‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 54 sur 71 · IV. id · texte numérisé non relu

IV. id

« La reine Victoria a bien voulu aller recevoir^ à bord de » noire escadre, les reniercîments que la France lui doit et T> est heureuse de lui faire pour l'admirable accueil fait à » son royal reprêsenlanl. Ces nobles lêmorgnages de syin- 0 pathie et d'admiration que les citoyens libres de TAngle- » terre étaient allés porter spontanément au roi Louis-Phi- » lippe, la reine Vicloriii les a retrouvés à bord de nos vais- » seaux, au milieu de nos marins. Certes, en tout temps la » souveraine de la Grande-Bretagne aurait été reçue sous » le pavillon franciiis avec les égards dus à sa personne au- » tant (juii son rang. J/u/s raccueil qui lui était faitaujour- >» (Thui. était plus qu'un acte de courtoisie naturelle^ c'était

» tX ACTE DE SINCÈRE ET PROFONDE RECONNAISBANCE. »

Nous ne saurions laisser passer de telles expressions sans protestation.

La France n'est-elle donc plus une grande nation, qu'elle doive se montrer si lunnble? Le roi qui la gouverne n'est-îl donc qu'un obscur souverain, sans illustration et sans grandeur, qu'il doive se montrer si flatté que S. M. la reine d'Angleterre lait reçu au cliAtcau de Windsor non moins cordialement cju'il l'avait reçue lui-même au château d'Eu l'an dernier?

Maladroits courtisans !

Qu'a donc fait la r4'ine d'Angleterre pour le roi des Français, que le roi des Français n'ait fait poin* la reine d'Angleterre ?

La reine d'Angleterre a reçu à Windsor le roi des Français au bas du grand escalier du cluMeau.

Mais le roi des Français et toute la famille royale, au premier signal donné par le canon des vigies, n'avaient-ils pas quitté, l'an dernier, le chAteau d'Eu pour se rendre à Tréport ? Le roi, accompagné de .ses dtnix fils, les ducs d'Aumaie et de Monlpi»nsier, ne s'élail-il pas embarqué afin de se porter h la rencontre de la reine d'Angleterre? N'était-il pas monté à bord du yacht de la reine, suivi de3 princes ses fils et des ministres ? LL. .MM. la reine des Fran-

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çais, la reine dos Belges el les princesses n-atlendaient-ellfs pas sur la jetée ?

La (iéi)^he télégraphique du 9 octobre 1844, se termine ainsi : — « Le roi des Français a reçu sur sa route, de loule 0 la population. Taccueil le plus vif el le plus cordial. »

Mais le Messager du 4 septembre 1843 n'annonçait-il fias en ces termes un accueil non moins viL non moins cordial : — «Aux cris redoublés de : Vive le roi! l'ire la reine dMnw gleterre! poussés par une foule immense, et auxquels la •) musique militaire unissait le God save the Queen ! le roi a » paru au balcon conduisant la reine d'Angleterre. Les ac- » clamations redoublèrent de toutes parts. Rien ne peut » rendre TelTet d'un spectacle si imposant et Timpression 9 grande el profonde que cette belle journée a produite sur » tous les esprits. »

La reine crAnglelerre et le prince AIIktI ont reconduit jus(]u'à Porlsmoutli le roi des Français.

Mais le roi et la reine des Français, la reine des Belges, les princes et les princesses ne sVtaient-ils pas embarqués sur le grand canot du brick la Ikine-Amèlie et n'avaient-ils pas reconduit la reine (rAngleteiTe jusqu'à s(m yacht Vietoria-and'Albert ?

La visite de la reine d'Angleterre au ch«^teau d'Eu avait été toute personnelle ; la reine n'est pas venue ii Paris.

Mais la visite du roi des Français au ch/kteau de Windsor n'a-t-elle pas été également toute personnelle? Le roi non plus n'est pas allé à Londres.

Un banquet par souscription a été donné à Portsmouth aux ofliciers de la marine française.

