‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856Chapitre 66 sur 71 · IV. w · texte numérisé non relu

IV. w

Ce SDiit cos niémorablos paroles que nous sivons conslammonl sous les yeux ({uand nous essayons do stimuler le cabinel. alin (|u*il ne reste pas au dessous des légitimes exigences qu'a fait naître, des niagnifiipies t^spéraneos <|u'a fait concevoir l'admirable taK*nt d'orateur et d écrivain que possède M. Guizot.

l"mûrs 1841.

La question minislérielle avait été. cette fois, nettement posée par l'opposition; nettement acceptée par le cabinet, elle a été ntttement résolue par la majorité. La Chambre a pensé comme nous: la Chambre n'a pas voulu renverser le ministère; la Ch^nnbre a bien fait, la Chambre fera bien de persister à se tenir au dessus de toutes ces petites rivalités de persomies, de toutes ces basses intrigues de couloirs, de toutes ces mesquines prétentions qui ont divisé ce (pii était uni, qui ont uni ce qui était divisé; c'est vainement (pie d(» nusérabh's rancunes cmt encore une fuis essayé de se <ouviir au<lacieusement du grand nopi d'intérêt public, et de parler hypocritement le noble langage du senlinïent national, il n'est plus en leur pouvoir de tromper le pa\s et d*» surprendre la majorité. La majorité ne veut plus faire que ses propres atVaires. Un ministère existe: elle lu» cmil pas <iu'il soit parfait, elle ne croit pas (pi'il soit infaillible: mais elle croit «(ue le ministère qui prendrait sa phuv ne serait ni plus infaillible ni plus parfait; elle croit que. quel qu'il fiil, il ne réunirait pas dans son sein des hommes d'un talent plus élevé, et donnant des garant ie.sd«» capacité plus grandes. Klle le soutient sans illusions, et c'est parce qu'elh» le soutient ainsi, qu'il dure depuis plus de ln>is ans et qu'il peut durer très longtemps encore, qu'il a trionq)hê de toutes les attaques, do toutes les manœuvres, et qu'il a survécu même à .ses fautes.

Nous sonnnes (Milin «Mitres dans hi vérité du régime constitulioniu*!: désormais, les cabini^ts ne toml)eront plus sur

LE CAHXET DU 8» OCT(»iE 1S40. 4«

des-questions de personnes, sur des questions de noms propres, mais sur des questions de principes, sur des questions de sysl^mc*s; désormais, la chute d'un ministère ne sera plus le triomphe d'une ambition rivale, mais Pavénement dune autre politique : désormais, ceux qui voudront renverser un ministère devront s'y préparer de loin ; à l'avenir, ce ne sera plus dans les couloirs de la Chambre élective, ce sera dans les collèges électoraux que se posera el que se résoudra la question ministérielle. Tant mieux qu'il en soit ainsi, moins encore pour la stabilité des cabinets que pour raffermissement de nos institutions. Telle est l'importante signification politique du vote qui a donné aujourd'hui au ministère une m<ijorité de 46 voix sur une question qui ne pouvait être ni plus adroitement choisie par Topposition ni plus habilement posi'»c. La motion de M. Ducos, conçue en ces termes parlementaires :« La Cham- » bre, sans approuvcT la conduite du cabinet, passe h For- • dre du jour, » se traduisait clairement pour tout le monde par ces mots vulgaires : « I/opposilion vous propose de » renverser le cabinet. » Or, ce cpie voulait Topposition, c'est précisément ce que n'a pas voulu la majorité. Elle s'est résolument prononcée. Il faut cpie l'opposition en prenne bravement son parti : si elle vcmiI renvenwr le cabinet, il faut qu'elle attc*nde une autre si*ssion, fK'Ul-^tre même une autre législature; il faut qu'elle >w» crée kh conliance du pays d'autres titres (pie les fniiU^ de wji suU versaires. Ce n'est pas en un jour cpirlle y parviendra ; e« n'est pas en un jour qu'elh» détruira l'effroi quelle c;iu<M* H qui la tient depuis dix ans élrjjgiiée tlu pouvoir. 1^ voUf n eu lieu au scrutin s<»cret. sur la demande de ceui'l;i rriAiri#f qui avaient propos**, l'année deniiere. de VstÏHplir. l>*rv|fK? Topposition donne au pays le wjH*cta/|#' tU* le||#*% tiyoïi^'quences. quelle conriaiice [xMitwlIe JuM^'rrM'nt j^i eii'i Mlr«» lui inspirtT, el doit-4»lle s'elonniT que nf% atl;iqu<'% i» ;ii«'iii d'autre effet que d'affermir n-ux quVHi' li-tiU' d«* rtruverser ?

