‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 64 sur 71 · lV'\n.»r lbl · texte numérisé non relu

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L'anleur des andiitions subalternes: le nondue des prétentions exorbitantes que met en mouvement l.i pn»babilite. moins que ci'la. la simple éventualili* d'une crise ministérielle ; l'ebranlemeul que cause a l'edilice politique la

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cliiile do loul cabinet, si peu refi[reUable qu'il soit : l'incertilude ()uo jette dans la plupart des transactions la formation de tout ministère, si désirable qu'il puisse être, expli- (furut assez l'inipatienrc niélanyêe, pour les uns d'espoir. et pour les autres de erainle avec laquelle tous les |)artis attendent \o vote de la loi des fonds secrets qui décidera de S(»n existence.

De tout temps, en toute «'irconslance, on les<nit, nous avons demandé (|ue par é^'ard pour le nom français, que par respect pour la considération de notre pays, de notre Parlement, de nos institutions, rexistence de nos cabinets ne fût plus mise aux voix siu* un pareil prétexte, si peu digne de passionner un ^rand débat, une {grande nation. Nous avons toujours exprimé U» vœu (ju'on ne fît pas du eliiffre insigniliant d'un fonds de subvention de police une question de co!iliance, cl dune question de système de gouvernement un mode d'adjudication publique du pouvoir au rabais.

En France, ni>us voulons i\vn^ le fçouvernement exerce au dehors de la prépondérance, et au dedans de rciutorilé.Nous le voul«)ns. mais aveuj4[lément. comme une nation gâtée par li'S victoires, cl que les revers n'ont point instruite, qui veut la lin sans vouloir les moyens. Q\uA prestige, en effet, pouvons-nous prétendre |;,'arder aux yeux de l'Europe et du peuple, lorsque nous étalons sans cesse à leurs regardstoutcs nos passions, toutes nos faiblesses. sans pudeur et saa< prudence* ? Quelle idée les puissances ilbsolues et les masses intelli^'entes doivent-elles cimcevoir d'assemblées législa-> tivcs (pii volent, sans discuter, un budget de quinze cent millions, et t\\i\ font d'une réduction de cinquante mille francs une question de cabinet? Pour quiconque a du l>on sens et de la bomu* foi. peuples «m gouvernemenls.de telles inconsé<|uences M»nl inc(»n)préliensibles, inexplicables, motif de dérision, sujet de pitié, cause de mépris. Il n'en saurait être autrement. Au plaisir que nous prenons à abaisser toutes les cpieslions que nous <ievrions nous efforcer d'élever, à faire vivre toutes celles (pie nous devrions nous eflor- •..•• d'éteindre, il semble (pie nous n'ayons pas de plus dan-

gereux ennemis que nous-mt^mes. De toutes les grandes questions de principes, nous faisons de petites questions de personnes, et de toutes les grandes questions d'organisation de petites questions d'argent; nous sommes avares quand nous devrions ôtre prodigues, nous sommes prodigues (|uan(J nous devrions être économes; rors(|ue pour sauver les choses nous devrions sacrifier les hommes, nous abandoimons celles-ci, et lorsque pour sauver les hommes ujus devrions sacrifier les choses, nous abandonnons ceuxlà ; entre un dévoùment éprouvé et un concours douteux, nous n'hésilons jamais, c'est toujours à ce dernier que nous donnons la préférence ; le mérite le [)lus contestable est celui (ju'il n JUS arrive le plus rarement de contester ; la probité la |)lus é pûvoque est Celle (|ui obtient de nous le plus d'hommages; si lumsgrandissims une renommée, c'est toujours pour en diminuer une autre: si nous instituons une règle, c'est pour IVnfreindre : si nous affirmons un fait, c'est p(»ur h» contredire ; si nous protestons avec éclat, c'est pour céder dans l\)mbre ; si n(»us tentons une révolution, c'est pour I énerver ou pour l'exagérer; nous n'évitons jamais un excès que pour tomber dans un autre. L'opposition, pas plus que le gouvernement, ne sait rester dans le vrai ; voyez les partis à l'^ruvre : ils «-onsolident ce (ju'ils attaquent, ils affail)li>isenl ce» qu'ils défendent, ils déconsidèrent ce qu'ils varilenl. Ainsi, et en toutes choses, nous opérons à contresens, et puis nous nous étonnons (pie nos majorités flottent dans l'indécision, «pje nos ministères n'aient pas de durée, que nuire politique n'ai! pas de grandeur, que le gouvernement n'ait pas d'iniluence, cpie Toppo-sititm n'ait pas de forre, (|ue le pays n'ait pas d'illusions!

In ( hangemiMit <Ie cabinet changera-t-il cet état de choses? N )us ne s lurions nous bercer de celte esjKVance. On peut changer les h mmies, mais (m n'en prendra pas qui aient puissance et volonté de changer les errements. Telle est notri' conviction profonde, et par elle s'explique notre refus de nous as.swier aux passions et aux mt»nées <ies partis et des meneurs qui s'agitent.

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Nous savons les fautes qu'a commises le ministère que Ton voul renverser: nous n'avons i*as élé les derniers à l'en avertir, ni les nuiins sévères îi \\m blAmer. Nuus savons toutes les préventions, lf)u!es les colères que M. Guîzot a amassées sm* sa léte, et ciu'il brave avec une îutrépidité digne d'une meilleure cause que celle qu'il soutient. Qu'il esi affligeant qu'un si grand courage, qu'un si grand talent, dont n(»lre pays et notre parti pourraient retirer de si grands services, se consument en efl'orts impuissants, tentés pour changer le cuurs immuable des choses, supprimer le mouvement, arrêter le siècle dans sa marche!

Le t(»rt de M. Guizot, à nos yeux, n'est p«îs rimpopularité. La multitude n'est pas infaillible ; les jugements qu elle porte ne sont pas toujours désintéressés, ni tous irrévocables. L'impopularilé est moins souvent un châtiment qu'une éj)reuve; la popularité, au ctmtraire, est plus communément un écueil tpi'une récompense ; l'une est parfois Je chemin qui conduit h l'autre ; chemin pénible à gravir, dangereux à desrendre. Les mauvais princes qui ont fini par être détestés ou méprisés n'avaient-ils pas presque tous commencé par élre populaires ?

L<' tort de M. (juizot. c'est d'être plus philosophe qu'his* torien, moins homme d'Ktat qu'orateur : c'est de prendre pour des préjugés p:)i)ulaires, qu'il faut combattre, les instincts nationaux, cpn' doiviMil au contraire ser\'ir de guides il toute grande politique, qui sont des forces vives que Dieu â doiniees à tou> les |)euples. connue il a donné à tous les tlcUNc.s un couninl. et qu'il est tout aussi insensé de vouloir anéantir (pi'il strrait absurde de vouloir convertir en lacs immobiles les fleuves iuq)étucux qui font la richesse d'un territoire, la puissance et la Si^rurité d'une nation. M. Guizot a. pour rinun(»bilité. une passion qui Tégare; il croit et il dit (pie. pour les gouvernements, le mouvement c'est la ujiirt ; dans sou esprit, toute réft)rme est une concession (pi'il ne faut subir cpie lorsqu'il est plus dangereux de la refuser (pie de l'accorder. Le progrès est un mot dont, certes, l'oppusitiori a trop étendu le .mmis; mais M. Guizot

lombe dans Toxcès contraire, il le restreint trop élroiteinenl. Pour Topposilion, tout changement est un progrès ; pour M. Guizol, tout progr^s est simplement une vicissilude. Voilà son tort, voilà son erreur; mais pour ùtre impartial il faut aussi reconnaître qu'il donne un giMnd éclat au cahinol dont il est l'un des membres, une grande élévation iww débats dans lesquels sa parole intervient.

