MAJORITÉS
prendre telle qu'elle est, et pas plus la majorité que l'opposition n-a le droit de dire à un dissident :— Ou votez toujours avec nous, ou votez toujours contre nous. S'il n'y avait pas un certain nombre de députés flottants, les uns par calcul de position, les autres par scrupules de conscience ou par indécision dVspril, opposition et majorité resteraient toujours ce qu'elles auraient été une fois : deux blocs immuables; après le premier vote, tous les autres, pendant tout le cours d'une législature, seraient superflus et illusoires. Cette îmmuabilité des deux parts serait un véritable danger; elle mettrait en (luestion l'existence du gouvernement représentatif. LViaslicité des majorités est nécessaire aux transitions; c'est elle qui les prépare, c'est elle qui empêche les ruptures violentes, cVst elle qui prévient les insurrections et les coups crKlat; c'est elle enfin qui assure h la fois les libertés publiques et la prérogative royale contre les risques de toute tyrannie ministérielle. L'élasticité des majorités est donc un fait dont il ne faut pas médire légèrement.
10 mars 1847.
Le gouvernement représentatif est un gouvernement de discussion. Plus une majorité est forte et compacte, et moins elle doit paraître craindre la publicité du débat.
La majorité doit toujours se souvenir qu'elle fût minorité, prévoir qu'elle peut le nulevenir, et se conduire en conséquenc»\Tel est le lilcjui nous empêche de nous égarer dans le tortueux labyrinthe de la politi(|ue de couloirs. Il y a beaucoup d'exemples de majorités (|ui se sont perdues et dis<Téditées par rinlcJérance, Toppression, l'esprit étroit et exclusif; il n'y a pas d'exemple de majorité compacte qui ait jamais eu à regrettcT de n'avoir pas abusé de sa force.
L'exercice du droit d'initiative a-t-il donc beaucoup profilé à l'opposition? Où sont celles de vas proposititms qu elle peut invoquer comme des titres à la confiance publi({ue.
comme des gages de la supériorité de son esprit, de son entente du gouvernement et de son aptitude aux affaires?
Obliger ses adversaires et ses rivaux à faire aveu d'impuissance, nVst-ce pas les vaincre plus sûrement que de les condamner abusivement au silence?
Que fait l'opposition quand elle exerce le droit d'initiative qui appartient à chacun de ses membres ? — Elle se fait, un instant, gouvernement; elle donne ainsi la mesure de son esprit par ses œuvres : elle met le pays a même de la juger. N'est-ce pas trop heureux, et, au lieu de la gêner dans l'exercice de ce droit, conquête de la Charte de 1830, ne serait-il pas plus habile de l'encourager à en user moins rarement?C'est ce que n'ont pas compris tous les conservateurs exclusifs ; c'est ce qu'ont parfaitement compris tous les conservateurs intelligents, qui pensent que le meilleur argument contre Topposilion est celui-ci : Faites tnieuœ.
Au jour des revers, qu'il est toujours sage de prévoir, alors même qu'il est le moins probable, la générosité dont on a fait preuve au jour des succès est l'avantage par lequel on reste supérieur à la défaite, supérieur à son vainqueur s'il est implacable, Tégal de son ennemi s'il se montre magnanime.