500 tS44.

19 fc^Tier 1844.

11 ne dépend pas de nous de changer la situation clés hommes et des choses, teNe que l'ont malheureusement faite la coalition de 1838 et le nu'nistère de mars 1840. La question n'est pas si simple qu'on veut bien le dire ; elle ne se borne pas à celte étroite alternative : « Convient-il de » soutenir énergiqnement le ministère du î29 octobre, ou ne » vaudrait-il pas mieux le reiivei'ser? »>

S'il y avait des hommes éminents qui s entendissent entre eux et qui fussent d'accord avec nous sur la nécessité d'apporter dans la conduite des affaires du pa>'5 plus d'initiative, plus de vigueur, plus de prévoyance, plus d'activité, rien ne serait |)lus simple, en effet, rien ne serait plus facile (jue de renverser le cabinet actuel ; mais où sont donc les hommes éminents qui, des plus petits dissentiments, niaient fait entre eux les plus hautes barrières, qui aient dos principes arrêtés et un système commun, qui n'aient pas déjà passé par le pouvoir et encouru des accusations non moins graves et peut-être non moins méritées que celles adressées au ministère qu'ils seraient appelés à remplacer? Il n'y a que des insensés, des intrigants ou des factieux qui puiss(»nl travailler \\ renverser un cabinet .sans regarder en même temps autour d'eux s'il y a les éléments nécessaires I)()ur en former un autre? Cette tAchc d'aveugle destruction peut Convenir h ces gens dont Champfort a dit qu'ils mettaient le feu à une maison pour se faire cuire deux œufs : mais elle» ne lut. elle iir sera jamais la nôtre. La polilijpie ne se fait pas avec des phrases, mais avec des noms propres. II lui faut de la chair et des os. Doit-on renverser M. (iuizjit uniquement pour mettre à sa place M. Thiers? Mais M. Thiers a été renversé par M. Guizot: ce ne serait donc cju'un pla-^'iat. Doit-on rapprocher M. Thiers et M. le ccante Mole pour renverser M. (iuizot? Mais M. Guixot et M. Thiers se sont lapprochés pour renverser M. le comte

Mole, ce ne serait encore qu un plagiat, plagiat que repousserait certainement comme indigne de lui Tancien prési^ dont du 15 avril 1836.

De longtemps eneore, nous le cmyons donc, il n'y aura pas d autre ministère possible que le ministère actuel. Il a commis des fautes graves ; mais quel est le ministère qui Tait précédé et qui n'en ait aucune à déplorer? Tous les choix qu'il a faits n'ont pas été heureux ; mais quel est lo ministère qui, avant lui, n'ait jamais fait (lue des choix irréprochables ? 11 n'ose porter la main sur aucun abus, accomplir aucune réforme ; mais quel est le ministère qui ait toujours fait passer les principes avant les personnes, et fait fléchir inexorablement toutes les considérations privées devant rintérôt général?

