, w nous, cpie l'institution essentielle, fondamentale, le gi*nnd » ress(»rt des affaires, sans lacpielle il n'y a i)as de budget »> possil)h* il l'intérieur ni de politicpie française à Texté- »> rieur. <''est la (Ihambre élective. C'est donc vers le per- >» fectionncment de cette institution (\\\o tous les efforts » doivent converj^er. C'est le nu^yen de tout le bien qui T^ peut se faire. »>

i:>io>- MONARciuyiK.— <( Tout (»n approuvant les plans d'ci- *> méliiiration et les réformes de la Prcss(\ nous ne pouvons »> dissiunilcr notre étonn(»m<»nt de la V(ur s-(»nfernïer d«ins n un défilé sans issue. Vous dites au pouvoir (pi'il n'a rien y* fait, et vous exposez ccMpi'il aurait dû faire. Vous le goiir- » mandez fort : mais c'est ii la majorité ipii le soutient quo '» vous devriez a<lresser vos crili(pies. Si celte majorité »> s'obstine ii ne ricMi tenter, vnus d(»vez aspirera la chan- >• f^er: car autnMuent vous seriez un prodij^e d'incon.sé- » quence. Le c()rps électoral vous a déjii répondu : vous le »» connaissez par la majorité qu'il a envoyée. C'est donc r> dans la l(»i éh^clorale cpi'est la prenuère rnusr du mal, » cVst-à-dia^ <le l'impuissam-e parliMuentaire, de la nul- » lité et de rimp<'*rilie puivernemiMilales. Cela est évident. » Or, puisque la Presse veut «les réform<»s, nous nous |>or-

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» mourons do lui domandor sur (|uollcs bases ollo eiUen- » (Irail opérer ec»lle (|ui les préeède et les domine toutes, la » réforme électorale. »

De la part de ces deux journaux, questions et objections, on le voit, sont les mêmes sous des formes différentes. Une seule réponse suffira doiK*.

La Gazette de France et VUnion monarchique se méprendraient grav(Mnent si elles supposaient qu'en effleurant les (]uestions ii la hauteur desquelles nous nous efForeons d'élever notre esprit et noire polémique, nous nous faisons la plus légère illusion, nous nous flattons de IVspérance de changer l'esprit de la majorité ou de faire entrer le gouvernement dans la voie que nous considérons comme étant celle du progrès. Non, il n'en est rien; nous avons pu nous bercer de cette espérance juscju'aux dernières élections générales, juscpi aux déclarations faites en mars dernier par M. Guizot et M. DucliAtel ; mais, depuis cette époque, toute illusion a fui. Le journal que nous dirigeons, nous le dirigeons exclusivement au point de vue de nos convictions, saiis autre prétention que de dire sincèrement ce que nous pensons. Le laboureur laboure parce qu'il faut labourer; il ens(Mnence pour récolter : la Presse (vst notre champ ; nous écrivons j)arce <pf il ne nous a rien été donné de mieux à faire (|ue d écrire : nous semons des convictions i)our recueillir des adhésions. Dieu merci! elles ne nous manquent pas. Là se borne aujourd'hui notre tAche. Nous ne nous sommes pas exagéré la puissance du journahsme, pas plus que son infaillibilité. Notn» avis est que le ministère s'égare et la majorité à sa suite : nous le pensons et nous l'imprimons ; après vvUu notre (iMivre est faite. De son cùté, le ministère persiste à prétendre que c'est nous qui sommes dans rerrt*ur ; et la majorité parait lui donner raison, |)uis(prellc M* dé(*lare satisfaite ; il garde le pouvoir; nous hii n^tirons notre faible concours. r4hacun est dans son droit. Mais, ditun, Hce(*pter une telle situation c'est pn»elamerson impi/issoHCf. Telle est l'expression dont se sert la Gazette de jKrtNCf, Celte expression n'a rien qui nous blesse, et la

prouve, cVsl que nous ne» rniijg^nons p«ns do nous ap|)osantir sur ollo ol d'y «-urôlor In pensée de nos leeleurs.