Mais un repas somptueux n'avait-il pas été offert aux officiers de la marine anglaise, à bord du P/ii/ow, par les officiers de la marine française ?

il ne s'est dincrien passJ» à Windsor qui ne se fût d'ab;>rd passé à Ku, à iVxccplion de (pielques harangues municipales de plus.

L^iccueil fait en France, en 184:3, à la reine d^Angie- ''•re avait été aussi cordial qu'il pouvait l'être: elle avait

débarqué et elle s'était embarquée au bruit des plus vives acclamations, et sans qu'un seul cri discordant témoignât d'aucun souvenir de 1840, d'aucune rancune, d'aucune rivalité ; on n'a pas dit alors que l'Angleterre dût en ressentir une sincère et profonde reconnaissance ; le même accueil ayant é(é fait à notre souverain, pourquoi donc serionsnous tenus à plus de reconnaissance?

Est-ce que les sa niés portées par les deux marines, abord duP/ufon/onl empêché sir Rol)erl Peelet lord Aberdeen de jeter feu et flamme en plein Parlement, parce que le capitaine d'An bign y n'avait pas laissé au fougueux missionnaire Pritchard toute lil>orté d'insurger, contre une poignée de soldats français, la population taïtienne? Est-ce que les santés portées par les deux marines, à bord du Pluton^ ont empêché le consul anglais de Gibraltar de faire contre noire expédition du Maroc tout ce qui était en lui ? Est-ce que les santés portées par les deux marines, à lx)rd du Pluton^ ont empêché le cabinet britannique de mettre tout en œuvre pour que nous ne retirassions du bombardement de Tanger et de Mogador et de la victoire d'Isly qu'une vaine et coûteuse satisfaction ?--Pourquoi donc aurions*nousplus de confiance dans les toasts du banquet de Portsmouth?

Vous dites (|ue « le cri de l'ire lo reine d'Angleterre! ré- » pété avec enthousiasme jwir tous les é(|uipages de l'esca- «. dre, nVsl que l'expression fidèle des sentiments du pays ; » nous disons, nous, que cela est faux, et que vous n'êtes pas de bonne foi quand vous attachez à une manifestation toute de courtoisie, toute d1)(Kspitalité, une importance politique,* tm sens national qu'elle n'a pas. et vous en aurez la preuve a hi prcnhaine discussion de l'adresse: carde ces deux choses l'une :

Ou le ministère s'abstiendra d'y mettre un |>aragraphe, une phrase explicite destinée ii rappeler, à eélébrer de nouveau l'entente cordiale: ce qui sera sigiiiticalif:

Ou. si ce paragraphe s'y trouve, il st^ra modifié plus profondément encore que l'année dernière, à moins «ju'on n'ait réalise le vœu de la Chambre des députés ainsi exprimé :

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(I Cette bonne intelligence aidera sans doute au succès des « négociations qui, en garantissant la répression d'un tn- » fàme trafic, doivent tendre à replacer notre commerce sous » la surveillance exclusive de notre pavillon, »

Vous vous «ilnisorioz élningemcnt si vous croyiez que des harangues cl des toasts, qui n'ont jamais engagé sérieusement ni personne ni aucune nation, sont des compensations qui feront oublier à la France que les traités de 1831 et de 183.3 ont été surpris à sa bonne foi et à ses préoccupations, et qu'il y a à Alger un agent et consul général dont la présence est une protestation contre lu légitimité de notre conquôle et de notre occupation! — La Chambre des députés voudra d'autres gages de cordiale entente.

Plus vous ferez d'efforts pour plonger le pays dans un dangereux sommeil, et plus nous en ferons pour le teniréveîllé. La paix n'a point de partisans plus déclarés que nous, nous ne vous en exceptons même pas : niais pour qu'elle dure, il faut qu'elle nous honore, il ne faut pas quo nous l'achetions par des sacrifices c»t des concessions sans réciprocité : il ne faut pas (|u'on veuille n(»us imposer une humble et blessante reconnaissance.

