IV. t
18 tSM.
les esprits, sans s'en rendre compte, recevront une direction nouvelle plus droite et plus utile.
La question de 1 extension des droits et des garanties politiques est un thème usé, trop usé peut-être! il en faut désormais un autre plus large, plus profond, plus varié, mais surtout plus vrai.
Tout homme de conscience interrogé avec bonne foi répondra que maintenant une réforme électorale ne serait qu'une vaine concession accordée à quelques esprits opiniâtres plutùt (luVclairés. Une réforme électorale, quelle qu'elle fût, ne changerait point sensiblement la composition de la Chambre élective: dans la réalité, le pays choisit ce qu'il a de mieux ou ce qu'il a de prêt: si les députés en majorité ne sont pas des hommes plus distingués, c'est au gays qu'il faut s'en prendre et non à nos lois électorales; noire enseignement classique et notre apprentissage municipal ne donnent point de meilleurs produits. Qu'on supprime radicalement deux choses, l'obligation du serment el la condilion du cens: qu'arrivera-l-il et qu'y gagnera-ton? D'une part des discussions plus interminables encore, des récriminations sans (in et sans but, d'autre part des députés sans fortune» (ju'il faudra payer. Des députés payés sait-on où cela mènerait? l'a-t-on prévu ? y a-t-K)n sérieusement réfléchi ? Cela ne conduirait pas à autre chose qu'à convertir en aspirants h la députa lion tous les postulants qui assiègent les ministèr*es pour y solliciter des bureaux de poste. (\vs bureaux de tabac, des perceptions, des sous-j)rèfectures, etc. Beaucoup de notaires et d'avoués retirés, qui ne voient aujourd'hui dans la députation qu'une charge onéreuse, ce (yui les en éloigne, changeraient de résolution aussitôt que h* mandat gratuit deviendrait une fonction lucrative: on les verrait tous se mettre en quéle auprès (le leur ancienne clientèle.
C'est alors qu(» les arrondissenients deviendraient de vrais bourgs-pourris inféodés ii la famille prépondérante de la localité, à celle qui. dans les divers cantons, compterait le plus grand nombre de fils, gendres, petits-lils.
neveux, cousins, arrière-cousins. La députalion serait ainsi acquise par privilège exclusif au parent le plus influent ou le plus besogneux, selon les familles.
Non, ce n'est point une réforme électorale qui est pressante et que le pays réclame ; ce qui lui importe le plus, c'est une réforme administrative et munici[)ale ; c'est une meilleure organisation du travail ministériel qui fonctionne mal ; c'est un mode moins imparfait d'élaboration législative; c'est une constitution de la commune qui ne soit point un obstacle insurmontable à l'application de nos lois les plus utiles: c'est une division mieux entendue de toutes les attributions, depuis celles des ministres jusqu'à celles des maires, attributions qui trop souvent se heurtent , se croisent et se nuisent.
Grftce aux progrès de la science , au génie d'homme*^ entreprenants, à la patience d'observateurs laborieux, l'industrie française, on ne peut le nier, a changé de face depuis vingt années : elle a renouvelle presque entièrement tous ses pro<*édés de travail, refait tous ses calculs, abaissé tous ses i)ri\ : mais dans ce grand mouvenienl. Vindustrie poétique. Tait de gouverner est resté stationnaire. il n a fait aucun pas, il a laissé sans solutions tous les problèmes (|ui lui ont éti? posés; le crédit de TÉtal n'a rien imaginé de mieux que IVmprunt usuraire sous forme d'amortissement: les impùts les plus lourds, les plus insupportables, n ont pu élre rétluits ou i>erfectionnés : le mécanisme administratif, trop compliqué, n'a pu être simplifié : Tarmée n'a pu être économiquement et sérieusi»menl appliquée aux grands travaux d^utilité publique: la fabrication des poudres et iWs tabacs n'a diminué ni .ses dépensées ni .*ies prix, elle n'a point amélioré ses pnHluits qu'elle impose à la consonnnalion par le fait tyrannique du mono|)ole :*ra«lminislration des postes fait encore payer jusqu'à 11 décimes des lettres qui ne franchissent point les limites franeaises: pour transporter à quelques lieues de faibles sommes, elle piviève 5 0/0, une année d'inlèrôtî pour le parcours de quelques lieues. Tout cela veut une ré-
forme; mais, pour l'opérer il ne faut point seulement des chefs de bureaux assidus, il faut des chefs de service actifs et capables; il ne faut point seulement des mains qui copient des états, il faut des létes qui mûrissent des idées. II faut sortir la France de sa léthargie bureaucratique; la voie constitutionnelle a été longuement parcourue ; l'ornière libérale qui la sillonne est assez creusée comme elle l'est; à cette route cahoteuse, tantôt rapide et tantôt escarpée, il est temps enfin de substituer une voie de communication plus rapide ! Pendant que Pindustrie achève ses canaux, commence ses chemins de fer, enrichit ses ingénieurs, le gouvernement ne peut rester stationnaire, il a concurremment une autre ligne à percer : il a le crédit public à développer, le travail national à régulariser, la prévoyance sociale à fonder, le mérite et le talent à honorer, toutes choses que le cabinet du 22 février 1836 a laissé parfaitement intactes à ses successeurs.
