IV. .'î
ment, ces paroles : « Ceux qui trouveront que le gouverne- » ment n'a pas le véritable amour^ la véritable intelligence » du progrès^ ceux-là passeront dans les rings db l'op- » position. » De ce jour-là il n'y eut plus, il ne put plus y avoir de conservateurs progressistes I
Qu'esl-co que c'étaient que les consorval'eurs progressistes? Que voulaient-ils? Nous Pavons dit cent fois. La majorité se compose de deux ailes et d'un centre. Le centre est celle niasse compacte de 150 députés qui, ayant peu de valeur par eux-mêmes, doivent au gouvernement toute l'importance des fonctions qu'ils exercent, et qui, très consciencieusement sans doute, pensent que le meilleur ministère est toujoui-s celui dont ils reçoivent le mot d'ordre. L'aile droite a pour vétéran M. Delessert, et pour colonel M. de Morny ; c'est tout dire. Ce sont les optimistes. Ils sont au nombre de 50 environ, y compris tous les ofliciers d'ordonnance de Tétat-major ministériel. L'aile gauche était cette fraction de la majorité qui s'appliquait à faire contrepoids à l'aile droite pour empocher le ministère d'être entraîné, par le débordement des petits intérêts prives, dans un sens opposé et nuisible aux grands intérêts généraux du pays; qui voulait que l'attitude de la France demeurât ce qu'elle avait été sous la présidence de Casimir Périer, à la fois ferme et pacifi(|ue ; que les élections fussent l'expression sincère de r()[)inion nationale; que le pouvoir sût prendre l'inidative de toutes les mesures utiles, de toutes les réformes opportunes qui, aujourd'hui, sont encore des réformes, mais qui, demain, ne seront plus que des concessions; que les ministres, enfin, marchassent à la tête et non è la suite de leur majorité. Successivement, cette aile s'est dégarnie ; elle a vu, depuis 18i0, passer de ses rangs dans ceux de l'opposition M. de Lamartine, M. Dufaure, M. Hippolyle Passy. S'il existe encore des conservateurs^prcgressistes, ce ne sont plus que des progressistes honteux. Sans doute, il s'en faut de beaucoup que tous ceux qui votent avec le ministère, même parmi les 2fô satisfaits^ approuvent une politique qui nous mène droit à la Réaction
«nu lieu de nous mener insensiblement au Progrès, ajourne toutes les questions, eomplique toutes les afiiiires; mais qu'importe une improhation qui, au jour cù elle est appelée «à se traduire par un vjte, chanj^e du noir au blane, et se eonvertit en apologie formelle? Ce nVst pas au fond des eonseiences qye se vident siloneieusement li'S(|uestionsde eabinet, mais au fond de l'urne posée sur la tribune parlementaire. *
L'avantage qu'il y a h poser la question de cabinet sur la nomination du président de la chambre, eVsl que tout prétexte est ainsi enlevé aux esprits timorés, aux consciences tourmentées qui alors ne pourront pas dire : « J'aurais bien » voté contre le cabinet; mais l'opposition a été trop loin; D elle a engagé tel principe ; elle s>st servi de telle expres- »> sion; j'étais de son avis sur Insiucoup de points, mais il » y en avait un sur lequel j'en différais, etc. »
Nous voulons élargir le terrain, mais nous ne voulons surprendre aucun vote.
Aussi longtemps que le ministère s'est montré combattu entre deux tendances, Tune (jui consistait à le river h Hmmobilité, l'autre qui consistait h le mettre en mouvement, rexistencc et le nom des cnnservateurs-progressistes se sont expliqués ; mais ce nom n'a plus aucun sens depuis la déclaration deM. DucliAtel, corroborée le lendemain 27 mars 1847 par la déclaration de M. Guizot. On n'a pas le droit de médire d'un cabinet pour Icifucl on vote dans les circonstances décisives, après qu'il vous a déclaré hautement qu'il ne vous laissait que le choix entre l'assentiment le plus formel ou le passage dans les ranj,'s de l'opposition.