De la reconnaissance pour l'Anglcteriv ! qui pendant dix ans a fourni h toute rF)uro|)e des subsides pour nous faire la guerre, et nous adépouilk'sdcla plupart de noscolunies. et pourquoi don<*? — Parce qu'elle est la première, ditesvous, qui nous a reconnus après la Révolution de 1830. Mais esl-ce qu'il n'est pas dans la politique commerciale de PAn- 'gleterre <lcsehAter de reconnaître toutes les révolutions, et parfois même de les fomenter?

17 décembre 1844.

Dès que la Chambre des députés reconnaît qu'elle a be* soin d^un bon président, le meilleur, le plus expérimenté qu'elle puisse choisir est s<ins contredit M. Dupjn. En beau-* coup de circonstances, et surtout dans les circonstances graves, ses défauts deviennent des qualités. Son âpreté de paroles, sa vivacité de réparties Télé vent alors à une hauteur de sentiments qui lui font dominer facilement et imperturbablement les situations les plus difficiles, les caractères les plus impétueux. Le gouvernement représentatif a ses abus qui lui sont propies, ses plaies honteuses cju'il cache, ses jours d'affaissement : mais il a aussi ses avantages incontestables et ses joui's d éclat ; ce sont ceux où M.M. Thiers et BaiTot s'agitent sur leui-s bancs, où M. Guizot est à la tribune et p;irle, où M. Dupin est au fauteuil et préside l'assemblée qui palpite. Ces jours-là, le gouvernement représentatif est vraiment grand; le pays on est lier; malheureusement, ces jours-là sont trop rares: il vaudrait mieux qu'ils le fussent moins et c|ue les sessions ne durassent que quatre mois. Trop souvent les séanres semblent iiétre que des répétitions où une poignée de membres arrivent sans qu'aucun ait pris la peine d'apprendre son rùle ; l'appel no-

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minai qui a lieu ne fait qu'att^sler sa propre impuissance et l'imperfection du régicmenl. C4OS jours-là sont les mauvais jours (lu gouvernement représentatif, ceux où il se déconsidère le plus dans lesprit dos j)opulat ions. lisseront moins nombrt ux sous la présidence de M. Dupin que sous celle de M. Sauzet. M. Dupin sait abréger par un mol les débats qui se prolongent, ranimer par un souffle les discussions qui sVteignent. II serait à désirer que les nominations dins les bureaux et le travail dans les commissions cessassent d*élre abandonnés à Tesprit étroit de coterie, à Pinfluence ministérielle et à la vanité paresseuse ; c'est un soin dont M. Dupin comprend l'importance, mais dont il serait utile que se chargeât spécialement Tun des quatre viceprésidents. Ce soin bien rempli ne tarderait pas à profiter à la tribune et à la discussion publique.

Toutefois, en appuyant de tous nos vœux et de tous nos cfl'orts la candidature de M. Diipiu. nous ne le ferons pas non plus sans réserves : nous entendons n»ster fidèles à nos principes et à nos précédents. Nos princi|)es consistent à prétendre que si le plus souvent le président de la Chambre des députés doit être choisi ru raison de la siK»cialité de son aptitude, de son expérience acquise, cette règle, cependant, ne doit pas être si absolue cjuVIie n'admette point d'exception dans certaines conjonctures politiques, comme celles qui se sont rencontrées, par exemple, en 1838 et en 1841. alors que nous pressions le cabinet du 15 avril 1837 de porter au fauteuil M. Guizot ii hi place de M. Dupin, et le cabinet du ^toctolHV ISiO df> porter M. de Lamartine à la place de M. Sauzel. Nt»ul lois sur dix. il faudra chi»isir l'homme spécial. le président né : mais sur dix fois, il en est une où il faudra doniirr la préftMcnre ii l'honnue politique qui ne voudrait pas. ou qui ne pourrait pas acc(»pter une autre situation : neuf fois sur dix. la présidt»nre de la Chambre devra élre une fonctitm. mais sur dix foi»; il en est une où elle dt'vra être une di^niilé. unr adoption ou une transition, ne lill-ce que pour empêcher les tituhiires de s'habituer à considérer la presMlence eomine inamo\ible. et leur réélec-