Ce sont là des vérités dont conviennent les trente députés indécis qui décideront de Texislencedu ministère, selon le parti qu'Us prendront d'admettre ou de repousser l'amendcinent (|ui doit être proposé au nom de la minorité de la commission des fonds secrets.

L'indécision, la ixTplexité des députés s'expliquent par la sincérité de leur désintéressement, l'amour du pays et la répugnance profonde que leur cause tout ce qui peut avoir couleur d'intrigue, apparence de coalition; dans une main ils pèsent l'immense talent de M. Guizot, dans lautre son incontestable impopularité ; deux craintes opposées tiennent leur vote en suspens.

D'une part, ils craignent (jue cet excès d'impopularité ne finisse par irriter trop vivement les défiances et les susceptibilités nation;des, par faire passer la majorité du côté de l'«>pposi!ion violente, et par mettre ainsi la paix en |>énl et le gouvernement en question;

D'autre part, ils craignent de contribuer à l'instabilité ministérielle (|u'ils déplorent ; instabilité qui affaiblit le pnuviïir: qui déconsidère en Europe le gouvernement français: (pii vient intciTompre la prospérité publique dès qu'elle commence à reprendre de l'essor; quia ïK)urconsé- <|uence l'ajournement de toutes les questions qui demandent, pour être abordées et résolues, une administration qui ait déjà de la durée et (|ui aperçoive de l'avenir devant elle.

l'ne cerlilude leur manque; ils doutent qu'un ministère nouveau ait la vol(»nté de faire autrement, le pouvoir de faire uïieux, et soit asst»z fort pour suffire à toutes les exigences d'une situation |)olitique cjui laisserait en dehors M. Guizot et M. Thiers, H. de Lamartine et M. Barrot, assis- IV ao

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lés par M. Berrycr dans plus iPune ciroonstanco qu'il n'osi . pas snporfhi do prévoir.

Cos députés, qui porUMil aviT eux la majurité. h«'\<îtenl ! Quo fcronl-ils?

Conserva leurs éclaiiés. partisans de toutes les rèfonne.s utiles. essentielionuMU animés de Tesprit de nnlionalitè. mais conserva teui"s eonseienrieux. impos(*ront-ils sileno» à leurs serupulesel se déeidenmt-ils h voter, avec toutes les fraetions de lopposition réunies, le rabais de cinquante mille franes, n^yeimant lequel le pouvoir sera «adjugé à de nouve.iux minisires?

Ne se diront-ils pas plutôt (|ue dans un pays où toutes les eomhinaisons ministérielles ont été épuisées, où diiE-sept cabinets ont vu le jour en douze années, ce qu'il y a à faire de plus sage, de plus pruilent. de plus politique, ce nesl pas de cliîint,'er les ministres <|ui font faussi* route, c'est de les forcer à chantier de voie, à réparer les erreurs qu'ils ont pucomnïellre.h adinicir leurlanj^ase s'il est irritant, à donnera l'opinion publique toutes les justes satisfactions qu'elle est en droit dV\ij;cr: c'est de les condamnera s'éclairer parleurs propres faut<'s. à s'instruire par i'expêrience. è puiser dans une longue prati(pie des afTaires la connaissance approfondie des grands intérêts nationaux ; c'est, enfin, de les SOLTEMR et de les contenir !

Tels sout les deux mots qm*. depuis deux ans. ont constanmient servi de règle à notre concours au.ssi bien qu'à notre 'op[)osi lion.

24ft'-%nor 1843.

Ce qu'en France «m cunçoit le plus diflicilement, c'est qu'un hdinme. un j(»unial. ou un |)arti |x»litique reste fidèle il ses principes, alors (pie. par suite de la mobilité des eirronslaiices ou des esprits, ces mêmes principes deviennent un obstacle après avoir doin é l'impulsion. Au temps où ^nous vivons, ce «pii est absoiu paraît inconséquent ; ce qui •si droit paraît tiulueux: ce qui est désintéres.sè devient

suspoc!; ce qui est loul simple esténigmatique; on ne sail comment l'expliquer! On ne comprend qge la morale des inlcrtMs, que la logique des passions. On ne croit pas aux idées, on ne croit qu'aux moyens. Il n'y a pas de principes immuables, il n'y a que des considérations qui varient au gré des hommes, des choses et des événements. L'opposition, sous le ministère du V^ mars, l'a suffisamment prouvé.

Rien de plus simple (|ue notre conduite, rien de plus conséquent avec tous nos principes que le langage que nous lenons, et dont le Siècle affecle de s'étonner. C'est ce qu'il nous sera facile de démontrer de la façon la plus évidente, non par des paroles, mais par des actes ayant date certaine.

Soutenir et contenir, dit le Siècle, sont deux mots qui s'excluent. Ce journal ne comprend pas qu'on veuille maintenir une administration h bquelle on n'épargne aucun blAme, on ne passe complaisanmient aucune faute ! Selon lui. (i c'est un étrange moyen de faire honorer le pouvoir » dans ses représentants, t) Le Siècle n'admet donc que des minisires infaillibles ou des journaux serviles ! Nous ne sommes, nous, ni si exigeants, ni si faciles, et nous comprenons rarcomplissement de nos devoirs d'écrivain autrement (fue le Siècle. Heureux le cabinet qui aura son appui I Aucun avertissement sévère, aucune crilique, même bienveillante, ne vitMuJront le troubler dans son œuvre. Tout ce qu'il fera sera réputé pour le mieux, cl quiconque, à cet égard, hasardera un doute, sera taxé et convaincu d'erreur ou de mauvaise foi. On doit croire qu'un cabinet si vigoureusement soutenu, s'il n'est infaillible, sera pour le moins élcrnel. Il esl cependant un ministère auquel le Siècle a <léja prélé son concours, et c'est à peine s'il a compté six m )i> de durée. Comment donc le Siècle explique-t-il que ce ministère ait vécu si peu de temps, qu'il ait éveillé tant de délianees, et (|u'il .soit toml)é si vite sous le poids de tant de préventions, et de préventions si profondes, que ce sont elles (|ui, encore aujourd'hui, font le principal élément cle

force ol de durée du cabinet actuel? De l'ovcu de tout le inonde, M. Thiei-s est le contrepoids qui a élevé et qui maintient au pouvoir M. Guizol : il Tant donc reconnaître (|ue l'impopularité que proviKjue la présence de l'un aux aiïaires est encore moins forte que la crainte qu'inspire le retour de Tautre.

Si nous ne disons pas ici la vérité, que le Siècle nous démente; si nous nous trompons, qu'il nous éclaire: si d.ins la situation qui mms est faite il vaut mieux, en eflet, approuver tjuc contenir, renverser cpie soutenir, qu'il nous le démontre; (lu'ilsVxpiiciue avec nous aussi franchement que nous nous expliquons avec lui ; qu'il prouve enfin qu'il n'est pas plus dans la dépendance de ses amis que nous ne sommes dans la dépenchnurc des nôtres, et que rinlèrét du pays, qui seul nous fait agir, seul aussi le fait parler.

28 fcTrier 1843.

L'opposition veut renverser le ministère. Qu'elle le renverse si elle le peut ; c'i^st sa Iwsogne, ce n'est pas la nôtre.

