LA PROPOSITION DE M. D'HAISSONVILLE
Le commencement, ce serait une bonne loi sur Pinslruclion publique.
L'instruction publique , regardée altenlivomont d'une certaine hauteur, présente cet avantage qu'elle donne les moyens de contenir et de classer les amhilions qu'elle multiplie. Le jour où toutes les ressources qu'offre par ellemême l'instruction publique seront apparues h un homme d'Etat doué d'une volonté ferme et d'un jugement sûr, ce jour-là une nouvelle hiérarchie sociale sera créée ; l'ordre aura remplacé la déplorable confusion au milieu de laquelle nous nous agitons ; alors ce sera le degré d'instruction qui déterminera les droits politiques et les aptitudes administratives, qui posera des barrières infranchissables aux prétentions exagérées et aux candidatures déplacées ; alors ce seront la spécialité et la variété de l'enseignement qui maintiendront le niveau entre toutes les professions ; alors, au nom de sa conservation, le gouvernement comprendra qu'il doit s'imposer à lui-même la loi absolue de n'employer jamais que les hommes les plus capables et les plus instruits, qui se seront montrés tels dans les examens et concours auxquels ils auront étésueeessivcment soumis; alors du même coup, les fonctionnaires publics se trouveront former nécessairement l'élite de la nation, et les médiocrités ambilieusesseronl naturellement exclues et repoussées dans la foule, par le fait même de leur ignorance; alors le gouvernement s'élèvera par la considération de ses agents, il fera alors ce qu'il ne fait pas; le gouvernement gouvernera, elle pouvoir acquerra enlin l'autorité morale sans laquelle son existence précaire sera toujours menacée par le conflit des ambitions personnelles.
Combien est-il de médiocrités, d'incapacités même, qui n'aspirent à obtenir des fonctions publiques que parce que la carrière de l'administration leur paraît livrée à qui veut s'y jeter et qu'on y arrive de plein saut? Celte façon de l'aborder sans études préalables, sans épreuves, sans garanties, doit nécessairement encourager les prétentions les moins fondées; il ne manque pas de gens qui, voyant Iç^
aspirnnts aux fonctions administratives dispensés de toute préparation, de tout noviciat, s'imaginent que si nos lois se taisent sur ces conditions d admission, c'est que ces conditions ne sont nullement nécessaires. Ils vous diront qu'avec du bon sens on n*a pas besoin d éludes spéciales pour devenir un excellent préfet : que l'administration n'est rien autre chose qu'un contact continuel avec les hommes, et que les questions de personnes n'exigent que du tact et de la prudence; quant aux questions de choses et aux intérêts matériels conHôs h l'administration départementale, ils en feront bon marché et ne douteront pas qu^une expérience de quelques mois ne suffise pour initier au maniement de toutes ces affaires un homme doué crintelligence et de sagacité.
De la les préventions pour de vieilles traditions, l'asservissement à la routine, l'inhabileté trop frécjuenle à traiter des questions dont IVxamon exigerait une inslructijn solide: de là enfin ce peu de confiance qu'inspire l'application des principes les mieux (U'monlrés de la science économique, et ce préjugé encoie si répandu parmi nous contre ce qu'on appelle les throrirs. rumine si une théiU'ie digne de ce nom n'était pas le ré unie et l'anaUsi' lidèle des faits d'où dépendent t(»us les autn's.
U n'en est point ainsi en Allemagne. Depuis longtemps l'économie politique, la nimcralistiqHC 'science de l'administration et des (inan(e> , y sont professées partout dans des chaires spéciah*s. et l'assiduité à ces cours, la preuve des comwiasonrrs qu'on ij a acquises. S'jnl exigées de tous les candidats aux empi >is qui rendent ces notions nécessaires 1 . —Ces candidal.s sont soumis à des e.rameris diinl le résultat plus ou nmins favorable leur ouvre ou leur ferme l'arcés aux plare> dans toutes les branches de l'administration publique: de même que. rh«*z nous, l'instruction également constatée des étudiants leur ouvre la carrière de l'enstMgnem ^nl. relie du barreau et de la médecine.
'1 Voir VcxccUciit tr:i\:iil qm* M. hMouaril LntintiUnyï* a pahlU^ sonn ce titn* : De l' Enttignemrnt et du .Votii l'if aJminutia^ifii n\ Àtlemo'jne,