LA PROPOSITION DE M. DHAUSSONVILLE
pas; elles se fortifient, au contraire, mutuellement : iJ est vrai que par rexprossion dVgalitê nous n'entendons pas une surface unie comme le niveau d'un lac: encore moins l'action d'un rustre qui ronveisc un passant en lui disant : « Nous sommes égaux. »
Nous définissons l'cgalilé : la lihcrlé du concours, c'està-dire (|ue tous soient admis à soutenir leurs prétentions; mais ce n'est pas h dire que tous soient aptes à les justifier. Ainsi, deux concurrents cessent délre égaux lorsque la présomption malheureuse de l'un a nïontré son infériorité sur l'autre. — Un homme sans moralité et sans instruction n'est pas Tégal d'un homme moral et instruit, mais il aurait pu Tétre.
Les hommes qui ne cunc(»ivent pas l'égalité sociale ainsi entendue se rejettent alors sur l'égalité naturelle, qu'ils croient mieux comprendre : mais, à notre avis, sur ce point comme sur Tautre, ils ne raisonnent pas plus juste, car la nature n'est ni moins arbitraire ni moins variée que la société dans les avantages (|u'clie disjîcnse.
Enfin, sel(»n nous, régahté absolue, c'est le libre, l'entier développeuïent des facultés humaines et des supériorités sociales, c'est l'application inllexible de ce principe essentiellement conservateur et progressif. (|ue toutes les supériorités de fait soient reconnues de <lroit.
Linstruction publique, ce puissant levier des sociétés, cherche vainement deux choses : la main et le [)oint d'appui qui lui sont nécessaires pour relever la condition humaine et donner à la hiéranhie sociale l'égalité civile pour base. L'instruction est la première de toutes les cultures, car clic est celle de l'honmie. Perfectionnez celle-là. toutes les autres se perfectionnen»nt d'elles-mêmes.
Aussi, que se passe-t-il tous les jours s«ius nos yeux?
Tantôt, nous voyons le gouvernement s'ai)puyer sur des principes qu'il devrait combattre; tantôt, l'opposition l'attaquer avec des arguments (jui, s'ils étaient soumis à uu plus sévère examen, seraient la condamnation de la cause qu'elle défend.
IV ''i*
370 iS4&.
RaremoRi co sont deux (li)Ctrincs conlraires en préseiKv: pivscfue tiMijniii^s cVst une nu^léo de lous les priaripes conlradii-tdires. dunt diariin des deux antagonistes s'arme en t;>ute liAle et au hasard ptiur la défense ou pour rat(a(|ue.
Lni-sque Piipposition et le pouvoir entrent ainsi en lutte. l'erreur et la \tTilê n'ont pas eliaeune leur eamp opposé, rignnranre Muh» e>t aux prises aver elliMnènie: nul des deux, de r«ippusili<>n ou dp poiiviir. ne ^ait ee qui lui npparti(*iit en i^n pir : p ur l'un (< nune pour rauln'.rien n'est patrini tint* . t'iul e>l hutin.
(lonutient ponrrait-il en èlre autrement?
11 n'y a p int en France d'édui'a(i->n nationale.de moyens ré;,'uliers de eon^iiiier le savoir polili^pie.
Les hoimnes n'y sont p^is rhnisis: îles eirconstcinces et des romliiiiai>ons. plus st vivent ipn* le droit et riiabileté, les mettent i-n p* >M-ssi>>n du p<:uvi>ir. suis ex|)érience des alfairi^ rt surtout s;ins itiees. Tri e>t nit^me le dédain que l'on y I inf,'»*' pi.ur l'élude et la ^perialite.que U*shoronies e\p<'rt> d«in> une \mm\u* M>nt preMpie toujours appliqués à une jiulri' i|u'ii> i;:norenl. ou n'Ie^'ues dans di*s empluis subaîli-rnes.
Li'S llie ries y s -nt des opini-ius vi-rlH-uses et non point de.'i >\>lemes médite^.
L'i^'ii-ranee \ e>.l présomptueuse, déliée, téméraire, et la <cienee. au enniraire. m ^leMe. jjauelie. timide: Tu m^ osant li'Ut. l'autre n'«'s.»nt rien.
Si Li Frame. finile a fee.mler. ve,:;ete â demi-priMlurlive, si la ei\ili>ali.in M'mhie i'av.iir de»eehee a\ant do lavoir mûrie. e'e>î parée i]u*en matière de ;:>>uvernement elle na p,is uii eli i\ d'- prinei|e> arrèie>. île traditions re>p*»etées, d'il i:în'.e> >ï"eei.iu\ : e'esl parée «pie l'esprit «le |>artiy prévaut ifi'p >ou\er.iii.i nient Mir leNpnî ] uMie. et larl de rim; r.vi-.ili, n >ur le jjei.ie d» rv:ani>,ili' n.