Le ministère du i^J octobre 18i0, cm le sait, n'e.st pas l'expression exacte ùv nos idéi»s : il croit que l'immohilité Siiuve les gouvernements, nous crnytins (pi'elle les perd: il croit (jue l'alliance de l'Angleterre est utile ï\ la France et nécessaire a la ('.»iisiM*vatinn de la paix: nous professons, nous. l'opinion ahstilument contraire: n<ius pensons que c'est ci'tto alliaiifv qui (Mnpéche la France di- prendre en Eunipi' le rjiMf: de puissiince maritime de premier on In* qu'elle devrait avoir. (*t de remplir le rôle de grande nation continentale esseiiliellement pacifique et cependant progres- ^i\e qui cnI dans sa deslinée, sa destinée si mal comprise ])ar tous nos iionnnes d'I-lLit. Nouspensonsipie P.Vngleterre est le grand agilaleur du miide: (|ue c'est elle qui fi>nieiite la jilupart de.s rèvnhi lions qui éclatent; que c'est elle (|ui propage ou perpétue les dissensions intestines, les

défiances mutuelles qui énervent tant de gouvernements et ruinent tant de [RMiples. Nous lui imputons les malheurs qui désolent l'Espagne; la faiblesse qui déshonore le Portugal : les déchirements auxquels sont en pn)ie les republiiiues de l'Amérique du Sud : les vicissitudes sans nombre et sans fin (jue subissent tous ces royaumes de PAsie dont nous savons à peine les noms ; les déplorables susceptibilités qui se sont élevées entre la France et la Russie, au préjudice de leurs intérêts communs et de leur commune grandeur; les fâcheuses mésintelligences qui ont éclaté entre notre gouvernement et le gouvernement espagnol; les défiances incpiiétes qui tiennent TAIIemagnc en garde contre nous, défiances par lesquelles peuvent seuls sVxpliquer les lourds sacrifices que la Confédération germanique s'impose pour enln;l(Miir et relever des places fortes sans utilité, et solder des armées sans proportion avec ses ressources, sans lien avec aucun système politi(|ue; enfin, les charges que fait retomber sur nous cet état de choses qui mine tous les empires, arrête l'essor industriel et commer- "cial de tous les peuples, retarde rachèvemenl de toutes nos voies de conmiuiu'catinn et la mise en exploitation de toutes nos richesses encore enfouies dans le sol.

Ce n'est qu'à (M'ile condition de porter partout le trouble, le désordre et l'instabilité cpie l'Angleterre peut subsister, donner du lra\ ail à stvs fal/iques. du pain à ses populations affamées. d<» la solidité à ses institutions, de la grandeur à sa puissaiïcc. \i\\v le sait, et l'épouvante que lui causent les maux terribles qui lui dé<iiircnl le flanc. I(»s plaies hideuses qui lui dévorent le sein et déjà le visage est ce qui fait toute la scie'nce. toute la profondeur de sa politique, poHtniuc fatah' î Le malheur de l'Angleterre . c'est de nVn pouvoir choisir une autre. c'<»st d'être condamnée, pour retarder le jour |>ro<hain de sa décadenc(M»l d<» sa mort.àPaffligeanle néeessité d'étn» l'ennenn'e systématique de la prospérité de toutes les industri(*s. et de toutes les marines susceptibles de faire concurrence à s<'s manufactures el à ses vaissi»aux ; c'est d'être condamnée, par la I »giquede ses

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force et de durée du cabinet actuel? De l'aveu do tout le inonde, M. Thiei's est le contrepoids <jui a élevé et qui maintient au pouvoir M. Guizot ; il faut donc ivcoiinattre tiue Pimpopularité que provoïjue la présence de Tun aux aiïaires est enc(«-e moins ftirte que la crainte qu'inspire le retour de Tautre.

Si nous ne disons pas ici la vérilé, que le Siècle nous démente ; si nous nous lromj)ons. qu'il nous éclaire ; si dans la situation qui nous est faite il vaut mieux, en eiïet, approuvcr que roiUenir, renverser que soutenir, qu'il nous le démontre; (ju-il s'explique avec nous aussi franchement que nous nous expliquons avec lui ; qu'il prouve enfin qu*ii nVst pas plus dans la dépendance de ses ann's que nous ne sommes dans la dépendance des nôtres, et que rinlérét du pays, qui seul nous fait agir, seul aussi le fait parler.

28 février 1843.

L'opposition veut renverser le ministère. Qu'elle le renverse si elle le peut : c'est sa Iwsogne, ce n'est pas la nôtre.

Le ministère du 29 octfibre 18S0. on le sait, n'est pas l'expression exacte de nos idées : il croit (|ue Tinmiobilité sauve les pouvernements. Ufius croyons (pi'elle les perd; il croit que rallianc(> de i*An;,'Ii'terre est utile à la France et nécessaire il la r:inser\atinn d(* la paix: nous professons, nous, l'opinion absolumiMit contraire: nous pensons que c*est ivtto alliance qui iMUpérhe la France di» prendre en Europe» le ranj: de puissanct* maritime de premier ordre qu'elle devrait avoir, et d(* remplir h» rôle de p'ande nation continentale essentiellement paeilique et cependant progressive qui est dans >a destinée, sa destinée si mal comprise par tous nos hommes d'Klal. Nous pensons (|ue TAngleterrc est h* {irand a^'itateur du m .nde : (pie c'(*sl elle qui fomente la ])lupart des révolutions qui éclatent; que c'est elle ({ui propa}*e ou p4M*pétue les dissensions intestines, les

défiances mutuelles qui énenont tant de gouvernements et ruinent tant de peuples. Nous lui imputons les malheurs qui dt^solent TEspagno; la faiblesse qui déshonore le Portugal ; les déchirements auxquels sont en proie les républiques de PAmérique du Sud : les vicissitudes sans nombre et sans fin que subissent tous ces royaumes de FAsie dont nous savons à peine les noms ; les déplorables susceptibilités qui se sont élevées entre la France et la Russie, au préjudice de leurs intérêts communs et de leur commune grandeur; les fâcheuses mésintelligences qui ont éclaté entre notre gouvernement et le gouvernement espagnol ; les défiances inquiètes qui tiennent TAllemagne en garde contre nous, défiances par lesquelles peuvent seuls s'expliquer les lourds sacrifices que la Confédération germanique s'impose pour entretenir et relever des places fortes sans utilité, et solder des armées sans proportion avec ses ressources, sans lien avec aucun système politique ; enfin, les charges que fait retomber sur nous cet état de choses qui mine tous les empires, arrête l'essor industriel et commer- 'cial de tous les peuples , retarde Pachèvemenl de toutes nos voies de communication et la mise en exploitation de toutes nos richi»sses <»ncore enfouies dans le sol.

Ce nVsl qu'à cette condition de porter partout le trouble, le désordn» cl l'instabilité (jue TAnglcterre peut subsister, doimcr du travnil à ses fal^ri(iucs. du pain à ses populations affamées. iW la solidité ii ses institutions, de la grandeur à sa puissance. EWv h» sait, et l'épouvante (pie lui causent les maux terribles (jui lui déchirent le flanc, les plaies hideuses qui lui dévorent le sein et déjà le visage est ce qui fait toute la science, tonte la profoîideur de .sa politique, politique fatale ! Le malheur de l'Angleterre , c'est de n'en pouvoir choisir une autre, c'est d'être condamnée, pour retarder le jnur |)rochain de sa décad(»nce et de sa mort,iiraffligeanle nécessité d'être l'ennemie systématique de la prospérité de ItMites les industries, et d(» toutes les marines susceptibles di* faire concurrence à .ses manufactures et à ses vaisseaux : c'est d'être condamnée, par la logique de ses

iiU<>r^ls, h des inconséquences apparentes qui Tobligenl (l\')rhorer à Miulrid une politique révolulionnciire, et h Lisbonne la politique opposée ; de porter ici des bibles, là des idoles ; de passer alternativement de la philanthropie à la cruauté et delà cruîiulé à la philanthropie; de s^apitoyer en Afri<iue sur le sort des nègres et de massacrer en Asie des populations, d'incendier des villes entières; c'est enfin d'être fatalement condamnée pour vi\Te à telte afTreuse alternative, dVnipoisonner un peuple ou de le mitrailler, alternative sur les rigueurs de huiuelle il n'est plus possible de f^arder d*iIlusions après sa dernière expédition entreprise ctïnlre la Chine.

