‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 63 sur 71 · LA PROPOSITION DE M. LEDRU-ROLLIN · texte numérisé non relu

LA PROPOSITION DE M. LEDRU-ROLLIN

t Malgré quelques vœux isolés et peut-être intéressés » h cet égard, votre commission croit devoir constater ici n Topinion de la France, ou tout au moins ce qui lui paraît » être celle de Timmense majorité: l'absence de toute » espèce de condition d'éligibilité serait regardée comme » dénaturant tout h fait notre gouvernement représen- « talif....

» C'est dans l'intérêt de Tordre, dans celui de la stabilité » des institutions; c'est pour se prémunir contre les mou- » vemenls de l'ambition ou les effets de la corruption, » qu'une garantie est demandée h Télu. *

» Cette garantie est de deux sortes : ou elle réside dans n l'âge, qui provient de la maturité ou de la réflexion... ou » on la fait résider dans laccomplissement d'une certaine » condition de fortune. <*'est-à-dire dans le i>ayement d'un »> cens déterminé ; car, comment les contribuables pour- »> raient-ils, avec sécurité, confier le vote de l'impét h celui n qui, n'en payant aucun, n'aurait aucun intérêt h voir s'è- » lever ou s'abaisst»r le chiffre du budget ? Comment pour- » raient-il^ avoir confiance en celui qui, dans les cas de »> désiislrt*s publics, n'aurait rien h perdre ? »

M. Ledru-Hollin. en ménjc temps qu'il propose d'abolir le cens de l'éligibilité, pro|>ose d'accorder une allocation quotidienne à litre d'indenmité à cha<iue membre de la Chambre des députés : voici ses motifs :

u Les portes de la députation ne s'ouvrent i>as à cette por* » tion de la jeunesst^ éclairée, studieuse et grave, qui s*esi » plus fH'cupée de la culture de l'àme que de celle de l'ha- > bit, et (|ui a plus de richesse dans stm cœur que dans sa » caisse. La Jeune génération de 18:^ n'a guère dans la » Chambre «lue des repK'sentants d<»nt les vertus brille- '» raient Ix'aucoup plus parmi de frivoles courtis^ins que >> dans une assemblée de citoyens et de législateurs. La » jeunesse forte est contrainte juir le cens d'éligibilité de h céder la place à la jeunesse dorc»e.

» La fonction de député n-i»st accessible qu'il une iMirlie

iOi tHth.

w livs limitôiMlcs clnssos nn)yrnius: ollo esl inac(*essihie >' nu\ classî^s |)opnlain's : i»l'o sera ilôsormais oiivorlo i\ » loutos l(»s rapai'ilôs, à Irais irs lalonts. h tmitos los for- " Unies. Il m» faudra plus pour Tohlenir quo lo libre ch(ii\ »' do 1 électeur. Le dèpulê y gapnera plus d1iulôpond«ine(* '» du e(Mé du |)nuvoir; il sera forcé h plus de rospocl cl :i » plus de ménajj'enuMils pour les opinions du corps f|ii*il ■' représenU». »

Nous ne nous arrélerons pas à disculer 1on;;uemcnl un*» proposition dont il est possible que trois bui*eHUT aiili»risent la lecture, mais dont il est douteux que In Chambre voie la prise en considération: nous nous Immerons h dire que le cens d elipbililé fût-il aboli et le principe de Tindemnilé admis, nous ne croyons pas cpie la propositi.m de M. Ledru-Uollin ouvrît les portes de la (llinmbrc à celti» jeunesse éclairée qu'il oppose à une prétendue jeunossidorée ! Pour partaj;:er uni* telle illusion, il faudrait ne pas savon* comment se font les élections dans la plupart ile^ petits <*.)lléges. et les p(»tits colléj^es, en France, sont en majorité. Avec le Iractionnement des éleclicms tel qinl a lieu, fractionnement que M. Ledru-Hollin ne propose pas de chanf;er. «|u'arriverait-il ? — Cisl qu'aussitôt que la dépulatiiiu aurait cc.>sé d'être un hunncur onéreux pour devenir une carrière rétribuée, l«»s familles influentes, nombreuses. (|ui décident de l'électi «n dans bcauoup de petits colléijes, nu'l Iraient tout en «pumc puur faire nonnner député c(>hii de leurs lih d>>nt elles n'auraient pas réussi à faire un fiinrti nnaii'e. On se plaint aujourd'hui d'avoir une Chambre des députés coinposet» d'un Irof) p'aiid nouiltre de fiiiicti »nn.-iires publics salarit>>. nn aurait al«irs uni* (ihambre des dfputes c.iiiipo*ée en pande partie (h* conimi'*, que les électeurs rr«>ii aient ii leurs «iaj^es et cpi'ils traiteraiiMil vu «onsequenif». — Mais, dit-on. de 17«î> à 171K>. aucun cens d'éllLiibilite n'elait e\i^i»c'. r{ les membres des A**>eml»li*e> de cclli' e{j:;quc re(t'\ aient uni» indemnité. A i-elte nbjeclion nous répond )ns : — yu<*Is rapports ya-l-il entre la loi éli>(*t irair du 11) avril tKil. et les lois des 3-U

LA PROPOSITION DE M. LEDRt-HOLLIN. 403

septembre 1791, et 5 frucliilor an III, qui admettaient des assoniblêos primaires et un électeur pour cent citoyens actifs, sans impostM* à réiccleur citoyen-actif d'autre condition de cens que de payer une contril)ution égale à la valeur de trois jours de travail {3fr. environ;? Est-ce que ]v cens de leligibililé. alors même qu'il était de 1,000 fr. et Tabsence d'indemnité ont empêché MM. Thiers, Guizot, Odilon BaiTot, Garnier-Pagès, Cabet, etc., etc., de se faire ouvrir lés portes de la Chambre des députés?— Si MM. Bastide, rédacteur en chef du NationaL Lesseps, ancien rédacteur en ch(»f du Commerre, Léon Faucher, ancien rédacteur en chef du Courrier français, etc., etc., ne siègent pas à la Chambre h coté de M. Chambolle, rédacteur en chef du Siècle, est-ce que c'est à la difficulté par eux de payer le cens exigé par la loi qu'il faut s'en prendre?

En fait de réformes élcctoraIt>s, surtout en fait de réformes électorales partielles, on se fait d'étranges dlusioos. En voici une preuNC que nous tirons d'un discours prononcé par M. Odilon Barrot, le 9 mars \Sl\\ : a Quant à la séduc- » tion et à la corruption, — disait-il,— roM5 y avez mis une »> barrière: vous avez étnblUe principe de la réélection. »

Ib.

liS FONCTIONNAIRES DÉPUTÉS.

23 février 1845.

La c|uostioii do droit et do fiiit de l^inviolabilité administrative dos fonctionnaires-députés est une question grave, au fond de huiuelle ne sont allés, ni les orateurs pour et contre (|ui Tont i)ortée à la Irihune, ni les écrivains d^opînion opposée (]ui ri)nt traitée dans lu presse. Des deux parts la (piestion a été éludée: aussi bien de la part de M. Llierhette que de celle de M. Guizot, aussi bien de la pari du Sièrlc (|ue dt» celle du Journal des Débats. Un MMil jc»uriial s'est exprimé nettement, b<^aucoup plus netteincnl même que la feuille ministérielle, c'est le A'a- ImwtL qui nest jamais mieux inspiré que lorsqu*il lui arrive de s'abandonner à ses véritables instincts qui le porlerairni volontiers â soutenir le pouvoir. Quand il le défend, il faut 1»' reconnaître, c'est toujiturs avec vigueur de termes, élé\;ition de vues et justesse d'itlées. Le yational a incoDli*stablement en lui. à un assez haut de^é, le sentiment du pou\oir. ce (|ue n'ont pas. en eux. beaucoup de journaux, <pii s'Imaj^^inent (|u'il suffit de se traîner à la suite des prèifiitions de certains hommes politiques, pour être doués de Tespril du gouvernement. Profonde illusion, commune er- H'ur ! Voici les paroles du yational; elles posent catègori-

quenienl la question, comme nous Pavons posée nousmômes :

(( 11 n'y a pas de pouwrnemenl possihio, si le môme » homme peut venir condanmer publiquement à la Cham- « bre la politicpie que, comme fonctionnaire, il est tenu » d'approuver et de faire prévaloir. Contester ce principe, n c'esl nier le bon sens lui-mOme, c'est dire qu'il y a dans » une seule et môme individualité deux pensées, deux in- » lellif^'cnces, deux consciences, deux volontés ; c'est vou- )) loir anéantir dans son inviolable sanctuaire la respon- » sabililé humaine, c'est-à-dire le fondement môme de la T) morale. »

Cette question grave et délicate est loin d'avoir été posée avec la môme netteté i)ar les quatre journaux de la gauche (lynasti(]ue, le Commerce, le Constitutionnel, le Courrier français et \e Siècle ; leurs articl<»s sont si confus, si entortillés (pi'on ne saurait dire avec piécision en quoi l'opinion de M. le ministre <les affaires étrangères, contre laquelle ils se sont élevés, dilltM'c de la leur. Quelle est la doctrine de» journaux de lupposilion, quelle est celle des journaux ministériels, relativement à Texercice simultané des droits et dos dexuii-s du député fonctionnaire, lorsqu'il lui arrive d'avoir à servir (Mimnie agent la politi(pie contre la(|uelle sa conseien<e se rovc^lte et l'oblige à voter comme député ? Voilii ee dont n;>us a\ons vainement cherché à nous rendre coniple en les lisant ; voilà ce qu'ils se sont t<ms, les uns e\ les autres, abstenus soigneus4*ment de faire connaître ; V(»ila ce que nous ne savons pas et ce que n')us voudrions savoir.

Toute (juestion sérieus(»menl agitéi» devrait toujoui*s ôtrc tranehéi'dans un sens ou chuis l'autre. (r«*st |)an*e cpi'il nVn est pas ainsi ipie nous éternisons les débats stériles et ne faisons que des progrès si lents et si douteux.

A<lmettez-vous, niez-vous l'inilépendanee du f»ncti»nnaire-<lé|)Uté 1

Si vous l'admettez, comment l'admettez-vous : — absolue ou relative ?

408 ft^«&.

Si >ous n'cidinellez pas qu'elle soit entière, absolue, dans quels cas sera-t-elle absolue? Dans quels cas cessera -t-ollc de Tôlre ?

Déterminez les uns, dêtenninez les autres; qu'on sacbe e.xactement h quoi s'en tenir.

Cette indépendance, si elle n'est pas absolue, sera-t-«Ile relative aux circonstances, selon la distinction plus subtile que fondée, professée à la tribune par M. le ministre des affaires étrangères, ou relative aux fonctions, selon la distinction non moins subtile et non moins fondée, qui nous a paru être la pensée de 1 opposili in exprimée par MM. Lherbette et Drouyn de Lhuys"?

Si vous divisez celles des fiinclions rétribuées, exercées par des députés, en deux catéf^ories de fonctions, les unes politiques, les autres non politiques, classez-les donc une !>onne fois, si cela vous (»st possible, afîn que Ton sacbe ce qui distin*,'uera celles-ci de celles-Iîi.

Quelles sont celles qui doivent être considérées comme grevées de stMvitudes politiques?

Quelles sont celles qui doivent être considérées comme en étant exemptes?

Eiuimérez les premières, et mettez en regard les secondes.

Si vous rejetez la «iistinction de M. Lherbettc et que vous préfériez celle proclamée à la tribune par M. le ministre des affaires étrangères, défmi.^îsez alors exactement ce qu'il fau- ■ rira entendre désoimais par le fond de la politique^ afin que tout fonctinnnaire-député .sache bien dans quelle mesure lui appartiendra la liberté de son vote.

Autrement, tout ne .sera qu*arbitraire du cAté de la force et perplexité du côté de l'indépendance.

La (pu*stion des droits du député et des devoirs du fonr^ tionnnire, lorsque le fonctionnaire et le député ne font qu'une seule et même j)ers(»nne, est une question qui, n'ayant pas été nettement tranchée hier, est appelée à se reproduire demain, souvent, sansces.se: il serait donc îoh

portant non moins qu\»pportun de la dégap^er des nuages d*inrerlitiide qui l'enveloppent et robscurcissent.

Bonne ou mauvaise, il faut que gouvernement et opposition se fassent h cet égard une doctrine ou commune ou diiïérenle, qui repose sur d'autres hases que sur des di."linclions mobiles et arbitraires impossibles à saisir et à fixer.

On sait, en ce qui nous concerne, quels sont nos principes, ils ne sont pas longs à rappeler :

Toute fonction publique rétribuée doit être remplie ;

Toute fonction publique rétribuée devient politique par cela seulement (|ue celui qui Texerce ne sVst pas contenté de l'exercer et a voulu la cumuler avec le mandat législatif.

S'il en est de plus simples et de muns arbitraires, qu'on nous les fasse conn.iître ; nous les adopterons, car ni arbitraire, ni anarchie, telle est la devise de tous ceux qui comme nous veulent un pouvoir viril et une liberté féconde.

3 txiobre 1847.

Le prétendu parti conservateur qui nous fait l'honneur de nous renier, parle sans cesse de ses principes, de ses <loctrines; qu'il nous fasse donc connaître quel est le priocipe que maintenant il professe à IVgard <le ceux des fonctionnaires publics amovibles qui sont députés!

La question vaut la peine d'être franchement |)osée et nettement tranchée. Elle intéresse, soit dans le présent, soit dans Tavenir, tous les députés qui exercent des fonctions publiques amovibles.

\/,\ destituti<»n de M. Drouyn d(» Lhuys. par M. Guizot (l!, a fait justice de la fragile doctrine de ce dernier, formulée en rcs termes : « Itidépendance du vote personnel et sUenr^ deux. »

.1; A U «cance du 6 mar» 1833, M. Olilon B«rrot, prot«sUot avec

Celte doctrine n'existe plus.

Quelle doctrine existe donc encore?

N'en existerait-il plus aucune? — Cela est impossible. Il faut que les députés qui exercent des fonctions publiques amovibles aient une règle de conduite tracée à l'avance cl égale pour tous; il faut absolument qu'ils sachent, en cas de dissentiment politique entre eux cl le cabinet :

S'ils ont le droit de faire connaître ce dissentiment à la tribune, ou si c'est un devoir qui leur est prescrit de garder le silence?

Si, gardant le silence, ils conservent, oui ou non, la liberté de leur vote?

S'ils n'ont eurm d'alternative qu'entre le sacrifice de leurs convictions ou le sacrilice de leur place ?

Si des catégones sont admises, oui ou non, entre les diverses fonctions [)ubli(iues amovibles remplies par des députés ?

