LES HOMMES ET LBS CHOSES
IR M»|jteiDbro 1841.
Le rôlo d(' Topposition SNslêinaliqur est facile; il ost facile (riir('iis(T (riinpéritio et do faiblesse tous les ministères qui se siiecM'dent : il est facile d'aiz^^niver leui's fautes ; il est facile de déuatnrcr leurs iulentious. Quel est le ministère qui ait trouvé ^mAcc d(*vanl eIle?Aucun. l/opposition systéuïatique n'a pas plus épar*;ué le cahiiKM du V\ mars IR^I, présifié par M. Casimir Périer. (]uVIIe n eparj;ne le cabinei du ^(K-lchre ISiO. diritré par M. (iuizi)t. Que lui reprochot-elle? Kile lui repnM'lH* : — à l'intérieur, de tout sacrifier au désir d'accjuérir (M de conserver la majorité : — à l'extérieur, de tout inuuoItT au désir d(» maintiMiir la paix. Toute part faite à l'exa^'éralion. piMil-on dire que vvr^ deux accusations man(|uei'.t absolument d(* fondement ? Nous sommes trop sincères pour ne pas c«»n\enir (pu» de fâcheuses alteinles s<»nl souv(»nt porté(»s. dans un intérêt électoral ou parlementaire, à la h.mne administration du pays, et que, dans divers(»s circoiïstanc(\s, le dnut de la France aurait pu élre s(»utenu avec plus de fcrinelé. Mais un autre cabinet que le cabinet acluel ferait il mieux, ferait-il autrement? Là «»st la queslion. Interroî^e i\o bonne foi. le passe la résout né^'ativcmcnl. Sans remonler plus haut que le ministère du l"" mai*s lS40,(pn' n'eut qu'une exislence si courte et qui nous cnùta si cher, arrélons-nous un seul instant h ce qu'il
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a fîut : o-l-il échappé à une seule des accusations que lui, signataire de la mémorable note du 8 octobre 1840, (ait retomln^r aujourd'hui si sévèrement sur la tête de ses successeurs ?
De ce qui précède, que faut-il conclure? Faut-il sVn prendre aux joueurs ou à la flûte ? expression familière de M. Thiers fl) ; — aux joueurs, qui seraient tous inhabiles, ou h la flûte, qui ne serait pas bonne ? S'en prendre aux joueurs, ce serait oublier que MM. de Broglic, Mole, Thiers, Guizot, Montalivet, Villemain, Salvandy, Passy, Dufaure, etc., etc., ont tous été successivement ou simultanément ministres ; ce serait forcément renoncer, au moins pour longtemps, à Tespérance de voir le gouvernement et Tadministration do la France jeter un plus grand éclat ; il vaut donc nii(»ux s'en prendre à l'imperfection des choses qu'à l'inhabileté des personnes. Cet avis a toujours été le nôtre, et il y a longtemps que, pour la première fois, nous Tavons exprimé; nous ne saurions le dire trop souvent, en toute occasion, et sous toutes les formes : le mal dont on se plaint réside plus dans la mauvaise organisation des choses que dans le mauvais vouloir des hommes. Gomment voulez-vous, par exemple, que nos ministres songent à tenir télé à rAngIclerre, loi'squils savent que nous n'avons de vaisseaux qu'en nombre insuffisant? Aussi, rappelez-vous ce qui se passa en 18iO : est-ce «juc ce ne fut pas M. Thiers, si susceptible, si belliqueux, aujourd'hui si ombrageux en ce qui touche Ihonncur de la France, qui fit rentrer dans le port de Toulon notre escadre du Levant, commandée par l'amiral Lalande ? Kst-<v (jue ce ne fut pas M. Thiers qui, faute de chevaux pour monter notre cavalerie, déclara qu'il éUiit forcé d'ajourner la guerre au printemps? Et ce qu'il a fait, pouvait-il ne pas le faire ?