U septembre 1836.
Le Mémorial de Saintr-Ilélène conlienl, sur le nouveau président du constûl des ministres, ce jugement {)orté par Napoléon :
u .l/o/(', rc beau )wm ihi la magistrature, caractère appelé » probablement à jouer un rôle dans les mintstères futurs.^
Le temps est venu, pour M. MoIé, de justifier ou de démentir ce mot historique, au ris(|ue de subir d'injurieuses uccusaticms.
On a remanjué avec quelle extrême circonspection nous avions évité (rentrer dans la coalition do la presse contre le nou\eau cabinet.
L'opposition vient toujours assez tôt quand elle vient opportunément.
Crili^jucr prématurément un ministère, avant qu'il ait pu pré|)arer aucun acte, cela n est point seulement une action injuste, c'est une faute politique; car c'est attiédir
en lui le désir de faire le bien dont il a la mission : c^est porter k plaisir le découragement dans des esprits qui, peutêtre, eussent été accessibles à Pémulation ; c'est émousser Péperon contre Tétrier.
Le tort de Popposilion systématique, cVst de faire que Pêpiderme ministérielle cesse bientôt d'être sensible aux atta(|ues même fondées.
LUitilité de Paction de la presse se détruit par Pabus journalier qu'elle fait de sa puissance. Cependant, sa politique devrait être, au contraire, de commencer toujours par encourager les hommes qui consentent à accepter la responsabilité des affaires publi(iues, et de ne sévir jamais contre eux qu'à la dernière extrémité !
Ainsi ne procède point la presse : on peut dire d'elle, en vérité, qu'elle est moins une puissance intelligente qu'une puissance mécani(]ue ; les coups qu'elle porte sont ceux d'un l>alancier mis en mouvement, et qui frappe, sans distinguer, l'or et le cuivre à la même effigie, ou bien qui écrase, sans fléchir, la main de l'apprenti quia manqué de diligence.
Non ; ce n'est jwint ainsi que nous entendons la pres.se, ce quatrième pouvoir dont nous portons le nom.
La pres.se vient de subir toute une réforme économique ; sa réforme morale n'est pas moins nécessaire.
Di.sons-le hauten)ent, en France la pres.se est trop puissante ; elle n'est point assez utile : entre deux fonctions, relie de conseil et celle de censeur, elle a ch(»isi la plus facile : trop souvent et trop loin elle pousse la tendance à abuser de l'avantage de voir tout faire et de ne faire rien.
Ave<' (|uel soin elle évite toute responsabilité, toute .solidarité î Aussi, généralement, préfère-l-elle récriminer <|ue prévoir : c'est encore un abus de son droit de critique, abus qui décèle toujoui-s un esprit vulgaire.