PRÉSroENCE DE LA CHAMBRE DES DÉPUTÉS. 345

tion annuelle comme Taccomplissement d'une pure formalité. Il ne faut pas oublier que toutes les grandes charges ont éié abolies, et que le nombre des grandes positions à •Pécart des départements ministériels est excessivement borne. Les ambassades, si grandes qu'elles soient, sont des situations subordonnées. M. Guizot, qui a accepté Tambassade de Londres sous le uïinislère du 12 mai 1839, très vraisemblablement ne raccepterait pas du cabinet qui succédera au ministère du 29 octobre 1840. Il y a des éventualités qu'il faut prévoir de loin, auxquelles la politique exige qu'on réserve leur part. Si, en 1838, M. Guizot avait été nommé président de la Chambre, la coalition nVût pas vu le jour! Si, en 1841. la miijorité avait tenu compte h M. de Lamartine (Je l'éclat de son concours, de la vigueur avec laquelle le premier, en août 1840. il avait combattu le mmistère du 1'' mars, du rare désintéressement dont il avait donné l'exemple en n'acceptant, le 28 (K'tobre. aucune des propositions qui lui furent faites parleshoumïcs appelés à former le cabinet du lendemain : si elle lui avait donné cette mar* que d'adhésion. dVslime ei de reconnaissance, qui lui était légitimement due. M. de Lamartine n'aurait pas été tenté de s'isoler, et il ne se» serait pas cru libre de î)rendre son essor aussi haut et aussi loin î Qu'importe, avons-nous entendu dire, qu'un homme s'isole, si le parti ne se divise pas? Oui, sans doute, cela serait vrai, si les temps elles esprits étaient immuables: mais 1rs temps et les esprits sont changeants, il est sage de prévoir des rirconstances où l'isolement peut cesser tout h coup d'être une faiblesse pour devenir une force. M de Lamarline semble les avoir pressenties en prenant la position que lui ont faite ses discours contre la loi de régence : nous aimons à croire que ses prévisions ne se réaliseront pas: mais enlin le contraire peut arriver, et la politique doit le prévoir. D'ici là beaucoup d'hommes iront en s'effaçant. en s'amoindrissant , lui peut encore grandir! Dans des t<»nips comme les nôtn»s. et dans un pays où la tribune est \c champ de bataille sur lequel .«^e décide le sort dos o;d»inets. et où pout se joxwr même celui de la paix du

monde, d'avoir pour soi, k Técart de soi ou contre soi un grand orateur homme de bien, n'est pas une seule et même chose ; il s'en faut de be.nucoup. On n'a voulu voir que le présent* quand nous ne voyions, nous, que l'avenir. Les difficultés du présent sont de beaucoup les moins redoutables, car on les connaît ; il n'y a de très graves que celles de l'avenir, parce qu'on ne peut les mesurer. Ce que nous avons dit vainement en 1838. sous le 15 a\TiI, nous Pavons répété non moins vainement en 1841, sous le ministère du 29 octobre ; si les mêmes nécessités se présentiiient de nouveau, on nous verrait encore avoir le courage de notre opinion, même contre M. Dupin, qu'aujourd'hui nous n'hésitons pas à proclamer, non-seulement le meilleur président que la Chambre puisse choisir, mais encore Thomme qui. à l'heure où nous écrivons, personnifie le mieux la situation, et représente le plus exactement la grande mcijorité du pays.

28 décembre 1844.