Nous |M>nsons que ralliance de la France avec PAngletem* n(Uis est aussi funeste qu elle lui est nécessaire ; que les char}îi»s de la paix armée ne cesstT<mt de nouséner\'er; que les gouvernements ne s alTennlronl ; que les peuples ne respireront sous les im]>ùts qui les f?rèvent ; que le bientMiv ne tieseendra dans les classes pauvres : que la civilisation n accomplira son œuvre, ne ri'soudra les problèmes d^>rganisati(»n dont la solution t(»unnente les esprits supéritHirs : «pie le ealme enfin, ne se fera dans le monde, qu'alors seulement que la France, étant le lien qui unira entre elles toutes les marines secondaires, assurera la liberté des mers. ivnt»net»ra ii la prétention, impossible à soutenir, de tenir tête à elle seule à toute TEuroiK». et associera étroitement ses destinéc»s et ses intérêts aux destinées et aux inléi*éts du Continent.

Le ministêiv du ?9t>ctobre ne partage pas avec nous cette façon de oneevoir la polili(|ue extérieure; nous n'aurions donc aucune raison de nous opposer à sa rhute. si nous savions à rhcure qu'il est mn autre ministèrt^ moins éloigné de niïs i(k'rs. plus dispose, non point à les proclamer avec fracas, — nous ne demandons pas ce qui serait vouloir les faire eilmuer. — mai> a les accueillir, a les méditer, à les nnn'ir dans h» silt»nct». et a l'n f.iire ;\\cr nii*sure et persévérance les voies de NI pMlitif|ut*. Or. i*Vst une es|)énini*e dont ni»u> ne saurions n»us bercer; on 4l«»il comi^remlre que-

tant à cet égard sans illusion, nous ne voulions pas accepter, pour la part, si petite qu'elle soit, qui serait le résultat de nos elTorls, la double responsabilité et de la chute du cabinet et de la formation de celui qui serait appelé à le remplacer; car si nous étions conséquents avec les principes que nous refusons de nous laisser imposer, nous devrions, dés le lendemain, nous remettre à Tœuvre et sans relâche pour renverser cabinets sur cabinets, jusqu'à ce qu'enfin nos idées se soient faites hommes et ministres.

Le ministère du 29 octobre a commis des fautes graves, dont nous Pavons Wâmé sévèrement ; il ne saurait plus se les dissimuler: s'il le veut fermement, il peut les faire ouljlier; cette volonté Ta-t-il? Là est toute la question, que le temps seul peut résoudre sans incertitudes et sans fausses conjectures. Peut-être est-ce une erreur de notre esprit ; mais nous croyons que la patience est une vertu dans laquelle on puise une force et des droits dont on se prive quand on •ne sait pas attendre et qu'on se plaît à tout précipiter. Les hommes téméraires bravent le péril avant de le regarder; les hommes véritablement courageux le regardent avant de le braver. Et, d'ailleurs, y a-t-il vraiment péril en la demeure? Quand l'opposition serait battue dans la bataille à laquelle elle se préparc , le ministère victorieux n'aurait pas le droit de la faire prisonnière, de la désarmer, ni d'étouiïer sa voix; vaincue, elle conserve ses armes et sa liberté. Le ministère n'a pas le pouvoir de confisquer les boules cprelle a déposées contre lui et qu'elle peut toujours reprendre. Rien ne nous presse donc, et nous pouvons atlendn» patitMnmenl sans manquer de pnidence; car, de deux choses l'une : ou le ministère reconnaîtra ses erreurs, et alors on aura bien fait de lui laisser le temps de les réparer, ou il y persistera, et ses fautes profiteront à ses adversiures. dont elle rendront le triomphe plus certaii) et plus durable ; plus cerlain . car les victoires qui ont été trop vi- \ement disputées restent souvent douteuses; plus durable, car ce n'est pas le tout d'avoir eu l'avantage la veille, il faut encore le c(»nser\er le lendemain.

Si depuis douzo ans on avciit laissé aux cabinets le temps de s'user, au lieu de les renverser violemment, on aurail fait plus de chemin et de meilleure besogne, et nous ne serions pas dans la situation fausse et eompliquce contre la(|uelle nous nous débattons péniblement. Toute expérience consinnmée aurait été définitive: on n'aurait pas, ainsi qu'on Ta fait, entamé successivement tous les hommes pour les (|uitter, les reprendre et les quitter encore pour les reprendre de nouveau. Un tel système. qui n'a su créer que des incompatibilités de prétentions, des rivalités dangereuses, des scissions déj)Iorab]es au si^in de la majorité, devrait éln* invvocab'ement jugé. 11 y a longtemps que, pour notre compte, nous Pavons condamné, et tout ce que nous avons vu «lans ces dernièivs années n'a pas changé, à cet éganl. nos opinions: lom de là.

I.a politique intérieure 'd'un pays comme la France se He étroitement à sa politique extérieure. Incontestablement, ^i nous a\ it>ns un système d alliances fondé sur une récipriH'iic d'inlcréis qui ne fOl pas passagère, sur une communauté de vues pui>ée dans IVlude approfondie de Thistoirc des peuj»lt*s: si la lecture i»t le savoir superficiel des journaux n'avaient pas malheureusement répandu parmi nous les notions les plus fausses. accnHlité les préventions les plus funestes, éveillé lc> déliances les plus injustes, nous pourrinMs depuis l'»ngtcmps faire facilement sur nos dé«peiïscs une économie annuelle de deux cents millions au moins, dont nous avons déjà, à plusieurs reprises, indiqué r(»mplt»i: nous n'aurions pas des budgets en déficit; nous [tournons donner à notre crédit tout le dé veloppi^ment qu'il comporte: nous pourrions faire au présent une part plus équitidilc rntn> 1(> passé qui pèse sur lui et l'avenir qui devrait diviser le poids et W tenir en crjuilibre: nous saurions enfin dans quelles vniesetvers quel but nous marchons. Il y a des essais que nous poumons tenter, el auxquels un riiil de choses préraii'e nous inleniit de songer. Nos hommes d'Klal ont d'ailleurs trop de petites préo<>cu pat ions pour un il leur soit possible d'avoir de grandes pensées. Les

grandes pensées, pour se produire, ont besoin que le recueillement les fasse natlre et que le travail les féconde. Or, nos minisires n'ont le temps ni de se recueillir, ni do travailler, ni de se reposer. Toutes leurs facultés sont absorl)ées par la discussion ; toute leur énergie est employée h luller contre les prélenlions de toute nature qui les assiègent.