Ces n'flexions ntuis S4)nt suggérées par le reproche que nous adresse un journal de traiter la priasse avec trop des<^verité, el le ministère avec trop d'indulgenre ; il fait à cet égard une supposition que nous ne relèverons point ; les
hommes fermes et désintéresses, qui sont toujours prêts à faire acte d'indépendance, s'inquiètent peu qu'elle soit mise ' en doute par suite de la modération de leur caractère- Ce n'est point la vivacité de l'opposition qui en fait Ja sincérité ; quant h nous, la nécessité de l'attaque cl du hiAme ne sera jamais assez tardive.
Nous n'aspirons qu'à une chose, c'est à pouvoir louer justement le nouveau cabinet, h quelques interprétations que donnent lieu nos éloges.
Peu nous importe ([ue «. M. Guizot cesse d'être M. Guizot.i» si de grandes et d'utiles choses sont entreprises et exécutées par lui : s'il nous fait sortir du régime des circulaires sans effet, et du flédale des lois sans idées, sans cohérence, sans unité, de toutes ces lois enfin qui ont fait leur temps, et (|ui heurtent et ralentissent l'avenir dans sa marche! II entre dans notre manière de sentir et de voir d'encourager tout ministère nouveau, de le soutenir d'autant plus hautement qu'il sera prématurément ou injustement attaqué. Sans avoir jamais été l'un des quinse (lu Constitutionnel, aussi bien qu'eux nous savons que Topposition, pot-au-feu (|ui bout à petits bouillons, est généralement du goût des abonnés : mais c'est précisément pour n'être point dans leur dépendance (|ue la Presse a comnieiuc par réduire de moitié le prix dt» laboimement tarifé: elle les tient par l'économie, et peut en perdre déjà sans compter.
('e n'est point pour la:>ser la France tirer péniblement dans Tornière que lui ont crc»usée certains journaux que nous avons bravé leur inimitié, bu l'amertume à longs traits, et fait à cette ivresse le sacrifice do notre rei)os.
N(»us avons nos idées H nos vues ; mais, pour les exposer, nous atleiulrons que les pn»miers mois soient passés ; en loute^ choses nous cniyons la précipitation funeste, nous aimons passionnément le mouvement, mais c'est quand il est imprimé sans <»ffort par la réflexion fortement concentrée.
Pour commencer la réforme morale de la presse périodi-
que telle que nous la comprenons, on nous permetira d'attendre que nous ayons complètement assuré le triomphe de sa réforme économique. Ce n'est que lorsque ces deux réformes seront accomplies quelles pourront justement prendre le nom de réforme sociale.
Jusque-lîi, nous avons une mission à remplir, mission do manœuvres ou de critiques, comme il plaira de choisir entre ces deux noms ; cette mission consiste à démolir chaque jour les frêles échafaudages de la polémique quotidienne, à mettre n découvert leur peu de solidité, leur mince valeur, à montrer avec quelle imprudence et avec quelle présomption ils s'élèvent pour s'écrouler.
Cette mission, nous ne Tavons point reçue de M. de Metlernich, comme Ta dit le Sational: nous ne la tenons que de nous-mêmes, de notre conscience, de nos convictions et de nos idées.
Les premiers nous aurons le coura^'c de le dire, parce que cela est vrai pour tous les esprits éclairés et réfléchis : la presse, si ardente et si sévère dans ses critiques, a moins de lumières encore que le pouvoir qu'elle combat ; elle est plus accessible encore que lui aux petits intérêts et aux menues passions: plus «pie lui encore elle se complaît dans 1rs intrifîues et les menées : plus que lui encore elle est h Taise dans le vide. C'est là ce dont il faut que l'esprit public se pc^nèlre pour prêter force et appui aux grandes, précieuses et utiles réformes qui, nous le répétons, de notre part, ne doivent point s'entendre des réformes électorales. C'est là ce que nous voudrions que M. Mole, a s'il est appelé à jouer » un rôle. »> pressentit et comprit : — réforme de l'enseignement ; reforme de la presse ; réforme des attributions ministérielles; réforme du morcellement municipal; coordination systématique et révision générale de nos lois ; voilà plus qu'il n'en faut pour ranimer les esprits et occuper les loisirs de la paix plus vivement et plus utilement que par des discussions sur le traité de la quadruple alliance ou sur le blocus hermétique. La question de nos alliances, est tolti i.itêkieuie; dans les Etals bien gou-
vernês, la politique élningère ne se fait pas au moyen de notes diplomatiques ; il n'y a pas de question extérieure.