Nous ne pouvons ni ne voulons eluuif?er la Charte.

Or, Tarliele 7 est ainsi eoneu :

« Les Franeais ont le droit dt» publier et de faire impri- » mer leurs opinions .en se conformant aux l(»is. »

L'artiele 12 s'exprime ainsi :

a La personne du roi est inviolable et sacrée. S(»s minis- » très sont responsal)les. Au roi seul appartient la puisf* sance exëcutire. »

Le roi use de son pouv(»ir en f^ardant ses ministres ; nous usons de notn» droit en puitliant sur eux notre opinion. L^ sont les limites cpii nous sont tracées; «pie fjafjnerinns-nous à les méconnaître? Quand la Presse se mettrait à la suilo de la (iazette de France, de rr/i?o/i monarchique, de la Héforme, (\u \ationaLd\\ Siècle, viv. ; (piand nous irions [^rendre place il tous c(»s baïupiets oii Ton ne trouve rien do mieux à (»|)f>oser à la stérilité des dis(M»urs <ie tribune que des disc(Hirs d'unt» stérilité éf^'ab». (mi (pioi cela conlriliuorait-il à <lécider la dernière inaj(»rilé élue h se condamner elle-même en prononçant «pi"c»ll(» ne n»présent<^ pas fidèlement tous les intérêts du pays, et que conséquemmenl la loi électorale doit être réformée ?

Voilà (piinze ans (pic l'opposition dt» toute ori^^ine , de Joute coul(*ur. de toute nuanc(\ proteste l'onlre la loi du 19 avril IKJI. et insiste sur la nécessité de la réformer! Eh bitn ! quel proj^'iès a fail la cpicslion d<» la réforme électorale? Deux éleilions j;éiiéralcs ont eu lieu depuis 184i. Jamais, c'est un fail. majorité ministérielle ne fut si fj:rande, si compacte, si exclusive, si hostile à tout ce «prelh» considère, ncm comm<» <lcs f)n)î^M'ès, mais comme des concessions.

Li\ Gazette (te France aura Ikniu consacrerions lesjimrs six colonnes à s'c(Torc(»r tW démontrer la nécessité d'une réforme électorale, elle aura beau faire des f)rofessions de foi ainsi conçues : « Pour nous, tous les droits des Français,

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» toiiles les libertés, tous les intérêts nationaux existent » par eux-mêmes et doivent être reconnus par le pouvoir. » Les gouvernements, pour nous, ne sont établis que pour » reconnaître et conserver la liberté, la propriété, la séeu- » rite (les citoyens et Tégalité de leurs droits politiques. » La Gazette de France y perdra le latin de son rédacteur en chefî Quinze années de redites sont là pour le^prouver, car elles n'ont abouti qu'à mettre en déroute les abonnés de cette feuille. Le rédacteur en chef de la Gazette de France ne s'est pas borné à des paroles, il a refusé l'impôt ; qu'estil arrivé? — Le percepteur a fait vendre ses meubles, et tout a été dit. Les actes ont donc été aussi infructueux que les articles. Cette contrefaçon de Hampden n'a été accueillie que par la plus ironique indifférence.

Nous ne prétendons pas que les idées par nous effleurées aient un avenir plus prochain que celui réser\'é à la réforme électorale ; mais, à chacun les siennes ; autrement, il suffirait de deux journaux : Tun pour défendre systématiquement le gouvernement, l'autre pour le combattre constamment.

Notre conviction profonde est celle-ci : — Une révolution nouvelle serait moins diflicile à opérer, en France, qu'une réforme électorale de quelcjue importaïu^e. Peut-être ne serat-il pas moins difficMle do trouver un homme d'État qui s'élève à la hauteur de sa tâche; mais, ce qui est inconstestable, c'est qu'il est plus silr d'arriver au but qu'tm cherche < en prenant cha<un un chemin différent (fu'en suivant tous le même.