II i a ï»ei ..i: Mi'.w uieiil nî la >eieniv ov^MK-mique. adminis-tr,*li\.» e: \ \\ù;\w »iv. it >es |r fesse urs. s<*s autorités, ses 0 ur^. se< j urii..;;\.
M<iis avant d'insliluer une Faculté des sciences économie ques^ndmwistrativcset politiques^ une preniière pensée devra occuper sérieusement le gouvernement, ce sera de déterminer d'ahord les principes qui seront préférés, de choisir ensuite les autorités dont les opinions seront données pour bases fondanuMilales ii ce nouvel enseignement, et de rédiger en conséquence les traités rudimentaircs et spéciaux (jui seront approuvés.
Une telle œuvre, un tel examen ne sauraicjit être faits avec trop de soin et de maturité.
Dans les gouvernements absolus, il est peut-être superflu d'enseigner à l'enfance le respect des lois; l'énergie du pouvoir supplée tout : il n'est pas besoin d'autre ressort que la crainte ; mais, dans les gouvernements représentatifs, il faut s'occuper d'autant plus attentivement de l'éducation nationale et de Tinstruction politique des citoyens, qu'ils ont plus de part h la gestion {\cs affaires, et que l'autorité du pouvoir est plus ébranlée par les discussions de la presse et de la tribune.
L'exercice du pouvoir a changé de conditions : autrefois, un seul h lUuiK* gouvernait et administrait, et <lonnait Pimpulsion générale: S(»us RichelitHi, Mazarin, (^olln^rt, il suffisait d'éclairer Hichelieu, .Mazaiin. C(»lbert, pour obtenir une mesure utile ou une réforme nécessaire. Mais il n'en est plus ainsi : le pays prétend se gouverner lui-même; c'est donc maintenant le piiy> qu'il faut instruire, la majorité qu'il importe d'éclairer.
L'opinion publi(|ue, ce juge sans appel, ce pouvoir sans bornes et sans responsabilité, celte souveraine al>soIuc du monde constitutionnel, subit la loi commune de toutes les royautés: elle a d'imprudents conseillers et de plats courtisans, a (pii prolilent ses capiices et ses écarts. Ses erreurs ne sjnt jamais sans danger ; p*assagéri*s, elles amènent des crises ; prolongées et iujposécs au pouvoir ou partagées par lui, elles deviennent la cause, souvent inapen;ue, des perturbations internes les plus graves.
Répandre davantage les vrais principes administratils«
372 tH15.
populariser les sainos opinions économiques et le goût des études sérieuses, est le seul moyeu peul-élre de créer, h la place de cet élément vague et inconstant, une autre opinion puhliiiue plus éclairée, moins mobile et nmins arbilrciire. (|ui mette enlin un terme à ce désir indéfini de changement qui use les institutions politiques sans les fonder et les hommes d'Ktat sans les instruire.
La propositiiiu de M. d Hauss^nville résislera-t-elle h Tépi'euve de la discussion? — Cela est douteux: mais, alors même (piVlle serait Vi)tée. il ne faut pas s'abuser, cette proposition prématurée serait sans elTel, parce qu'elle esl sans base. Voyez ce (pfa produit Tart. 7 de la loi du 24 juillet 1843. ainsi conçu :
tt Avant le 1*** janvier 184.-Î. Ttirganisation centrale de cha- « que nlinist^re sera réglée par une ordonnance royale in- » sérée au Bulletin des Lois : aucune moilification ne «i pourra y être apportée cpie dans la même forme el avec » la même publicité. »
Neuf ordonnances royah»s. réfjlant lorf^anisation centrale des neuf départements ministériels, ont paru : mais quelles ordt»nnances ! ('e s:int des monuments (rincohén»nce, d'impui.ssance. de stérilité. A-l-on jamais plus ouvertement méconnu l'esprit d'une loi en olM*issant servilement h sa lettre? C'est vainement iiu'nu chercherait une pen.«îée d*unitê. un geiine fécond dans vo:> ordonnances. Klles ne se rattachent enln» elles par aucun lien: elles tu* se recommandent par aucune simpliliriitiun. Kt cependant, .M. le niai-éclial Soult a été Tirmé ii la ^Tande éc >h' impériale, MM. Duclu^tel et Lacave-Laplapie soi»t d aies d'un inc.inle.slable savoir : M. (hniin-<iridaine a dirifjé longlemps avec succès un grand établissement industriel I (Comment donc expliquer cette inoherence, celle impuissance, celle stérilité ? — Par rinii;erfeeti lU du muW de di>lril)ulion du travail minîsié* riel. (|ui s'nji|hisr à ce «pie rien de grave et de durable puisse être entrepris. Tant qu'il suJKsi.stera. on changera vainement de mini>lres. on ne changera pas d'errenn^nts. L'impul.si'in sera luujours vaincue par la résistance. Enréa*