Dans le cas m des catégories seraient admises :

Quelles seraient alors les fonctions publiques amovibles privilégiées qui permettraient au député :

Celles-ci de garder la lilierté de sa parole cl de son vote ;

Celles-là de garder seulement la lil)erté du vole silencieux ?

riirr^i** roiitro In dostittition do MM. Bamlc ôt Dubois, cooçables d'aroir niii:iit'o.'*ti'* |Milili(|uvii)viit une «ipinioii coiitruirc à celle dm minittm, rap- }M'ln i|no , HoiiN In I^.•^t:lllr:lti»n , M. Guizot avait écrit les lignes aiu<*

« Kii lii7M, SOUK Cliarli'> II, lo ministère dit la Catolc faillit être ac- » f MX* iifir Ih Chninlirv iUv« c.iiiiiuuneâ pour avoir aiusi asc de la préroga- » ti\'* •[«< lu rourotino. Si «les iiiciiibn^s sont destitués de leurs emploia à f rtii<>«iii fii- Ifurn voto< dans cotte Chambre, disait sir Thomas jfoms, p t'iiit<- \fn t'iHiichi?*!'^ «-t ]i-:> lil>crtô:i nntîonalc» sont perdues. Si quelque » liiiK tinfiîiniro il rti* di'Htitut* ou mcnnrt' de destitution pour afuir roUé n ir I mi'Idii sa ron^cicncc, ili^ait M. William Harbord , CELA BST C> •. (iHAMt < niMi:. n

.. M (iiiiK'it prit immé>liatcm<'nt la parole et dit :

H l.'hniinralile M. Odilon Uarrot m'a fait l'honneur de citer qnclqnea f. pliures irnii rcrit i|ue j ai j'ublié pour la défeuMï de la cause que j*u- M «iim iiiiliru*ist'c alors, et pour laquelle je combats encore aujourd'hui. M lu/'iMri/'Aut l'iimme aiorf je jtrorlamait VindépenJancf du roU prrtONiifl ei . •i/piif inir. .. Le gou\ci'ncment ne profc^ife et w iratiqve ftas d^amtreê

- il,n frffifl. •

Quelles seraient enfin les fonctions publiques amovibles privées des avantages indiqués ci-dessus?

Ni le minist^re, ni le prétendu parti conservateur ne sauraient se dispenser de répondre h ces questions, car le silence serait Taveu quils n'ont plus aucune régie de conduite.

C*est ce que nous pensons.

5 octobre 1847.

Dans Ta venir comme dans le passé, Parbitraire, Timprévu, le caprice, le bon plaisir enfin, continueront do décider du sort des députés exerçant des fonctions publiques amovibles; selon qu'ils se feront plus ou moins redouter, (pie le moment sera plus ou moins propice, ils seront respectés ou frappés dans leur indépendance. Le ministère ne sait que dire à ce sujet; ses organes sont muets. M. Guizot ayant professé alternativement les principes les plus (»pposés sur cette question, la règle de conduite s(Ta de nVn avoir aucune, et de laisser sous le coup «le Tincertitude tous les députés fonctionnaires qui peuvent avoir à craindre qu'on ne les révoque à cause de It'ur vote ou motivé ou silencieux. Cela [HHit.étre de Phabîleté, mais, à ci>up silr. ce nVsl ni de la sincérité, ni de la force. Que faut-il penser «l'un gouvernement et d'un parti cpu' iros<»nt pas avoir une pensée franche et arrêtée, même sur un point secondaire et purement intérieur? Nous n'avons jamais hésité h dire la nôtre, et nous allons la rai>» peler.

La voici :

Nous n'admettons aucune distinction .subtile entre telles ou telles fonctions amovililes et rétribuées : les unes politiques, les autres ne l'étant pas.

Toute fonction amovible et rétribuée devient politique par cela .seulement quelle est exercée par un député.

C'est à celui qu'un changement de cabinet ou do systènio

inel dans la nécessilé d'opter entre les avantages de sa place cl les scrupules de sa conscience, à choisir entre la démission de son emploi ou la conservation de son mandai. Rien de plus simple, rien cpii concilie mieux tes nécessités du pouvoir cl les droits de rindépendance.

DU DUEL

1 1 inara lH4ô.

Aiijounl'hui. ii drux heures, ont eu lieu les obsèques de M. Dujtirier. Tn clinr atlelé de quatre chevaux richement caparacuniiés et suivi «l'un immense cortège composé de sa famille. <le ses amis et dun f^rand nombre d écrivains, tous il pied et le front pieusement découvert, a conduit ses restes mortels au cimetière de Montmartre*, où ils ont été dépo>és.

Les (|iiatre <M»rdons du char étaient tenus par MM. de Balzac. Alexanihv Dumas. Méry et Kmih? de Girardin, quia prononcé d'une v.iix émue le discours .suivant :

» Qu'ils .sdient profonds et sincères ou qu'ils ne doivent •» avoir que la durée d'un jour, les rejn'ets de Thomnie n'en •• sont pas moins impuissants et stériles : ils ne sauraient " riMidre h la mère dé.solée le fils qu'elle pleure, à des amis " en <ieud l'ami qu'ils ont|>erdu ! Aussi, dans la douloureuse» »» conjinclurc (|ui nous réunit autour du cercueil du plus '• jeune peut-être d'entre nous tous, car Dujarrier n'avait » pas trente ans, si j'élève ici la voix, nVsî-ce pas seule- » ment pour exprimer de vains regi'els et n»ndre un pîeujc

» hommage aux rares qualités ({ue m-avaieni fait rcconnat- » Ire cl honorer en lui des rehitions dont chacune d'elles » élail une épreuve journalière el décisive... Mais, placé » entre la tombe qui est sous mes yeux el celle qui de-

» MEURE GUYERTE ET CACHÉE DANS MON GCEUR, je SCnS qUC j'ai

» un devoir impérieux ii remplir, devoir trop douloureux » pour n'élrc pas solennel î

» Qua ces mots idJe vais me battre en duel pour la cause » la plus futile et la plus absurde^ » écrits d'une main calme » el ferme par Dujarrier, une heure avant qu'il reçût le » coup mortel, ne sVfTacent jamais de la mémoire d'aucun » de nous.

» Moins qua tout autre, je le sais, il m'appartient, en I) celle douloureuse circonstance, de prononcer ici les noms w de la Religion el de la Haison; aussi leur langage élevé » nVsl-il pas celui que je viens faire entendre*, mais Thum- » ble langage qui me convient. — Ce <|ue je crois devoir » dire, c'est que ni ce duel, <iue j'ai complètement ignoré, » ni d autres duels non moins douloureux, n'eussent Jamais » été à déplorer, s'ils eussent toujours été préalablese3(t » réglés par un procès-verhal circonslancié, débattu et ré- » digé par les (piatre témoins d'usage, signé d eux et dé- » POSÉ ENTRE LES MAINS D*UN TIERS, rcUitant avcc pfécision » tous les faits, remontant à l'origine de la provocation et w consignant toutes h's explications échangées des deux i> parts.

» Si le duel est une extrémité (]ui ne saurait entièrement ^ dispiiniHiT de nos mœurs, du moins faut-il qu'il ne perde » pas le caractère d'inévitable extrémité qui seul le peut » faire absoudre; du moins faut-il qu'il ne pu i.ssc avoir lieu >' (iu'après(|ue toutes les garanties dont il doit être entouré » ont été miniilieusenienl i*emplies; (|u'après que les té- » moins ont eu le tem|)s de descendre dans leur conscience, » d'éclairer leur esprit, el de peser toute la responsabilité n qu'ils vont assumer sur eux!

» Même en agissant ainsi, il ne dépendra pas toujoiira ^ d'eux d'arréltT tous les duels, tous absolument; mais, plus

DU DUEL. 4 1

9 rares déjà que dans le passé, les duels deviendront infi- » nimenl plus rares encore, et n^auront lieu désormais que » dans quelques circonstances suprêmes!

» Ce ne sera pas encjre assez pour la Religion et la Rai- B son, mais ce sera déjà beaucoup pour la société que ce » progrès; ce sera déjà beaucoup, qu'égaré par un senti- » ment exagéré du point d'honneur, on ne puisse plus dé- » sormais écrire : a Je vais me battre en duel pour la cause » la plus futile et la plus absurde. »

» Adieu, Dujarrier ! reposez en paix ; mais laissez-nous » emporter d'ici la ci)nsolation et Pespoir que du moins le » souvenir d'une si triste fin, souvenir plus efficace qu'une » douteuse jurisprudence, sera assez long pour protéger » d'autres inexpériences et les mettre à Tabri de tels » coups!

» Que toutes les mères, encore surprises et lreml)lantes, » mais rassurées par cet esp;)ir et par le souvenir de vos » partiles, qui ne devront jamais s'eiïacer de la mémoire » d'aucun lém )in, prient Dieu pour vous de toute la fer- » veur de leur Am<» ! »

2<i février 184îi.

On lit dans le \ational :

u Les élèves de rKcoledeSaint-Cyr,nù le souvenir d'Ar- ») mand (^anvl est resté vivant et honoré, ont demandé » (fu'une visite solennelle fût rendue ii la tombe de ce grand 0 citoyen. U ne nous appartenait pas de prendre l'initiative '> de cette dén^nstration en Th >nneur de notre glorieux n ami ; nous sommes heureux que d'autres, cpie des jeunes » h mimes pleins de <*(eur et de dévoûmenl aient eu celte » pairiotitiue pensée. Nous nous sanmes joints aujouixlliui i> à une députation cpii est allée [M)rterà rHôlel-<le-Ville ce » vœu, qui a é'é accueilli avec bt*auroup d'empn\sM*ment » par le g )uvernemenl provisoire.

» 1^1 République devait ce témoignage de haute sympa* » thie et de pn»fond regn*! ii la mén^iire d'un de ses plus

416 IHAH.

» illustres cléfonseurs. La journée de jeudi a été fixée, afin ï> qu'on îiil le temps de donner à cette démai-che toute In ') solennité désirable. M. Armand Marrast y représentera » le gouvernement provisoire ; et la garde nationale. Parrt niée, les Écoles Polytechnicjue, de Saint-Cyr, de Droit el »> de Médecine, y seront représentées aussi par dettes nnni- » hreuses députa lions. On se réunira îi dix heures place de >' rilotcl-d<'-VilIe . (\\)\\ le cortège partira pour SsiînI- ^> Mandé. »>

Le journal le Commerce ayant annoncé que cette solennité devait avoir lieu le lundi 28 février, le premier qui s empressa de se rendre au lieu indiqué fut M. Emile de Girar- (lin. (|ui s'y tnmva tout seul.

P.uir faire parler ses regrets. M. Kinile de Girardin n*a pas attendu le jour de cette solennité; dans une occasion snltMinelle et douhaircMise. il les a publiquement exprimés.

Ksl-il nécessaire d'ajoutiT que M. de Girardin sera jeudi. il dix heures, place de rilotel-de-Ville? Non. p<mr i*euxqui le connaiss(Mil : oui, pour ceux (jui ne le connais.si»nl pas ou (jui ne le co!inaiss<»n( <pie jwir la calomni<'.

2 man 1K4H.

Des élèves des Kcoles conçoivent le pr(»jet d'une députati«ui ayant pour but de rendre ii la mémoire d*Armand i l.irrel un hommage public : ils viennent demandera M. Emile 4lc Girardin de faire partie de cette députation; M. de Girardin répiind : — Jiiai. — Kii ellet . il .se rend t'Hôtel-de- Ville. lieu de réunion fixé pour \o départ, et de là au ciim*ticre de Saint-Mandé. nù il prononce le discmn'S qui suit :

« (Citoyens.

« En venant nie mêler â cette grave et douloureuse solennité, nul de vous no se méprendra sur le sentiment '- qui m'y amène.

" Je repduds à un noble appel qui m'a été adix*ssc.

DU DUEL

» Un tel appel n'a pu que m'honorer, car ce n'était pas, » assurément, traiter mon cœur en cœur vulgaire.

» Celait me dire qu'on ne doutait ni de la sincérité ni de »> la durée du <leuil que, dans une autre circonstance, je » ti'avais pas hésité à rendre public.

» Si les ref^Tcls (|ue j'éprouve de la perte fatale et préma- » tureedu citoyen éminent qui avait di)nné à ses croyances » républicaines le double éclat d'un rare talent et d'un cou- » raj^'c éprouvé, si ces regrets avaient pu élre accrus, ils » l'auraient été par les événements qui viennent de s'ac- » complir.

» Dire que le citoyen Armand Carrel manque à ces évé- » nemenls, c'ôst rendre à sa mémoire l'hommage le plus 0 flatteur.

» Je me trompe : il est un hommage plus digne d'elle que » nous pouvons lui rendre; c'est de demander au gouver- 0 nement provisoire, (jui vient de se glorifier en abolissant n la peine de mort, qu'il complète son œuvre en proscri- » vant le duel. »

26jalnl852.

L'idée neuve, pacincalrice et féconde de la liberté par la liberté, au lieu de l'idée vieille, violente et stérile de la /ibortè par In trrnur. vient de faire une irréparable perle dan.sia personne d'Aristide Ollivierjeune écrivain qui avait (|uilte Paris, il y a peu <le mois, pour aller prendre la rédacli »n en chef du journal de l'Hérault : le Suffrage untverseL

(l'était un noble démocrate! C(eur vaillant, esprit généreux, iinaf^inalion anlente. raison froide, convictions profondes, opinions probes, foi dém«>crati(iue â toute épreuve.

Arbitrairement arrêté, il avait passé l'an dernier plusieurs semaines daub la prison de Mazas, sous la fausse inculpation d'association illicite. Gravement injurié |)ar un journal It gitimiste de Montpellier, VÉcho du Midi, un excès de susceptibilité lui a fait oublier qu'il se devait au triomphe de la grande cause de la liberté par la liberté; il s'est battu,

418 iSftt.

et il a été tue en même temps qu'il venait de blesser mortellement son advei'saire.

Il n'avait pas le droit de se battre!

L'armée de la liberté par la liberté^ dont il était un des plus brillants officiers, a besoin de tous ses soldats ; elle en aura besoin surtout le lendemain du jour où la réaction aura succombé sous le poids de l'impuissance et de riniquilé.

Il existe un ordre du jour célèbre du général Bonaparte contre le suicide; il déclare que tout soldat qui se tue est un soldat qui déserte ; la même expression de déserteur pourrait et devrait s'appliquer à tout soldat de la cause démocratique qui se bat en duel et s'expose ainsi à faire un vide dans les rangs, quand il est si important de les serrer.

La liberté par la liberté ne doit pas avoir seulement pour effet de prévenir les révolutions, mais encore de mettre fin aux guerres, qui sont les duels de nation à nation, et aux duels, qui sont les guerres d'individu à individu.

Ni duels, ni guerres, ni révolutions: — voilà trois points qu'avait parfaitement compris et pleinement admis Aristide Ollivier, dans les divers entretiens que j'avais eus avec lui à la suite du dernier conclave électoral de Paris, dont il faisait partie, et où il avait, conjointement avec M. Deville, le fils de Tancien et brave cttnstituant, soutenu très vivement ma candidature, quoi(|ue je ne les connusse ni Tun ni Tautre.

C est donc un véritable ami politique dont j'ai le deuil à porter et que je perds, dans Aristide Ollivier ; perte irréparable, je n'hésite pas à le répéter, car les partisans de la bbrrtê par la liberté, (juoique de jour en jour plus nombreux, sont trop rares enc(»re.

Du moins, que lexemple (pie nous lègue Aristide Ollivier nous serve i\ tous pour nius rendre plus forts contre Tentrainemenl malheureux des susceptibilités personnelles.

Ce que la fui chrétienne enseigne, le mépris des injures, la foi démrK.Taliquc doit rapplitpier.

éiâ

2 roui 1845.