Cet état de choses, que personne ne conteste, que tout le monde déplore, opposition et gouvernement, centre droit et centre gauche, légitimistes et radicaux, quel est le minis-^ tère qui entreprendia de le changer? Quel est le ministère qui se mettra sérieusement à l'œuvre , qui n'acceptera le pouvoir qu'avec la ferme volonté de lui rendre son prestige, qu'avec des idées arrêtées à l'avance et mûries par la réflexion, qu'avec des moyens efticaees d'améliorer le sort des masses, d'agir sur leur imagination que le désœuvrement pervertit, de les passionner pour de grandes choses qui ne soient plus de grandes guerres meurtrières et ruineuses? Q\u\ est ce nnnistère ? Si on sait son nom, qu'on nous le dise, et nous ne nous b'»rnerons pas, pour liftier le jourdeson avènement, à faire des vteux stériles et à garder comme» aujourd'hui une neutralité qui, de notre part, n'est pas \m défaut de résolution, mais un défaut de confiance dans la supériorité des hommes, dans la sincérité des concours <»l dans la solidité des combinaisons. Est-ce notre faute, à nous, si l'opposition, que nous avons vue deux fois au pouvoir. d'ab.>rd sous h» nom de M. Laflitle. en 1831, et ensuite sous le nom de M. Thiers, en I8i0. ne nous a pas donné d'elle-même, de son savoir, de sa prudence et de sa fermeté une plus haute opinion? Elle tonne contre l'abaissement moral dans lecpiel elU* dit que notre gouvernement est tombé; mais que ferait-4»lle pruir y mettre un terme? Elle se plainl de la rupture de nos alliances; mais que ferait-elle pour les renouer, sans un système irrévocablement arréU», invariablement .suivi, qui soit la politique de la France et qui survive h tous les ministères? Cette politique, l'opposition, qui c«'lte année encore a voté un para-

474 tSAS.

graphe en faveur de la Pologne, et a effacé, en citant l'Espagne, le nom de monarchie pour y mettre celui de gouvernement : relie politique, Popposition Pa-t-elle jamais <>tudiée, la sait-elle? Croit-elle donc encore que ce serait par voie de propagande révolutionnaire quVlie dissiperait « les dédains fn>i<ls et persévérants des cabinets? » Quels seraient, enfin, en cas de guerre, ses amis, ses auxiliaires et ses alliés? Voilii sommairement les questions que nous lui posons pour rexléricur; quand à Pintérieur, croit-elle que Télargissement du cercle des incompatibilités, radjonctîon des capacités, la révision des lois de septembre, ces trois grands articles de sa foi politique, aient, par la seule vertu de leur promulgation, la puissance d'ajouter beaucoup à la gloire et h l'influence du nom français, à la force et à la duriH» <le nos institutions r de donner de Pinstruction et de la moralité à ceux qui n*en ont pas. du travail et du pain à ceux qui en mantpu'nt. des carrières à tous ces jeunes gens que Pinstruriion universitaire enlève annuellement à la culture de la terre, ou ii la profession modeste de leurs parents, pour les laisser ensuite sans emploi, aux prises avec la mi>èrc i»t h» désespoir: de transformer les maisons de répression en établissements de pré\oyance. les prisons en ouvroirs. les bagnes en rolnnies : de supprimer les libérés, qui rallumeraient au sein de la siK-iélé. s'il pouvait jamais s'éteindre, le foyer de la contagion: de maintenir en parfait équilibre la produetion et la c^insommation; de régler les eoiirlitiDUs du travail: de faire disparaître Pabus de la connu M-iirr: de eoneilirr la protection (|ue réclament notre a;'iieullin'i* et Ufilre industrie avec la liberté qu'exige rioln* r'iiiiiiirrce: d'iieliover enfin, Siins b(»urse délier, nos f oiit#*v. iir^s e.'inaux. nus rhemins de fer. tous les grands Irav,iiM que laisNC languir notre pareimonit*. qu'ajourne notre Mfif»r^voyanee?

Si roppoNiiinn a encore sur elh^-ménu» ces illusions, nous

d'-.'ifi?» lui av«»uer que nous ne les partageons point, pas

plm que les exagérations dans lesquelles elle li»ml>e. quand

•MTuse à tout propos le gouvernement de corruption.

et le rend responsable do toutes les cupidités et de toutes les misères du temps, de tous les travers et tous les vices de Phumnnité.

Que la Franco no s'abuse pas ; si Pcipposilion avait le pouvoir, elle forait ce qu'ont fait tous los ministères qui se sont suon^dôs : ollo donnerait aux plus dévoués, do préférence aux plus dignes, tous les emplois dont elle pourrait disposer ; elle serait dans ses choix plus étroite, plus exclusive, et peut-être encore moins judicieuse.

Ainsi, do cfuelquo côté que nous tournions nos regards, vers tous les partis et vers tous los hommes, nous voyons tant d'illusions et si pou de principes, tant d'exagérations et si pou d'idées, tant d'inlolérahco et si peu do savoir, tant de présomp'ion ot si pou do persévérance, tant d'ambition et si peu de force, «pic franchement nous n'avons aucun désir «le nous mêler à dos luttes stériles , à dos combats sans victoire, ot que nous no pouvons que répéter à Topposition ce que déjà nous lui avons dit : Renversez le ministère, si vous le voulez et si vous le pouvez : s'il tombe, nous nous consolerons facilement de sa chute, mais nous n'y contribuerons pas.

6 mun 1813.

Nous ne demandons pas à l'Angleterre de nous faire aucune concession qui coûte aucun sacrifice à son honneur ; nous lui disons seulement (pie si le rétablissement de l'accord entre los deux pays <»st une (in (prelle souhaite, elle doit on vouloir los n)o>ens. Que vi'ul rAngioterre, si Ton en cnût «0 qu'elle déclare? — !/o\tinolion de la traite. La Franco l.i veut égalonïont (»t non moins sincèrement. Donc, sur le but, mémo volonté des doux parts, aucun différend. N'est-ce |>as là lej)oint im|>orlant ii établir, à constater ? Si rAngUMorre voulait la suppression de la traite et que la Franco on voulût le maintien, nous serions les premiers à rect»nnallro que l'heure de toute négocMation ayant une pro*

gjj^*

habilité, une possibilité de succès, n^st pas encore arrivée et qu'il faul raltondro. Mais il n'en est p<is ainsi : les deux I)ays, dans celle question, onl la mî^me volonté, ils tendent au même but: ils ne dilÏÏTent donc que sur les moyens de ralleindre. et. dans ncitre conviction, ils ne diflerent mémo déjà plus. L'Angleterre, avec celte sagacité (lue IVsprrt de trafic a fait passer dans sa politique, sest déjii, nous le croyons, rendu <M)niple que les graves dangers auxquels le maintien du droit de visite expose la paix ne siiuraient être mis en balance avec di s résislanc(»s iiTéfléchies, qui ne peuvent jamais devenir, soit au dedans, soit au dehors du Parlement, un embarras sérieux [»our rexislencc d'un ealunet aussi forl <|ue l'est le cabinet tory. L'Angleterre n avoue pas cela encore hautement, mais elle ne l'en reconnaît pas moins implicitement: cl, si l'on en doute, on n'a, pour ^'en ct^nvaiiUMV. (prà peser les ternies de la répon.*4i» de lord AberdctMi à loid nnuigham dans l'une «les dernières séances tle la Cli;nnbre il«'S iurds. Le ministère français, s'il est habile, n'aura dmir i\ui\ mettre à pmtit ces dispositions, et comme la France l'sf la pairie des réactions, il ne siTait pas imp «ssibK» qu'il m* >'ru opérai une centre l'impiipularité de M. Guizot: a la nuidilion. t<iutef(»is. par lui. de se conformer à ce prinrjpe dunr sociélr fameuse d ml il a fait partie : Aid^-toi. l(* rirl t'aidera : de ne pas st* laisser surprendre par Ir-s événements, et d'jivnir déjà sous les yeux le dis- 'oursd'ouvertun' de la pnrhiiine session. Il ne fautpasque M. Oiiizot se le dissinmle. le pays, qui Ta déjà jugé en in- «••.ifirr- ♦•! m ap|)ei sous t »ules les formes, le jugera celle foi- '-n dernier n»ssort. S'il ne veut pas s'exposer h tomber d'ire» une illusion fatale, il faut qu'il considère sa majorité mMMi fiffiïuw un«» force que c«>nmie une éjireuve : il faut qij il T'.mpte m-ons sur elle que sur lui-même, moins sur fj ^ div »urs que sur ses aiies. el m«»ins sur son mérito que ttm !«• siirre>. La situation. acc(»plée par M. Guizot dans les li-riiirv fijj nous venons de la poser. d<'\i('nt une grande siiij;«iîon : le vule du '\ mars 184.3 acquinrl rimporlanre d'un l^iv«rid événement, ayant pour résultat ch» remeltn^ «i leur

