‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 52 sur 71 · LES HOMMES ET LES CHOSES · texte numérisé non relu

LES HOMMES ET LES CHOSES

protéger ses côles, ses colonies et son commerce, et résister à l'Angleterre ;

Il faut opter entre une faiblesse ou un désastre ;

Vous baisseriez le ton de la voix et vous courberiez la tète ^ pour laisser passer au-dessus dVlle les événements.

El, le danger éloigné, comme le temps vous manquerait pour approfondir tant de questions graves qui restent h résoudre; comme vous trouveriez qu'il y aurait trop à faire, vous ne feriez rien ; vous vous en tiendriez au plus pressé, c esl-à-dire à Texpédilion pure et simple de la besogne courante ; vous feriez enfin ee que font, ce qu'ont fait tous les ministres, et comme eux aussi vous succomberiez sous le poids de la ti\che sans même avoir tenté de le soulever!

C'est ainsi <iue les cliosc^s se passent, c'est ainsi qu'il y a lieu de craindre (ju'elles ne subsistent encore fort longtemps.

Cet état de choses, Cvjntre lequel sont venues se briser déjà tant de prés()mi)li()ns, n'aura de terme que le jour où les ministres ne feront plus (lue ce qu'il sera rigoureusement impossible cjuils ne fassent pas, où tout ce (jui est susceptible d'élre divisé sera divisé, où tout ce qui devra être concentré sera concentré, où la responsabilité se mesurera à riniliative, nù Tune et l'autre auront autant de degrés qu'elles en comportent, où enfin dans tous les rangs ce ne sera plus à tpii ne fera pas cl h qui craindra de se distinguer, mais au contraire à qui fera le mieux, révélera le plus (raptitude, montrera le plus d'émulation.

Nous avons dit ailleurs par quels moyens nous concevions qu'on pût obtenir c(\s résultats ; nous nous bornerons à les rappeler sans les exi)oser de nouveau : il faut donner à ce qui a été semé \c temps de germer, et ne pas vouloir lirer prématurément du sein de la terre ce qui n'en doit sortir qu'à un jour marqué ; l'impatience ne sert jamais (ju'à retarder ce qu'elle veut avancer ; rien ne presse d'ailleurs ceux que ne font agir aucun mobile personnel. Or, dans cet article, nous n'avons eu qu'un but : c'est de montrer que le plus souvent, quand on reproche sévèrement aux

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hommes qui nous gouvernent de manquer de vigueur, de |>oi>i''\or;uuv» do n'avoir pas en eux le sentiment de la difjnili'^ n;^honalo sufiisamment développé, ce n'est pas aux hommos que Ton devrait s'en prendre, mais aux choses.

Vrtuïo d*u«e hiUterie arrivée trop lard, une l)ataille gagnée peu! n^sier douteuse ; le courage d'une armée, les savanlos dispositions de son chef peuvent être neutralisés l>rtr rinfériorité de la poudre ou par celle des armes, par le manque de chevaux suffisamment exercés à la fatigue ou par toute autre cause moins importante encore; telle victoire douloureuse à rappeler a été remportée sur les Français parce que le commandant de 1 armée ennemie, lord Wellington, avait eu soin de faire déjeûner ses soldats avant de les faire battre, et que nos généraux avaient négligé de prendre celte précaution. Notre grand défaut, en France, c est d'avoir pour les choses, pour ce qui est matériel et organisation, un dédain trop superbe. Puissions-nous d'abord nous en convaincre, plus lard peut-être nous en corrigeritins-nous.

ir> octobre 1844.