Qu'importe tiiit» h» décrol du 18 îioill 1792, fondé sur ce consitlériiMl — « (|u'un Llia vraiiiu»iil libro ne doit souflTrir ■o dans son sein nutune eor|)oriilion, pas même celles qui^ » vouées à renseignement public, ont bien mërké de la pa- »> trie » liii « éltMiil el supprimé loules les corporations » reîi',M'rust»s et conf^TêK^aions sêeulièrt»s d'hommes et de » femmes, eeclésiasliques ou l<iït]ues. mdme celles unique^ )' ment rouées au serrice des hôpitau.r et au soulagement >' drs malades. sous(|uel<|ue dénomination (|4i elles existent»; (|u'imp(»r(4* que \v déeret du 3 messidor an \11 i2 juin 1804) ail (Mhlirmé U* déen^ du 18 août ]79i. et proclamé Tillégalilt' des ron^M'é^Ni lions, en «mlonnant à tous les eeclésias^ Il jurs ()ui (Ml faisaient partie «< de si* retirer, sous le plus • liR'f délai, dans h'urs diiM-èses. pour y vivre conformé-

mrht aux lois (*t sous la juridiction de lordinaire;» la «Iu<*Nli«iii ur^i pas de savoir si les as.sociations religieuses qu'on atUKpie existent plus ou moins lé^^alement, soit en \«'i'tu d(? Uns l 'is !.. S(»it en vertu d*ordonnan(H\s, soit sinvplnucnl en vertu dt* la tolérance du pnivernement : la vraie

\f Ihrret du 3 meutJor an XII. — o Article I. Aucune congrrgotkwi uu uft»4>«-Utiun (l'homme* ou de femmes ne |M>urr« i^e former à Tu venir, •ou« prétexte de religioD, à moiii» qu>Ue n'ait rtv rurmeUemci t autori-ét

question est la question du fond, c'est celle de savoir si les congréf,'ations, rédniles ii nVMre plus que des associations privées de la capacité civile, S(Tont considérées comme dangereuses, et si, comme telles, il sera de nouveau dooiaré qu'elles doivent être a éteintes et supprimées, » selon les expressions du décret révijlutionnaire?

Encore une fois, qu'importe que Particle 291 du Code pénal ait, oui ou non, abrogé la loi du 18 août 1792 ot le décret du 3 messidor an XH? 0"'»"l>^rte même que ce décret, confirmé, dil-nn, par les décrets du U novembre 1811 et du 3 janvier 1812. ail été, oui ou non, aboli par Parlicle 5 de la Charte, ipii veut que chacun professe sa religion avec une égale liberté, cl obtienne pour son culte la même protection? Do deux choses l'une : — ou lexislencc des associations contre lesfiuelles on s'élève est un danger public, et dans ce cas, n'y eût-il pas «le loi qui les ri^primiU, qu'il en faudrait faire une tout de suite: ou lexistcnce de ces associations nVst pas un danger pour l'Elat, et ne porte aucune atteinte à. la liberté sagement limitée, et dans ce cas. il. n'y a (ju'a donner des aut'irisalions régulières à celles de ces associations qui n'en sont pas pourvues.

La <pie>tion légale, h nos yeux. nVst donc ici qu'une question secondaire; avant elle i)assc la (jue.Mion sociale, la (|uestion de savoir s'il est vrai, ainsi que l'a déclaré le dé- <Tet sur le juci cm s'appuie, a qu'un Ktal vraiment libre ne » duives>utrrirdansson sein aucune corporation, pas même « cellfs (|ui. v.)uéesâ renseignement public, ont bien mé« » rite de la patrie, pas même celles uniquement vouées au >» service des h^ipitaux iH au soulagement des malades? •

Sera-l-on plus rigoureux que le décret de février 1790

j»:ir iji il"'ift !p:i" .;:i1. »..îr > \\\ i:e« **.:r.nt« ol ri'iîleinontt «don le«que!i( «'Il î^f i»i«»;»'"Tr.jil .it'\i\ri* <i;in«i o-îîo ;mf«-^;i::Mn in n>>cH'iat)ui. n

a '-1-1- .1" r .::'iri.' iin!"-iij1. j".ij-!i'..i- ;i--in-iaii'in* l'uiiMit rt'tnliliet, et, de- |"ii» l:i lî--»t:nir iti'iu. ««ri nw ci'irt" ^0:iiir.Oi|i J.« nouvflli't. A re »ujet, on :i rxainiiii- l' -. ■;!. -îi-i:.- iii> *:i\i !.■ >'ii l.t'.'jiiî uiio i<ti <»u *'il i>ufllÎMÛt d'ur.a • ■i.l.i!:ii:iiii\' j'"iir u ;:<>r:- r iii.f :i-' .■■i:itiiMi iv.i^iicuM', ou. du moini, lî l-.r-«jii'un ' ni;tî> «n iln;! nrùr.- nt.r.t . :»• i''iii«ti:iiiv p.ir uiir loi, toutes le* iii:ii-uns ilii iiii'>n)t! o -ir*' |> iti\::!*:;i: ôtic iniruri-i'-os par uns ordoDiiane*. • 1)rvr.nr.ii:s. i\.ilrrhon (/r« /oi«, t. IV, p. 3K2.

qui, tout en abolissant les vœux inon«îstiques et les congrégations religieuses, se borna h les supprimer comme personnes civiles capables de contrarier et (raccpiérir, et à déclarer (ju a Tavenir la loi ne les reconnaîtrait et ne les protégerait plus comuïe tMres collectifs et moraux; fermera-t-on sans exception toutes les maisons ouvertes à de simples associations religieuses (]uelles qu'elles puissent être, ou, au contraire, ces associations diverses seront-elles toutes autorisées ou tolérées, à l'exception d'une seule, de celle composée <le quelques religieux jugés capables et coiqiables, — dii-on, — de tous les crimes? La liberté de s'associer dans un but religieux, sous des réserves déternn'nécs, sera-l-elle l'exception ou sera-t-ellc la règle? En d'autres termes, fera-l-on revivre l'esprit des lois et des décrets d<» la révolution contre toutes les associations religieuses, ou se bornera-t-on à faire revivre la lettre des arrêts et é<Jits de l'ancien régime contre les jésuites?

Kn 18io, sous \c régime de la liberté de la presse, à la clarté d'un firmament de journaux, déclarera- t-on sans rougir «ju'd n'y aura jilus d'assiMialions autorisées se pro- IK)sanl un but de bienfaisance oU de moralisalion, que celles où il sera bien dcmoritreque la Religion n'a aucune part, et si l'on recule devant une [>areille monstruosité, devant un tel anachronisme, declarera-l-on sans rire que rexistence de trois ou (piatre cents jésniles vivant <lissén)inés dans vingt-se|it maisons est un danger sérieux qui menace le di\-neuvièm*» siècle et trenle-(iualre millions d'habitans, les liberlés publiques et le pr»igrés des idées, la tran(|uillité de IKlal et le repos <les familles?

Si ou le pense qu'on le dise, si on le croit qu'on raffiiroe!

Re[M>ndra-t-on. qu'il ne s'agit pas de savoir si les lt>is inv(Kpiées par M. Tlïiers centre les assr ciatitus religieuses s »nl bonnes ou mauvaises, mais si. en admettant que ces lois n'aient pa*^ été abrogres. l'on p(nU ^e dispenser de les cxt'culer? — l'ne telle ri'ponse ne serait pa> MM'ieuse. Estce que ces mêmes Ioi^. nous le demand »ns à ceux-là qui .s(»ulienn«'nl quelles n'ont pas disparu pour faire place à

IVspril nouveau qui a dicté rartick» 5 de la Charte, n'exisiiiïoni pas alors que M. Thi<Ts fut. à deux reprises, président du conseil des ministres? D'où vient qu'il ne s'en est pas armé ? Est-ce que ces lois sont les seules diml l'exécution soit en souffrance ? — Est-ce i\w* par exemple celles qui prohibent et punissent les paris faits sur la hausse ou sur la baisse des elTets publics ne sont ])as tous les jours ouvertement violées en pleine Bourse, sous les auspices du gouvernement et sous les yeux des Chambres, au mépris de jugements et d'arrêts «pii n'ont jamais varié, «|ui n ont jamais fait défaut aux articles \î\ et iii du Cmh» pénal ? — Pourquoi donc tant de scrupules à Icf^ard de telles h)is ef si peu à l'éf^ard de telles autres ? En est-il de plus impérieuses les unes cjue les autres? En est-il doblifratoires et de f<iculta* tives, selon les temps el sel.m les (*abinets? — S'il en est ainsi, qu'on ait la fran<*hise de le déclarer hautement, afin que tout le monde sache à (pioi s'en tenir. Quant à nous, qui pensons tpie la désuétude n'abroj^e phis les lois sous Tempire d'uni* (]Mnstitutinn (]ui dislin^nic avec soin le pouvoir qui fait les lois de celui (pii les applique ; que la désuétude est le principe d(»s f» )UV(M'nemens absolus, qui placent dans la même main tous les pouvoii-s, et qu'elle ne saurait plus être invo(|uée dans un pays ^ ii la souveraineté est divisée», notre opinion n'est pas et n*a jamais été douteuse : nous sommes d'avis que toutes les lois non abrogées doivent élre appliquées dans toute leur ri^Mieur, alinquesi elle est excessive, l'excès même de cette ri<;ueur serve à les faire rcfi»rmcr: uiais aussi nous sianmes d'avis qu'elles doivent l'être toutes, sans t»\ccpiion ni préférence; autrement, une telle lé^'ahU» ne serait (|ue de l'arbitraire*, et de tout(*s h»s sortes d'arbitrain» Ut pire!

Laissons donc de côlé la questi(»n di» léj^alité, car évidemment elle n'a été «pi'un fH-étexle emprunté par M. Tbiem, soit pour détourner l'.iltention publique du projet de loi d'armement des fortifications, ainsi qu'on l'a dit: soit pour faire tourner de vieilles liassions au pmlit de sa popularité endommagée en 1840.

Que veut-on t— En réalité, veut-on éteindre et supprimer les Jésuites? ^ Rien do plus facile.-^ Qu'on apporte contre eux une loi nouvelle ; il faudra moins de temps pour la voter que pour discuter la question de savoir si les décrets de 1790 sont encore en vigueur. Les lois d'intolérance et de proscription Si* bikclent si vite. ! — Mais quand on aura supprima les jésuites qui nous font aujourd'hui tant de peur, qui mettent en émoi toute l'opposition, agitent la tribune et la prc»sse, aura-t-on supprimé la question de la liberté d'enseignement ? Aura-t-on posé entre le pouvoir spirituel elle pouvoir temporel des limites sans contestation ? Aura-t-K>n uni dans le même esprit le gouvernement et l-épiscopat, et recruté dans le clergé de fervents apôtres qui aident à l'af- ^ fermissement et au dévelop|iement de nos institutions? Peut-être nous trompons-nous, mais nous en doutons. Loin de partager un tel espoir, nous avons, au contraire, la crainte que le clergiS en masse, s^ins acception de gallicans ni d'ul* tramontains, ég.iré par une émotion irréfléchie, et sourd aux avertissements que M. le garde-<ies-sceaux a fait entendre h la tribune, no voie dans la mesure d'intolérance qui va frapper les jésuites un commencemenV d*hostilité contre lui, et ne prenne fait et cause pour eux. Cette éventualité peut se réaliser. L'a-t-on prévue?— En a-t-on bien d'avance pesé toutes les conséquences politiques dans le présent et dans lavenir? Le jour où la question religieuse entrera dans les collèges électoraux, elle n'en sortira plus qu elle n*ait changé si*nsiblement la position respective de tous les partis. Kst-il prudent de Ty faire entrer? Cette grave questiim, M. Tliiers se lest-il posée, quand il s est déterminé à ni.tnter à la tribune pour y Jouer le rôle (Hntimidateur, d'agitateur religieux ?

Toute agitaticm religieuse devant avoir pour effet de mettre TKtat et le clergé en dêlianre et en hostilité Tun « regard de l'autre, ne saurait quVtre nuisible à tous les deux ;— au clergé, en n*tardant le retour si manjué «pii s'o- ()érait vers le In^soin de croyance ;~à TÉtat. en lui susi*itani des inimitiés d'autant plus redoutables qu'il est plus difB-

424 tSM.

cilc de les atteindre. Telle est notre conviction. Aussi nous a-t-on vu appliquer tous nos efforts à éteindre le feu que d'autres rhercii.nicnt à attiser, éviter de nous m^ler à des débats que nous avons tout fait pour apaiser sans y réussir, et n'y inten-enir qu a la dernière extrémité, quand nous ne pouvions garder le silence plus longtemps.

Nous ne défendrons pas les jésuites contre les attaques passionnées dont ils ont été l'objet de la |>iirt de MM. Thiers clDupin; les jésuites, s'ils ont leurs détracteurs, ont aussi leurs apologistes, et nous nVulendons pas compter plus au nombre de ceux-<'i que de ceux-là. Nous pensons aujourd'hui des jésuites, ce que nous en av«»ns toujours pensé, ce quVn pensait le Journal des Débats, le 4 janvier i93lù, lorsqu'il écrivait ces lignes :

t Est-ce bien sérieusement que Ton redoute aujourd'hui

> les empiétements religieux et le retour de la domination » ecclésiasti(iue ? Quoi ! nous sommes les disciples du siècle » qui a donné Voltaire au monde, et nous craignons Usjé't suites!

» Nous sommes les héritiers d'une révolution qui a brisé t la domiotition politique et civile du clergé, et nous croi t gnons les jésuites !

t Nous vivons dans un pays où Li liberté de la presse met

• le pouvoir ecclésiastique à la merci du premier Luther

• venu qui sait tenir une plume, et nous craignons les je- » suites !

t Nous \ivons dans un sicrh» où rincrtHiulitc et le scep- » ticisme coulent à pleins b trds, et nous craignons lesjè^ » suites !

» Nous sf)mmes catholiques à peine, <*athnliques de nom, 9 catholifjues Sîins foi, sims pratiques, et Ion nous crie que

> nous allons tomber sous le joug des Ciingregntions ullm*

> mtinlaines!

» Kn vérité, regardons-nous mieux nous-mêmes et sa- 9 ehons mieux (]ui nous sommes: croyors à la force, à la

> vertu (le ces libertés dont nous sommes si fiers. Grands » philoso[)hes (]ue nous sommes, croyons au moins à notre

» philosophie. Non, le danpcr n'est pas où le signalent nos » imapinalions préoccupées. Vous calomniez le siècle par » vos alarmes et vos clameurs pusillanimes. »

N »us pensons <les jésuile^ ce qu'en pensait M. Saint- Marc (îiranlin. lorsqu'il s'exprimait en ces termes, à la tribune, en 18.'J7 :

vi Cjnunenl. messieurs, vous avez peur de cette société! » vous en avez peur, et lorsque je consulte notre histoire, » je vuis qu'en 1763 vous l'avez vaincue. Et aujourd'hui, » vous avez tout ce (jue vous ont donné nos pères, vous avez i> je ne sais combien d'êdilif>ns de VoUaire, espèce d'arUI- « Icrie qui combat sans cci^se les jésuites : vous les avex " répandues pi»rt«»ut : vous avez plus que les anciens parle- '> mcnts, Vous avez la tribune, tous les p<»uvoii*s publics; » vous êtes vous-mêmes debout, tout piéis à frapper avec » les lois t<»us ceux qui voudraient al tenter aux libertés pu- ^ bliques ou inspirer des doctrines funestes. Et malf^Té tant » de pouvoir et d(» puissance (jui vous viennent de vos dc- ») vanciers. de vous-mêmes, de vos écrivains immortels et » de vos lois, malj^Té tout cela, vous avez peur!