Entre ces trois chennns : une Réforme, une Révolution, un Homme, le chemin le moins long sera encore, nous le croyons, celui que nous avons pris et dans lequel nous persistenms.

3 novembre 1847.

Quand on regarde attentivement ce qui se passe en Ir-

lande, en Anjçlelerre, dans les Flandres et dans nos principales villes de fabrique ; <]uand on soulève un coin du voile épais qui couvre, au sein des classes laborieuses, lant de souffrances et lant de privations, si vives cl si pénibles d«\s que le prix du pain s élève par suite de l'insuflisiince d'Une récolte, ou tpie le travail \icnt à languir par suite de rencoînbrenienl du marché ; cpiand on ne ferme hermétiquement ni sa porte ni sa bourse à c(»s nobles indigences, à ces douloureuses déchéances, dont le secret, se dérobant dans les ru(\s. atlénd p;)ur se réveiller (ju elles n'aient plus d'autre témoin qu'un cieur généreux (pii les comprenne el les soulage; «piand (»n prèle r(>reille à tous ces cris confus qui des régions inférieures de la société sVlèvent vers vous; quand enfin on s'inlerroge. il esl impossible de ne pas recoimaltre (pie le jour est venu où l'dHivre d'un gouvernement vigilanl ne devra plus se borner simplement fi mettre sur pied <les légions de» perc(»pleurs. des escadrons de commis à che\al des eonlribulions indirectes, des bataillons de douaniers, etc.. elc., chargés dVffecluer le prélèvement des quinze cenl millions d'impùls destinés au payement de la délie |)ubli(pie el des divers st^rvices lels qu'ils sont organistes. Nous ne rav(»ns jamais nié; qui pourrait le nier, à . moins <l'élr(» avengU», ou d'avoir sur les yeux la laie épaisse d'un incin*able oplimisme !

La Dènwmitir imcifuiuo, w hupielle nous répondions, nous rend \\ cel égard pleine juslicc»: elh» déclare que •< le libé- >' ralisme de la Pirsse e>l plus jeune el plus fécond que " (u»lui de la plupart des organes de l'opposilion dynasti- »» que ou railicale. •>

Mais ce que n'aduïcl pas avec nous la DèmncnUiv pacifia 7»/<'. c'csl qu'il soil possd)le d'assurer du lra\ail ii toul ce qui esl valide, el <rameliorer les rapports (Mitre mailres et ouvriei*s. sanfi m r/iainjrr hi nnturr.

Sui>ant elle :

« l'n seul principe peul rapprochei' le capilal et le tra- » \ail, cest Wisunriation. Eh bien ! (pi Vî>l-4-e (pu* Torgani-

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w sationdu travail, si ce nVsl rassocintion ? Que la Presse » no st» fatigue pas €^ chercher d'aulres systèmes ; il n'y en » a jwis. il ne peut y en avoir. »

D autivs que nous répondraient à la Démocratie pacifique en op|H»imt à son apologie de l'association le fait d'associations telles que celle de la typographie Lacrampe, où le rappnK'hement du travail (*t du capital n'a abouti qu'à la faillite: mais de ce (pie des essais ont été infructueux, cela ne suflit pas pour cpie nous en concluions (|u*une théorie est fausse. Salomon de Caus et Fui Ion n'ont-ils pas été traités d'esprits chinïéri(pies uni(|uement parce qu'ils n'avaient pas réussi du premier coup à d(»nner à la vapeur l'intelligente puissance qu'elle a acquise plus tard? Il n'y a que l'ignorance tranchante et paresseuse, (»t la science superficielle et présomptueuse «fui se hAtent de s'emparer d'applications im[>iu*faites ou prématurées pour s'en faire des arguments contre la valeur d'une Ihéorie ou d'une idée. Toutes lès découvertes iniportantes, nous le savons et nous ne l'oublions jamais, ont commencé par exposer leurs auleurs à la raillerie ou à la persécution.