De tout ce que nous venons de dire, cependant, s'ensuitil forcément que, ne voulant pas renverser le ministère du 29 octobre, nous devions le soutenir « énergiquement ? » Cette question nVn serait pas une si c'était la force et non pas la volonté d'agir qui manquAt au ministère; si, pour lui faire faire un pas. en avant, il ne f.illait que Taider à marcher. Mais ce n'est pas de force dont le ministère manque, c'est de volonté, c'est d'impulsion dans lc»s idées, c'est <rélévation dans les desseins, c'est de portée dans le coup d'œil, c'est de sûreté dans les jugements, c'est d indépendance ii l'égard de ses complaisants. Sa majorité fùt-elle de tieux cents voix au lieu de quarante, qu'il n'entreprendrait rien de plus, qu'il ne se fraierait pas une autre route plus large et plus droite, moias glissante et mnins liattue. Au contraire ! Il se complairait à creuser pins fM-ofomlément mm ornière, et à ceux qui hasarderaient d«* lui adreiwiT la plu» légère représc»ntiilion sur la né< essilé d'en iwirlir, il rejoindrait fièrement par TargunK'nt d<*f'îsif tiré tUt fhti et du chifTn* de sa majorité. Tout h^inmM* d'I^tat. quHque eriiilient qu'il S4»il, a ses d<*fauls: l'uptimi^OH' a Miei/'ik* a U |>résom[)tion. Si ropiiniisfin» » plu^ d'irM'ofiv«'ru«'filn qui* la pn^somption. (>ar tuyaiitriissitum ;iu^*»i il a fiMufi^ d<' dangfTi. La présomption est tw\uteit: et n-niuanlr. ille a iRiMiiii de

mouvcmont. (lo hniil. dji^^ntation, <rôrlat: roptimismc est iin|)orUirhiil)l(*; son (»ss('nce. son idral os( rinimohilitô!

Soutenir « (hienjifjunnrnt » lo ciihiiu^t, comme on nous lo eonseillo, i\ (lériuil. piii* nous, dr suivre l'iiulre avis quon nous doniH» ch» Ii» renverser. e(» seniil l'enlrelenir dan^'ereusemenl dans eetle idée vers hu|ueilo il n'a déjà que trop de propension, qu'il n'y a rien de plus ni de inieu.\ à faire que ce qu'il fait; ce serait le pousser vers le côlè où il peiïche, ee serait le ])rLMipiter \ers sa perle. VovfZ donc quels services lui a rendus lo concours énergique du Journal dt's Dvhtits, cet intrépide champion de ralliance anfilaise. cel inlarissahU» apolo^n'sle de « Tenlenle cardinle. »» cet ine\oral)le (létrisseur d<\s lé^'itiniistes qui sont allés a Londres! >on; ee qu'il faut au cabinet, ce sont moins d(*s amis ênenjifines, conq)laisants. aveugles, que des amis judicieux, sin<ères, vi^'ilîuils. Mais, de tcait tenqis. ceux-ci ne furent jamais écoutés qu'après les autres, et toujours trop tard. Il y a autre eliose ii faire que» de» soutenir énergique^ ment lecahinel du i\) oetohre: c'est de re<'lairer, c'est de l'avertir, c'ot de le stimuler, c'est de lui dire loyalemoul la vérité, au risque de lui déplaire, au risque d'e\ciler sins detianees et d«» se trouver parluis c.mfondu avtv ceux qui ne l'accusent que pour le perdre. On dit que ce concours restreint est «« dan^rcTcux et contraire à l'esprit du gouvcr- )» nem(*nt représentatif. » A cela, nous répondrons que si les quatre journaux c|ui appuyèrent le président du 1*' mai-s l'axairnt nioms eurrijiffiiement soutemi, peul-Otre fûtil moins prnnqttement tomhé, p(»ut-élre serait-il encore premier mini>ti«'!

Il n'y a pas une d«'> maximes par les(pi(»lles on prétend condiatlre \v> nôtres qui ré>isi«* à un examcMi sérieux.

yuentend-on diii' par ers mt)ts : » Prêter delà force à un rninnet / ■■ On ne prête p;is de f ncc à un ealiinet : s'il est ftiihle. c(» n'c.sl pjis une maj:»rile r.in>ideral»le qui le rendra f'U't : s il rsi f.irf. ri' ur>\ pas une majorité exiguti qui le rendra failli»'. La fui-.' d'un eahincl est en lui ; il ViUl«^j que valent >es m-Ws : il est fort par le nondire de i

Wà

bien plus que par le nombre de ses adhéronls. La majorité fait la durée dUm cabinet, mais elle n'en fait pas la force. In cabinet peut durer lon{,'tenips sans l'aire fort, et peut dire fort sans durer longtemps. Dans beaucoup de circonstances, le défaut d'opportunité a suffi pour tenir la force en échec. La force, d'ailleui^, nVst pas loul : souvent la mesure, la prudence, le tact Tout justement emporté sur elle.