0 Nous voulons donner au gouvernement un avertisse- » ment salutaire sans blesser les personnes, sans aggraver » aucune question ; l'avertissement qui nous paraît le plus » propre à atteindre ce but est de porter h la présidence » de la chambre un autre candidat que le candidat minis» » tériel, un candidat qui fasse pressentir de la part de la
» chambre plus de fermeté, moins de complaisance »
Telles sont les velléités qui se manifestent; telles sont les
paroles qui se disent el que nous avons rapportées ; ces paroles ne se démentiront-elles pas, ces velléités résisleronleJles à tout ce qui sera tenté pour les effacer ? C'est ce que nous verrons : c'est ce qu'il est bon que sache le pa3*s.
N'avoir pas le courage de son opinion, c'est n'avoir pas d'opinion.
lOdc-cembrc 1RI7.
Le Journal des Débats le déclare : il le signifie : Si M. Sauzet n'est pas réélu président de la Chambre des députés a le cabinet se retirera immédiatement. » Sauf, ce que n'ajoute point le Journal des Débats, à prov«)quer une nouvelle réunion de muets dans la salle I.eniardelay, à l'instar de celle du 28 janvier 181*3 I-, et à déclarer le lendemain (jue les minisires, cédant aux pressantes instances du parti conservateur, consentent à retirer leurs démissions.
La miijorilé n a pas le droit de préférer M. Dupin à M. Sauzet. Qu'elle choisisse M. Dupin ou M. Dufaure.M. Dufaure ou M. Karrot. ce sera exactement la même chose.
Nous aim ms les positions netles , nous ne pouvons donc qu'approuver la franchise de ce langage, qui achève d eflacer toute nuance dans la majorité et de séparer profondément la Chambre en deux camps :
Le cani]) ministériel :
Le camp de l'opposition.
Plus de ci)nservaleui"s-progressislesî Plus de conservateurs-indépendants! Plus de tiers-parti! Plus de dissidents! Plus de terrain neutre! Plus de drapeau sans couleur !
Quiconque ne donnera pas sa vt»ix à M. S^mzet ; quicjn-
1" A o'it»' ri*:Jiijrni, on avait iImij-* rhoinogi'iii'it*'* ilcs opinion.; m jvu •!« coiitiauce quo, ilan- la crainte que l*a.— ♦»inl)l,-c so divi-nt, il ne fut permU à personne do pnn«lre la p.ir.>!«.' po ir di!«cutcr. M. iliî Salviindv icul prononça une alio<'ution. *
que se permettra de croire que le candidat ministériel ne soit pas le meilleur de tous les présidents; quiconque abusera du secret du scrutin pour voler sournoisenionl contre M. Sauzet, en déclarant faussement qu'il a voté pour; quiconque môme s'abstiendra sera considéré par le cabinet comme un adversaire.
A la bonne heure ! c'est ainsi que nous comprenons qu'un ministère se mette à la télé de sa majorité. Immobile, impuissant, il faut avoir le courage de son immobilité, de son impuissance.
Si le ministère l'emporle, si M. Sauzet est réélu, il faut espérer que désormais le gouvernement renoncera à rejeter la responsabilité de sa faiblesse et de ses faules sur la majorité.
Pauvre majorité !
A quoi donc lui a servi de serrer ^es rangs dans la journée du 16 février 1847, — et 243 contre 130, — de voter le rejet de Tamendement de MM. Léon de Maleville, Gustave de Beaumont et Bethmont, amsi conçu : « Qu'une politique » libérale et modérée assure au gouvernement l'autorité » morale qui lui est nécessaire : ii l'administration le res- » pecl que la probité commande : à nos institutions leur » développement pacifuiue et régulier, et Votre Majesté » peut compter sur notre concours indépendant et désin- » léressé ? n
Pau\Te majorité î
A quoi donc lui a servi de jeter dans lurne du scrutin, en faveur de l'adresse. 2i8 boules contre 84?
