LE TIERS-PARTI
13jiiiUetl8d6.
Le 26 avril 1835, le premier à la tribune parlementaire nous disions :
« Ce parti, à qui personne ne paraît oser commander, » dont nul ne veut être, ce parti qu'on attaque en même » temps qu'on le conteste... c'est le mien.
» Si je suis du tiers-parti^ si seul et le premier dans cette » enceinte je réponds à ce nom, c'est parce que je crois ferme- » ment que, quelque imparfaitement qu'on Tait défini, quel- » que honteusement qu'on l'ait qualifié, il est à Theure où » nous parlons l'expression la plus saine et la plus vraie de » l'opinion publique.
n Se tra<er hardiment une voie droite et large au Ira- » vers de toutes^ les opinions contraires; éteindre les pas- » sions en laissant de côté les récriminations et les défis ; » aiïaiblir les partis et les fondre, en prenant à chacun »» d'eux ce qu'il peut avoir de vues utiles et d'idées ap-
> plicabies, ne leur laissant que celles de leurs doctrines » erronées ou irrélléchies que la raison éclairée ft Topi- » nion publiipie s'a(*cordent à réprouver ; res|)ecter la con-
> science de ceux qui font à leurs convictions politiques le » sacrifice ou l'ajournement de leur ambition ; honorer la » fidélité de ceux qui s'efTori*enl de concilier leurs affections » avec les intérêts d«» leur pays, parce que cette fidélité fait
» seule maintenant toute la force et la foi du serment poliï> tique; respecter toutes les croyances religieuses, sans » dénigrer le clergé catholique ; être l'interprète fidèle » des classes peu aisées sans les insurger contre le luxe » qui crée le travail ; parler du peuple noblement, parler ï> au peuple bravement, être à la fois pratique et progres- » sif ; démontrer par les faits que les intérêts matériels sont » la base la plus solide de la morale d'un peuple ; qu'il y^ n'y a pas, sans bien-être général, d'ordre public durable. » ni de politique réelle ; préluder à la conciliation par la w clémence , dès qu'une minorité opposante en exprime le ï> vœu ; s'enquérir moins de la majorité parlementaire, et » plus de Topinion publique ; un peu moins du présent et » beaucoup plus de Ta venir: fuir tout système exclusif et » inexorable : telle est la mission qui me paraît résen'ée au » tiers-parti, si. comme je le crois, le cabinet actuel ne » peut ni ne veut la remplir. »
Voilà le tiei's-parti tel que nous aimions h Timaginer. tel qu'il nous plaisait de nous glorifier de lui appartenir! Alors nous pensions que le jour même de son avènement, une grande amnistie serait pro(*lamée : qu'une grande réforme administrative préviendrait la nécessité d'une réforme électorale prématurée ; que la liberté progressive, conciliable avec la stiiliililé politique, serait judicieusement comprise; que la fiscalité serait restreinte et la légalité élargie ; que la presse serait aiïrancliie de droits exorbitants; que IVmée serait considérablement réduite : (|ue l'instruction publiciue serait réformée, et l'instruction primaire plus largement dotée; que le crédit organiserait de toutes parts le travail et la i)révoyance, développerait rapidement la moralité publique et donnerait aux esprits une direction nouvelle : que la circulation monétain' et les voies de communication marcheraient parallèlement d'un pas égal et rapide ; que la France enfin, sans préjudice de l'unité gouv(TnemenlaIe, verrait finir pour elle le système d'exagération militaire qui Tassujellil encore, et commencer l'ère d'activité industrielle
LE TlEHS-FARTl. 5
qui seule peul préserver la royaulc et la paix des dangers qui les inenacenl.
Au liers-parli une belle lAche était réservée î Que
fail-il ? Il borne toule son ambition et loute sa gloire à imposer à M. Tiiiers avec fierté quelques-uns de ses amis, et il oublie tous les engagements sacrés qu'il avait pris, toutes les espérances qu'il avait fait naître dans quelques esprits généreux ; il ne se préoccupe que «le petits intérêts privés et personnels. L'existence du tiers-parti est maintenant finie : elle n'aura donc eu «|ue la durée d'une intrigue; elle n'aura donc été qu'une misérable question de places dans le conseil des ministres et dans le conseil d'État !
Nous ne voulions pas le croire.
'Ministère du 6 septembre 1856,)
20 juillet 1H36.
Jamais, pour nous, l'amnistie ne fut un lieu eomniun oratoire, un misérable moyen de surprendre un portefeuille ; h nos yeux, Tamnislie a toujours été, elle est eneore l'acte le plus politique, le plus grand et le plus utile qui puisse être conseillé h la dynastie nouvelle.
Le sixième anniversaire de juillet se prépare , les tentes sont déjfi dressées, les chambres sont closes, le ministère est libre ; quatre tôles roulées sous Téchafaud ont consacré la terrible réalité des arrêts rendus par la cour des pairs, le jour d'un grand ticte de clémence nous semble venu ; plus tard que la fin de ce mois il manquerait d'opportunité.
Le roi persiste à vouloir passer la roue comme aux autres anniversaires de juillet. Le roi a raison : ce qu'il y a de plus prudent en France, c'est le courage.
Le 3 avril 1808, lempereur Napoléon écrivait à son frère Louis de Hollande :
« Le droit do grAce est un des plus beaux et des plus V nobles attributs de la souveraineté.
• C'est dans les condamnations pour contravention aux » Jois de fiscalité, c>st plus particulièrement encore dans » celles qui ont lieu pour délits politiques que la clémence » est bien placée. En ces matières, il est de principe que, si » c'est le souverain qui est attaqué, il y a de la gi^andcur » dans le pardon. Au premier bruit d'un délit de ce genre, » rintérét public est rangé du côlé du coupable et point de » celui d'où doit partir la punition. Si le prince fait la re- » mise de la peine, le peuple le place au-dessus de l'of- » fense,et la clémence s élève contre ceux qui l'ont offensé. »> S'il suit le système opposé, on le répute haineux et » tyran... »
Que M. le président du conseil veuille ce que n'a pas osé faire M. le garde des sceaux; qu'il prenne l'initiative de l'amnistie, qu'il réconcilie noblement en lui l'écrivain avec l'homme d'État!
6 août 1836.
Nous ne faisons pas de la clémence une question de système, et nous croyons qu'il y aurait encore beaucoup à faire après avoir beaucoup panlonné ; mais nous pensons toujours que Tamnistie diminuerait les difficultés présentes, et c'est pour cela que nous l'avons déjà conseillée et que nous la conseillons de nouveau.
Les hommes qui subissent en ce moment la peine des tmubles politii|ues dont ils furent l'instrument volonl.iireou la cause spontanée ne représenteraient plus aujourd'hui, s'ils étaient rendus <i la liberté, les passions politicpies de ces dernières années, passions qui sont à moitié éteintes ; ce seraient donc des hommes qu'on relâcherait, et n(»n des principes, et ce ne .sont pas des hommes qui sont sérieusement dangereux.
En tout cas, l'amnistie qu'il faudrait, celle qui donnerait quelque fruit, ce ne serait pas une demi-générosité, mais une gran4le et solennelle clémence, sans rt\serves et sans fOtlrictions. Nous ne sommes donc pas pour les grâces in-