L'an dernier, I<i n^ine «le I<i Grande-Brelngne était venue au château d'Ku sponljiiiénient : le roi des Français ne pouvait se (iispenser de lui rendre ponctuellement sa visite. Tout relard eût ris/jiié de donner ultérieurement à ce voyage une sif^fuifieation polilicjue dont il pouvait n'être pas prudent de laisser subsister Têventualité ; mais il ne faut pas non plus être aveu^'le et croire que IVnlhousiasme qu'ont fait naître les réponses du roi aux adresses des corporations municipales de Porlsmoulh. de Windsor et de la Cité de Londres, laissera d'ineiïaçahles Iraces, apjxn'tera le moindre chanf^enient aux n^lalions des deux peuples, substituera enire eux la cordialité des sentiments à la rivalité des intérêts, et éloi^'uera la guerr(» s'il (»st dans le cours des choses (prelle éclate. Toute illusion à cet éf^ard, (pii aurait pour eHet de niais rendre moins vifrilantsou de mettre plus de froideur encore (piil n'en existe» dans nos rapports avec les autres C(iurs, serait dangereuse. L'histoire est la pour montrer (|u«»l défère de confiance mérite la durée des sentiments (pii s'ei)anchent diuis les atlresses. haranj^'ues et discours (Papparat [m énoncés en tous temps et en tous pays, alors même cjue la sincérité n'en est pas suspecte. Il n'est plus permis à persoiuu* de s'y tromper. I,a tiémarche faite

hommes qui nous gouvernent de manquer de vigueur, de persévénmco, de n'avoir pas en eux le sentiment de la dignité nationale suffisamment développé, ce n'est pas aux hommes que Ton devrait s'en prendre, mais aux choses.

Faute d'une batterie arrivée trop tard, une bataille gagnée peut rester douteuse ; le courage d'une armée, les savantes dispositions de son chef peuvent être neutralisés par Tinfériorité de la poudre ou par celle des armes, par le manque de chevaux suffisamment exercés à la fatigue ou par toute autre cause moins importante encore; telle victoire douloureuse h rappeler a été remportée sur les Français parce que le commandant de l'armée ennemie, lord Wellington, avait eu soin de faire déjeûner ses soldats avant de les faire battre, et que nos généraux avaient négligé de prendre cette précaution. Notre gi*and défaut, en France, c'est d'avoir pour les choses, pour ce qui est matériel et organisation, un dédain trop superbe. Puissions-nous d'abord nous en convaincre, plus tard peut-être nous en corrigerions-nous.

If) octobre 1844.

L'an (lernior. I<i vv'ino iW la Grando-Brelagno était venue au château dKu spontanément : le roi des Français ne pouvait se dispenser de lui rendre ponctuellement sa visite. Tout relard eût ris/pié de donner ullérieurenient à ce voyage une sif^nilication polilicpie dont il pouvait n'être pas prudent de laisscT subsister Téventualilé ; mais il ne faut pas non plus être aveu^'le et croire que Penthousiasme qu^onl fait naîln» les réponses du roi aux adresses des corporations municipales de Portsmoulh. de Windsor et de la Cité de Londres, laissera (rinelfarahles lract»s, apjxMtera le moindre chanpMuent aux n*lalions i\vs d(»ux peuples, substituera cuire eux la cordialité des sentiments à la rivalitédes intérêts, et éloi^'nera la f^Mierre s'il est dans le cours des choses (prcllc éclate. Tnule illusion i\ cet éj^ard, qui aurait pour cn'cl d<» n(.us rcMidre moins vifrilantsou de mettre plus de froideur encore (ju'il n'en existe dans nos rapports avec les autrf»s cours, serait danfs'ercuse. L'histoire est lit pour montrer quel dejzie de confiance mérite la durée des sentiments (pii s'épanchent dans les adresses, haranj^ueset discours d'api)aral pioiïoncés en tous temps et en tous pays, alors même cjue la sincérité n'en est pas suspecte. Il n'est plus permis à persoime de s'y tromper. La tiémarche faite