l'n cabinet fort est celui cpii sait nettement ce qu'il veut et qui veut résolument ce qu'il peut: qui est indépendant de la majorité, ne lui fait aucune concession et ne lui dejnande aucun sacrilic(», l'atlacbe à lui noft par l'abnégation, mais par l'amour-propre ; (jui compte moins les suffrages qu'il ne les p(vse; ({ui tient, avant tout, à UM'ttre de son côté la raison et l'intérêt publi<> ; (|ui ne transige sur rien de ce qu'il croit vrai, juste, utile, opportun ; qui appelle ouvertement à lui tous Ciuix qui sont capables, et repousse inexorablement tous ceux (|ui ne le sont pas; qui ne trQUve jamais assez parfaites les Icis qu'il présente, admet ce qui les améliore et n'admet pas ce qui les boulevt»rse ou les i)erverlit ; cpn' ne craint (pie l'iMTcur et la flatterie et n'a pas dautVes craintes, sûr (pie s'il est renversé par l'intrigue, il ne tomlH*ra(pie pour se relever plus haut et se rétablirplus solidement.

Jamais la majorité n'a nitUKpié à un cabinet qui venait do se former, vi toujours, — excepté .muis le ministère du 13 nïars, — nous l'avons vue tendre constanunent à décroître et à sediviser.au lieu de .«se grossir 'et de ress(MTer ses rangs. Pounpioi 1 Nous alKins le dire : c'est que, pour marcher sûrement, il faut regarder devant soi et non à ses pieds: c'est (pie. pour gou\erner hmgtemps, il faut ivgarder le pays et non la majorité. Le mnri débonnaire (pii croit (jue le meilleur moyen «l'avoir la jiaix du ménag(» est de faire toujours la volonté de su femme, n'a jamais un instant de repos; il en est ainsi des ministres <pii (Tt^it^it (pie le i)lus siilr moyea <k durer est de se mettre ù la remonpie de la

moins encore pour le ministère qui aspire à se former, puisque c'est la défiance et la crainte qu'il cause qui font la slabililé de celui qu'il veut renverser.

Que forait aujourcriuii le c^ihinctqui se fonnerail? S'attacherail-il à mettre les alliances de la France dans une voie plus conforme aux intcrOts de son avenir? S'appliqueraitil à préveiu'r les dangers des crises industrielles dont nous sommes menacés, dangers plus gr^jves et plus prochains que ceux d'une guerre contre Téventualité de laquelle nous paycms cependant chaque année une assurance de plus de trois cent« millions? Oserail-il entreprendre les réformes eflicaces, opportunes, nécessair(»s, sans la réalisation desquelles le pouvoir exécutif manquera toujours de force et d'unité, le pouvoir législatif continuera de perdre en débats stériles un temps précieux, la centralisation n'échappera à l'immobilité administrative que pour tomber dans la corruption électorale? Que ferait-il ? « Il ferait reposer, dit-on, » le pouvoir sur une base moins étroite et moins exclusive.» La grande œuvre, en vérité! quand la majorité serait plus forte de cinquante, de quatre-vingts voix, quand le nombre des électeurs serait augmenté, «juand le nombre des incompatibilités serait étendu, nos hommes d'Etat en auraient-ils plus de caractère et plus d'idées, le pays en serait-il mieux adun'nistré. les lois en seraient-elles mieux prépan'»es, disi*utées avec mcu'ns <le <*onfusion que celle dont la Chambn» des députés donne le spectacle? Non: il y aurait (*hangt>ni(Mit de (|uelqu<'s hommes, mais il n'y aurait pas changement de ehoses. (W cabinet ne ferait rien, et d'ailleurs de qui se <*omposerail-il? Les hommes qui veulent faire reposer le pouvoir sur uneliase « moins étroite et moins exclusive »> sont-ils prêts à donner eux-mêmes, et les premiers, Texemple de l'almégation personnelle et de l'union politique, à faire à la chose publique, à l'apaisement des partis, en vue des élections prochaines, le sacrifice de touto prétenlim à on titre oo è des etlributions qui seraient une