place les hommes et les choses : de reconstituer Poppositioii aussi bien que la majorité, Tune en présence de l'aulre. sans mélange, sans transaction, sans intermédiaires; enfin, de faire rentrer le gouvernement représentatif dans la simplicité de l'engrenage d(m* PAngieterre offre le modèle. Cette situation, il est vrai, a le tort de laisser à Técarl du pouvoir deux ou trois hommes éminents ou utiles, appartenant au parti conservateur; mais plus d'une circonstance favorable se présentera de les venger des soupçons et des injures auxquels il (»nl été en bulle, et c'est là encore que le cabinet aura h faire preu\e de tact et (respril politique. Il y a des circonstances qu'il devra attendre ; mais il en est d'autres qu'il pourra, s'il le veut, faire naître. Il existe une série d'êventualilés dont il devrait déjîi avoir dressé la liste, afin de n'être [)ris en défaut par aucune. Toutes les choses qui se font sous le» coup de la surpri.«îe se font rarement bien. La prévoyance est plus sûre que l'inspiration. Plus on est élevé, et plus il faut élre vigilant; plus on est ferme, et plus il faut chercher h s'affermir encore ; plus la fortune rend lo dédain facile, et [»Ius elle le rend courageux. Qui n'a pas de présomption dans le succès n'a î>as de redoutable ennemi ni de rival sérieux. Le ministère lient sa destinée dans ses mains. Sa durée sera l'i^xpression de la valeur de ses œuvres. S'il ne sait pas se maintenir, c'est qu'il ne saura pas foncli jnner. Ce ne sera pas la maj«)rilé qui lui aura manqué, ce .sera lui (pii aura manqué à la majorité. Il ne sera pas juste de s'en (irendre a la faiblesse des institutions, il ne faudra en accuser <pie rinsuftisance des hommes.

24 octobre 1843.

« Les affaires du pays .sont en souffrance. L'administra- » lion est nulh». Toutes les questions demeurent en sus- »> peus: les sucres, les chemins de fer, les rentes, ayssi » bien que l'.d) >lition de l'esclavage et l'enseignement pu- » blie. Les intérêts matériels ne sont ni nu'eux compris ni

478 tS4S.

» mieux traités que les intérêts moraux. » Ainsi s^exprimail, le G février 18:î9, M. (luizol dans sa Tanieuse lettre à SCS connnettants. Si celte langueur, si ect aiïaissemcni nVxislenl pas moins aujourdliui qu'à cette épcHiuc ; si le cours des choses el Timprévu paraissent gouverner la Fran(»e pluscpie le vouloir des hommes el la prévoyance; si l'impulsion ne se fait sentir nulle part : si rensenihie et Tunité manquent partout : si la surveillance ne sait exciter ni la crainte ni le zèle : si le dévoûment, là où, par exception, il e\ist(» encore, se fait nn^ins remarquer comme une vertu que comme un excès, el cho(|ue comme une disparate, qui faut-il en accuser? Esl-i'c la forme de notre gouvernement i — Est-<»e le chef de rÉtal ? — Scmt-cc ses ministres i

lnten\>j;ez les esprits tranchants et superficiels, ils vous repondront sans hésiter : Rien de grand, rien <Ionl Tachévement exijîe beaucoup de temps, de la suite dans les ide(»s, de la constance dans les efforts, de la persévérance dans les sacri lices, n'est possible avec un gouvernement conq»osc tie deux Chambres. d«)nt Tune n esl pas hérédila ire. tlont lautn* est licricdique cl se renouvelle intégralement tous les trois ou quatre ans : où tout esl instable; où tout est sounus. lois cl ministres, au vote d*unc majorité csscnlirlh'iiH ni nnbih*. qu'une foule de causes diverses peuvent filin* varier, et se contredire même, sans qu'elle soit rrpirid.tnl iiirnrisèfpicnte autrement qu en appan*nce. Lrs ««'K^'iiH iiiciils absolus peuvent seuls en Ireprendrc el excciih'i dr prandcs 4'hos(>s: runilé, la stabilité, le presti;.M' ur piuM'iil rc'j'ncr que la où la volonté «l'un seul fait la loi. Krrciirî c'est le contraire tpii est aujourd'hui la vèriic: rien {\v vraiment pand n'est plus possible que lii où le crédit a pour base et pour ;«Mrantie U* vote libiv de Timpôt. où ce n'est pas le souverain, mais le pays qui sVngage. Comniciit donc conciliez-vous, nous dira-t-on, celte opîniuii que vous souttMiez avi'c b's plaintes que vous venez de faire entendre? Il y a contradiction.

Partisans aveuf/Ies du pouvoir absolu. iv|>ondn)ns-noiis.

qui voulez rendre la forme cPun gouverneinent responsable de ce qui lui est étranger, des fautes du temps el deTinsuflisance des hommes, commeneez par nous expliquer, par exemple, pourcpioi les règnes de Louis XllI el de Louis XV eurent moins do grandeur et jetèrent moins dVclat que relui de Louis XÏV, que Pun précéda, que l'autre suivit? Avant de prononcer sur la valeur du gouvernement représentatif, avant de le condanmer. assurez-vous donc d'abord s'il esl tout ce (|u'il doit, tout ce (ju'il poui être, el demandez-vous si les mêmes honnnes, placés dans les mêmes circonstances, avc'j une autre forme de g.îuvernement, eussent fail mieux, eussent fait aussi bien, n'eussent pas commis plus de fautes?

Oui, sans doute, nous abusons du régiu)e parlementaire, U'ius donnons trop d'imp:)rtance à l'éclat éphémère de vaines discussions: la Iribunc est tn»p souvent un autel sur lequel n(»us imm lions l(*s \éritables intérêts du pays aux rivalités or.itoires des demi-dieux du Parlement, à Tincontinence des lieux-conununs de méditKM'ité verbeuse : mais c'est préciscmrnl parce cjuc nous abusons du régime parlementaire que nous ne devons pas le juger légèrement el sans appel. L'abus n'est point Tusage. pas plus que la tyrannie n'est le gouvernement absolu, (|ue l'excès que nous déplonins n'(»st le got]V(M*nement représentatif.

liUerrogez h»s partis : les légitimistes répondront que ce défaut d'impulsion du pouvoir, que cette langueur de Tadministration. que celte absence générale d'éumiation publique et de <lévoilmenl individuel ont pour cause l'interversion de l'ordre dt» succession au trône : les radicaux en feront retondjer la responsabilité tout entière, moins encore sur la persoime du roi (|ue sur l'inslitution de la royauté, qu'ils n'ganh'Ut. foulant aux pieds l'histoire, conmu* incompatible avec la grandeur, h» bonheur (»t la lilnTlé des |H*uples: ropp<isilion proprement dite, ce caput nwrtuum composa des ambitions impatientes. <les présomptions les moins légilimes, des grandeurs déchues, des consciences timiirèes, des esprits métieuliMix , des caractères chagrins, l'opposition,

sans principes comme sans franchise, acceplant tous les noms, loules les alliances^ lous les masques, lous les prétextes, et n'osant attaquer de front ni le roi ni la royauté, en accusera Jiypocrilement u le puivernement personnel, »> expression consacrée. Mais où sont donc dans les Chambres, dans Tadministration, dans l'opposition, dans la presse. dans rinduslrie, les hommes politiques supérieurs, les grandes notahiiités parlementaires, les hautes spécialités financières et administratives, les publicistes émincnts, les habiles industriels (jiie Henri V prendrait pour conseillers de son inexpéi-jencc», (jue la République chargerait de la réalisation de ses grands desseins, (|ue le roi des Français ail laissés il l'écart, et qu'il n'ait pas appelés il venir faire au gouvernement la preuve de leur capacité et TapplicatioD de leurs idées? Qu'on les nomme! qu'on cite un nom qui ait été oublié ou injustement exclu , une combinaison ministérielle compatible a\ec la majorité parlementaire qui n'ait pas été essayée, une supériorité qui ait été méconnue ; enfin, un concours utile dont le roi ait volontairement privé le pays.