h Windsor pnr la corporation de la Cité de Londres est une manifestation (|ui a certes une ^Tande valeur comme hommage personn(»l rendu au caractère de Tancien réfugié de Twickenliam, aujt»urd'hui roi tles Français ; mais attribuer à cette manifestation, comme le fait le Journal des Débats, une immense importance politi(iue, c'est tomber, suivant son usage, dans l'exagération et la courtisanerie, au risque de se briser au choc de quelijue rude mécompte ou de recevtîir bientôt un éclatant démenti. Pour ne s'écarter ni de la vérité ni de la prudence, il c.»n\ient de distinguer, entre les sentiments (jui allient l(»s deux souverains. les idées qui rapproclient les deux cabinets et les rivalités qui séparent les deux pays. Ces rivalités ont existé de tout temps et ne peuvent désormais que s'accroître : espérer et prétendre les faire taire ou les calmer par des harangues, ce serait s'abuser étrangement. Quel homme sensé pourrait partager une telle illusion, alors surli.ut (piil s'agit d'États constitua tiomu'ls où l'existence des nn'nistres est soumi.se à la llucluatiiiU des majorités, et où les deux cabinets peuvent très bien nélre pas tciUJours animés l'un à l'égard de l'autre dos mêmes senliments que ceux qui continueraient d'exi.ster entre les deux souverains. Malheureusement, les phrasi^s cordiales et pacili(pies (pii ont été échangées i\ Portsmoutli 'et à Windsor n'empêcheront pas que partout où des agent:» français et anglais sont en présence, ils ne soient en dis- .sentiment et en rivalité : elles n'oteront pas à la marine britanni(iue son mauvais voidoir et sa morgue : elles ne feront pas cpie les sentiments d'h »slilité invétérée, d'ombragou.se jalousie et d'insolent dédam (]ue nous avons vus éclatera Taïli et à (iibraltar dans tijute la ((induite des consuls Prilchard et Uoberl Wilson. dans les discours de sir Robert Peel lui-même, et percer, en 1840, dans les propos injurieux de lord PalnKM-ston et dans l(*s dépêches diplomali(|Ui'S de M. lUilvNer, n(» soient pas, au fond, les sentiments vrais de la nation anglaise à notre égard, au.ssilot qu'elle rencontre de notre part la plus faible résistance, la contrariété la plus involontaire. Kst-ce (\\\v Taccueil enthousiaste fait, on

1838, è M. le maréchal Soult, a empêché deux années plus tard la signature de la convention du 15 juillet? Oui, il y a un moyen certain de faire que a les deux pays vivent en » paix Tun avec Tautre, » que « leur union soit cordiale et » durable, » c'est d'accepter de tout cœur la suprématie britannique: c'est de nous résigner au rôle de puissance secondaire : c'est de trouver tout simple que l'Angleterre, qui nous a déjà ravi le haut et le bas Canada, TAcadie, Terre- Neuve, la Grenade, Saint-Vincent, Dominique, Saint-Christophe, Tabago, Sainte-Lucie, lile de France, la Nouvelle- Zélande ; — (|ui a pris à : — l'Espagne, Gibraltar, la Jamaïque, Campéche. Honduras, Rahama, la Trinidad, les îles Falkland : — h la Hollande, Démerari, BtTl^ice et Essequibo, le Cap de Bonne-Espérance; — à la Turquie, les Iles Ioniennes ; — à Tordre de Malte, Malte et Gozzo, etc., etc., s'empare exclusivement des derniers points du globe et des derniers marchés, dont il reste à sa marine et à son commerce à prendre possession ; c'est de renoncer, nous, à toute prétention de faire flotter notre pavillon sur le plus petit îlot; c'est d'abandonner le protectorat de Taïti; c'est de réduire, de préférence à toute autre dépense, celle que fait peser sur nous le département de la marine ; c'est de continuera entretenir un efleclif exorbitant et ruineux; c'est, de temps à aulrr, de donner à l'Europe continentale, sur le maintien de la paix, des craintes (|ui retardent les progrès de l'industrie et fassent éelalerdes crises commerciales : c'est, enliii. de nous associer à elle partout où il s'agit de fomenter im nuiuvement révolutionnaire etdeperpéluerle désordre, eomine elle h» fait encore en Espagne. Oui, à ces condilimis. l'on \yc\\{ compter que l'entente entre les deux pays ne S(»ra pas moii^s cordiale <ju 'entre les deux souverains. Qu'est-ie (]ui s'oppose à ce que ralliance entre les deux pays soit sincère et solide i — C'est la rivalité qui existe entre eux. Supprimons \n rivalité, il n'y aura plus d'obstacle à ralliance. Nous occuperons à la gauche de l'Angleterre la place que l'Autriche occupe à sa droite. Telle est la pensée politi(]ue qui se cache mal au fond dotons lesar-

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