» xMais (|ue sont-ils donc, et que sommes-nous? Quel est )' cet aveu de peur et d(» délinnet» ?

" Mais je ne nu» mets pas si bas, je ne mets pas si bas la " civilisation de 89, (prelle ait f)eur des jésuites. Je crois » (ju'elle est enpable do supporter, de combattre la con- T> (urrence. Et t^untit à moi, je ne ferai jamais un aveu qui T> noufi abaisserait à ce point dans l'opinion de iEurope. »

N<»us pensons des jésuites ce (pfen ont pensé Henri l\\ le cardinal de Hielielieu. Bossuet. Fenelon, Voltaire, Buflbn, Montesquieu. d'Alend)ert, Haller. Muratori, Raynal, Jean- Ja((|ue> Hou.^seau. î^eibnilz. Gn.tius, Bacon, Bayle, Dosr;irles. Lahinde. Laclialotais. de Lally Tollendal. le cardinal Maury. les protestants Kern, Jean de Muller, S*hlosser, Schfpll. LéojMild Ranke. etc., etc.. etc. .Mais, nous l'avouons hautement, les jésuites ne nous inspirent aucune des terre ui's auxquelles il nous a paru que l'esprit de BIM. Thiers

426 iSM.

et Dupin était on proie. Réprimons leurs actes s'ils sont coupables, rombaltons leurs doctrines si elles sont pernicieuses ; eontrc un jésuite, n'avon^nous pas au moins dix journaux? Mais, ne proscrivons pas leurs personnes ; soyons lil)éraux et ne soyons pas révolutionnaires; soyons vigilants et ne soyons pas violents, ne leur faisons pas expier des torts qui ne sont pas les leurs.

7 juillet 1845.

Les journaux qui ont prêté le plus ferme appui à la mémorable motion de M. Thiers, qui ont le plus vivement insisté sur rimnienso danger que faisait courir à la France Pexistencc de quatre h cinq cents jésuites disséminés dans vingt-sept maisons, elles-mêmes éparses, ctsurPimpérieuse nécessité de fiM-mer au plus vite ces maisons; ces journaux, surpris par les nouvelles de Rome et par le triomphe qu'ils viennent de remporter, paraissent en ressentir plus deconfusion que d^orgueil, plus de regret que de satisfaction. Leur embarras est visible. Cet embarrasse conçoit et s'expli(|ue facilement : ils viennent de tomber dans leur propre piège ; désormais, quand ils auront à s'cn prendre au clergé, ils ne pourront plus le faire par voie indirecte, en mettant en avant le nom des jésuites, en ravivant contre eux les défiances surannées d'une autre époque. Nul doute que si ces journaux et leurs amis avaient su gagner si facilement la bataille, ils se fussent bien gardés de la livrer. Leur victoire est pour eux une défaite ; elle n'est une victoire que pour nous qui n*avons cessé d avoir la confiance la plus entière dans la cour de Rome. La cour de Rome a pensé que ce qu'elle avait de mieux à faire pour dissiper des terreurs chimériques, déjouer d'indignes manœuvres et montrer dans tout Téelat du jour ce qu^il y avait de factice dans tout ce bruit fait autour d'une congrégation, dans le but d'échapper, à la faveur de ce bruit, à rnccompjissement d^une promesse de la charte, c'était de dissoudre cette con-

grôpation, c'élail dNMcr aux fanatiques de TUnivcrsité, aux advorsairos plus ou moins hahilemont déguisés du clergé, aux faux défenseurs de la foi catholique, loul prélextc hyp(>crile derrière lecpiel ils pussent s'ahriter cl continuer d'égarer la mullitude, toujours si prompte h tomber d'un excès dans l'autre, si facile à faire passer de la superstition h rimpiélé ! La cour de Rome, en frappant les jésuites, a frappé surtout leurs bruyants détracteurs qu'elle réduit ainsi b laltcrnative ou de garderie silence ou d'achever de se démas(|uer. L'Université, ses professeurs et ses journaux, s'armant tie textes de lois cl de décrets empruntés à nos plus mauvais jours, ont demandé l'expulsion des jésuites; ils l'ont obtenue. Toute réaction est sinon inévitable, du moins probable; s'ils échappaient h celle qui nous parait les attendre, nous en serions bien surpris, surtout si Tépiscopat français sait régler sa conduite sur celle du souverain pontife et puiser comme lui la force dans la patience. La question de la liberté de renseignement n'est pas vidée ; elle est encore pendante; il faudra bien qu'elle se dé balte ci qu'elle se vide: il faudra bien que l'Université articule une !\ une toutes ses prétentions et tlise son dernier mot. C'est à ce dernier mot (pie nous l'attendons.

Tnut en déclarant que u c'est en grande partie à M.Thiers w que la France sera redevable de l'expulsion de celte con- " grégalion turbulente qui a jeté le désordre dans l'Église, » mis aux prises le clergé et l'Université, entraîné des évô- ^ ques dans des démarches imprudentes, troublé TÉtal T» et les consciences, suscité ICnivcrs et M. de Monlalem- » bert. » \o Constitutionnel, qui sait trop l)ien à quoi s'en tenir >ur des manœuvres dont il a été l'un des principaux instigateurs, pour s'abuser et croire que lexpulsion des Jésuites va suflire pour résoudre miraculeu.^ement les difficultés que soulève la question de la liberté d'enseignement, reconcilier le cierge et l'Université, im|>oser silence a ITnivers et changer le langage de M. de Montaleml>ert : le Con^ stitiitionncL victorieux malgré lui, essaie déjà de jeter le doute sur la réalité de sa victoire et de se ménager un doih

428 tSM.

veau point d^altaque : c Espérons, — dit-il de son air le plus » patelin, — que la mesure sera sincèrement exécutée, qu'il 9 ne s'agit pas de peupler la France de jésuites sécularisés, » de jésuites /ion/ei(j'. »

Il faudrait n^avoir jamais pénétré dans les replis du journalisme pour ne pas apercevoir tout ce qui aspire à se cacher sous colle réliccnce. Désormais, tout ce qui se fera de contraire à Pcsprit de haute philosophie qui caractérise lo Constitutionnel, toule lollre qui sera écrile par un évéque, tout discours qui sera prononcé par M. de Montalembert, tout article qui sera publié par VUnivers^ sera porte au compte, non plus des jésuites vivant en communauté, mais des jésuites sècidariséR, mais des jésuites honteux. Nous parierions volunlicrs qu'il ne se passera pas une année aviint que le Constitutiomiel n'imprime que les jésuites qui vivaient ouvertement en commun, sur la tétedosquels étaient toujours suspendues les rigueurs de la loi, dont on pouvait fermer les maisons aux acclamations de la foule, sont à regretter, qu'ils étaient bien moins dangereux que les jésuites sécularisés^ que les jésuites honteux^ qu'on ne sait plus comment saisir ni comment frapper! S^il en doit être ainsi, nous (lira-t-on, le souverain pontife n'aura fait qu-un acte de faiblesse ou de condescendance, en fermant de ses propres mains les maisons des jésuites qui étaient ouvertes en France, et non un acte d(* sagesse et de p<icification, puisqu'il aura manqué le but ({u'il avait l'espoir d^atteindre, et qu'il n'nura pas réussi h mettre le clergé et la religion cathuliquo à Tabri d'aucune des attaques passionnées de la mauvaise foi ! Pour être spécieuse, cette objection n^en est pas moins en-onée. Nnus croyons, au contraire, que c'est alors seulement que la vérité apparaîtra dans tout son jour, et que la réaction se fery Ains les esprits.

Ce qui dislingue d'ordinaire les journaux de l'opposition, ce n'est pas l'originalité : aussi le langage du Siècle ne dîffêre-t-il pas sensiblement de celui du ConstitutionneL Lui aussi ne veut pas croire à son triomphe, et voici dans quels termes il l'annonce à ses lecteurs :

tt Pour le coup, nous suivons le conseil donné par la » fouille (les jésuites, nous restons clans le doute jusqu'à ce » que les f««its soient ofliciellement constatés. Nous nous " hornenms à faire observer que la première nouvelle était » hion plus conforme à Tespril de la cour de Home, et à » tous égards bien plus vraisemblable (pie celle qui est au- « jourd'hui garantie par la Presse. Qui sait pourtant le pacte » qui aura été conclu avec le sainl-siége? qui sait à quelles » Conditions il sera permis à nos ministres de faire exécu- » ter les lois de la France? Quand on va si loin en pèleri- » nage, on y porte toujours quelque ofTrande.M. Rossi, sans " doute. n*a pas manqué à cet usage. Est-il vraisemblable, » autrement, qu'il eût réussi dans sa mission? »

Voilà donc ccmmt nt le Sicdc, qui prétend n'attaquer que li\s jésuites, respecte le chef suprême de Téglise catholique !

Le même mot d'ordre paraît avoir été donné sur toute la ligne. Le Courrier français s'exprime ainsi :

tt En afnij^eanl notre Église ultramc)nt«une par la disso- « lutiun de la corporation d«\s jésuitt^s, le ministère n'a-t-H » p.'is s(.ngé à lui donner pour liche de consolation le silence 0 d«»s deux chiiires du collège de France? • En effet, il faut avouer que si. après avoir chassé les jésuites de cliez eux, les avoir forcés de s'expatrier, on interdisait à MM. Michelet et Quinet de les attaquer en chaire et de pui)lier contre eux pamphlets sur pamphlets, ce serait une véritable lâcheté.

Le Commerce, la Démocratie pacifique et le National gardent \v silence.

La liêforme, qui prêche la lilnTté d'association: qui probablement, si elle connaissait quelque club révolutionnaire, ne se cn»irait pas tenue d'aller le dénimccr â raul«>rite. iH» désapprouve, dans la fermeture des maisons de j«»suites. que Pinterventiondupapi*. « Avoir .sollicité l'appui » d'un gouvernement étranger pour exécuter une mesure » que la loi française* enjoignait d'appliquer a la société des

130 tSâ&.

n jésuites, cVst «-ivoir, dit-elle, sacrifié la souveraineté de » son pays. »

Le Journal des Débats, qui. plus que tout autre juurn«iJ. a conlribué à allumer la puerre entre le elergé et ITniversilé, exprime un espoir (jue nous ne croyons pas qu'il ail. mais il le fait en des termes ({uc nous n*avuns qu'a louer et que nous nous plaisons à citer: « Le gouvernement » avait pleine onliance dans la sagesse et dans la pru- » dence de la cour de Home ; nous sonunes heureux de » pouvoir dire que st»n attente a été réalisée. On croira .sans » peine que la négociation a rencontré de grandes et de » noml)reus(»s diffituiltés. Mais. grAce à lesprit éclairé du T> pape Grégoire XVI, l\ la sagesse et à rexï)érience de ses » conseillers, et, nous ajouterons aussi, h la perspicacité du » général des jésuites, ces obstacles ont successivemenl « disparu, et la cause de la légalité, «le la prudence et de >' la paix a fini par triomjjlier. Nous voulons espérer que " cettt^ lieurcu>e solution aura pour cfTet de calmer les es- » prils ninmenlanément excités par des manifestations im- " prudentes, et nieltra un terme ii des difTéivnds que nous >» avons touj'iurs regrettés. »

S'il e.st vrai que le Joui nul d''S Débats ait toujours regretté les ditlêrends dont il parle, il lui sera facile de donner des preuves de sa sincérité en reprenant, alors que la (jucstion de la lilierlé de l'enseignement sera agitée do nouveau devant la (ihamhre â la sessiiin prochaine, Tattitude 4*t le langage* par lesquels il s'élait fait distinguer en 183G. attitudi'ct langage que nt»us n'axons fait que continuer.

yuant a \1 nircrs. que nuus a\«»ns réservé pj»ur le mentionner le dernier, il se l).>rn<* a faire suivit* la nute du Mcssu'jrr de ces lignes, «pii snut enqireintes. nous devons en convenir, dune grande tiistesse.mais aussi d'une grande et n< l»le snumission :

'K i'sviU* nnu\i*lle.(praucune lettre de lionie ne nous avait »' laisse prévoir, hrise nos en»urs: rien ne peut ébranler • n«<lie li>i. Si Home l'ordonne, les jésuites se soumettront.

LA LIBERTÉ MÊME POUR LES JÉSUITES. iSl

» L^Églisc de Franco luttera Sttns eux comme elle a lutté » pour eux. Leur départ n'enlève rien h ses droits, il ajoute » à ses devoirs: Dieu ne permettra pas que les épreuves » diminuent son courage. »

Que VUnivers persévère dans ce langage exempt de violences et de récriminations, et, nous le lui disons: ce n'est pas de s(jn côté que sera le clésa^ ant^ige , même aux yeux des lecteurs les plus prévenus contre les jésuites. Un journalisme étroit et soupçonneux les a fait proscrire, la lil)erlé de la presse l(\s ramènera, car, pour s(ai propre honneur, elle ne voudra pas qu'on puisse dire dVIle qu'ils lui ont fait peur î

in.

10 juillet 1845.

L ordn* donné aux jésuites établis en France de fermer leurs maisons, de dis.soudre leurs noviciats et de vendre leurs inmieubles, cet ordn» leur a-t-il été donné par le souverain pontife plus ou moins indirectement, ou bien cet ordre leur a-l-il été donné .simplement par leur général, à la sollicitation de M. Ros.si? — Telle est la grave question que, sérieusement, sans rire, les jf)umaux de toutes couleurs, de toutes nuances, sans en excepter même le A'ationaL continuent de débatre encore aujourdliui 10 juillet 1845, en plein dix-neuvième siècle, en plein gouvernement représentatif, à Paris, dans celte ville qui s'est surnommée la capitale du m<»nde civilisé, dans un pays gouverné par un roi issu d'une révolution, où chacun a le droit de publier son opinion, où tout parti (*ompte plus de journaux qu'il nVn peut faire vivre, où la censure ne saurait plus jamais être constitutionnellement rétablie, où quiconque paye 200 fr. d impôt est électeur, où il .suffit, pour être éligible, «le justifier d'une contribution de 500 fr. et de trente ans d'âge ! Kh î que vous importe que l'ordre parte de Sa Sainteté Grégoire XVI, ou bien du T. R. P. Rootkian? — De quoi avies-vous peur?» Des jésuites. Vous «viei peur

432 tSâ&.

que. petit h petit, ils ne s-empannsscnt de Tesprit de vos femmes et du cœur de vos enfants, pout-<>tre même aviezvous peur (|u'ils ne parvinssenl, à votre insu, — ils sont si hal>ilos! — ii vous affilier à leur cdU^régotiun ; vous avîei peur qu'ils ne détournassent le lit de nos institutions ; vous aviez peur cju'ils ne changeassent du sud au septentrion le coui*s des idées : vous aviez peur qu'ils n'arrêtassent les progrès de rinslruclion et des sciences; vous aviez peur qu'ils ne rétablissent le despotisme et Tinquisilion ; vuus aviez peur (|ue trois grands pouvuirs, deux tribunes, cinq cents journaux, l'Université, avec sa (lotatitn, ses facultés, Fes collèges royaux et ses collèges communaux, une armée de soixante mille instituteurs primaires, etc., etc., ne fussent que des garanties insuffisantes pour vous proléger contre les inunenses dangers de l'exécrable domination de cette redoutable compagnie de Jésus! — Eh bien! ces jésuites dont vous aviez si peur, ces jésuites qui, au nombre de trois à quatre cenis. vivaient dissémines et renfermés dans vingt-sept maisons éparses, ces jésuites sont chassés. N'est-ce pas lii ce que vous aviez demandé, n'est-ce pas là ce qui devait Vous rassurer et vous satisfaire? Que M. liossi ait échoué auprès du Saint-Siège, en admettant que cela soit vrai, que le souverain pontife ait pris au rappel des jésuites une part plus ou moins grande, plus ou moins faible, plus ou moins directe, plus ou moins détournée, si M. Rosbi a réussi dans sa niis.sion, si le cabinet a tenu les engagements qu'il avait contractés ii la tribune, que vous fait le reste? Si le rappel de France des jésuites, ainsi que vous le prétendez, nVst dû «lu'à un ordre émané de leur général, «ela ne retrarde qu'eux, c'est une question à vider entre la milice et son chef, c'est une question où vous n'avez rien à voir.