Que la France soit forte par elle-même, par ses mœurs en accord avec ses institutions, par l'union des esprits, par le développement de son crédit, par Téconomie de son organisation militaire, et l'intervention en Espagne, par exemple, ne sera plus même une question agitée; le débat entre don Carlos et la reine Christine ne sera j)lus une importante question d*é([uilil)re et d'av(»nir, ce ne sera plus qu'une lutte intestine, déplorable, mais indifférente. Aussi est-ce avec un profond regret que nous voyons le roi donner la prépondérance à cette partie de sa politique, et détourner prestjue entièrement ses yeux de la France pour les porter exclusivement sur les puissances ses rivales î C'est vainement que, dans un intérêt dynastique ou monarchique, il .s'efforce de créer une solidarité internationale : il échouera.
I/immoralité du succès, disons-le avec humiliation, esl la seule morale qui gouverne les Etats et les sociétés ; la continuité du succès fait seul la force des transactions auquel il a présidé.
Là où il n'y a point de principe innnuable et d'avenir assuré, les alliances étrangères n'ont point de sincérilc, les notes diplomatiques point de réalité ; le plus léger événement uïotive une note nouvelle qui change les termes de la précédente, et ainsi toujours.
Le ministère des affaires étrangères n'a donc plus qu'une valeur nominah» : ses hunsuix sont, en réalité, au ministère de l'intérieur et à la préfecture de police. Voilîi ce que M. M<»lé doit couiprendre s'il a, C(î que nous ignorons, la force de porter le litre de président du couseil.
A sa place, nous nous considérerions à peu près comme ministre sans portefeuille, et nous ne nous attacherions qu'à une seule chose, à sauver le \A\\s possible du temps ((ui mais seniit dérobé par les représentants des puissances étrangères : cvM un temps précieux absolument perdu.
Les plus fortes garanties de la paix eun)péenne sont Penrhe\éirement européen, la difiicullé d'une guerre néces-
sairemeni générale, et les énormes sacrifices qu'elle obligerail chaque gouvernement de demander à son peuple.
Ce qu'il importe de prévenir maintenant, ce ne sont plus les guerres, ce sont les révolutions : ce fléau a remplacé Pau Ire.
Les révolutions même n'enfantent plus de guerres. Voyez quel chemin a fait, en peu d'années, l'utopie de l'abbé de Saint-Pierre ! Ce n'est plus vraiment la paix universelle qui doit être traitée de chimère, mais la perpétuité dynastique. Les guerres maintenant ne seront plus de peuples à peuples, mais (le peuple à roi. Voilà pourquoi nous disons qu'il n'y a plus d'aulre politique extérieure que celle qui consiste à aflermir notre nouvelle dynastie et à maintenir l'ordre, en perfectionnant notre appareil représentatif, en disséminant les populations des grandes villes, et en donnant à tous les esprits, selon leur ordre, le travail qui leur convient ; il faut les en accabler.
Tout autre système suivi sera faux.
On la vu.
Napoléon n*a pui.sé dans son alliance avec l'Autriche que des illusions fatales.
Charles X n'a point été sauvé par le principe de la légitimité, dans lequel il avait mis toute sa force, croyant à la puissance apparente exercée par ce principe en Europe.
Louis-Philippe sait que ce n*est point le défaut de légitimité, mais celui de stabilité qui s'oppose aux alliances qu'il recherche pour sa famille.
Alibaud et Fieschi ont détruit en deux jours louvrage de six années de pers4'»vérance monarchique.
Aussi faut-il se garder d'attacher aux notes diplomatiques une imïM)rtance plus grande que celle qu'elles ont en réalité : il faut se garder de leur prodiguer un temps précieux, de se laisser jamais arrêter par elles, dès que l'intérêt de la France exige de passer outre. Nous ne .sommes point de ceux qui craignent que nos relations diplomatiques manquent jamais de dignité nationale; ce dont nous avons peur, c'est qu elle? ne sachent point assex s'affranchir des consi-
26 fSSIf.