L'extrême gauche fait connaître par ses deux organes, la Réforme et le XationaL qu'elle a voté pour M. Sauzet. t Elle » a voté pour M. Sauzet, parce que, dit-elle, fï ne sait point » présider, e! qu'arec lui on est plus libre qu'avec M. Dupin » de dire ce qu^on veut. ^ Telle est littéralement la franche explication donnée par le \ationaL (|ui ajoute dédaignen« sèment : « C'est avec des votes de celte nature que s'est » formé l'appoint de la petite majorité acquise aujourd'hui » au président. » En lisant cet aveu naïf du Xational, que ceux des conser>'ateurs (jui ont voté pour l'heureux candidat des deux partis extrêmes de la Chambre, légitimistes et radicaux, courbent la tête, et, de la faute gi*ave qu'on leur a fait commettre , tirent au moins un utile enseignement pour l'avenir. Que cette faute serve à leur apprendre que ce n'est pas toujours en se soumettant à la volonté ministérielle qu'on affermit un cabinet: que, lui céder sans discernement, c'est parfois rafîaiblir.Ou nous nous trompons fort.

ou la nomiaation do M. Sauzct est un triomphe que le ministère ne lardera pas à regretter d'avoir obtenu. Ce n'est jamais impunément qu'on arrache par Tobsossion à la majorité un vole qui doit avoir pour elFet de la déconsidérer, de la diminuer dans Topinion publi(iue. Toulo contrainte morale exercée, un jour ou l'autre a sa réaction inévitable. Voulez-vous étendre la majorité, voulez-vous la fortifier, voulez-vous la rendre compacte, ne lui demamlez jamais que des votes qui Thonorent à ses propres yeux et qui relèvent dans Testime du pays; Vdulcz-vous la restreindre, TafTaiblir, la diviser, faites le contraire, faites ce que vous avez fait hier, imposez-lui un vote qui montre que ses suffrages ne lui appartiennent pas,* qu'elle est entièrementprivée de libre-arbitre, et que, dans les (pieslions les moins politiques de leur nature, elle n'a pas même le droit de prendre révidence pour règle de sa conscience ou de sa raison. La mfijorité sur laquelle s'appuie le cabinet dans la Chambre des dcpulcs n'est pas une et indivisible; elle se compose de deux partis distincts : du parti ministériel et du parti conservateur. Le parti conservateur diflcMv du parti ministériel en cela (ju'il a des convictions qui lui sont propres, ce que n'a pas celui-ci. On a vu leur séparation s'opérer sous le ministère du 1®^ mars dans le vote des fmds seeret.H.Le parti ministériel (»st celui qui a érigé en système que le meilleur ministère est toujours celui qui est. Aussi, par cette raison qu'il appartient successivement h tous les cabinets, n'appartienl-il exclusivement à aucun, et n'est-il la rcprésentati(»n smcère d'aucune opinion. C'est au parti ministériel, grossi des radicaux, des légitimistes et de la jeune gauche, que le candidat de M. Fulchiron. abandonné de tous h la lin de la .session dernière, doit d'avoir été réélu. La majorité qui vient de le nonnncT est ime majorité d'occasion: ce n'est pas la majorité ferme et sincère qui. dans toutes les circonstances graves, a fait, parmi nous, la force et Phonneur du gouvernement représenlatiL Les conservateurs judicieux, les con.servatcui*s par conviction, non par calcul, ceux qui ne volent qu'après s'être rendu compte k

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cux-mèmos de ce qu^ils vont faire, ceux qui n'avaient pas perdu le souvenir de la scandaleuse séance du 26 Janvier 1844, où rexlrôme gauche , grâce à rinsuffisancc de M. Sauzet, avait été libre de dire tout ce qu^elle voulait, — selon Tcxpression du A'a/iowfl/,— ceux-là ont tous voté pour M. Dupin, par respect pour eux-m^mes et par respect pour la Chambre. Voilà ce qu'il faut (]ue le pays sache bien, afin qu'il puisse faire êquital)lement la part de chacun le jour où il sera api)elé à régler les comptes de tous.

10 décembre 1847.