Interrogez enfin les hommes de bonne foi, (|ui regardent les choses de près et qui se n»ndcnt compte de ce qu'ils voient ; ils vous répondront :

« A aucune épocpie de leur vie, les deux Chambres n'ont )^ sollicité de la couronne , ni concession afTaiblissante Di » entreprise compromettanti». Pas un seul jour, elles ne se » sont UKintrées possédées de l'esprit d'innovation ni de « l'esprit de guerre.

'> Tout au contraire :

w A l'intérieur, elles ont accordé au cabinet h peu près » tout ce qu'il leur a demandé, sans lui rien demander elles- >^ mêmes:

» A l'extérieur, elles ont sanctionné et soutenu, dans les n ({uestions même les plus épineuses, la politique adoptée « en 1830 (1). >»

1) l.(tirf de M. (iuizot à §et commtitanl»^ 6 Tévrii^r 1839.

Ils Ajouteront :

a Quand le pays influe puissamment sur son gouverne- » menl ; quand le gouvernement accepte franchement l'inn (hience du pays, lesjiouvoirs sont unis et se sentent forts. 0 Leur force passe et paraît dans leurs actes, leur attitude, »> leur langage. Partout, au dedans et au dehors, loin de se » retirer, ils avancent; loin d'ajourner, ils décident. Les » affaires se font , les questions se résolvent. Il se peut que » la route soit semée d'obstacles, l'horizon chargé de nua- » ges; mais on voit, on sent un chef qui marche sur la » route, un soleil qui brille sur Thorizon (1). »

De ce que les affaires ne se font pas ou se font mal ; de ce que Inviucoup de questions restent en suspens, ils ne tireront pas c(»tle rigoureuse conclusion « que les pouvoirs » sont abaissés ; » ils ne s'en prendront ni au gouvernement représentjitif, ni au roi, ni à la royauté, ni même entièrement il M. Guizot : ils seront pour lui moins sévères qu'il ne le fut pour les ministres du 15 a\Til.

Ils ne lui objecteront pas ses propres paroles :

« Tant que le cabinet actuel subsistera, tenez ceci pour » certain : toutes choses resteront ou seront remises en » suspens cl <mi question : la dignité et la sécurité du pays » chancelleront égalemenl; vous verrez régner dans les afï> faires du dedans et du dehors, dans la question des intéw réls malériels et moraux, la même imprt»voyance, la » même légèreté, la même faiblesse (2). ï>

Voici ce (ju'ils diront :

Depuis 18;J9. «(uatre cabinets se sont succédés :

Le cabinet du 15 avril \^\7 s'est retiré après une lutte glori(Hise :

Le cabinet du M mai 18:J9 a vécu péniblement moins d'une année ;

Le cabinet thi !•' m.irs 18i0 s'est dissous In veille de la réunion des Chambres;

(Ij Ltltre Je M. (iuizot ù se» commettanti^ page 4. 2 Utire Je ¥. f iuizot à ft$ cùmmettanlf, page 12.

482 tft4S.

Le cnhinel <lu 20 ortohn» I8S0 sVsl formé: il va enlror dans la qiialriènu» aniM'c <le son exislcnco. Qu a-l-il fail 1

M. ThiiM's cl M. (iiiizol ont ou l'un ol l'autn». après M. !«• comte MoIé, le jj'ouvernement du pays :

Ils n-onl fait r'wu de plus, rien <le mieux que leur prédeeesseur: il ne serait mOnie pas impossible de montrer qu'ils ont fait moins et moins bien;

Au dehoi*s, le pays est loin d'avoir ;»aî;îné en inlluence el en considération:

Au dedans, il n'a certainement pas fiapniè ni en hien-i^lre ni en liberté :

Le pouvoir n'a accpiis ni plus de force, ni plus de prestij^e, ni plus de popularité:

Les impùts se s(»nt a^jfi^ravés:

Le remboursement d(\s rent«\s est indénnimenl ajourné:

Le budget de la fruerre pèse plus lourdement que jamais sur les contribuables: dr niKi\eaux réj;j:iments ont été créés: les fortifications de Paris ont été entreprises:

Pas une seule (piestion ^Tav«» n'a été résolue:

Pas une seule réftirme utile n'a été accomplie.

r4ependanl. il serait absurde autant ({u'injuNte de supposer <iue des hommes d«* la supériorité de MM.Tliiefs el Guizot. lors(priIs sont lioi>i du pituvnir, se c(»alisent contre un cabinet imiquemcnt pour U» renveiMT, sans avoir res|H»rance et la volonté de fain» mieux, même autrement: que leur oppnsition n'a pas d'aulrcs mi»biles tpie la rivalité el l'impatience: qu'ils menlciil sciemment à leur cunsciencv. c»u se laissent aveu;^lémcnt abus«M'par une incorripble présomption. Il serait plus absurde el plus injuste encore de supptvser que. InrMpi'ils siiit de retour au pouvoir, le désir de lai>ser imc mém;»nd)le (rare de leur passa;;e aux alFaires ne \ieht parfois >'i»m|)arer dt» leur esprit ou leur faire battre le cieur. Fusscnt-ils inaecessibles ii toule pensée d'aveiu'r. à t(»ulc noble juiibition. que riniérét du prèsenL que le plus simple calcul devraient eue «re les stimuler!

Gomment donc expliquer que tant de ministres qui, la veille de leur avénenuMii au pouvoir, étaient si habiles k

sij^alor les fautes commises par leurs prédécesseurs, et qui le lendemain de ieurchules-élèveronl de nouveau, avec non moins de raison, contre rincapacilé de leui's successeurs, soient impuissants à rien améliorer, à rien changer? Qui faut-il accuser de celle immobilité des choses et de <*ette perpéluitê des abus?

Nous l'avons dit : en accuser le gouvernement représenlalif, en accuser les Chambres, ce serait injuste; en accuser la royauté, en accuser le roi, ce serait non moins injuste, et de plus, ce semit inconstituli<mnel. Concluez donc, — nous dira-t-on, — et ne ménagez pas plus longtemps le mauvais vnuloir ou llncapacilé de ses conseillers.

Nous ne voulons ici, — répondrons-nous, — porter d'accusation contre personne : loin de 1»^, nous avons repoussé de nous toute récrimination trop facile. Ce que nous voulons seulemenl, cVst essayer de donner lexplicalion d'un fait habilement exploité par les factions, <'Vsl remonter h la cause d'un effet dont le ()ays a raison de s'incjuiéter.

Cette cause, voulez-vous la connaître, voulez-vous la loucher du d(»igl ? faites conmie nous, regardez de près ce qui 5e passe ; vous verrez par vos propres yeux et vous jugerez vous-mêmes.

Parmi les hommes <pii sont m position d'aspirer au gouvernemenl de leur pa\s, leriuel d'entre eux voit-on .se vouer cxclusivemenl à l'éluclc des grands intérêts nationaux, chercher à simplifier les rpiestions de gouvernement et d'iidministration pid)lique. de nos jours si ciimpliquées et si nniltipliées, iviioncer à tout autre .«<oin, à toute autre étude, accunuiler <les forces, amas.scr des idées pour le j:)Ur où la contiame du roi rappellerait il siégiT dans son conseil?