<Iéralions, dos cj;ards et des usaj^es qui font dôgcnércr en rommérap^e et en\oisinage la politique générale des cabinets. Nous aimerions une façon plus rapide de mener les choses qui ne serait pas moins prudente: seulement, pour cela, nous lAeherinns d'abord de dévider soigneusement le (il des inlêréls de la France du grand écheveau universel. et nous nous oc(»uperions ensuite infiniment peu de démêler les (ils russe, autrichien, anglais; ils nous importeraient peu. Une fois en nos mains le (il des intérêts français à l'étranger, notre. politique deviendrait simple, ferme, logique, ce qu'elle doit être.
La seule diplomatie utile maintenant, ce ne sont point les chancelleries qui la font, ce sont les banquiers. Les banquiers sont une transition flu nouvel ordre social qu'il faut soigneusement étudier et mettre h profil.
5 février 1837.
Il est une chose que jamais nous n'avons comprise, c'est l'embarras que paraissent éprouver chaque année les ministres lors de la présentation de leurs budgets, ou lorsqu'ils sont contraints dcMléposiT sur la tribune législative une demande quelconcpie de crédit : il nous semble que lorsqu'on a administré un déparlement ministériel avec ime intégrité non é(piivo<pie. (|ue lorstproii a fait pour la prospérité et pour la dignité de son pays l(»ut ce qu'on a jugé en son âme et conscience utile et convenable, la responsabilité n a rien qu'on d'»ive redout^'r.
Il est un niovt'n facile et sur de s(» soustraire à Tintimidalion de la tribune parlenuMilaireet à la dépendance de toute assemblée publique à lafpn'lle on doit des comptes, c'est de les lui rendre (idèles et rigoureux, ([uels qu'ils puissent être; c'est de lui >av(»ir dire toujours Umic la vérité, de ne lui <léguiserrien.de n^p-nisser dans ses rapfiorts avec elle toute restriction, toute supercherie, tout mensonge, toute atténuatijn. toute flatterie: c'est de savoir cn(in commander
le respect de son propre caractère et établir l'indépendance de sa haute position; c'est de montrer qu'on ne tient aux fonctions qu'on remplit que dans la juste mesure de la confiance dont soi-même on se sent digne; alors, en aucune circonstance, on n'a besoin de mettre à ses adversaires le marché à la main, on n'est jamais dans leur dépendance.
Un ministre ne doit souffrir le blâme de ses actes et l'incrimination de ses intentions qu'autant que ceux qui se les permettent peuvent légitimement prétendre à faire mieux, et h inspirer en leur caractère et leur aptitude une confiance plus grande ; qu'autant enfin qu'ils scmt prêts et en mesure de se mettre aux lieu et place du cabinet qu'ils attaquent... Nos ministres ont devant les Chambres une attitude trop humble, et qui parfois ressemble trop à celle de régisseurs qui auraient été plus préoccupés de leurs intérêts personnels que de ceux dont l'administration leur aurait été confiée.
Nous comprenons autrement lattitude d'un ministre qui puise son courage dans son désintéressement, et dont tous les actes sont dictés par ses convictions. Lorsqu'on est appelé à la conduite des affaires d'un pays tel que la France, ou il se trouve un compétiteur plus capable de les bien diriger c»t en posifi(»n de le faire, oh! alors, il faut s'empresser de .se «lèmettn» dt» la mission qu'il prétend mieux remplir ; ou bien il ne .se trouve que des détracteurs impuissants et tracassiers. et. dans ce cas, il laut savoir les réduire au silence en ne tolérant de leur part que des observations justes, sérieuses et m(»surées.
En tout, il est fait en France une trop large part ii la critique inconsidérée ; cVst un mal chn»nique qui appelle un traitement radical et prompt; avant de vous soumettre si docilement à la critique, demandez-lui et ses litres et m's droits légitimes, et bientôt vous la verrez devenir plus circonspecte : mais vous-même, affranchissez-vous de cette erreur grave que la consistance d'un ministère est dans le nombre des suffrages qui le soutiennent.
« Car les scrutins et les flots .sont changeants. »
28 filSIf.