La question de la présidence de la Chambre des députés paraît au Constitutionnel peu importante et prématurée. Prématurée! mais c'est la première qui se présentera, et dans peu de joui*s la session sera ouverte. Peu importante ! mais la déclaration véhémente du Journal des Dêiats es! lè pour prouver hautement le contraire. Le choix de la position n'est pas le gain de la bataille, mais il contribue à Pas* surer.

Une première question est à vider : c'est celle de savoir jusqu où la mcijorité. sur lac]uelle le ministère trouve com* mode de se décharger du poids de ses fautes, peut porter la complaisance. Tabnégation, nous ne voulons pas dire la servilité? Les Chambres ne sont pas encore réunies, c^està peine si le nombre des députés présents à Paris s'élève àSSO, et le ministère est si sûr <le la dépendance étroite dans laquelle il tient si\ majorité passive, qu'il lui dicte impérieusement les choix qu'elle devra faire : Président, M. Sauzet : vice-présidents, }\yi. Bignon. Lepelletier^l'Aulnay, François Delessert. et, en remplacement de M. de Maleville, H. le maréchal Bugeaud: secrétaires, MM.de Bussiëres, Oger, Saglio et Lanjuinais.

Le cabinet du 29 octobre 1840 ne se souvient plus d^aucun des ser>'ices rendus par M. Dupin à rétablissement du gouvernement actuel, dans les premières années où il eut a

triompher de tant d'obstacles et à repousser de si vigoureuses attaques. Ne sonl-ee pas des services passés?

Il est deux dissolvants auxquels il est sans exemple qu'un gouvemenfient nouveau ait jamais résisté :

En haut, Plngratitudo:

En bas, la Servilité.

U décembre 1847.

Si l'opposition tient la conduite (jue semblent faire présager les déclarations de son principal organe, le succès ne répondit-il pas h son attente, le candidat ministériel, h la Chambre des députés. rcinporlàt-iLce serait encore un gage de modération et de dévoûment aux institutions que l'opposition aurait donné cl qu elle ne devrait pas regretter. Plus l'opposition sera modérée, et plus elle montrera qu'elle est profondément pénétrée de la gravité d'une situation dont commence à se préoccuper une fraction notable de la majorité.

Lorsque nous avons parlé de la candidature*à la présidence de M. Dupin, nous n'avons fait que servir fidèlement d'écho à des conservateurs qui, après avoir toujours voté avec le ministère, considèrent que le temps est venu de donner au gouvernement un averlisscmcnl cpii le tire de son dangereux optimisme, et de montrer qu'il est au sein de la m«)jorilé des mcnïbres en a.sscz grand nombre qui n'ont pas abdiqué toute indépendance. Nous nous sommes abstenus de nous prtmoncer en faveur de Tun à l'exclusion de l'autre : nous avons voulu qu'il fût bien constant qu'il ne 8'cigissail ni d'un acte d'hostilité cimtrc M. Sauzet, ni d'un acte de complaisance envers M. Dupin, dont on sait que nous n'avons cessé chaque jinnée de reconmiander la candidature et de rep^tter la présidence. S'il n'y avait qu'à choisir le plus apte, il n'y aurait pas à hésiter : M. Dupin est incomparablement le meilleur président que puisse élire une Chaml)re. surtout si elle devait avoir è traverser des

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circonslaïK^es difficiles et des discussions oi'agcuscs. Mais, dans la situation actuelle, le meilleur des deux présidents sera celui (jui devra réunir le plus grand nombre de voix. Nous faisons taire, quant à présent, tout autre motif de préférence.

.Mais nous ne saurions terminer cette déclaration sans raccompa^mer d'une réserve que noire loyauté nous impose. Ntius avons rempli le rôle d'écho, nullement celui d'organe. Nous ne nous portons donc fort pour personne. Depuis le i7 mars 1847. «lepuis ce jour où M.M. Guizot et Ducbàtel ont engagé les membres de la majorité qui ne partageaient pas leur ivresse à pa.sser dans les rangs de l'opposition, il n'y a plus <le conservateurs-progressistes, il n'y a plus que des conservateurS'Satisfaits,

L'opposition constitutionnelle a vu augmenter le nombre de ses nuances, mais il n'en existe plus dans la majorité.