mai^, ti'il en r»t «>lhj iLM nt^qu^riti t*e%*^t^ de tromfier h im^^

bilité, de son optimisme. C'est aujourd'hui la seule opposition qu'il soit permis de fa/re à des hommes eonscieneieux et éelairês. Toute autre opposition n est que de Tintrigue. Renverser pour renverser, ehaiif^er sans tin les liommes pour ne janïais elianj^er les choses, e'est une œuvre à la- <juelle ni la majorit<^, ni le pays ne voudnmt s'associer; aussi n'est-il pas douteux que la Chambre ne repousse demain Tordre du jour motivé par lequel on lui piX)pose de déclarer «juVIle n'approuve pas la conduite du cabinet.

L'intérêt du pays a été assez hmglemps sacrifié aux ambitions individuelles, pour «lu'aujourdhui ce soit le tour des ambitions individuelles de lui être sacrifiées î •

3 mars 1844.

Le cabinet n'a d'ennemi redoutable que lui seul; jamais il n'a couru de véritable péril que de son propre fait ; dans toutes les conjonctures délicates où il s'est placé, ce sont toujours ses adversaires (pii, par la violence de leurs attaques et l'activité de leui^s mené<»s, l'ont raffernïi et sauvé. Les meneurs, en se laissant trop voir et en njontranl trop clairement le mobile qui les faisait a^'ir, ont empêche la majorité de panier sur eux la moindre illusion, et Pont préservée de tout entraînement, (ie que l'intrigue a maintenant de mieux à faire. c't»st de se reposer, c'est de se laisser oublier, c'est de ne pas s'obstiner l\ vaincre les répugnances qu'elh' a fait naîlre. Toutes ses tentatives n'ont servi. ell<»s ne serviraient encore «pi'ii démontrer son impui.ssance. Combien de votants, toutes les oppositions réunies, légitimistes et radicaux, gauche et c<»ntre gauche, ralliées ii haute voix par MM. Thiei*s et Dufaure. sontelles parvenues à mettre en bataille? — 187 4'ontre i:i;J. Du côté de l'opposition, le ministère i)eut donc être en pleine sécurité; mais nVn pas profiter, ce seniit en abustT : il faut qu'il agisse, mais ea même temps il faut qu'il surveille soigtiruM'incfil i4ius M*s liriez; H faut qm% tout i*n \numi

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compte du dévoûment i\o ses amis, il ne se laisse pas omporlor par rexccs do lour zèlo. Une majorilé équivoque de quaranlc-six voix lui pormollrait de dédaigner une foule de petites luttes fâcheuses qui enlretiennent au sein de la Chamhi'e Pirritalion des esprits, qui eommandeiit trop souvent de sacrifier les questions d'afTaires aux questions do partis, qui sont Fahus du gouvernement repivsi»nlalif, qui Taflaiblissent, qui le <léconsi<lèrent î II faut maintenir les partis, mais il ne faut pas trop tendi-e les situations. Le ministère et la majorilé sont assez forts ineontt^talilement pour donner dans beaucoup de circonstances i\ lopposition Texemple de Ih tolérance et de la mmlération. Pourquoi ne pas ressayer? La règle devrait être, dans Tintérél de la bonne confecliim de$ lois, de choisir, pour former les commissions, les hommes en raison de leur spécialité : Texceplion devrait être de les exclure en raison de leur opinion. C'est le contraire qui a généralement lieu ; trop souvent Tignorance ren)porle sur le savoir. Les hommes consciencieux en souffrent et les lois s'en res.scntent. Pourquoi, si cette voie est mauvaise, n'en pas chercher avec pnidence une meilleure ? Il y a dans l'opposition des gens sensés qui lui appartiennent par circimstancé plus (|uc par conviction, et qui, le jour où ils trouveraient la majorité moins exclusive, ne demanderaient pas mieux <pie de se montrer euxmêmes plus impartiaux. P(»unpioi ne {mis prendre l'initiative 1 Ce que nous vouilrions, c'est que la Chambre dis<'utàl moins raniment les questions jMUir elles-mêmes et s'iiccupAt plus sérieusement di»s affaires du pays. K.sl-ce ln»p lui dcmand(*r? Nous ne le Croyons pas; nouscroyons.au contraire, que le jour où un ministère partagerai! ces idées, rien ne lui S4»rail plus fa4'il(» que île les faire admettre. Quelques ultras en petit nombre y opposeraient de la n^sist^niT: mais quand leur C(»ncours serait plus tiède, où «'mil le mal? NestHC pas eux qui ont sur<essi\<Mnenl pcnlu tous les gouvernements rpie nous a\ons vu tondnT?