La force d'un ministère est exclusivement dans ses actes; s'il ne peut les avouer tous hautement, les défendre en toute conscience, el avec orgueil d'eux-mêmes, s'ib ont besoin d'ombre et de ménagements, son existence dèslors sera toujours menarée, incertaine, dépendante; tous ceux qui d-abord en auront accepté la solidarité la déclineront : Tisolemenl, la faiblesse, la déconsidération, no tarderont point h suivre; tout ce qu'il tentera pour ranimer la confiance ne fera que Téteindre ; ses coups de force no paraîtront que des violences impuissantes, ses élans tardifs de fierté blessée, ses efibrts inopportuns d'indépendance, ne feront que précipiter sa chute. .
Toutes les assemblées publiques ont une tendance despotique; elles emmènent loin et désarçonnent vite les hommes d'État dont elles sentent que la main tremble en les conduisant ; on n'obtient leur confiance qu'en leur accordant la sienne sans réserves.
L'OPINION PUBUQUE.
16 décembre 18S6.
L'opinion publique est comme une armée, la plus légère irrésolution de la part de ses chefs met le désan*oi dans ses rangs; si, aux premiers revers, une tête forte et froide et une main ferme ne savent la conlenin ou la rallier, toute perplexité devient terreur, la pusillanimité cause la panique, la panique entraîne la déroute, et ce qui est pis encore qu'une défaite, Tindisciplino, insurrection et le déshonneur.
1/opinion publique, égarée par les journaux qui lui servent de guidons, ne sait où elle va, qui elle doit accuser, du commandant qui a voulu l'expédition de Constantine, ou du ministère qui Ta soufferte... Inquiète, indécise, elle recueille et sème avec amertume et douleur tous les bruits perfides, toutes les accusations contraires, peu lui importe, faute ou malheur, imprévoyance ou fatalité, il lui faut un coupable à condamner, quel sera-t-il?
Le moyen le plus sûr dïr happer à un |)éril imminent, h une accusation grave, ce n'est point de lui tourner le dos, mais de lui présenter la face : c'est d'en savoir mesurer de san^f-froid l'étendue, f)our en savoir à propos détourner le choc.
30 tSS4l.
Le plus vulgaire et le plus facile des courages est celui (lue l'on voit impétueux dans Tagression, s^aniiner par le succès : le plus rare et le plus difficile est celui qu'un revers, mi^me imprévu, trouve préparé, calme et affermi.
Justes ou fausses, insidieuses ou sincères, le .ministère doit recueillir toutes les accusations portées contre lui à Toccasion de la désastreuse expédition de Constantinc, et n'en doit atténuer ni fuir aucune. 11 y va de sa dignité, il y va de son <»xistence, il y va pour lui du concoui's de ses auxiliaires; la trihune parlementaire et la presse périodique ne sont que deux degrés pour monter à Topinion publique: elle est inquiète et impatiente, et elle a raison de Pùlre. Plus la majorité dans la Chambre élective est incertaine, et moins il est perniis au ministère de se présenter devant elle dans une altitude équivoque.
Il est accusé, il faut qu'il se reconnaisse coupable ou qu'il se justifie; autrement il ne conserverait que sa milice soldée : il verrait croître le nond)re de ses adversiiires; les auxiliaires (|ui le défendent avec indépendance, et nous sommes de ce nombre. Tabandonneraienl dès qu'ils ne pourraient plus conserver ce titre avec conscience et dignité.
Nous allons rendre facile la tAche du ministère ; il n'aura (pià se mettre en mesure de répondre aux dépositions faites contre lui : les voilà toutes reeueillies par nous.
La France doit-i»lle croire l'honneur de ses armes engagé dans une expédition niiil conduite, (|ui n'a rencontré d'ennemis invincibles que dans les intenqKTies de la saison? La France doit-elle croire sa gloire compromise parce qu'il a plu il l'un de ses maréchaux d'aventurer la sienne et de perdre une renonnnée exagérée peut-être! La France, enlin, après l'expérience (pielle en vient de faire, doit-elle vouloir continuer en Algérie le désastieux s>stèmc du maréchal Clausel ?