K) dvccmbrc 1847.

Nous avons dit que l'opposition constitutionnelle comptait une nuance de plus, la majorité parlementaire une nuance de moins : nous av(»ns dit qu'il n'y avait plus de conservateurS'proffrrssistes, qu'il ne restait plus quo des conservateurs-satisfaits. Expliqucms au Siècle, qui rtH'ueille aujourd'hui ces paroles, notre pensée tout entière, car nous n'avons rien à taire, rien h déguiser, rien à rétracter.

Il nous faudra remonter un |>eu haut dans le passé, mais nous serons rapides et nous marcherons droit au but.

Marquons tout de suite n(»tre |)oint de départ : — la naissance de la (liialition.

Tous nos lerleurs savi»nt «prelle n'eut pas «l'adversaire i|ui la ('ond>attit a\ec plus <le vivacité et de persévérance (|ui* nt»us. .\ussi le premier acte de la Coalition triomphante fut-il de se venger, par un coup de majorité, du ri'dacleur de la Presse sur le député de Bourganeuf, qu'elle exclut de l'enceinte législative en déclarant qu'il était buivse.

L^abus du succès est Thistoire universelle de tous les partis victorieux.

A peine né, le ministère du 15 avril 1837 <iv<utfait ce que le ministère du ^ octobre 1840, depuis huit ans qu^il existe, n'a pas osé faire encore ; il avait pris, sans hésiter, la responsabilité de conseilleV au roi de passer la revue de la garde nationale, ce qui n'était pas un acte sans quelque importance après la suppression de la revue du ^juillet 1836, sous le ministère du 22 février. En moins de deux années, le ministère du 15 avril s'était signalé par Tamnistie du 8 mai 1837; il avait eu le courage et le bon esprit d'en finir avec les deux (jucslions d'Ancônc et du Luxembourg; il avait noblement vengé l'échec de Conslantine, donné à ce brillant fait d'armes un brillant pendant à Saint-Jeand'Ulloa, présenté un \iislc projet de loi (pii réservait àFÉtat Texploitation ih^s gâiindrs lignes de chemins de fer, etc., etc. On touchait au moment on toutes les cpicstions en suspens allaient être résolues, où la p(»litique allait entrer dans cette* voie nouvelle de la dissolution des partis par une large satisfaction domiée ii tous les sentiments généreux, à toutes les idées justes, à toutes les réformes mûres, à toutes les prétentions légitimes, à tous les besoins sacrés. Les partis qui ne font passer qu'après \c\u' propre intérêt rintérôl du pays, comprirent que <*en était fait d'eux s'ils ne s'unissaient tous dans une pensée r »mmune : et* fulaloi*s que naquit la Coalitiofi.

Le ministère du 15 avril, ne jugeant pas qu'une miijorité de huit voix fût une force suffisiuUe pour l'accomplissement d'une telle tâche, en appela au pays. Le pays se laissa égarer par le ton paterne, par hi vt>i\ solennelle de .M. Guizot, unie en chœur à celles de MM. Thit-rs. (larnier-Pagès et Berryer. Le cabinet du 15 jiMil n'eut plus qu'à se retirer. • La coalition l'avait (>inporté.

La Coalition, (|ui, par l'organe de M. Guizot 1, , avait dit: «I Les affaires du pays sont en souffrance. L'adoiiuistrotion

.Il M. ODIKOT ▲ BE9 COMMETTANTE. 6 février 1839.

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^ est nulle. Toutes les questions demeurent en suspens : — » les sueres, les ehemins de fer, les rentes, aussi bien que » Tabolition de Teselavage et renseignement public. Les » intérêts matériels ne sont ni mieux compris ni mieux » traités que les intérêts moraux. » La Coalition victorieuse ne sut que faire de sa victoire. Si grand fut son embarras que. pour quelle enfimtàt péniblement le ministère du 12 mai 1839, il fallut emprunter à Témeute ses forceps.