U juillet 1845.

I.a question de la suppression des jésuites n^est pas en* core épui>ée: elle ne paraît pas près de Tétre. — Le Siéde

LA LIBERTK MÊME POLU LES JÉSUITES. 433

y consacre trois articles seuIeineiU ; le premier pose la question en ces termes :

« Dans la conduite et la solution de TafTaire des jésuites, «> il y a deux ch )ses à considérer : la part qui revient à la » Chambre, et celle que Ton doit attribuer au cabinet.

» L'existence irrégulière de la compagnie de Jésus, le '> scandale et les dangers de son développement, la possî- ^ bilité légale et Turgenle nécessité de la supprimer, voilà ï> ce (pie la Chambre a signalé par son initiative et par son 5 infatigable insistance auprès du ministère, qui fermait les » yeux aux faits et les oreilles aux avertissements.

» L ouverture, la marche et le dénoûment de la négocia- •> tion de Rome, voilà Tœuvre du cabinet. »

Si le Journal des Débats n'avait pas été entraîné par des intérêts et des passions um'versitaires, qui Font fait sortir de la voie dans laquelle il s'était maintenu jusqu en 1839, quel parti ne tirerait-il pas, au profit du cabinet qu'il défond, de cette double déclaration du Siêc/f», déclaration trop curieuse pour <pie nous résistions au désir de Tenregislrer, ne fiVt-ce que pour la retrouver dans la circonstance et Pinvoquer au b«\soin ?

Oui. en elTcl, le ministère fermait les yeux sur lexistcnc(» i\oi> jésuites : il ne voyait pas dans celte redoutable milice, composée de quatre cents hommes armés d'un brévi.iirc, disséminés dans vingt-cinq casernes, un danger sérieux (]ui menaçtU l'Etat, qui mit en piTil les institutions représentatives, les libertés publi(|ues; il fermait les yeux, r^iveugle ! c'est l'opposition (jui les lui a ouverts; c'est Popp 'sjtiiiu qui avait crié le plus haut à la violation de la Charte lor> de la fermeture des clubs, lors de la répression des émeutes, lors du vote successif des lois contre les crieurs publies, les attroupements et les associations; c'est l'op|K>si{'u)U qui a trouvé que la sécurité du pays n'était pas suffis.iumient garantie par l'article 291 du Code pénal et par la loi du 10 avril 18:U, limitant à vingt personnes le nombre au-<lessus duquel aucune association ne peut se former IV n

: Au j:. uvornomcnt : c*i"«l î" ;- .; .;\um1os iiifitvidijs vr* 'i*v:".

^.!n> quo K» p.iuvrrri» n. :

. ^i Jî ») f'>iifi's>t'r ii'iir f«.'i . ■ ». •: . ;. . i.i Ittluro «lo I.) iJfcl.i! .'; :. ...: ". .:l >implo qu'un >li i. :

• ^ ■- , •.■■jiifi), vU\, fie. ï. •.." ^r iinpiimiT : r. .K» >ui- ,. - .:i> pii'li» i\ pi'cniJiv i.i:!i . ^ : ..> ^.i^ini^fiiusos. |M»iir l'iu^r* . . :■: \:.> p ur ï.iitos h'< iim— ^. . i"^: t .il' i]iii il diMiouri.* !«•> j'.- . . \; ..;>i M ri tiiii l'a i-liU-nuc. :..: '.r iiriVn>t'ur le \Au> iiilit- ; :v>.» . : «lui. jpit'S iivtiir t.int »i»* . ^. ... !..'. vu c^i anj. Il j ni *iiui Iuïi

M. Tl»iir>. I«'rs'pï"il tMiiit nii- ^ ^i- > Il I' llr^uic M. Rnlhc.

>:i" iio> ciilli's. a former lo>

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I .;. .iiris v.,|,; ili'li lij'i'^ ! M.ii'» l'Ili'.N SO >ufit tioliiiiif - ; t I!. > s,' >.iiii [..iMurs m iujik' Irs miu\s !#'> auln-*.

(i.Ci' i |i. !l\«- r-t II")» l'illr p.ilir rilllliuuih'. l'Ilo \ su<-

r ml If. 1!^! i r.i lin i'(|iii' i..u! "-«"il i-riihi :' .NMii.nu'>>ioui>. l.iu; iir-l p.i^ fiiulu : hjiu lia pa> ivtiiv >a main. Le u-

mi'tl«' «jiir \nil- rlunlii'/ r-l Li ri ïir««l .jui' la. "

Le gouvernement, enfin, voyait fleurir tous ses collèges roviuix ; il voynil la jeunesse se presser aux portes de la Sorhonne el du eollége de France, et particulièrement aux cours (le MM. Miehelet et Quinet ; il voyait tous les efforts et tous les progrès faits par l'opinion démocratique; il regardait du côté des idées révolutionnaires, croyant que, s'il y avait un danger à prévoir, ce serait de ce côté qu'il viendrait; il ne pensait pas aux jésuites prêts à éteindre les lumières et h rallumer le feu, l'imprudent! Sans l'opposition, la France courait à sa perte, la civilisation marchait à reculons.

Le Siècle a donc hien raison- de ne pas vouloir qu'on confonde dans la conduite et dans la solution de l'affaire des jésuites la part (jui revient h l'opposition et celle que l'on doit attril)uer au cabinet.

La part qui revient h l'opposition, c'est d'avoir demandé que certaines lois, d'une existence contestée, fussent appliquées dans toute leur rigueur, alors que l'opposition n'aurait pas assez danathèmes contre le réveil d'autres lois non abrogées que nous pourrions riter, telle que, par exemple, celle relative à l'observation des dimanches el fêtes; la part qui revient à l'opposition, c'est, nous le reconnaissons, d'avoir impaticunnent insisté tous les matins pour que le gouvernemeiit, au lieu de recourir à la voie des négociations dif)lonïatiques, employât la force armée et s'élevât jusqu'à la i)roscripli»»n. au lieu de descendre jusqu'à la politique.

C'est ainsi que l'opposition. — le Sational et la Réforme en létc. — entend à l'égard de ses adversaires les libertés d .m elle se plaint de n'avoir pas assez! Demandez au Na^t tonal el à la Ké forme ce (ju'ils veulent; — ils vous répondront : — Nous voulons la lilxTté de nous associer, d ouvrir des clul»s, de fermer i\cs meetings, de publier des journaux sans cautionnement, sans timbre, sans entraves, sans lois (|ui répriment la diffamation et la calimnie, etc.; nous voulons surtout la pleine lil>erté de dire ce dont nous ne voulons pas. Et on bait ce dont ils ne veulent pas ! — Eh bien I aucun journal ne s'est montré plus intolérant, plus vébé-

436 tSAft.

ment que le National dans Tuflijire de rcxpulsion des jésuites.

Lu pari qui revient au ministère, c-est, quoiqu^il sût qu'il n'avait à conjurer qu'un ])êril imaginaire, d'avoir réussi à remplir le vœu de lopposilion sans recourir à remploi de la force; C'est, en faisant de l'intolérance, de I avoir du moins laite sans rigueur ; cVst d'avoir allégé autantr que possible le poids de la solidarité acceptée par lui ; c'est enfin d'avoir obtenu des jésuites qu'ils formassent eux-mêmes Jours maisons sans résistance et sans bruit.

Voilà ce que constate le Siècle de la manière la plus formelle ; or, nous le deniandons, jamais feuille ministérielle a-t-elle fait d'un cabinet un plus gi*and éloge? Et quand nous nous exprimons ainsi, nous ne sommes pas suspects: car si nous pensons (pie le ministère a infiniment mieux fait de s'adresser à Ronu\ fût-ce même au T. R. P. général Koothaan, plutôt qu'à la rue de Jérusalem et à la cohorte de M. Delessert, nous sommes d'avis cependant qu'il eût mieux fait encore de battre l'opposition avec les armes qu'elle lui ofTrait,et de laisser la congrégation qui va se dissoudre faire contrepoids aux tendances contraires, les bcules dont il soit sage de se préoccuper.

19 juillet 1R45.

Le Sii'ch est un rude athlète, et pour peu qu'on lui laisse la moindre prise il ne reste plus avec lui qu'às-avouer vaincu et à crier iwnc'i et miNéricorde. Ce dont il faut surtout se jj.irder. c'i'st de se laisser enfermer par lui dans un dilemme, ear il n'y a plus de nviyen humain dVn sortir. La logique du Sirrle est inexorable, c'est un cercle de fer, et ipii eouipterail sur la générosité d'un tel adversaire expieliiit eruellemenl une telle illusion! Voyez ce qui nous arrive et comment \r Sihle nous traite pour nous Otre permis d*a- Viiir eu un auln» avis que le sien sur la question des Je-

suites! Où diable aussi allions-nous dans ccUq galère? Voici le dilemme du Siècle :

« Ou les slaluls des jésuites sont dangereux, contraires ^ aux intérêts de la société, comme nous le croyons, et alors û c'était le devoir du ministère de faire exécuter la loi à leur rt égard sans aller mendier à Rome une approbation qu'on 0 pouvait lui refuser; — ou les jésuites étaient inoffensifs et » mémo utiles, comme le croit, comme Pa dit la Presse^ » pour faire contrepoids à d'autres tendances, les seules » dont il soit sage de se préoccuper, et alors le gouverne- » ment, au lieu d'aller intriguer à Rome pour obtenir leur » expulsion de France, devait proposer franchement aux » chambres la révision des lois qui frappent dlnlerdit le cé- » lèbre institut. »

Répondez-donc h cela ! Chaque mot de ce dilemme est un coup qui porte. Il faut cependant que nous répondions tant bien que mal : tant pis pour nous si nous n^ivons à faire qu'une détestable réponse: cela nous apprendra è nous montrer désormais plus réservés et h éviter de nous heurter contre de trop redoutables adversaires.

Avouons-le; nous en étions restés aux discours prononcés en 1837 à la tribunede la chambre des députés, où Ton disait des jésuites, aux acclamations de rassemblée : o Que sont— »> ils donc et que sommes-nous? « Nous en étions restésaux articles du Journal des Débats où l'on imprimait : «Quoi! » nous sommes les disciples du siècle qui a donné Voltaire » au monde, et nous craignons les jésuites! »

Oui. nous en étions restés à ces discours et à ces articles sans nous apercevoir que, depuis quatre ans, les choses étaient bien changées autour de nous ; que les confes.seurs s'étaient emparé de l'esprit a(rail)li du roi; que la présidence du cons<Ml avait été donnée à un cardinal; (|ue les réimpressi«)nsdes Œuvres de Voltaire étaient interdites: que la liberté de la presse était en danger ; «pie le ConstitutwnneL traduit devant les tribunaux, à la requéledes Bellart et des Marchangy de notre temps, avait été bru.squement

forrc d'interrompre la pul)licaliondu Juif errant^ pour avoir osé mellre en scène les RR, PP. Rodin et d'Avrigny; tel était notre aveuiîlenîenl, (ju'il ne nous paraissait pas qin* rexislence des jésuites en Fanre eilt aucun danger, el qu'il nous paraissait au contraire que loute idée de les poursuivre, de s'armer conlre eux de la rif?ueur des lois, était sinon un contresens, au moins un anachronisme, en tout cas, un aveu qui, — selon rexpressif)n de M. Saint-Marc Girardin. — devait nous abaisser dans Vopinion de VEurope. Aussi n avons-nous jamais approuvé le cabinet d'avoir fait à la motion de M. Thiei-s Ihonneur de la prendre au sérieux. Si cette motion n'a pas eu le sort qu'elle méritait d'avoir, si la raison et la raillerie n'en on! pas fait justice, c'est, il faut le dire, qu'elle n'a pas élé <M»ml)attue. On se rappelle qu'on cemomenl.une indisposition jjjrave venait d'éloigner M. Guizot des affaires et <le la l ri hune.

Ce qu'il y avait, selon nous, «le plus .sensé, do plus conforme h l'esprit <le notn^ temps, c'était , îi défaut de foi ardente, d'élever au moins la tolérance relijiieuso jusqu a la hauteur d'une fîran<le vertu politique: c'était de lai.sscr les jésuites vivre en paix, ahrités derrière les murs de leurs maisons: c'était <lc h's laisser étahlir un courant d'idées contraire h cet autre courant d'idées, déjà plus rapide qu on ne croit, qui, le jour où il cesserait délre sunisammcnt contenu, emporterait avec lui la reli;;ion. la famille et la propriété. Deux courants «jui se contra rien t. se ralentissent l'un par l'autre, c'est un<* loi de la nature. Dans notre pensée. ce douille c«»urant en sens inverse était un bien; mais dès qu'on aviiit laisse .M, Thiers >aineresans combattre, à la manière de ces chevaux qui «Mnpoiii'iU le prix de la cours** en faisant soIilairemt*nt et sans se pri*sser le tour de l'hippodrome, dans ce cas. ce qu'il y avait de mieux à faire, n'en déplaise au Siècle, c'est ce que le cabinet a fait. L'utilité, la nécessité <le l«i fermeture des maisons <le jé.suiles admise, tout ce cjue le cabinet a entrepris p«»ur a<loucir la rigueur de la mesure et lui ôtcr tout caractère de ])cr.sécution, Thonore à nos yeux.

Ou les jésuites étaient dangereux^ dit le Siècle, et d<«ns ce cas. le devoir du ministère était d exécuter dans toute sa rigueur la loi à leur égard. Le motif sur lequel le Siècle fonde son opinion, c'est <iu'il était possible que Rome refusât Tassenliment qu'on était allé lui demander. Eh bien! quand cela serait arrivé, quand M. Rossi aurait échoué dans la négociation dont il avait élé chargé par M. Guizot, en quoi le cabinet en eût-il été alTaibli pour avoir essayé de mettre de son côté ravanlag<Miela douceur, des ménagements, des bons procédés, et n'avoir voulu recourir h la force qu'à la dernière extrémité et <|u*aprés avoir tenté, mais en vain, de réussir par la persuasion? Qu'est-ce qui légitime l'emploi de la force, n'est-ce doiïc pas d'avoir épuisé préalablement tous les moyens de conciliation? — Que risquait-on? de deux choses l'une, ou Rome donnerait son assentiment, ou elle le refuserait. Si elle le donnait, le vœu de la chambre était rempli, .^^ans rigueui^, sans éclat, sans bruit, sans concessions fâcheuses faites aux passions mauvaises de la multitude, qu'il est loujt>urs dangereux d'ameuter : si elle le refusait, les luis françaises demeuraient pour ce qu'elles valent. On le voit, le ministère, dans la plus défavorable des deux suppositions, ne ris(iuait donc absolument qu'une chf»sc; c'était, encore une fois, demeltiv tout l'avantage do son côté, c'est ce qu'il a fait et c'est ce que le Siècle, cela est facile a comprendre et à expliquer, ne saurait lui pardoniïer.