Vous voyez donc bien quels sont Tinfluencc et le poids
'T M. Thi«T<, sons la coalition, dînait, avec cotte assurance méridionale dont il est !*un des types les plus parfaits : « Jo jouemis le même air 4e flûte, seulement je le jouerais mieux ! »
LES HOMMES ET LES CHOSES. m
des choses sur le diractèrc et les résolutions des hommes. Que vouloz-vous que le gouvernement fasse lorsqu'il sait l)ien qu'il n'est ni assez fort pour résister à une coalition armée (le TEiirope conlinenlale, ni assez fort pour mépriser la superbe de TAnglelerre ? — II faut bien qu'il baisse la tôle pour laisser passer au-dessus de lui les événements graves et les jours mauvais. Mais, dites-vous, si les choses sont en si pauvre état, pourquoi n'y pas porter remède? Pourquoi la France ne se met-elle pas sérieusement à l'œuvre des réformes administratives ? Pour(|uoi dilRTe-l-elle de prendre les mesures nécessaires à la production de l'espèce de chevaux dont elle mauque pour monter sa cavalerie, et sans huiuellc la proportion des armes, qui importe si essentiellement à la bonne organisation de son armée, ne saurait être observée ni maintenue? Pourquoi n'apporte-telle pas plus de soin, plus de discernement, plus de vigilance dans l'emploi des sommes considérables qu'elle consacre chaque année à sa marine ? Pourquoi d'un budget annuel qui s'élève à un milliard et demi parait-elle tirer et lire-t-elle en cfTcl si peu de fruits? Pourquoi ne porte-telle pas la hache dans tous les abus, afin que la suppression des dépenses inutiles supplée l'insuflisance des crédits nécessaires? Pounjuoi, au lieu d'ini eiïeclif militaire et d'un pei-sonnel administratif trop nombreux et mal payé, tout le monde en convicnl, ne réduit-elle pas l'efîectif de son*armée et le persoiuiel de son admislraticm, afin de les mieux rétribuer? Pouniuoi ne cherche-t-elle pas tous les moyens de simplifier des rouages dont la complication atteste l'enfance de l'art ? Pourquoi ne prend-elle pas enfin pour modèle l'industrie, si ingénieuse i\ découvrir tout ce qui p<»ut lui procurer une économie de force, de temps ou d'argent? (Test que si les ch.oses manefuenl aux hommes, les honnnes à leur tour manquent aux choses, cercle vicieux d'où les plus fermes et les plus éclairés désespèrent de sortir. Us ont tort. Si les hommes manquent aux choses, ce n'est pas qu'ils soient tous impuissants, ce n'est pas que l'habileté leur fasse défaut, c'est que le travail dont les mi-
nisiros sont responsables est mal divisé, mal réparti ; c'est qu'il éehappe à leur surveillance par l-immensité de ses détails ; cVsl que leur force est déjà consumée qu'elle n'est pas encore transmise. Toute force à ses bornes, et ce qui fait la supériorité de Thomme. c'est principalement la faculté qui lui a été donnée de diviser les poids qu'il ne peut soulever. Tel monolithe qui ne saurait être déplacé par cent chevaux, le sera facilement par un seul homme faible, mais ingénieux. Tel objet qui ne pourrait être exclusivement fabriqué par la même main qu'à un prix qui en rendrait Tusage impossible, en passant par quarante mains, finira par ne presque plus rien coûter. Comment voulezvous que (les honmies tels que MM. Thiers et Guizot, quelque supériorité qu'ils aient incontestablement, préparent le .discoui-s qui décidera peut-être de leur majorité, reçoivent en audience tous les importants et tous les importuns du vote desquels leur existence dépend chaque jour, satisfassent enfin à tmites les obligations d'une représentation de tous les instants, et qu'ils trouvent encore le temps d'étudier chaqiK» grande atfaire dans ses phases successives, d'en prévoir et d'on prévenir les conséquences fAcheuses, de rechercher les abus, et de découvrir les remèdes? Mettez-vous un instant à la place de MM. Mole, de Broglie, Thiers. Guizot, Diich«^tel. etc.; supposez qu'on vînt vous dire :
Des événements graves se préparent ;
Si la France cède, r est le sacrifice de sa dignité ;
Si la France résiste, c'est le sacrifice de la paix;
Votre premier mouv(»nicnt serait de répondre : — Il n'y a pas il hésiter entre l;i honte ou la guerre ;
Mais quel serait le second, si l'on vous répondait :
La France n'a pas de chevaux en nombre suffisant pour remonter sa cavalerie et son artillerie, pour peu que la guerre se prolonge; elle n'a qu'une sv\i\q bataille h li\Ter et elle peut la perdre :
La France n'a pas de vaisseaux en nombre suffisant pour