Qu'avons-nous dit?— Nous avons dit que nous ne croyions pas aux théories d'organisation du travail <]ui suppriment la concurrence et les maîtres: mais, de ce que nous n'y croyons pas, nous n'en suivons pas moins avec une constante sollicilude toutes les tentatives dcmt le succès serait de nature à nous faire revenir de celle opinion. Nous observons tout, nous ne nions rien. Où en stTait l'industrie, si, prenant les savants pour guides, elle avait systématiquemenl refusé de s'aventurer sans eux à la recherche du progrès? — La science est im cadran.

Mais admettons pour résolu ce (jui est encore «i résoudre, supposons que rasso<'iati(m entre le capital et le travail ait trouvé ses rapports et ses lois, (pie hénéfices et p(Ttes, salaires et participati(Hi s(ùent, de part et d'autre, équitablement et cordialement réglés, (pi'il n'y ait plus ni niîitlres ni ouvriers, (piil n'y ait plus (|ue des associes s(» répartissant 1(* profit et la |)erte dans des proportions (*onveiuies. la ques-

lion principale nVn demeurtMa pas moins tout entière. Or. In question principale se pose en ces termes :

Le plus grand nombre n'ayant ni patrimoine ni l'épargne, comment créer assez de travail pour donner à tous ceux qui n-ont d'autre ressource cpie le gain du jour le moyen de se pnK*urer le nécessaire, c'est-à-dire unt» nourriture suffisante qui développe les forces dans la jeunesse et les entretienne dans la malurilé de l'Age, une habitation saine, le temps de se repiiserde ses fatigues, d'accomplir ses devoirs de famille, et dt» se perfectionner dans Texercice de son état?

Comment empêcher, ce <pii a lieu souvent, (pi'ici les bras ne manipient au travail^ et (pie là le travail ne manque aux bras i

Conunent prévenir les suspensions de travail, les grèves, ayant pour causes rencombrement du marché intérieur, le défaut de débouihés extérieurs 1

Conunent s'y prendre en des cas tels que (Tux-<*i : — D'inmienses travaux de charpente exigent plus de char- |K»ntiers qu'il ne s'en présente; un grand nombre d'ouvriers tailleurs cherchent de rou\rage sans pouvoir en trouver?

La question de répartition du travail passe dt)nc avanl la (pH»stion d'o;v;///u.s7///(>/j du trarail : celle-<"i nous parait secundiiire: celle-là nnus4)araît prinripale.

Non certes, re nest pas (mi créant des maisons de refuge, des ateliers pid»lics. ouverts quand l'atelier indi\iduel ch6inerait ou sérail cncjunbrc. ce qu'on ap|)elle en Angleterre des wurk-linusi's,rv n'est pas en recourant iide tels moyens «pie nouscon<*e\on.s l;i pu.s>il)ilitcde réxtudre celui d(*sd(*ux |)roblèm(\s que nous considérons lonune h» plus important. Ltun dt» remédier au mal ce serait raggra\<'r; ce serait echiqiper ii une soutlVance pour retondM*r dans une plus grande en<- ire. L'exemple de la (frantle-Bretagne ivst là pour le pr<»u\er >an.s r«'pli«pn».

L'idée de convertir le g.Mivernement en entrepreneur de tra\aux, en fondatein* d'atelit^rs publics, en manufacturier, en fabricant, en marchand, entin en industriel e\4Tcant

tour à tour ou simultiincment tous les étals en soufTrance est une idée (|ui ne nous est januiis venue à Fesprit; nous ajouterons même (|ue là où nous avons Irouvé cette idée exposée avec lalent, le talent de Pécrivain n'a pas sufli pour en colorer à nos yeux Terreur profonde.