On les jésuites étaient ino/fensifs. et dans ce cas, au lieu d'aller intriguera R<ime pour obtenir leur expulsi<»n, pourquoi II* gi»uvernement n'esl-il pas venu [M'oposer franchement aux chambres la révision des lois i\n\ frapp<Mil d'interdit le célèbre institut? Telle est la seconde proposititmde l'argument du Siede. Nous n'avons pasiire<'liereher ici dans quelle mesure le ministère partageait ou ne partageait pas une opinion (pii nous était pro]»re et dans laquelle nous déclarons pei*sister; c'est par une (fuestion que nous r<»pondrons a la question du Siècle : Pourquoi .M. Thiers, alors qu'il était ministre de riatéricur et qu'il favorisait à Aix, la

Wk^.

ville dont il est le député, rétablissement d'une maison d^ jésuites, nVsl-il pas venu proposiT franchement aux chambres la révision (les lois sur l'existence desquelles il a^.i il alors des doutes? Citons un autre fait. Tous les minisires des finances, sans en excepter M. Lafïitte, ont cru à Kutilile de conserver les marchés h terme et à prime cPeirets publics, bien (prexprcsscmenl pn)hibés par la loi. bien qu'eu opposition constante el ilajj:rante avec tous les ni rèls de la cour royale de Paris el de la ctmr de cassation; pourquoi aucun de ces ministres nVsl-il venu proposeraux chambres la révision des lois qui prohibent les jeux de B'jurse?

Si, comme tout le prouve, il y a des lois dont rexéeulion ne paraît pas également rigoureuse, H n'engage pas strictement le gouvernement, bien (pie Lnir existenct» ne soit pas contest(»e, pourquoi les lois sur les jésuites n'auraicnt-clles pas continué d'élre comprises dans ce nombre? Si le Siècle veut être conséquent qu'il deniande donc la ivvision ou Fabrogalion de toulivs les lois existantes qui ne sont pas exécutées.

21 juillet 1845.

Le Siècle nous lient cl ne veut |»as nous lâcher. 11 parait que nous sommes une excelleiïte proie. Il nous consacre encore ses trois premières colonnes: c*i»sl toujours la même force d*arguments. ainsi qu'on va eu juger par le passage suivant :

tf Lii Presse a souvent parle avec indignation des rommv-

* nistes\ elle tr«iuve très sage que Ion frappe d'interdit » leurs associations; elle ne \oudrait pas, el a.^surément » le parti qu'elle represent«» nr voudrait à aucun prix que » des clubs el d«»> chaires de communistes pussent s'ouvrir »» librement. P<»nr(|uoi cela? E.st-ci» parce que le parti conn servateur juge les c..mpninislcssi nondireux.sipuissimls/ " bi redoulablcs, qu'en devenant libres, ils pourraient h > l'instant même bouh^vi-rser la sociélé ? Nullement. C'est

* parce qu'il coiusidènî que celle secte professe des maxi-

» mes immorales, conirairos h nos lois, dangerousos pour * IVnlre social, el que ces maximes. libremeiU préchées, r> pourraient égarer IVspril de la jeunesse ou des masses » ipioranles. d'où naîtrait plus tard un danger s(^rieux pour » le pays. — Kh bien î nous lïe croyons pas non plus que les n ji'^suiles, par leur nombre, par leur inllucMiçe, par leur la- ^ lent. soii'Ul «»n état de bouleverser la société; nous ne les 0 jufjfciuïs pas assez redoutables pour que toute la France » en ait peur; mais nous croyons que leurs doctrines sont » pernicieuses, que leurs statuts sont contraires h nos ins- » tilulioiis. à uns lois, et comme c'est aussi à la jeunesse el 0 au peu[>li; qu'ils s'adressent ; comme le lien de leur asso- » cialioiï est une force permanente qui ne so dissout pas, »> comme ils ont un {^'ouvernement tout organisé el une di- » reclion à Rome: comme l'asct^ndanl qu'ils exercent sur y* le clergé st» manifrsle déjii, nous sonunes d avis qu'il ne » faut pas laisser iutnMiuire dans la société des éléments » de corruption, do trouble, de discorde, et que par consé- »• quenl il convient, tout en respectant les individus, « d't^xécuter \rs lois qui frappent d'interdit cette corpo- » ration. '>

Un mot d'abord sur l'expression dont se sert le Siècle, quiuul il dit que nous avons souvent parlé avec indignation d< s C(»mn)uius!es. Celte expression <i'/;ïr///;««/ion n'esl pas ju'^le. Toutes les fois que nous avons parlé des communistes et de leurs doctrines, nous en avons parlé avec la mesure que donne le sentiment profond d'un véritable danger.

Oui. nous croyons que si un danger grave menace l'avenir des sociétés, ce danger prendra naissaiïce dans le progrès, progrès qu'on no peut nier, (|ue font les idées comnïuiijsios i)armi les classes ouvrières, m»n seulement en France et en Angl<Merre, mais encore dans des pays où il n'cxiNle ni institutions représentatives, ni lil)erté de la pr(»sse : ce qui prouve que ces i<lées s'étendent d'ellesmêmes et ont une grande intensité. Aussi longtemps que lequilibre se maintiemira, ou à peu près, entre la production el ta consommation, ceux qui n'ont d*yeux que pour

voir ce qui est à leurs pieds pourront s^abuser et nier k progrès et le danger des idées communistes ; mais vicDnent en Fronce une crise commerciale prolongée, une chambre éieclive où lopposition de gauche soit en majorité, un ministère pusillanime, comme il n'est pas sans exemple qu'il y en ail eu on France depuis l&ÎO, et alors apparaîtront, dans toute leur étendue, ce progrès qu on aura négligé de combattre, ce danger qu on ne se sera donné aucune peine de prévenir. Mais ceci est une autre question que celle que nous avons h débattre avec le Siècle^ el nous ne voudri(»ns pas qu'il pût penser que nous avons le désir de lui échapper par une divei*sion.

Le Siècle prétend que nous trouvons très sago la loi qui frappe d'interdit les associaticms. Qu en sait-il? Qu'il nous èite donc un passage de nous à l'appui de son allégation. Mais il ne s'agit pas de rechercher si nous approuvons ou si nous n-approuvons pas la loi qui interdit les associations ; ce qu'il convient ici d'examiner, pour nous renfermer dans le cercle que le Siècle a tracé autour de nous, c'est la question de savoir si la loi du 10 avril 1834 el l'article 291 du Code pénal se sont jamais opposés à ce que vingt communistes s'entcn<]issenl |K)ur haliiler la môme maison, soit pour y accomplir une œuvre collective, soit pour y jouir des avantages et de l'économie résultant de la vie en commun.

Première question que nous posons au Stècle.

La loi qui frappe d'intenlit les «is.sociations empèchc-telle les communistes d\\\ister. de se multiplier, de se répandre, d'exercer leur prosélytisme dans toutes les villes manufacturières, dans tf>us les ateliers, de publier même des livres el des journaux où ils expo.sent leurs doctrines?

Seconde question <iue nous adivssons au Siècle,

Est-il vrai de dire que les communiâtes ne soient pas libres? Kn qu»»i ne le sont-ils pas?

Troisième question à laquelle le Siècle doit être prêt à répondre.

Dans quels cas les communistes .sont-ils poursuivis? —

SuffU-il pour cela qu'on suppose prévenlivcment qu'ils sont communistes; suffit-il môme (juils se soient déclarés tels? Ne faul-il pas qu'ils aient troublé Tordre par des manifesta lions séditieuses, ou qu'aux yeux du ministère public ils >es(»ient rendus eoupables, soit par la voie <le la presse, snit autrement, de délits prévus et punis par la Ini?

Quatrième (|uestion qui ne saurait embarrasser le Siècle,

Si les jésuites avaient troublé r«)rdre par des manifestations extérieures (pii fussent condamnables, s'ils avaient prononcé en chaire nu autrement des discours répréhensibles. s'ils avaient publie des livres ou des journaux qui continss<'nt ou di'S provo.vitions séditieuses, ou des outrages à la morali' pubiiijue, ou des alt.Kpies h la constitution, ou d(vs olFenses cnvei's la persoime du roi. etc.. etc.. que dans ce cas on eût ("(mdamne les auteurs de ces délits, sans aucun v*^M\\ pour leur caraetèn» et leur habit religieux, rien ne nous eût paru plus léj^'itime et plus simple. Mais est-ce là ce qu'on a fait?

Cincjuième (|uestion qui rendra au Siècle le service de lui fournir l'occasiiin de préciser ses idées.

Non, nous persistons à le soutenir, l'analogie que leSiecte prétend établir entre les jésuites et les conununistes n'a pas dr fondement.

Ouand i\c^ conmiunistes ou des républicains ont été traduits devant la justice, ils n'y ont pas été amenés parce (pi'ils étaient cnnnnunistes. mais parce (ju'ils s'étaient armes contre les iii>titutions. ou parce qu'ils s'étaient rendus coupables de (fuelque <lélil de presse, prévu par la loi. On nejufreait pas solidairement en eux le parti, on jugeait indi\iduellement le factieux ou le délincpiant. La poursuite s'arrélait aux accusés. On ne frappait pas du même coup le connnuniste qui avait trouble l'ordre et celui qui était resté chez lui il méditer eiï paix sur le> doctrines de son choix.

K^t-<t» ainsi <pron .s'est conduit a l'égard des jésuites? Des jésuites avai»'nt-ils Iroulile l'ordre? Des jésuites sV*taienl-ils armes contre nos institutions ? Des jésuites avaient-ils publié des écrits condamnables et condamnés?

pM

Non, aucun délit, sinon celui d^étre jésuites, ne leur étant imputé, cVst comme jésuites qu'ils ont été dénoncés à la tribune et qu^ls vont être expulsés, si déjà ils ne sont partis, sans débat où ils se soient fait entendre, et où ils aient pu se justifier, sans jugement qui les aient condamnés.

Que le Siècle oublie qu'il a imprimé en toutes lettres d.-ins son numéro du 6 juillet 184;), que ce sont les évéques qui ont compromis les jésuites et non les jésuites qui ont com* promis les évéques. qu'il trouve la mesure d'expulsion sans jugement parfaitement légale, parfaitement constitutionnelle, parfaitement conforme à l'esprit de notre temps^ c'est son droit; mais qu'il prétende nous fermer la bouche en établissant entre les jésuites et les communistes la comparaison dont nous venons de rapporter textuellement tous les termes, c'est ce qui dépasse toute liberté de discussion, et ne pas dédaigner de recourir à l'emploi de tels arguments, c'est avouer hautement que la cause qu^on soutient ne saurait se défendre.

13 août 1845.

La modération lionl le discours prononcé à Lisioux ]e dinKincbc 10 août 1845 par M. Guizot est incontestablement empreint n'a rien qui nous sur|)renne. Livré à lui-même, M. Guizot est sincèrement lihéral, dans la vieille acception de ce mot, telle qu'elle avait cours à Tépoquc où le général Foy, le général Lamarque, Benjamin-Constant, Royer-Collard, Stanislas de Girardin, LafTitte, Casimir Périer, etc., personnifiaient l'opposition constitutionnelle. Tous les penchants de .M. Guizot le portent naturellement vers le libéralisme, comme tous les penchants de M. Thiers portent naturellement celui-<*i vers l'arbitraire. Le rôve de M. Ihiers ccht la dictature ; l'idéal de .M. Guizot c'est le gouvernement représentatif, se rapprochant le plus possible, en France, de ce (|u'il est en Angleterre. M. Guizot croit à la puissance, au développement et à la durée des institutions parlementaires ; il croit sérieusement à l'empire de la raison ; M. Thiers, tout le révèle en lui, ne croit très sérieusement qu'à Tempire de la force. Entre M. Guizot et M. Barrot, que les événements ont séparés, il n'y a qu'une nuance, il n'y a que répaisseur d'un portefeudle. Entre M. Barrot et M. Thiers, que les circonstances ont rapprochés, bien plus en appa-

ronce qu'en réalité, il y a toulé la différence du noir au blanc, il y a un ahîmo. — C'est ce que l'on n'eût pas lardé à vérifier si le minislère du 1"'' mars avait eu une existence moins courte. Voyez h la tribune M. Guizol et M. Thiers .* M. Guizol aime la discussion comme l'artiste aime son art : il est orateur par vocation; pour lui, le pouvememenl sans tribune ne serait pas le gouv(M*nement. Tuulc idée, tîule force, tout cDurape. tout j)restige, t<>ul succès lui viennent de la tribune: l'homme d'État n^apparaît pleinement on lui que lors(|u'il y a là une assemblée <iui Técoute et qui Tinspire. Pour M. Thiers, la discussion est moins un art qu'un moyen : le m(»yen de conquérir le pouv«»ir ou de le conserver. Donnez-leur à choisir à tous <leux entre une tribune ou une batterie d'artillerie, si rien ne fîéne leur premier mouvement, ni Tun ni l'autre n'hésiteront : M. Thiers préférera la batterie, M. Guizot préférera la tribune. Jamais Tidéo des fortifications de Paris ne fût venue dVlle-môme h Pesprit de M. Guizot; cette idée ne pouvait naître spontanément que dans l'esprit de M. Thiers, qui a le sentiment plus ou moins va|2ue des danf^'crs dont il porte en lui-même Pexistence. La paix, c'est la liberté, et M. Guizot .sait liien que ce n'est pas lui cjui mettra jamais volontairement la paix et le régime représentatif en question. La j^uerre, c'est la dicta* turc, et M. Thiers a dû se demander plus d'une ft>is déjà combien de jours, combien d'heures, la liberté de la tribune et la liberté de la presse pourraient rigoureusement sur\ivre. en France, à la nouvelle d'une déclaration de guerre ? N'>tre hist«»ire contemporaine se divi.se en quatre grandes époques : M. Thiers appai tient surtout, par ses instincts et par ses éludes, à la première et à la seconde époques dont il a écrit l'histoire, à la Hévnlution et à l'Empire; M. Guizot appartient plus particulièrement, par ses méditations et par ses penchants, à la troi.sième epo(iue. à celle de la Restauration, d'où datent la (Ihartede 1814 et 1 ère constitutionnelle. Si M. Thiers n'avait jjas fait partie du ministère lors de Paltentat Fies.chi. ce n'e.^t pas M. Guizol «jui eilt fait les lois de eptembre ce (|u'elies sont. Ce qu'on |ii'ul reprocher juste-