Le lendemain du jour de la dissolution d'un cabinet, que fait son chef? Éclairé par rexpérience, va-l-il demandera la nié<iilalion et au travail la réparation de sa défaite, une éclatante revanche et «les leçons pour l'avenir ? Va-t-il utiliser un temps précieux et mûrir des projets qui, è son retour an pouvoir, dunnerunt. celte fois, la mesure de la

i8i tA4l3.

plénitude de ses forées, et hiisseronl (riiielTiirables Iraces de son passage? Non ; il reprend avee insoueiance ou «lépil les loisirs ou les travaux cpril avait (juillés, il les reprend jusqu'au jour où l'intrigue, souvent mOme celle qui le renverea, vient frapper à sa porte pour lui rapi>orter son portefeuille. De là « cette imprévoyance, celte légèivlè, » cette faiblesse, — signalées par M. Guizot, — qu'on voit ï> régner dans les affaires du dedans et du dehors, dans la » gestion des intérêts moraux et matériels. »

Quand les choses se passent ainsi, et nous n'exagémus rien, comment un changement de nûnislère opérerait-il un changement de système? Si les ministres changent, les conmiis ne changent pas. Ce (pfils faisaient sous M. Thiers. ils continuent de le faire sous M. Guizot. Les mi^mes errements, les mêmes abus subsistent. Il n'en saurait être autrement. Le jour <le son avènement ou de son retour an pouvoir, le ministre ne s'appartient plus; il appartient aux membres les plus influents des «hniv r4hand)res; il appartient à tous les honnnes importants qu'il lui faut ménager: il appartient à la tourbe d'importinis (ju'il n'a pas le courage d'éloigner; il appartient à ses bureaux : il tombe de signatures en audiences, et d'audiences en signatures : il n'a pas une heure pour pens(»r, «Micore moins pour réfléchir; la solitude et le silence ne se font autour de ]ui que lorsqu'il a ini disi'ours à préparer, une lutte à soutenir. P«)ur le recueillement et l'action, pas une minute ! Qu'ensuite on N étonne que les pr.>jcls de lus portés aux Chambres ne soit*nl pas mieux élabt»rés. mieux conçus, t|ue toutes les questions restent en suspens. <|ue l<*s affaires du pays soient en souMrance: mais cela .s*expli(iue ti»ut naturellement |>ar renq)loi que les minisires font «le leur tenq)s.

Kl les lulti»s dans les Chambres et dans la presse sont d'autant plus vives et plus dangereuses «pie les questions ont été plus superlicii'iiement étudiées, plus inconsidén!» ment tranchées.

Aucun ministre ne fera jamais rien de grand, rien de sérieux, s'il n'arrivi» pas au pouvoir avec des idé4\s préconçues

ot des moyens (Inexécution imaginés par lui-même, s'il verse dans l'ornière, s'il veut tout faire, tout signer, avec la seule assistance de ses commis, s'il veut cumuler la parole et l'action, s'il ne sait enfin se compléter et se déléguer.

Faites donc mouvoir une armée sans état-major î

Essayez donc de monter une manufacture où vous renverserez le principe de la division du travail, où la même épingle, au lieu de passer par les mains de dix-huit ouvriers, ne sera plus confectionnée que par un seul !

C'est la double difficulté contre laquelle viennent échouer tous les ministres qui se succèdent. Ainsi s'expliquent toutes les fautes qui les font si souvent et si justement ac j cuser « d'imprévoyance, de légèreté, de faiblesse, » et surtout d'impuissance. Quand un ministre est tout occupé de Tarrangemcnt d'un discours, de leffet qu'il devra produire sur une grande assemblée, (jue toutes ses idées sont en fermentation, qu'il est dans une sorte d'ivresse, comment serait-il possible qu'il n\ibandonnAt pas les affaires à leur courant? S'il ne les aluindonnait pas, il les arrêterait. Peut-être l'art d'improviser et d'organiser s'excluent-ils î Mais ce qu'il y a <le certain, c'est «prils ne se sont point encore trouvés réunis dans le même homme d'État. Peut-être aussi e\isle-t-il des joueurs «pii soient économes, des artistes qui n«» soient pas exclusifs! Mais ce n'est pas sur des exceptions que la .sagesse des peuples doit asseoir ses calculs et ses lois.

Notre <'onclusion est ccIUmm : Les ministres se chargent (run pr»i<ls qui exrède les ftHves hinnaines: ils se croient oblit,'ês de réunir en eux deux facultés raniment compatibli's Qu'on résulte-t-il 1 — Ils se condamnent ainsi à l'impuissance et il l'immobilité. Le travail ministériel est mal distribué: ils n'ont pas le temps de songer aux moyens de le distribuer mieux : leurs départements sont au pouvoir ce que seraient h»s einq <loigts détachés dt» la palme de la main ; ni mouvement ni unité : absorbés par les détails, ils n'ont pas le temps de voirie mal et d'y remédier; l'administra-

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lion languil , tandis qu'ils discmnvnl; ils n'onl piis lo temp^ de lui donner rinipulsion. Ainsi do loulos choses. Aussi, pour dissimuler leur ireq)uissan('e. abriter leur fragilité, raeheler leurs fautes, sont-ils ohlipés de compter avec les exigences individuelles, d'acheter les consciiMices vénales, de s'assurer enfin la majorité à for<*e de «•oncessions de toutes sortes, jusqu'il ce (|ue la corruption, après les avoir soutenu^ (|ucl<|ue temps, finisse par amener leur chute. Mais ne dites pas que la corruplinn est un système ; c'est un expédient; c'est le pis-aller de l'impuissance.

Cet état de choses, dont la réalilé ne peut être contestée de l)onn«» foi, et i\\w M. Guizot caractérisait par ces mots ; M Pouvoirs abaissés, qut»slions ajournées, sentiments frois- » st»s, intérêts méconnus 1 •. >' cet étal de cht»ses. auquel no remédierait pas une réforme électorale, n'aura de terme c|ue le jom- où les ministn's appelleronl près d'eux, pour se compléler, de bons organisaleui-s. s'ils sont, eux, surtout des honuncs de tribune, ou d'habiles orateurs, s'ils sont plus i)articulièremenl doués de l'esprit de iv forme et d'organisation. L'art de gouverner, c'est larl de \ainere le> difficultés: l'art t\o vainn-c 1rs diflicultés. c'est l'art de choisir les lu»mnu»s schm Icm* aptitude; et cet art, c'est le scïrrel de toule grandeur, c'est l'explit'alion que donne l'histoire de 1 "éclat des plus illustres règnes.

Cessons donc de faire enlendre plus longtemps toutes ces iiccusa lions banales contre la royauté, contre le roi, contre le goii\crncm<»nt représiMilatif, contre les (Ihambres, contre les ministres mêmes : <'c qu'il faut attaquer, ce qu'il faut réformer. cVst l'organisiition vici(*use qui paralyse les fon*es des ministres animés des intentions les meilleures, qui est la principale causr des fautes ipii lein* échappent, et (|ui h de l(»ls incon\éni(»nls. riu'elle fait parfois douter des avantages de la cent ralis.it ion !

Que d'iuitres rontinueiit à demander le n'n\ersemenl du cabinet cl imc reforme éleetorale qui tronquerait leur at-

J, Lettre i/r J/. Gutz^'l o <#j r.-ifM»wf//jiij/*, [mgc .>. (i iVviitir I83t'.

tente, nous persisterons, nous, h appeler de tous nos vœux le changement non des hommes, mais des choses, nne grande réforme administrative, une nouvelle division du travail ministériel.

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