Des courtes ré(le\i«>ns rpij précèdent, voici la c<inclusion que nous voulons tirer : plus h» triomphe <lu ministère osl

grand, plus ce triomphe doit le rendre prudent et vigilant, ferme et modéré. U ne saurait Pétre trop.

XIU.

2B octobre 1844.

Le ministère entrera demain, 29 octobre 1844, dans la cinquième année de son existence. Quatre années de durée accomplies, en ce temps où tout est précaire, sont un fait dont il ne serait pas juste de méconnaître Timportance politique. Aussi apprécions-nous ce fait tout ce qu'il vaut, plus qu'il ne vaut peut-être. En désaccord avec le minis* tère sur les principaux actes de sa politique, il n'est cependant pas une circonstance dans laquelle son existence ait été sérieusement menacée où il ne nous ait pas trouvé rangés de son côté. Nul, nous pouvons donc le dire hautement, n'a fait de plus grands sacrifices que nous à la conviction qu'il importait à la considération de la France, en Europe, qu'il fût enfîn mis un terme à cette instabilité ministérielle qui avait vu dix-sept cabinets s'élever et tomber en dit ans, d'où l'étranger tirait cette fausse conclusion que nous étions une nation difficile, impossible à gouverner, et que le régime nouveau fondé en 18.10 ne parviendrait jamais à s'enraciner, à se perpétuer. Ce motif, mûrement pesé, nous a paru avoir asst»z de poids pour (juc nous ayons cru devoir y subordonner, au muins pour un temps, les graves sujets de dissentiments qui existaient entre la politique du cabinet du 29 octobre 1840 et la nôtre, et qui existent encore. On les connaît. Le cabinet a dans falliance de l'Angleterre et de la France autant de confiance que nous en avons peu ; il y voit la plus solide garantie de la paix du monde; nous y voyons, au contraire, un immense péril, celui d'une guerre maritime qui sera d'autant plus redoutable qu elle nous surprendra dans l'isolement ci dans le vide qu auront fait autour de noua d'opiniâtres illusions. Mieux vaut un .i'.i.-. i.^^irc iI*tUb' *ju !iii .-il-- il MiLua:.- Uit sait à Tégard du prt^tiUcT tfupllc cooduile li^ttir, an ne je sait jamais à l'égard

du sorond. Dans ce cas. Ions !cs crmscils do la prudence font (h'faut. La conlianrc est nn êciicil, mais la iléfiiince en osl nn anln» non ninins à craindiv. Toute alliamv ronlre nature est toujours précaire; elle ne vil que de s.iorilîces avec ou sans réci|)rocitc. les(|U(»ls ont nécessairement un terme. Si vous êtes de bonni* foi, elle vous aiïaiblit: si vous êtes <Ie mauvais4' foi. elle V(»us avilit. Entre deux dnngei*s. c(»lui d'être ciunhaUu ou celui d'être trahi, le dernier n'esl pas le n)t)indre : cest iiïtre avis, mais ce n'est pas celui du nnnisière.