M. GlIZOT, M. THIERS, M. BARROT. 447

mont à M. Guizol,ce n osl point de ne pas aimer les libertés publiques, e est de manquer de ce sentiment de la grandeur et de la dignité nationales que possède M. Tliiers, mais que celui-ci ne sait pas régler. Ce qu'on peut reprocher encore à M. Guizot, c'est de n'avoir pas h un assez haut degré la conscience de toute sa valeur: c'est de marcher à la suite de la majorité lorsqu'il n'aurait qu'à le vouloir fermement pour marcher h sa télé ; cVsl de transiger trop souvent quand il n'aurait qu'à commander une bt»nne fois; c'est, avec un talent parlemenUiire égal au moins h celui de sir Robert Peel, de nélre pas duué de la même résolution de caractère. Le parti conservateur, comme tout grand parti, a tes ultras et ses nu)dérés. ses bonnes et ses mauvaises pas-, sions; toutes les fois que celles-ci Pont emporté trop loin, on peut bli^nier M. Ciuizni de ne l'avoir pas retenu; mais on ne saurait l'accuser de l'avoir poussé. Nous connaissons plus d'une mesure à hujuelle M. Guizot n'eût jamais attaché son nom, si le caractère, en lui, avait été h la hauteur de l'esprit. L'esprit se révnlliiil, mais le caractère fléchissait. Aujourd'hui, si l'on réunissait ce qu'on aj)|,ellc le parti conservateur, et qu on mît aux voix la suppressi )n de la liberté de la presse, nous ne voudrions pas répondre que la majorité de la réunion, dans sa haine pour le journalisme, haine qu'elle ne dissimule pas. se lai.>sàl anéter par l'art. 7 de la Charte de 1830. M. Guizoï sait cela aus>i bien (pie nous, et c'est a ce sentiment sous-ententlu (ju'il s'est adressé ; c'est ce sentiment qu'il a indirectement combattu dans .son allocution aux convives du banquet de Saint-Fierre-sur-D.ves. 11 est juste de lui en tenir compte et de lui en savoir gré, alors même qu'il ne serait pas rigoureusement vrai que M. Guizot fût aussi indépendant de la presse qu'il se plall h le pn»clamer. Tout ce cpi'il dit. d*ailleui*s. des journaux et de leurs lecteurs est parfaitement sen.sé : a Oui, apprt'viez les » actes politiques, non d'après le tableau qu'«m en fait dans » les j )urnaux, mais d'après leurs résultats dans le pays et » I)ar le pays. N'ayez pointdc colère, p(»int d'humeur contre » tout ce mouvement, tout ce bruit que la presse élève in-

448 il»4S.

>' cossammcnt autour de nous; luiiis n*ayez de confiance '■ qui' dans Jt»s fjiils.dans voire propre jugement. Aîn!»î sou- • leriient vou.s ne serez les dupes ni les jouets de personne. '' el vous pî»rviendrez. avee un peu de sang-froid et de pa- " lii'nee. à vnir les choses cl les hommes, plus la vérité. » Certes, ce sont là dans la liouehe d'un ministre de nol>le5 el prudentes paroles: nous aimons à les répéter. Puissentelles porter la conviction partout où elles scrunt entendues !

16 août 1S15.

Le Siècle reconnall la vérité des traits de lesquisse rapide que nous avons tracée au bas du discours prononcé par M. Guîzot au hanqucl des électeurs du canton de Saint - Pierre-sur-Dives. a Oui. dit-il. il est certain que Tosprit de u M. Guizol est libéral ;qu\\ aime la trihune. où son élo- >' quence peut briller; qu'il a le goilt des institutions parle* " mf*ntaires: qu'il dcsirc. en un mot. le maintien du gou- »- vernemcnl reprêst'ntatif.... " Le Siècle convient égalenicnl quil e>l vrai (lue M. (luizol se rapproche de M. Biirrol beaucoup plus que de M. ïliiei-s. « Lisez, dil-il, les " écrits de M. (iuizot. quand il est hors du pouvoir, depuis 0 les panq>hlets de la Restauration jusqu'à sa belle inlro- " duction à la vie de Wasliin^'ton. publiée il y a cinq ans, i» vous trouverez ses idées i»res«|ue toujours élevées Jnrges, »> libérah»s. «

Le Sirrle et la Prrsxe sont donc d'accord sur le fond du c;iractcre de M. (juizot : c'est un f.iit qu'il nous a paru «isseï curieux i\r ««mstatiT. sans y attacher tnulefnis plus d'impnrtance qu'il est juste tlv lui en acconler. Si. dans M. Gui- /iit. le ministre n'est p^is toujours à la hauteur do l'orateur et de l'écrivain, si son esprit et sa politit]ue V(»nl parfois en M'fis contrain*. s'il sait mieux résister aux intrigues et aux jiltaques de ses adversaires qu'au. X suggestions et tiux sol- Im itations de ses nniis politiques : s'il est plus facile eoGn h . dé<;arnier dans le cabinet qu'a la tribune, sans doute c*esl

un lorl ; mais toute la responsabilité n'en doit pas peser exclusivement sur le caractère de l'homme d'Étal; une bonne part doit en retomber sur la majorité.

Kn France comme en Angleterre, c'est la majorité qui fait la loi et ({ui décide de Texislence des cabinets; mais si, numériquement, le principe est le même dans les deux pays, moralement, politiquement, une grande différence doit nécessairement exister entre la majorité qui soutient sir Robert Peel, et la majorité sur laquelle s'appuie M. Guizot, car les éléments <iui servent à les former Tune et l'autre sont loin d'être i<lentiques.La centralisation administrative, telle (lu'elle a été créée en France dans un autre temps et pour d'autres bescuiLS, et le partage démocratique des fortunes tel qu'il a lieu parmi nous, ne sont pas des faits stériles (|ui s'accomplissent, au S(*in d'une société, sans y déposer tontes leurs conséciuenccs bonnes ou mauvaises. Il faut donc eiï tenir compte quand on veut porter sur les hommes et sur les choses un jugemeiU impartial. Dans les temps calnx's, (piand les grandes passions politiques ne sont pas en j(Mi, une majorité (pii n'est asservie ni par les intérêts privés, m' par les intérêts locaux, doit se conduire par des mobiles tout autres (pie ceux qui font agir une majorité placée dans les con<lilions de dépeiïdance (jue nos lois ont faite généialement au député. De ce que nous venons do diie, nous ne voulons pas tirer cette conclusion que M. Guizot a raison de ne pas résister avec plus de fermeté aux exi^'ences individuelles; nous voulons seulement ({u'il en rosorle cette conséquence que s'il est difficile, en Angleterre, à un nnni.stre de s'élever au-<lessus de son propre parti, celte difficulté, en France, est bien plus grande enriire. M. Thiers, en (pii le Siècle et le Constitutionnel mettent leur (\spnir, est-il, (|uand il est ministre, le même humme qu'aloiN (ju'il aspire à le devenir? Président du 22 feMJer \K\i\. n'a-t-il pas reculé devant l'amnistie, (ju'il avait solennelh'inent promise? Président du l*''mars 1840, n'a-lil pas, siiïon repoussé ouvertement, du moins enterré indiscrètement toute propitsition de réforme? Si M. Thiers, IV. if

450 t9JS.

mis deux fois à I cprt*iivo, a lonii doux fois la môme conduile, (*st-CT il dire coiMMidiiiil <iu'il fùl d'un caractère inoxorablt» ou <ju*il iillarliAl um» Irôs srricuso importance <iu voie d'uno pniposilioii «jui auniil eu pïjur effet dVxchire de la Chambre élorlive un certain nombre de fonctionnaires publics? — Non, la crainte (raU'aiblir la majorité est le seul sentiment ((ui l'ail reteini: cesl le même sentiment ffui l'a également empêché, en 1840, <le se donner pour collê^'ue son auxiliain» M. Odile «n IJarrol. Il y a une fermeté île caractère (pli est très ciimmuni» : c'est celle qui consiste à se «léfcndre bravenuMit cuiilre les partis <pii vous attjiquent; il y a une fernwté de caractère (pii est très rare : cVsl celle (pli consiste à résister ju(lici(*usement au parti sur lequel un s'appuie. Si celte fermeté si rare a manqué souvent à M. Guizot. il (»st juste de cnn venir aussi que, M. Thiers ne nous a pas enrure montré qu'il la possédât: et cVsl parce (pie nous ne connaissons aucun homme d'Ktat (|ui en soit \érital)lenienld«»ué. que nous nous tenons impartialement à éf^'ale dislance du Journal tIt'S Ih'hats, (jui soutient systématiquement le »iiini>ière. et du Sicrlr. qui Tattaque en compaf^nie du Ctnistilutlonm'l. dans un intérêt commun. Vienne cet h iinme d'Klal qui fera .servir le jiarli Ciinscrvaleur à accomplir résolument ti.ules I(»s réf«»rnies utiles. toutes celles (pii sont mûres : à affranchir du même coup Tadministration et le député : radmini>tration (pie le député paralyse, et le député ipie les élerleurs asservi.ssent ; à diminuer les abus, siimn i\ h^s suppriiiuM' tous: à jeter les fon- (leiuent> de la politique nouvelle dont le /ollverein et les rhemins de fer >onl lesj;il.nis. et dont les fortifications de Paris sf»nt le contrepied... Vi(Mme cet homme d'Htal. et no- \vr eonc«»urs lui appailieiidrasansrés(»rve! Mais, jusque-là. nous ^ardt*rnn> la posîtinii que n<ius ni>us sommivs faite, et qui nous permet de nniis exprimer en toute lilHM'té sur les hommes et sur le> choses. Le Sirrh*. loul en d('M*larant qu'il fjiul nous savoir ^ré de notre fr.inrluM», prétend «pie nous fai'Non> preuve d'ineonséquenee en soutenaiilun parti dont nouscolm;u^^o!ïs si bien I«'sarrière-pensé4*s. (Ju'avons-nnus

dit? — Nous avons dit : a Le parti conservateur, comme » tout grand parti, a ses ultras et ses» modérés, ses bonnes » et ses mauvaises passions.... Aujourd'hui, si l'on réunis- » sait ce qu'on appelle le parti conservateur, nous ne vou- » (Irions pas répondre que la majorité de la réunion, dans » sa haine pour le journalisme, haine qu'elle ne dissimule » pas, se laissAt an-éler par l'article 7 de la Charte. » Voilà ce (lue nous avons dit, et nous n'avons rien h changer à ces paroles. Nous n'avons parlé que d'une portion plus ou moins considérable du parti conservateur. Où donc est l'inconséquence (jue nous reproche le Siècle? Nous a-t-on jamais vu !n«»tlre en avant la prétention de servir d'organe aux ultras du parti conservateur? Ils ont leur journal, et ce n'est pas la Presse. En toute circonstance, au contraire, n'avons-nous pas déclaré hautement (|ue nous ifaspirions h en représenter (pie les hommes modérés et progressifs, (jue ceux qui croient fermement (lue la France n'a pas besoin de troubler la paix du monde, au contraire, pour jouer un grand rôle eiï Europe, et (jue la conciliation du pouvoir le plus fort avec la liberté la plus grande (»st une œuvre du temps qu'on ne doit pas brus<pier, mais à Taccomplissemenl de laquelle il faut tendre constamment? La majorité a ses nuances comme l'opposition. Or, de même que le Siècle représente une fraction de l'opposition, la Presse représente une fraclion de la majorité, et la Presse, lorsqu'elle attaque les ultras de la majorité, ne fait pas plus preuve d'inconséquence (jiK^ lors(|ue le Siècle se défend contre les ultras de l'oppo* silion.

Il juillet 1846.

On nous demande de préciser ce que nous voulons. Ce que nous voulons : nous l'avons dit cent fois, faut-il d(mc encore le répéter une ? Nous voulons le contraire de ce que veulent le Constitutiounel et le Siècle. Ils voudraient le changement des hommes, non celui des choses; nous voulons, nous, le changement des choses, non celui des hommes. Quand ta

452 fS-te.

majorilé nouvelle ferait défaut à M. Guîzol cl le contrnîn' (hait (le cé'dor le pouvt»irii M. Tliiers,(iu*y aurait-il de dirigé? M. Thi(»rs osl-il un lioinnie (Jt» rêfornies, de liliorltS d'initiative? Nous n'avons pas oublié cv qu est devenue, sous le l***" mars, cette fameuse proposition d'extension des incompatibilités, « enterrée dans les bureaux » par ordre nn*nistériel ; nous avons sous les yeux ses deux rapports sur le renouvellemt»nt duprivilé^'e (Je la Han(fue de Franee, et sur la liberté de l'enseignement ; il y a h peine un mois, nous l'avons vu se séparer de ses meilleurs amis, monter en ricanant à la tribune et voter ouvertement avec la majorité contre la plus simple, la plus juste, la plus inoflensive des réformes assurément, la réforme postale, Tunité du port des lettres à 20 centimes, proposée par MM. de la Sizeranne. Muteau, Saint-Priest, Sapey et Emile de Girardin ; nous l'avons vu, peu de jours après, prendre le même plaisir à se jouer d'une promesse formelle (|u'il venait de faire, celle de voter et de faire voler toute sa phalange en faveur de l'aniendement présenté par MM. Liadières tU Darblay, ayant p(»ur t)bjel d'abaisser d'un centime le maximum de droit de timbre sur \cs imprimés. Au dedans, il n'y aurait donc rien à gagner av(»c M. Thiers: la stérilité de son esprit n a d'i^ gal(» que la mobilité de son caractère. Au di»hors, il n'y aurait qu'à perdre : M. Thiers n'a pas de politicpie extérieure (|ui lui suit profire: il a défendu suiressivement tous les syslèuies d'alliances qu'il devait combattre, et combattu tous les sy.Nlèuiesd'alliaïU'cs (piil devait défendre. Aprt\s le traité du 1"> juillet 18i0. quand il devait tout tenter pour rassurer rAIIeiiiagneetse rapprocher d'elle au nom d(»s intérêts c(»ininunsd'avcnir industriel et de liberté niaritine qui Tunissenl il la l'rancc contre l'Angleterre, qu'a-t-il fait ? On lésait : peu de jour."» lui ont sufli j»our soulever à la fois contre nous les peuples et les gouvernements dont il importait de diriger habilement le regard sur la Méditerranée et r(X*êan. afin (piils ne l'arrèla-sscnl pas sur le Hhin. afin de détourner de h'ur esprit toute pensée (h'di'liance et de crainte re- Ji>tivi»n^"nt aux projets d'agrandissement de teiriloire que le