Pauvre majorité î
A quoi donc lui a ser\i de nier révideme, de fermer les yeux à la lumière, après avoir demandé (juclle se fil, et de voter dans la séance du 2.'3 juin. — 2fo voi\ contre 102, — l'tirdre du jour nulivé, ainsi rédigé par'M. de M'.rny : « La » Chambre, satisfaite des explicali >ns d >nnées par le g3U- » vernemenl. passe à Tordre du j mrl «
Pauvre majorité î
A quoi donc lui a servi de donner tant de gages de dé-
voûment, tant de témoignages de l'abnégation la plus profonde, puisque cela ne suffit pas encore pour la mettre à l'abri des reproches du Journal des Débats , et la dégager de la solidarité qu'il fait peser sur elle?
Ce qui a manqué dans la session dernière au cabinet estce donc de n'avoir pas été assez exigeant envers sa majorité? La majorité n'a-t-elle donc pas poussé assez loin, descendu assez bas Tabnégation ?
Si le ministère s'est présenté devant les Chambres t sans » projets de lois bien mûris, sUl ne les a pas défendus éner-- » giquement, s'il les a abandonnés au hasard de la discus^ 1» sion, » en quoi donc était-ce la faute de la majorité ?
Quelles sont donc ces a fautes graves et nombretises com^ » mises par la majorité elle-même » que le ministère soit en droit de lui reprocher ?
Nous défions le Journal des Débats, qui tient ce langage, de les articuler et de les énumérer.
Nous l'en défions !
De même que les mauvais ouvriers ne manquent Jamais de s'en prendre à leurs outils, les mauvais ministres s'en prennent toujours h leur majorité.
Si le pouvoir est sans force, s'il est siins prestige, sî toutes les administrations publicpies regorgent d'abus ei retentissent de scandales, si de toutes parts, au midi comme au nord, on refuse de porter la santé du roi, si le radicalisme menace la société par le faîte, et si le communisme la menace par la hase, si Tinertie est partout, et sî la vigilance n\\st nulle part, si le gouvernement est sans initiative et si la {Militique est sans idées, si notre diplomatie .se fait honnir en Italie et bafouer en Suisse, si M. Guizot, qui .se vanlait hautement d avoir joué lord Palmerston, en est ivduit à iniplorer clandestinement ce dernier, aGn qu'il ne dépose pw sur la tribune et ne livre pas à la publicité les correspondances de Vienne, transmises par lord Ponsonhy, ministre de la Grande-Bretagne près la cour d'Autriche, etc., etc., etc., c'est la faute de la majorité !
Pauvre majorité ! Voilà le gré ({u'on lui sait de tous les
sacri&ces qu'elle a fails à sa conscience, à son indépcndance, è sa dignité.
Maià qu^clle vote pour M. Sauzet, et toutes les Tautes du passé seront réparées, tous les dangers de Tavenir seront écartés, le parti conservateur sera sauvé, les radicaux seront étouiïés et les socialistes mis dans Timpuissance de nuire.
Si nous comptons bien, voilà pour le moins six ou sept années que la majorité, docile à la voix du ministère, vote bon gré mal gré pour M. Sauzet. En quoi le gouvernement en a-t-il été plus fort, en quoi Padministration en a-t-elle été plus active, en quoi nos affaires en ont-elles été mieux conduites?
lA PROPOÇilTION DE M. DIIAUSSONVILLE.
5 février 1845.
La proposition de MM. d^Haussonville. de Sahune, Saini- MarcdeGirardin, de Gasparin. de Sainle-Aiilaircet Rihouet, a pour objet de régler les condilions d-admission et d'avaiw cément dans les fonctions publiques. Elle est conçue en ces tiîrmes :
« An. l®^ A Pavenir, nul ne sera admis au grade le » moins élevé de lun des services publics rétribués par » rÉtat, si son aptitude n a été constatée par un des ftioyens » suivants :
» Le résultat d'un concours,
» Un examen subi à la sortie d*une école spéciale.
» Un diplôme obtenu dans une des facultés,
» Un sumumérariat précédé et suivi d'examen,
» Un certificat d'aptitude délivré après un examen spécial.
0 La forme dans laquelle l'aptitude doit être constatée » sera réf,'lée pour chacun des senices publics par des or- » donnances royales rendues dans Tannée qui suivra la » promulgation de la présente loi, s*il n*y a déjà été pourvu » d'une manièn» confirme aux règles qui viennent d'ôlre » établies par des lois, décrets ou ordoimaïuvs royales.
