M. JACQUES LAFFITTE
des résistances à vaincre, ni de grandes résistances à opposer ; il n'était donc pas préparé h Pexercice du pouvoir, à ses dilTicultés, à la responsabilité qu'entraînent tous ses actes, aux attaques, aux calomnies dont les plus louables ne sont pas à Pabri ; il eût peut-être très bien régné, il ne sut pas gouverner; aussi le cabinet qu'il présida fut-il un ministère sans fermeté et sans durée, sans système et sans majorité, qui laissa s'établir Témeute en permanence dans les rues, et ne vécut que quatre mois.
Toutefois, il faut reconnaître que si la popularité do M. Laffilte a été la principale cause qui l'a empoché de devenir un homme de gouvcniement, après avoir été l'un des principaux chefs de l'opposition de quinze ans; que si elle l'a désarmé, affaibli, ruiné même, elle n'a été nuisible qu'à lui seul et qu'elle a contribué puissamment, en 1830, au rétablissement de Tordre matériel, à l'avènement de la dynastie nouvelle, et, par suite, au salut du principe monarchique.
Quand le pouvoir, détruit par l'insurrection, s'estrétablipar la force des lois, quand l'État a un chef, quand le pays a de l'argent dans ses caisses et du crédit dans le pays, quand de toutes parts chacjue citoyen se fait sentinelle de l'ordre public, la résistance ii rémeute, à la licence, à l'anarchie, est un fait facile à ériger en système ; mais il n'en est pas ainsi lorsque le trône relevé n'a pas encore retrouvé son aplomb, l'autorité compromise son ascendant légal, ni l'administration éperdue ses traditions bureaucraticjues; lorsriue le peuple, encore dans l'ivresse de la lutte, n'olkMt qu'à la confiance qu'on lui inspire, et ne se laisse désarmer que par ceux qui la vieille partagèrent avec lui ses dangers.
Cette première t€Vhe,qui ne consistait pas encore à substituer la résistance au mouvement^ mais à remplir, au plus vile, un grand et périlleux deviur, M. Laflitte. assisté de M. dcM )ntalivet, miiustre de riiitérieur, dont i histoirtMlira la noble et ourageuse conduite h l'époijuc du procès des ministres condanuuvs par la cour d(»s paii*s, cette première tâche, moins laborieuse peul-élre. mais non moins glo^
îvw^» ^<* ^''^ ^"''^ ^*^'^ réservé à M. Casimir Périer i^Kvvtnpï»"'' M. Laffitle, s'il ne Ta pas entièrement remplie, ?ji viu moins noblement entreprise. Il fit tout ce qui était en h55 |vnir calmer l'effervescence populaire, niveler les barricviKk'^* effacer les traces du sang verse, empêcher qu'il n'en Ml xersô d'autre en expiation par la violence ou par la ivur» et assurer le triomphe difficile de la légalité avant le retour de Tordre. C'est un témoignage qu'une fois déjà nous n\ivons pas hésité à lui rendre à la tribune (1), et que nous iHHis empressons de renouveler aujourd'hui sur son cercueil.
Oui. la France monarchique et constitutionnelle, qui honon^ à juste titre la mémoire de M. Casimir Périer, doit pL*iivr h côté de lui, dans ses regrets et dans ses souvenirs, M. Jacques Laffitte. Les services qu'ils ont rendus l'un cl Tautre à leur pays, pour être égaux, n'ont pas besoin d'avoir été les mêmes.
Lorscfu'elle s'exprime ainsi, notre voix n'est pas suspecte; nous n'avons jamais brûlé d'encens sur l'autel de la popularité ; nous n'avons jamais renié nos principes aux jours de la lutte, ni déserté notre poste à l'heure du danger: mais jamais non plus, dans aucune conjoncture grave, si nous avons pu involontairement manquer de justice , nous n'avons du moins manqué de bonne foi envers les hommes et les partis dont nous avons eu îi combattre les écarts et les doctrines. Le lendemain du jour où il a cessé d'exister, il n'y a plus pour nous d'adversaire ^ïolitique, il n'y a plus qu'un concitoyen, dont le pays se doit à lui-même, s'il en a reçu des services, d'honorer la mémoire et de pardonner les erreurs, sans qu'il ait jamais a cniindre de pécher pjir excès de reconnaissance: hi reconnaissance nationale multiplie les grands hommes, fait les grands siècles, élève le niveau de l'égalité: l'ingratitude populaire l'abaisse: ce qu'elle sème elle le récolte : ce qu'elle encourage, elle le fait pulluler: legoïsme dans la société, la corruption dans le gouvernement et la médiocrité partout.
\l) Discourt du 29 a\ril 183ô.