En quelles circonslances le travail manque-t-il aux bras? Le travail manque aux bras ({uand ré(|uilibre est rompu entre Toffre et la demande. Quel est le moyen d'empêcher que cet équilibre si important à maintenir ne se rompe ? C'est là ce que doivent s'appliquer à cheicher sans relâche tous les penseurs : hommes d'Etat ou publicistes. On aura beau cherclier ce moyen, on ne le trouvera pas, disent les optimistes: nous répondons: il est plus certain encore de ne le pas trouver en ne le cluMchant point. Encourager la recherche, même vaine, ce serait, en tout cas, ouvrir un utile concours, ce s<»rait créer une noi)le émulation entre tous les esprits éle\és et généreux et \os fortifier par un puissant exercice. N atteignît-on pas le but, ne fît-on (|u'en approcher, (jue ce serait assez déjà pour mesurer la force comparée des idées et la justesse relative des c(mceptions. On saurait <iui s'oi*cupe sérieusement d(»s questions sérieuses : ce serait lx»aucoup.

La sécurité de la société, l'honneur du gouvernement, exigent que pas un individu valide et de bonne volonté ne soit placé, faute de travail, dans cette alternative également déplorable ou de suceonïber à la faim ou «le succoml)er à une tentation qualifiée délit ou crime.

A la paresse, il ne faut laisser aucun prétexte, au vol aucune excuse.

Qu<» le gouvernement se propose cette tâche, et nous croyons (ju'il sera sur le chemin de plus d'une réforme ef- (icace. de plus d'une «mélioralit>n féconde.

Le pouvoirqui, prétendant (ju'il exerçait un droit et remplissait un devoir, a mis dos b(»rnes à la liberté (l'associati«»ii il |;i liberté des cultes, à la liberté de rens(»ignement, à 1.1 liluM-téde la iiresse, même a la liberté du couïmerce, ' 'loi changeant tout à cou[) de conduite cl de langage, se

croise les bras et déclare qu'il s'en rapporte pleinement à la liberté de l'industrie pour guérir les maux que celle-ci peut causer, et résoudre toutes les questions qui touchent à la répartition du travail, à la fixation des salaires, au présent et à l'avenir dos classes ouvrières, est un pouvoir qui avoue son impuissance, fait acte d'abdication et tombe dans l'inconséquence.

Il faut qu'il choisisse entre ces deux opinions : ou la liberté a besoin de digues qui on contiennent le cours, ou dès qu'elle a creusé son lit, le débordement n'en est pas à • craindre. Si la liberté n'a pas besoin de digues, pourquoi donc en avoir mis à la liberté d'association, à la liberté des cultes, à la liberté d'onseignoment, à la liberté de la presse, à la liberté du commerce? Si, au contraire, la liberté a besoin de digues, pounpioi donc n'en avoir pas mis à la liberté de Tindustrie et Tabandonner à elle-même et à tous ses écarts?

Par une heureuse exception à toutes les autres libertés, la liberté de la concurrence serait-elle sans excès, et n'aurait-elle que des avantages?

5 novembre 1847.

On lit dans VUnion monarchique :

« A mesure que rinstru(li(»n s'est répandue, les Jeunes » criminels sont-ils devenus plus rares?

» On Tavait annoncé à l'avance, mais les résultats sont » venus démentir ces prophéties.

» Ce n'est (fu'ii partir de 18;il (jue les comptes-rendus de » la justice criminelle distinguent les délits communs des » contraventions aux lois et règlements sur les eaux et fo- • réls; nous ne remonterons donc pas au-delà de cette » ei)oque.

« Voici le nombre des prévenus dont l'âge n'atteint pas » vingl-et-un ans, et qui ont été traduits devant les tribu- > naux pour accusations de crimes ou de délits durant deux IV. it

» périodes de trois années chaque ; elles forment le com- » mencement et la fin du laps de temps qu'embrassent les » documens officiels sur lesquels nous basons notre traTail :

1831 8.%1 prévenus.