Le cabinet a duré: nous regrettons d'avoir îi dire que c'est à peu près le seul élop» cjiril nous soit permis d'en faire. N«»us ne saurions le Iruier d avoir entouré <le fortifications une capitale «pii renferme un million de bouches, que nulle invasion ne menace, et rpie protègent, au contraire, rintérél d<' dix Klats et Ihonneup de hi civilisation tout entière, au lit»u <ra\(iir (M»nsacré hi même somme à la défense d(* iu)S cotes et de nos p(»rls. L'i»nibastionnemenl de Paris n'a pas c(»ssé d'être ii nos y(»u\ un anachronisme et un contre-sens pnlitiquc. Nous ne saurions le louer d'avoir inconsidérément signé \r traité du iO décembre ]8il. car le droit de visite l'st devenu sa ]>ierre <rachoppen)ent. Nous ne saurions même plus guèn» le hnwr de la prise de possession des îles Manpn'ses et de Tahiti, dont n«»us n'avions pas hésité à le féliciter CMUune d'un pas fait par la France dans la voie nouvelle où l'appelh» l'avenir ch» S'»n conunerce. Ctir celle prise de pnss«'ssi<»n a failli devenir rntre rAnglelein* et la France un cjis de guerre, (pii n'n été ci»njuré <pie par le désa\eu <lu ca|)ilain(* d'Aubigny c\ la pri>nïess4» éventuelle «lune indcnniilé mi mi^si<innaire IVitchard. Nnus ne saurions If liuHM* qu'a <lcnu iU^s réparations qu'il a obtenues du Maroc ;q>rès le b:imbanlement de Tanger l'I <le Mogad(»r et la viitnin* li'Uly. N«»U'< n<' saurions !«' louer «l'enli-elenir un eHéctif qui \u\\i< coûte un million par jour, :)0i> millions par an. Inrsf|ue di* t»»u^ les dangers cpii peuvent nous mvnaciM". le moins prob;d»le est eelui d'um» agression de TEu- 't»pe ('(tntinentale. Nou< ne s^un^ions le louer d'avoir aban-

LE CAHNET DU » OCTOWE laiO. 511

donné les inl^lsde TÉtat et de Ta venir dans la grave, très grave question des grandes li$?nes de dieniins de 1er. Nous ne saurions le louer des rëff)mies qua la demande reitérée de la Chambre des députes d a apportées dans I adminisrtratiuii centrale, car ces ref«>rmes incomplètes ne S4>nl que des changements sans imp«)rtance. et encore n'onl-elles vu le ji»ur que pour deux départeuR^nts ministériels sur neuf, le département de la guerre et le département des affaires étrangères. Nous ne saun<ins le louer d'avoir tranché les questions qui arrêtent lessor de notre crédit, car l'emprunt autorisé est encore à conclure pour les deux derniers tiers, et la réduction dt* la rente 5 0, 0 n'a pas fait un pas depuis le remarquable rapport auquel M. Liicave-Laplagne a attaché son nom, et est re<levable de sa haute notabilité financière. NoiLs ne saun(»ns. enfin, le louer d'avoir imprimé à la marche des affaires plus de vigueur et de célérité, car il n'c^st pas à notre connaissance un abus qui ait été supprimé, un rouage qui ait été >in)plilie. un honmie supérieur qui ait été appelé à remplacer un Taictionnaire incapable.

Do nothing est la d<?vi>e «jue le ministère parait avoir choisie: pi»ul-élre ctail-<c. en elTet, la nieilleure qu'il pûi prendre ï>ar ce temps de mollesse et d'égoïsme. de dénigrement et d'envie, oii tout fait obstacle à l'initiative, où tout est rivalité, ou rien n'est eniuhition : mais le l<»uer de cette sagesse» est un xin que n«»u> hiissons a d'autres: nous ne saurions. n«ius. cpie <leplorer qu um» administration pn»sidée par .M. le maréchal .^:»uil <'l roinposc»e dhonunes incontestablement l«'s plu> rapables qu'il fût possible de réunir, n'ait pas trouve de plus sûr nio>en de durer que de ne rien faire, de ne lien entreprendre. <le ne rien ré.Siiudre.

Ceci est la rritique du t4*nq)S. non moins que du ministère.

31 octubrc \H\\.