M. GCIZOT, M. THIERS, M. BARROT. 453

conlinrnt osl toujours enclin h nous supposer. L^opinion de M. Thiers sur le rôle maritime de la France en Europe est écrit dans un discours qui, s'il est Texplication, la justifie*')lion de la célèbre note du 8 octobre 1840, et du rappel de notre Ho! le. est la condamnati(»n de toute sa politique. Mais nous vcn(»ns de nous servir là de deux mots que nous dedcvrions eflaccr ; encore une fois, il faut qu'on le sache bien, M. Thiers n'a pas de politiijue qui soit le produit de la maturité de la réflexion et d'une étude approfondie des rapports nouveaux (pie le développememenl de Tindustne et du ((immerce a créés dans le monde. Lisez comment il écrit Vllistnirr du Consulat et de (^Empire! Il l'écrit sans la comprendre: il s'éj^are, il effare son lecteur dans la multiplicité, dans la confusion, dans l'abus des détails ; chaque page brille par Tabsence d'une vue supérieure; il écrit, enfin, comme si I empereur Napoléon n'avait pas eu l'île d'Ellx» pour avertissement, et Saint-Hélène pour tombeau ; comme si ces deux chutes profondes n'avaient pas entr'ouverl la nue et laissé voir d'immenses fautes, si haut que Paigle impériale en eût placé le secret au d(»ssus di*i^ têtes de la multitude. C'est <le ^hi^t(Mrc à la façon du daguerréotype, rien de plus. N*\ cherchez pas ce i\\w M. Thiers n'a pas cherché lui-même : un ensei^'nenient. (le qu'aime M. Thiers par dessus tout, r*e>l intervenir à tort et à travers; s'il n'est [)as intervenu en EspaijrH' pour s'y jeter inconsidérément entre deux partis, .s'il n'est p.is intervenu en Suisse pour C(»mpr<»meHro l'intérêt françiiis, a.ssurément ce n'est pas sa faute. Meheniel-AN siiil ce qu'il a ga'.'né à ce (pie M. Thit^s le protégeât cl intervînt mi instant d.ins les affaires de TÈgypte el de la Tunpiie.il l^weasion (l'on ne sait (piel district d'Adana: nous voyons (pi(»| nMo indigne d'elle joue la France à Buenos- .\yres et à Mont«»video. où M. Thiei*s n'a pas eu de cesse qu'il n'eût învvv M. (iinzol de sortir de la neutralité (pii était la seule iitlilude (|ui <*onvînt ii notre digiu'té et à nos intérêts. Le pn>pre des enfants ta[)agem*s, c'(»st d'aimer h brandir des sabr(»s plus grands quVux ; c'est d'aimer à faire du bruit jusqu'à ce (jue l'excès de ce bruit les effraie eux-mêmes et

Ce (juo nous appelons de tous nos vœux, c'est une majorité qui. sans cesser d'ôlre aussi compacte, S(ut plus éclairée, et ne pousse pas TidoIAtrie du présent jus<|u'à nier Pexistence de l'avenir : c\\st une majorité (pii fasse aux mauvaises chances leur juste part, qui prévoie le cas où le hon accord cesserait, par suite d'une circonstance (juclconque, de refîner entre les deux cahinels d'An^'leterre et de France, ainsi cpie cela est arrivé déjà en 1840, ainsi (jue cela a failli arriver encore deux fois depuis cette époque; c'esl une majorité ({ui comprenne que le moyen le plus sûr d'afTaiblir l'opposition, ce n'est pas de» résister avec raveuglement de l'obstination à ce (lu'elle peut réclamer de juste et de fondé, mais, au contraire, de ne lui laisser rien à faire d'utile ni do grand, en prenant les devants dans toutes les questions de réform(»s arrivées à maturité.

Ce ({ui a fait à HolxTt Peel son admirable situation est précisén)enl ce qui va faire la faiblesse de celle de lord John Russell. In grand ministre est celui qui se dit: J'aurai des successeurs, mais je n'aurai pas d'héritiers, car je ne laisserai à faire après moi rien de ce que j'aurai dû et pu faire dans l'intérêt de mon pays, pour sa gloire et sa grandeur, pour I éclat de ma réputation et de la durée de ma mémoire.

Pouniuoi M.Guizol.qui. par suite de la retraite de M. le maréchal duc de Dalmatie, va être prochainement af)pelé h la présidence du conseil des ministres, ne se tiendrait-il pas ce langage, ne donnerait-il pas à son ambition ce but élevé? N'a-t-il p;is fait preuve, et comme écrivain, et comme professeur, et (Muune historien, et c.unme orateur, de l'e.sprit le plus vaste, de rinlelligence la plus haute? N'a-t-il pas montre sur la plupart des questions que toutes ses idées étaient manpiées à TrAigie de la tolérance et de la liberté? Lfs deux discours cju'il ;i prononcés dans la discussion sur Prxpulsion <l('s jésuites, drmandet' par M. Thiei*s. et sur la liberté di' renscMgnemenl. sont des monuments d<» cet esprit de tt)lerance. de liberté qui ont eh'vé M. (iuizol de toute la hauteur dont M. Thiers s'est al>ais.sé dans ce débat. Pour-

456 t84ie.

qiioiM.Guizotbornoniit-ilson rôle à celui de grand oraleu*-, pourquoi n'aspirerai t-il pas à celui de grand ministre ? Pourquoi n'éludierail-il, pourquoi ne ferail-il pas étudier nul Mir de lui toutes les grandes questions don! l'opposition naque le vague sentiment? Pourquoi ne s'appliquerait-il pas à discerner les hommes, à les bien choisir, ù se compléter pfir eux et h les faire servir à 1 éclat de son ministère ? L'art de choisir est le secret de toute grandeur;

On ne peut plus contesttT aujourd'hui à M. Guizol le titre de chef du parti conservateur. En plusieurs circonstances, h force de talent et de vigueur de tribune, il a réussi à l'entraîner à sa suite, à le lier étroitement à son sort, h remi)écher de se diviser et de se réduire h la condition de minorité; mais on peut reprocher à M. Guizot de manquer du sentiment de sa propre autorité, de niMre pas assez indépendant de sa majorité, de la considérer trop exclusivement comme un but, pas assez connue un moyen. Par elle-même, toute majorité vaut assez p<»u de chose; au-dessus d'une certaine valeur moyenne, elle n'a que celle quVlle emprunte à son chef. Si ce chef n entreprend pas résolument de l'élever jusqu'à lui, s'il a la faiblesse de s'abaisser jusiprà elle, autant vaudrait qu'il fût médiocre: c'est vainement que les dons les plus brillants de l'esprit lui auront clé pro<ligucs, le pouvoir ne sera jamais qu'un poids dans ses mains. Ce qui est vrai pimr la majorité ne l'est pas moins pour la minorité. Pourquoi l'opposition, de son propn^iveu, est-elle si faible?— C'est qu'elle mène bien plus ses chefs que ses chefs ne la mènent. Donnez à M. Rarrot, qui a de nobles sentiments, ce (jui lui manque : des idées justes et de la fermeté de caractère, et l'oppositifin.cpii est aujourdluii nombreuse sans éln» forle. pour être forte n'aura même pas besoin d'être nombreuse, (lertes.si Robert Peel eût consulté sa majorité. rin)pôt sur le revtMui, (|ui a comblé le déficit du budget , n'eût pas été établi : le bill de Mayn(K)th n'eût pas élé présenlé, la réfoinu» des céréales ne se fût pas accomplie.

La présidence du conseil va marquer une nouvelle ère

M. GUIZOT, M. THipRS, M. BARROT. 457

dans la vie politiquo do M. Guizot : il ne sera plus seulement ministre i\{^î> affaires étrangères, ministre spéeial ; de ce jour il deviendra le chef réel et nominal dueahinet. Qui! le soit, cela est juste : mais que ee (*lianfj:emenl dans sa position marque aussi, dans les errements du cabinet «un «changement qui doiuie satisfaditm h cette fra<*ti(>n du piu'ti conserxateur qui ne veut pas rester stalioimaire, fraction importante (pie les électi(»ns générales ne sauraient manquer de grossir.

Le langage (pie nous tenons en 1846 est le mémo que nous tenions en 1840. Nous disions aux mim'stres du 29 oct(»l»re 1810 : Si vous voulez survivre à la dissolutitm. si vous voulez .^iortir vict(nieu\ de l'épreuve toujours difficile d^unc législature nouvi^llc. il faut faire de la stabilité le point de départ du progrès: il faiit (pion sache dôs auj Kird'hui que vtHis av(»z cessé (Téln» systématiqu(Miient opposés à toutes les améliorations, à toutes les réformes, à toutes l«»s simplifications dont la n(MN»ssité aura été démontrée. Le pays ne se défie que de votre bon vouloir : il ne se défie jwisde votre iniclligeiie*»: il sait quVIle (»st grande: il sait (pi'il n'en est pas de [)lus capables qiK» vous d'«Miti éprendre et d'accomplir ce (pii est utile, tout c(» (pii(»st utile, rien (pie ce cpii est utile. L(» pays n(» V(Uit [)as de M. Thiei*s. (pii. cette fois, ne sauniil arriver (»n laiss;nit >f. Barrot à l'écart; mais il veut que v.Mis vous mclli(»z .sérieusement à l'élude de l4)utes les queslit»ns (pii s'aj »urnent et (pii s'aggravt»nt en s'ajournant ; il veut (|ue vous fassiez porter à la paix et à la stabilité tous l(Mirs fruits; il veut (pie vous ne laissiez à l'opposition que celles de ses idées (pii sont fausses et inapplicabh^s: il veut enfin (pie r(»\périence (pie vhis avez ac<piise au pouvoir profite il son aff(»rmisseinent et à sa grandeur!

Il veut ce que njus voulons, n )U> voulons ce qu'il veut.

t} Tvvrier PU 7.

M. Guixot comme H. Thiers, M. Thiers comme M. Guixol.

excellent à exposer une question dans tous ses détails, dans tous ses développemcnls ; sous le rapport de la lucidité, on pourrait dire que Tun des deux n'aurait pas d'égal si l'autre n'existait pas; seulement, ils arrivent au même efletpar une méthode opposée : pour les rendre plus claires, M. TluVrs abaisse les questions ; pour les rendre plus claires, M. Guizol les élève. M. Thiers descend au niveau de son auditoire. M. Guizot le fait monter jusqu'à lui. Le talent que M. Guizot a en élévation, M. Thiers l'a en surface. Un défaut grave du talent de M. Thiers, c'est de rapporter à lui toutes les questions, de s'y personnifier, c'est de les individualiscT. Une qualité éminenle de M. Guizot, au contraire, c'est de s'effacer devant elles. Chez M. Guizot, la cause fait oublier l'orateur. Chez M. Thiers, l'orateur fait oublier la cause.

30 octobre 1840.

Le c«nl)inolest formé ; lesinombrosqui le composent sont :

Présidence (lu conseil el f?uerre, MM. le maréchal Soult;

Justice, Martin (du Nord) ;

Affaires étrangères, Guizot:

Intérieur, Duchâttel ;

Commerce, Cunin-Gridaine ;

Travaux publics, Teste ;

Instruction publique. Villemain ;

Marine, Duperré ;

Finances, Humann.

Voici ce que nous pensons de ce cabinet :

LVsprit qui a présidé à sa formation n'est pas douteux, et les gages qu'il donnée lancienne majorité du 13 mars 1S31, du 11 octobre \K\2 et du 15 avril 1H37 sont incontestables; nous le reconnaissons hautement. Nos opinions de conservation sont satisfaites. Nos idées de progrès le seront-elles? On sait que le mot de réforme n'a rien qui nous intimide : nous Pavons dit cent fois : nous no confondons pas la stabilité avec Pimmobilité : nous croyons qu*un gouvernement ne se consolide qu'en travaillant sans relâche à son perfectionnement ; nous croyons que la prudence n'est pas de ne rien tenter, mais do savoir oser à propos quand le

succès esl décisif: nous croyons que la supériorité d'un cal)inol no cDusisto pns h ivsislcr avec opiniâtreté aux iilôos fausses, mais à los rectifier avec habileté : nous croyons que (les diversions opporlunt^s stml le plus sûr moyen trôcliappcr au péril ilvs concessiuns tardives : no^is croyons qu'un ministère qui veut vivre ne doit repousser aucune inspiralion généreuse, aucune ei>nception, quel(|ue linrdîé qu'elle paraisse, pourvu qu'elle soit juste: nous croyons enfin qu'un gouvernement qui veut durer ne saurait s'.ippliquer trop soigneusement à discerner les réformes qui sont mûres et fécondes, de cc\\vi> «pii sont prématurées et subversives. Nous nous SMUvcn >ns «lavoir entendu dire, il y a quelques mois, à M. Guizot.^pril faudrait désormais qu'un c<ibînet fit du nouveau. M. le ministre des affaires étrangères se rappellera-t-il cette parole prononcée avant son départ pour l'ambassade de Londres? Le cabinet du 20 octobre saurat-il. par lélévatinn de ses idées etde ses sentiments, so placer au-desNUS des jiarlis. des coteries et des journaux? Saura-t-il. par la fermeté de sa conduite et par r«iutorité de sa parole, se former une majorité (|ui ne soit pas le résultat de concessions clandestines faites à des exijjfences illégitimes? SaïHM-t-il écarter de Im' liiitriguc et faire respecter, comme un devoir de l'administration, les druits de la hiérarchie? Saura-l-il par ses actes désarmer les journaux sans en subventi(»nner aucun, et. ce qui est pis encore, subir leur orgueilleux despotisme ? Le cabinet du 29 octobre, enlin, saura-il se pénétn^r de celte vérité que nous n'avons ci»ssé de répéter à tous les ministères qui se sont succédé: c'est que le seul nnyen de s'assurer la majorité dans les Chambres et de rétlnire â Timpui.'isance rhostilité de la presse, est de ne prendre pour conseils que l'honneur et rintérél du pays, et de s'élever à la hauteur «les grands besoins moraux et matériels d'un peuple ipii compte trentetrois millions d'habitants, besoins sur le.«i(piels les petites ambitions, les petites vanités, les petites rivalités Pont assex longtemps emporté?

Le cabinet du 20 octobre a une difficile mais glorieuse

mission à" remplir : r'esl d'obtenir des puissances signataires (lu traité (Je Londres qu'il soit fait à la Fi ance des concessions telles, que ses dêfianees s'apaisent et que sa susceptil)ilité S'Ht satisfaite. S'il s'acquitte heureusement cl difjnement de celte mission, s'il parvient à faire disparaître tout prétexte, tout motif de guerre sans qu'il en coûte aucun sacrifice à l'orgueil et h la prépondérance de la France, une Ik'IIc ï)age sera consacrée h M. Guizot dans l'histoire de l'humanité et de la civilisation. Puisse-t-il en être ainsi !

Le nouveau ministèn\ il ne faut pas (pi'il s'ahuse, aura à surmonter de grandes diflicullés et de grandes préventions; peut-être même de grands périls ! Il va se trouver aux prises avec un(* opp«»silion puissanunent organisée dans la Chamhre eltMlivc cl dans la presse [)ériodique. .A-l-il bien mesuré l«>ute la griindcur de sa tiV'lie, et, s'il est renversé, toule la hauti'ur île sa chulc ? Voilà ce que nous demandons. Ce (|ue nous aurions voulu, cVsl que, dans des conjonctures aussi graves, où la paix du m«»nde, I honneur de la France. rindép(Midan(*e nationale sont en (jucstion, dVii peut sortir une elFroyable révolution, ce que nous aurions voulu, c'est que le nouveau cabinel ne lais.sAt aucune force en dehors d<» lui ; c'est «pi'il rassend)IAt toutes ses ressources, c'est qu'il réunît, — à titre iW ministres avec et sans portefeuilles, de sous-secrétaires d'État, de directeurs gên«'rau\. — tous les IwHumes eminenls. à des degrés divers, du p.irli e«>nM'rvaleur : e'e.sl (ju'entin il doimAt l'idée d'une grande fédération conïprenant le danger dont nos institutions sont menacées, et déridé*', pour les sauver, à livrer une bataille désespérée.

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