> Une douzaine d'années a donc suffi pour révéler un ac- » cruisbement de près de cinquante pour cent sur le nom- » bre des jeunes prévenus. Quel démenti donné aux heu* > reux effets qu'avait fait prévoir la progression toi^ours » ascendante du nombre di*s enfants admis dans les écoles » primaires! »

S'il était \Tai que le n«>mbre des ilelils et des crimes s*augn)entàt en raison du mnilirc des indi\idus apprenant à lire et à écrire, ce sentit la un fait de la plus haute gravite, car il faudrait ou dc<es|>eier de Ta venir de la société, ou condamner de nouveau rhumanile à Ti^nuraniv. Un tel fait de\rait provoquer, de la p;Mt du ^'i-uvernement. les investigations les plus minutieuses, lenquéte la plus appn>fondie. Tant que cette enquête n*aura pas eu lieu, plutôt que d aiYuser Thumanite, ihhis prt^fererons accuser la statistique. Aussi l»ien. la >tali>tique a n^^ yeux est-elle fort suN|AVte. l.e plus souvent, elle se Iv^iie à tiresser des états et a «uiditi »niH*r des iNlonne^ de eliitTn*< qu'elle interprète en s\tt tachant cx^mmunenn^nt m in^ a Li rwilî'e qu'a I appareniv. Rien, ct^p«Midanl,nV>t ï:eneralcnHMU plus éloigné de la vérité que la \ raiM^mbLuKv ; i\»n ne saurait trop s'en défier.

Le nomUv des jv\*\enus s.v"hant iirx* et ecrirv. de 1833 à 184:i a aui:menie de 9,l^^ À Kt..W. N.his ne ci^niestons pas le fait ; mats. |y>ur l\ipprtVKT ^uttatMcment, il eût fallo meltr» «n regiinl «hi ehitfre de Ail^ le nMBhre dat in

dus âgés de moins de vingt-un ans qui, de 1823 à 1833, étaient sortis des écoles primaires, et en regard du chiffre de 13,329, le nombre dos individus âgés de moins de vingtun ans qui, de 1833 h 184.3, sont sorlis des écoles primaires, puis établir la proportion entre ces quatre nombres. Naturellement, plus Pinstruclion primaire s'étendra, et plus grossira le nombre dos prévenus sachant lire et écrire, comparé h celui dos prévenus ne sachant ni écrire ni lire. Si tous les enfants sans exception, ce qui devrait être, étaient tenus de frécpienter lécolo primaire juscju^à ce qu'ils aient obtenu un diplôme do premier degré,' il n'y aurait plus forcément que dos prévenus sachant tous lire et écrire ; en faudrait-il tirer une double conclusion : Tune favorable à llgnorance, Taulre contraire à Pinstruction? Serait-on fondé à dire : la preuve que Tignorance conserve mieux que Tinslruction la moralité du peuple, c'est que parmi les prévenus il ne sVn trouve pas un seul ne sachant pas lire? Evidemment non.

Le nombre dos prévenus, celui des condamnés, sont en progression constante. Quelles sont les causes de cette progression? Voili» ce qu'il importerait de rechercher, mais en allant au fond des choses, et non pas en s'arrétant à leur surface. Une telle œuvre, pour être bien remplie, devrait moins échoir à la Statistirfue qu à la Politique. Le mal, dans la société, a toujours plus d'une cause; aussi n'y a-t-il pas de milieu entre ne sVnquérir jamais de rien et s'enqué-* rir de tout en permanence.

Sttitont pas de Al: •«

ntlVCB DK TAU.ETIUX».

2S nrivembre 184^.

Lfi puissance des mots est immense. Il n^en est peut-être •pas de plus grande sur la terre. Un mot heureux a souvent suffi pour arrêter une armée qui fuyait, changer la défaîte en victoire et sauver un empire. Le don de ces mots qui • élcctrisent les soldats et les peuples, qui leur font compter pour rien les sacrifices, les fatigues, les périls et la mort, Napoléon Pavait reçu du ciel, et ce ne fut pas la moins bonne part de son génie. S<ms ses mémorables bulletins, rarement véridiques, sans ses admirables proclamations, eût-il exercé une si merveilleuse puissance, eût-il gagné toutes les batailles qui Font fait I égal, pour le moins, des plus grands héros de rantifpiité? Nous en doutons, nous qui croyons aux miracles opérés par des mots; mais cette opinion n*est pas celle de beaucoup de grands esprits de notre temps, qui ne voient dans les proclamations et dans les bulletins de la grande armée qu*un audacieux charlatanisme à remploi duquel il leur répugnerait de descendre, dût-il les élever, eux et la France, à la hauteur de Pempe-

reur et de Pempire I Avouons-le, ce sont des scrupules que nous n^aurions pas.