Le Jounuii des Délmts stiufTre cru<»llement de voir qu'un

cabinet vive par un autre concours que par ie sien exclusîvemenl. Au fond, il n'a pas tort ; il paye par assez de servilité et par assez (ic désinléressemont le monopole dont il se montre si jaloux pour qu'il Pait tout entier. Mais, que voulez-vous, il n'y a pas de privilège absolu contre Pinjustîce humaine, ni de lois pénales qui condamnent au silence ces esprits contrefaits dont la double difTormité consiste ii ne pas trouver également bien tout ce que fait le gouvernement, ni systématiquement mal tout ce que critique Popposition. De tels esprits sont d'autant plus malfaisants que ce sont toujours eux qui forment Pappoint des mcnjorités. A la place du Journal des Débats, si nous avions sa noble fierté et son héroï(]ue dévoilment de Mameluck, a ce riest pas » en quatre ans. ce n-est pas même en six mois, c est tout » de suite que nous aurions raison d'un ministère a qui se- » rait assez faible pour ménager » cette opposition couverte » qui se donne des airs d'impartialité pour porter des coups » plus dangereux, et qui se place dans la majorité afin de » de la mieu.r diviser, d Décidément, le pouvoir n'a le sentiment ni (le ce qu'il se doit à lui-même , ni de ce qu'il doit aux autres.

Oui, notre intention, décidés à rester sourds aux conseils si désintéressés du Journal des Débats, était de rester muets devant sa hautaine proviKSition, de nous humilier en silence ; mais aujourd'hui tous les journaux s emparent de son article d'hier, et ce que nous n'avions pas osé faire ils le font, les audacieux ! Ils ne craignent pîis de discuter des propositions de cette force :

« La durée d'un mauvais ministère est une chose à peu » près impossible. »

A une théorie, le Constitutionnel a la biiitalité d'opposer un fait : « Sous la Restauration, dit-il, le nïinistère Villèle » a eu la gloire <le vivre pt^ndant .sepi années, et le minis- » tère Martij:nac n'a guère duré qu'une année. D'après la >» théorie qu'on expose, le ministère Villèlo serait le plus » grand, le plus capable, le plus p(»pulaire. le plus utile 1^ qui ait servi les li.iurboiis de la branche atnée : le minis-

» tèro Martignac, au contraire^ serait un des plus funestes . » et (les moins habiles qui aient gouverné la France. »

Mettre ainsi au service de ses amis des théories et des arguments cFune justesse aussi inconleslable que ceux que le Journal des Débats, dans toutes les circonstances délicates, ne manque jamais de trouver, voilè donc ce qui s'appelle aider un cabinet h triompher do ses adversaires ou de ses rivaux ! Voilà donc ce qui s'appelle soutenir le pouvoir I

Qui donc avait parlé de « mauvais ministère ? » Assurément, ce n'était pas nous. Quand un ministère nous paraît mauvais ou dangereux, l'opposition que nous lui faisons n'est pas une « opposition couverte, » La courte existence du ministère du l«*'mars 1840, prudemment ménagé, sinon vigoureusement soutenu par le Journal des Débats, est là pour l'attester. Ce ministère, le Journal des Débats, d'après son propre aveu, le trouvait donc bon, qu'il ne se mit au nombre de « ses adversaires francs et avoués » que la veille et le lendemain de sa chute?

Nous avons vu reprocher au ministère du 29 octobre 1840 d'avoir de dangereuses illusions, mais jamais nous n'avons mis en doute la droiture de ses intentions; il n'est pas un des membres qui le composent que nous n'honorions profondément, dont nous ne reconnaissions hautement les lumières et le talent ; aussi est-ce moins à eux qu'à la force de résistance des choses que nous avons coutume de nous en prendre toutes les fois que nous sommes contraints de nous expliquer à nous-mêmes et d'expliriuer à nos lecteurs l'impuissance des hommes éminents aux mains desquels le pouvoir est depuis quatre ans, impuissance qui est un fait que ne détruit pas la courte et apol<»gé(ique énumération du Journal des Débats,

Le Journal des Débats sait bien que, sur la question des fortifications, le parti conservateur et l'opposition se sont divisés, cpie le rapport a été fait par M. Thiers, et que si les ministres peuvent s'attribuer une grande part à ce vote, ils ne .sauraient cependant disconvenir que Topposition est

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