‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 100 sur 156 · CRIMINALITÉ : REPRESSION · texte numérisé non relu

CRIMINALITÉ : REPRESSION

l'état actuel de notre régime pénal, ce double résultat est obtenu, comment le châtiment intimide et corrige.

H En 1826, le nombre des l'écidives pour crime était de 756 : chaque année il augmente, pour atteindre, en 1847, le chiffre de 2,183. Celui des récidives pour délit, qui était, en 1835, de 8,909, est, en 1847, de 20,929.

» Sur un total de 1,169,764 prévenus condamnés correctionnellement dans un espace de quatorze années, il y a eu 196,940 récidivistes; sur 170,890 accusés condamnés pour crimes, il y a eu 35,62.5 récidivistes condamnés pour de nouveaux crimes. Sur 1,000 récidivistes jugés par les cours d'assises, il en est 50 qui comptent de 6 à 10 condamnations. Ce n'est pas tout, et la gravité du nouveau crime est toujours en raison de lu récidive; car, sur 1,700 récidivistes pour crimes, on compte 125 accusations d'assassinat ou de meurtre.

» Ainsi, chaque mise en liberté dans les prisons et dans les bagnes est une invasion de malfaiteurs pour la société. Sur 9,162 libérés du bagne, 2,600 sont repris et jugés dans les cinq ans ; sur 85,799 libérés des maisons centrales, 26,900, — près du tiers, — sont aussi repris et jugés dans les cinq ans de leur libération. Près de 30,000 en cinq ans, — 6,000 par an ! »

Si, contrairement à l'opinion de Montesquieu et Beccaria, de MM. Faustin-Hélie et Ghauveau (1), il est vrai, ainsi

(1) «L'expérience a fait remarquer que dans les pays où les peines sont douces, l'esprit du citoyen est fr;ippé, comme il l'est ailleurs par les grandes.

» La sévérité use le rapport de la pénalité... <Jn établit une peine cruelle qui arrête le mal sur-le-champ, mais on use le ressort du gouvernement. L'imagination se fait à cette grande peine comme elle s'était faite à la moindre, et, comme on diminue la crainte pour celle-ci, l'on est bientôt forcé d'établir l'autre dans tous les cas. Les vols sur les grands chemins étaient communs dans quelques Etats; on voulut les arrêter; ou inventa le supplice de la roue, qui les suspendit pendant quelque temps. Depuis ce temps , on a volé comme auparavant sur les grands chemins.

» Après l'expulsion des décemvirs, presque toutes les lois qui avaient fixé les peines furent ôtées. Onneles abrogea pas expressément, mais la loi Porcia ayant défendu de mettre à mort un citoyen romain, elles n'eurent plus d'application. On ne remarqua pas que la République en fut plus réglée, et il n'en résulta aucune lésion de police.

» La cause de tous les relâchements vient de l'impunité des crimes et non pas de la modération des peines. »

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