Mais s'il est des mois qui, prononcés d'une certaine façon, ont la vertu magnétique do douer les hommes de qualités extraordinaires, dont eux-mêmes ne se fussent pas cm capables, dVxalter leur courage, d'inspirer leur dévoûment, de leur prêter presque du génie, il est d'autres mots qui, pris dans une mauvaise acception, éner\'ent, glacent, paralysent les plus forts, les plus ardents, les plus utiles, les plus éminents, tous ceux enfln sur qui ils tombent, mots plus funestes au pays qui ne les repousse pas que la perte d'une bataille ou d'une province ; de ce nombre sont ceuxci : t Cest un faiseur, » Expression maudite, inventée .par l'envie impuissante et dédaigneuse, consacrée par la médiocrité indolente et superbe !

Vos affaires en souffrance vous conduisent dans les bureaux d'un ministère : la conversation s'engage et la confiance s'établit entre vous et le chef; il gémit avec vous des retards et des abus dont vous vous plaignez ; il vous en laisse deviner la cause ; il vous explique comment il serait facile de la faire disparaître ; s(*s idées sont simples, justes, fécondes; il les expose avec méthode et clarté; on voit qu'elles sont mûres cl réfléchies ; vous 1 écoulez avec étonnement, vous le contemplez avec une sorte d'admiration, jusqu'à ce moment où vous Pinlerrompez brusquement pour lui dire : — Mais comment ne soumellez-vous pas vos idées au ministre, qui, certainement, serait trop heureux de les accueillir? Comment n'en faites-vous pas Tobjet d'un mémoire ou d'un livre ? — Oh î je m'en garderais bien, vous répond-il, je serais aussitôt frappé de réprobation; le ministre, mes suiHTieurs, mes égaux, mes subordonnés, mon garçon de burtMu lui-même, diraient de moi : t Cest un » faiseur. » Je serais déconsidéré.

Vn voyage d'observation vous appelle îi l'étranger: vous êtes cordialement invité h dîner chez l'ambassadeur, le chargé d'affaires ou le consul de France. Les renseignements (jue vous êtes venu chercher si loin vous sont genè-

reuscment ofTorts et donnés, accompngnés d*avis judicieux, do remarques précieuses ; vous vous écriez : — Comment, ayant pris la peine de recueillir tant de renseignements utiles, ne les avez-vous pas transmis aux divers ministères que ces renseignements intéressjiient ? Si je les avais trouvés h Paris, ils m'eussent épargné le déplacement et les frais d'un voyage ! — Votre inlerloculeur vous répond : La question que vous m'adressez est celle que me font tous ceux de nos compatriotes qui me viennent voir; mais si je me hasardais à envoyer spontanément h un ministre des renseignements auln*s que ceux qui me sont demandés par ses l>unNUi\« si je ne nie honiais p;is strictement h répondre à ses dépêches, je serais classt^ panni les faiseuj'S ; je perdrais tout crédit.