» Art. 2. Les ordonnances rendues en vertu de Particlc » précédent détermineront la hiérarchie des emplois dans
LA PROPOSITION DE M. I) HAl SSONMLLE. 361
• chacune dos branches de l'administration, el fixeront, » s'il y a lieu, lùriuivalent des grades, soit dans le mémo
• service, soit dans des services difTérents.
» Art. 3. Nul ne sera admis dans les autres grades ^du » service public, ri^tribuiVs par l'État, qu'à la condition :
» 1® D'avoir rempli, pendant un temps déterminé, le » grade immédiatement inférieur, ou un emploi équiva- » lent :
» 2* Et d'être compris sur une liste de présentation ou » un tableau d'avancement, ou d'inoir subi soit un examen, » soit q<ielque autre épreuve spéciale.
0 Les ordonnances rendues en exécution de l'article l*"" » delà présente loi détermineront, pour chaque service, le » tempe ii passer dans le grade inférieur, les fonctionnaires » qui seront chargés de dresser les listes de présentation » ou tableaux d'avancement, et la forme i\e^ examens ou » épreuves spéciales.
» Art. 4. Toutefois, les fonctionnaires de l'ordre judi- » ciaire. les cinservalcurs. gardes et employés des biblio- » thèques ou archives du royaume, les |)réfets. les rece- » veurs généraux et les receveurs particuliers, pourront » être nommés, pour un rinciuièmc». en deh u's des régies » prescrites par l'artich» précédent.
» Art. 5. Les (lis|)ositions de la présente loi ne s'appli- » queront pas aux fonctions de :
» Ministre,
» Ambassadeur el ministie plénipotentiaire.
« Gouverneur-général de l'Algérie.
» Sous-.secrélaire d'Etat,
» Secrétaire général d'un nïinistére,
» El préfet de police.
0 Art. 6. Toutes les nominations faites par ordonnance » royale ou par arrêté ministériel seront rendues publiques » par la voie du Moniteur, »
Cette proposition est le faîte d'un édifice dont la première assise e.st encore à poser.
Si le faîte ne repose sur rien, comment se soutiendra-Uil?
Celle proposition , conçue dans les plus louables intentions, est marquée au coin de cet esprit d'incohérence, de morcellemenl et de rapiécetage qui caractérisera notre époque, à dater de la chute de rempereur Jusqu'au jour où naîtra au monde politique Thommc appelé à donner à Tadministration, en France, ses véritables lois.
Là où nous voyons un trou nous mettons une pièce, sans nous inquiéter si la pièce ne fera pas jurer et déchirer le fond: voilà ce que npus appelons faire du neuf; voilà juscfu^où va notre audace d'innovation, notre génie d'organisation I
Celte proposition suppose que l'enseignement parmi nous est ce qu4I doit être.
Elle suppose, et que les diverses écoles spéciales, et que la faculté des sciences économiques , administratives et politiques, qui sont encore à créer, existent et fonctionnent.
Enfm, pour tout dire, cVst une loi qui consiste à prescrire qu'il sera fait des ordonnances, et cependant il faut reconnaître que la proposition primitive a été très améliorée et singulièrement amendée par la commission chargée de son examen , puistpie des six articles dont cette proposition se composait originairement il n^en est pas reste un seul.
Faites une bonne loi sur renseignement public en France, et si cette loi est véritablement ce qu'elle doit être, elle vous dispensera de présenter des propositions de la nature de celle dont il est question ; elle fera plus, elle vous donnera les moyens de résoudre successivement, insensiblement les difTicultés ({iii s opposent aujourd'hui à la rédaction d'une loi élccloral«\ telle qu'elle concilierait lesopinions les plus eilrôines cl culm«»rait les plus impatientes.
Nous semons dans une terre qui n'a pas été labourée, et nous nous étonnons qu'elle reste stérile.!
Commenrons donc |)ar le commencement; commençons par labourer: nous sèmerons ensuite quand la terre aura été bien préparée et que la saison propice sera venue.