Ce serait le continuer aveuglément <\uo de demander encore au budget de l'bitat et vingt millions et vingt mille soldats, et cela dans quel dessein et dans quel but? Pour aller franchir de nou\eau l'Atlas. ch«^tier quelques Ka-
L'OPLMON PUBLIQUE. 31
byles et brûler une ville que vos ennemis auront laissé déserte et sans approvisionnements; pour aller enfin recommencer une expédition déjà entreprise sans utilité, sans opportunité et sans gloire.
Ce n'est point ainsi que nous comprenons la dignité nationale et rhonncur français I 11 y a pour les peuples une autre gloire que celle des armes, une autre manière de réparer une défaite que par le carnage et l'incendie, c'est de mettre à profit Texpérience et de savoir tirer parti de ses fautes.
Le cabinet du 6 septembre 1836, qui a trouvé l'expédition de Constantine prête et résolue, ne doit point hésiter sur ce qui lui reste à faire.
Le voici sommairement :
Il faut préparer une réponse péremptoiro h toutes les accusations des partiset des journaux, car il importe que le pays achève de s éclairer sur leur bonne foi. A toutes ces déclamations il faut opposer des pièces officielles et des dates authentiques.
Il faut rappeler le maréchal Clausel; le mettre en demeure do s'expliquer sur la vérité et Texactitudc des faits, sur le but qu'il se proposait, sur les moyens qu'il avait prépares pour l'atteindre, sur l'utilité et les avantages de son expédition, enfin sur les causes qui l'ont fait échouer.
Il f.iut en finir avec le système belligérant qui n'aboutit qu'à faire, aux dépens de la France etîiu profit de la spéculation, de coûteuses conquêtes de terrains en friche.
Il faut surtout se garder d'admettre toute subtile distinction entre I'hc^'i^iei R de la frange et l'intérêt de la frange.
L'un ne peut ni ne doit jamais se séparer de l'autre: ce langage sonore, mais creux, est d'un autre temps; le mimodrame. la vieille presse et l'opposition systématique l'ont use*.
Si la France n'avait pasiVintérét à conserver Alger, l'/ionneur ne lui en ferait pas un devoir, l'honneur ne l'exige que parce que l'intérêt le veut: mais pour qu'il le veuille longtemps, il est opportun d'en finir avec les Napoléon au petit
pied, les expéditions aventureuses et les extennînatioDs inutiles.
La France, pour y trouver son intérêt, doit donc mettra son honneur h ce que la possession de sa conquête^ au lieu de lui coûter, lui rapporte ; cela est-il possible ? — Nous le croyons fermement, si Ion sait employer à s^étcndre par la colonisation les vingt millions au moins que Ton propose de consacrer encore à la con<iuéte , au risque de les engloutir peut-être de nouveau dans les boues de Mansoure.
Hommes (Pavenir et de progrès, reconnaissons donc que les guerres tendent à devenir chaque jour plus rares et à paraître plus barbares, reconnaissons donc qu'elles ne sont plus que des défaites diplomatiques.
La réputation militaire de la France n*a plus qu'à perdre; sa réputation commerciale, au contraire, a tout à gagner.
Ce qu'une armée française et 100 millions n^ont pu faire, une compagnie a n;;Iaise avec aO millions Teût déjà fiait; elle eût colonisé Alger, et puisque Vhilérét de la France le veut, mettez-y donc son honneur!
La calomnie, nous le savons, est un serpent ailé qui tantôt rampe et tantôt vole, selon quelle est pressée dans sa course, SiAou qu'il lui imimrte de devancer la vérité qui la poui^uit. ou bien de se cacher ii tous les regards; la calomnie, nous le savons, telle (|u elle s'est perfectionnée de nos jours, est difficile à discorner, difTiciie à atteindre, difticile àétoutrer; elle est une contrefaçon de la vérité. Et conmient démêler la vérité de la calomnie dans cette fuule de versions, un (juart vraies, trois quarts fausses, quel(]uefois exactes , souvent insidieuses, que chaque matin un jcmrnal sème . qu'un autre féconde , qu'un troisième récolte, el que cent autres journaux portent et colportent i