Mêmes que>tions adressées au préfet d'un département, «H ringenieur tics ponts et chaussées, au recteur de l'Académie. MX ct^lonel d'un n^giment. aux divers chefs de serviiv, etc., etc.: i^rlout les mêmes craintes exprimées, toujours la menu* ro|vnse.

l.'in>lalM]fte niini>terie!le vous parait un mal : vous voulc7. >in**éiYmcnt que le cabinet que \i»us c.^nciMirez à soutenir de \otre \i»to >'alTermi>>c et dure: mais v.ius voulez auNM qu'il laisM^ de> traco de >on pa>sagc. vous pressez donc* ivlui des niîni>iiY> axtv lequel Vi.u> éies le plus lié de hmIImt telle n^fom^e que Vi.us vnu^ mmi venez de lui axoir entendu >ouhaiter ou appr u\er en d'autn^^ temps; aujourd'hui" lui dite>-\ou>. que \ . u> éir> nu p.Miviiir. ce se- TAi! le m,MT>cni de ]\»]vn^r, de j.n^'.n cr que v.mis n'éles pas Ncnlomcni h 'n^n^c de mbinic. r!'k.ti> «ine \.'i:> éli^ enr.ire h^mmc d'.'rç.ir.iviii r . :; x.'ii»^ rcp «nd Je r.*he>ilerais pas M j>Ui> M^ul , m.'^i'^ i! f.iiid-.iiï î».*:iir ■ .iff.irrc ;iij c«nsril, et mc>»\Vi}cpiïCv. h.i!ii;i»CN .•» o,\n::c! i -v/.r^ tc> pr.'pii>j!if*ns par ces m.^l> >r nvnîx «>i |r m.nri'^. r^r 'ji-'î-nd'-fliiTit p.-njr un fdisnr' ' \W r.'.T.ir.'^îeri p! iv 4],-^ | ,.>. .ji.unc pen-^ec. ce serait de me cher^-her \.\ >;î.\^i^svp;j- imhn fr»> \iTnf7 aussitM eyilparlor mon p.'»riefeii 1 : ir

Ainsi, devant ce m.M len-ihlr ^ns^h" . p^v^r^ne ne

trouve grâce, pas même les ministres I II frappe tout le monde de stupeur, d^immobilité, de paralysie. Qui nous en délivrera? Qui aura le courage de le bannir à perpétuité de notre dictionnaire?

Nous ne le dissimulons pas, l'homme d'Etat qui osera tenter une pareille cnlreprise, relever les autels renversés de l'émulation publique, expiera cruellement son audace. Que de défiances il provoquera ! que d'abus il effraiera ! que d'inimitiés il soulèvera contre lui ! que de trahisons il aura à déjouer! que de paresseux irrités il insurgera! que de muets qui recouvreront la [)arole pour l'accabler de sarcasmes! que de paralytiques qui s'élanceront à sa poursuite I II lui faudra la foi du martyre et la religion de la postérité, car la multitude est si facile à égarer qu'il est rare qu'elle ne soit pas In première à lapider celui qui se voue à Tarracher à l'opprobre et h la misère ; son ingratitude Séculaire est une des causes qui expliquent le discrédit attaché de nos jours au surnom de faiseur^ et le soin que prend chacun h s'en préserver. Ce qui est déplorable et funeste au point de vue de Tintorét public, de la grandeur nationale, est donc, il faut en convenir, parfaitement légitime et sensé au point de vue de riiitérét privé et de l'ambition personnelle. Aussi cet appel ne s'adressc-l-il pas aux hommes politiques qui ne prnseni (\uh rux et ne portent jamais leurs regards plus loin (jue l'ospacr couvert par leur ombre, mais aux Ames ardentes, il en existe encore, que consume Tamour du pays, (jui mettent leur félicité dans son bonheur, leur orgueil dans sa gloire, et qui ne sauraient prendre de repos tant qu'elles sentent qu'il lui reste un progrès h faire, une réforme à opérer, une amélioration à accomplir, dussent-elles encourir roslracisme dont sont frappés à tort et è travers tous les fnisrurs.

Cet ostracisme, (jui prive la France de ce qu'il y a en elle de plus viril, de plus vivant, de plus généreux, qui d'un fleuve fait un marais: cet ostracisme, t>rannie exercée par l'égoïsme divini>e, ne.st pas près de linir, car tous les inca pablctt CD proiitenl, le pays seul en souffre.

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