Après dix mois de langueur, le ministère du 12 mai 1S39 mourut aussj misérablement qu*il était né.

Le ministère du l*** mars 1840 dura moins longtemps encore ; il ne dura que neuf mois.

Certes, à cette époque, s-il était un homme politique qui ne dût pas hériter de la succession de M. Thiers , c'était M. Guizot.

M. Guizot avait été l-ambassadeur de M. Thiers à Londres î

M. Guizot avait été le chef le [)lus important de la Coalition, de celte Coalition qui venait de se faire juger si pauvrement par ses œuvres î

Les chefs naturels de la majorité n ctaient-ils pas ceux qui l'avaient empêchée de se débander, ceux qui avaient vaillpmment défendu les prt»rogalives de la couronne attaquées ? Ceux-là furent écartés, et le ministère du 29 octobre 1840 vit le jour.

On n'a qu'à ouvrir la Presse du IK) octobre 1840, et l'un verra (luVn cessant. Je 27 mars 1847, d'appuyer le cabinet du 29 octobre 1840, nous n'avons fait que demeurer fidèles à l'esprit et à la lettre de larlicle dans lequel n<»us en annoncions ravénement. "

De 18i0 à 1842. le ministère ne se soutint (|ue grâce au concours que lui prétendit MM. Dufaure et Passy, que grûce surtout aux .souvenirs et aux craintes qu'avaient, laissés les événements accomplis à la suite du traité du 15 juillet 1840.

Les racines que le ministère avait poussées étaient si peu profondes, qu'à peine le résultat des éltx'tions générales de

1842 fut-il connu h Paris, le cai)incl reconnut lui-même Vïmpossibilité de se tenir deboul.

Mais le douloureux événement du 13 juillet 184i, la mort prématurée de S. A. H. le due d'Orléans, ({ui jeta la France dans la consternation, sauva le ministère de sa chute.

De 1842 à 1846, le ministère nVut qu'une uïîïj jrilé incertaine et faible, si faible qu'en deux ou trois circonstances^ et notamment le 26 janvier 1844 et le 27 janvier 1845, il fui réellement en minorité, car il ne dut sa majorité de trois voix qu'à l'abstention d'une quinzaine de députés conservateurs qui, ne voulant pas se décider à voter pour lui, consentirent cependant à ne pas voter contre.

La faHjlesse numéritjue de cette majorité est le prétexte qui servit au ministère pendant quatre ans pour expliquer son impuissance et faire prendre patience à ceux qui| comme nous , avaient liAte que le gouvernement sortU d'une immobilité funesie et s'afferniit par .ses œuvres. Combien de fois MM. Guizot cl DucliAtel ne nous répétèrent-ils pas ces paroles : « Attendez les prochaines élections géné- » raies; s'il en .<orl, connue nous l'espérons, une majorité" » [)lus forte qui nous rende plus indépendants, nous u1ié- » siterons plus alors à déplojer une activité dont nous re- » connai.s.sons l'urgente nécessité, et à aller au devant de » toutes celles des (piestions (ju'il est. en elV«t. plus pru- » dent de résoudre résolùin«Mil (|ue d'ajourner indétini- » ment. »

Le ministère pensail-il ce <iu'il disait? Nous l'ignorons; mais, ce (|ue nous savons, r'est (|ue le langage que M. Guizot tint, le 2 août 1846, à Li.sicux. conlirma pleinement celui que nous venons de rappoiler , langage dont le nôtre nc fui que l'écho pendant tout le temps (|ui s'eeoula entre la dissolution de la chambre cl la c(»n\ocation i\c» collèges électoraux.

Les chambres législatives reunies, le moment venu pour le ministère de tenir, sinon .ses engagements, du moins de ne les {>as rétracter, que iit-il? Du ton le plus altier, le 27 mars 1847, il iais.sa tomber de la tribune, dédaigneu.se-

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