L.-N. Bonaparte
La Rocliejaquelein 300,000
Génôral Cavaignac 200,000
Général Changarnier 100,000
En conséquence de l'article 47 do la Constitution, la majorité de l'Assemblée législative, conduite par MM. Berryer, Thiers et Mole, pourrait à la rigueur exclure le candidat de la « vile multitude y^, parce qu'il lui manquerait une voix, et M. L.-N. Bonaparte pour deux raisons : premièrement, parce qu'il serait inéligible; rleuxièmement, parce qu'il ne remplirait que l'une des deux conditions exigées.
Dans ce cas , voici ce qui arriverait infailliblement : MM. Berryer, Thiers et Mole opéreraient la Fusion sur le nom du général Changarnier.
Ils diraient à Frohsdorff et à Claremonl : Mettez-vous d'accord, et, si vous vous mettez d'accord, nous ÉLIRONS le général Changarnier à la majorité absolue et au scrutin secret, sinon la majorité maintiendra l'ordre d'inscription, et alors c'en sera fait à jamais de vos prétentions neutralisées l'une par l'autre. .
Ainsi serrée entre les deux branches d'un pareil étau, la Fusion n'hésiterait plus, ne pourrait plus hésiter.
M. L.-N. Bonaparte serait écarté, et M. Changarnier, Vexpulsé^ deviendrait à son tour Vexpulseur.
C'est clair comme le jour.
Quel est le moyen de déjouer cette intrigue si patiemment ourdie ? — C'est l'abrogotion complète de la loi du 31 mai ; c'est le rétablissement du suffrage universel ; c'est le retour au principe absolu de la souveraineté nationale.
Non, la loi du 31 mai ne sera pas retirée. C'est en-ces termes tranchants que s'exprime le journal des fusionnaires, le- journal de- V ail imice sans alliés, V Assemblée nationale.
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On n'est pas plus catégorique :
« Non, la loi du 31 mai ne sera pas retirée -, non, la majorité ne brisera point ce trophée si précieux de son alliance ; elle n'abandonnera point cette conquête obtenue sur la Révolution, et nous ne verrons point, sans doute, de déplorables coalitions effacer cette victoire du parti de l'ordre. »
Vous dites que la loi du 31 mai est une victoire?
Sur quoi, s'il vous plaît?
Lorsque cette loi fut conçue, le 2 mai 1850, est-ce qu'il y avait eu une bataille ?
Contre qui ?
Est-ce donc que les électeurs qui votèrent le 28 avril pour M. Sue n'avaient pas le même droit que les électeurs qui, le même jour, votèrent pour M. Leclaire?
Si la loi du 31 mai a été une victoire, cela n'a pu être qu'une victoire remportée par l'intrigue Berryer^Molé-Thiers sur l'Élu du 10 décembre.
Encore ne serait-ce pas une victoire, et ne serait-ce qu'une trahison.
L'Elu du 10 décembre avait placé sa confiance dans ces hommes d'État; ils l'ont trahie.
Il a été évidemment sacrifié à une arrière-pensée et à un faux calcul.
Cela est aujourd'hui plus clair que le jour.
En entraînant, en octobre 1848, le général Cavaignac, chargé du pouvoir exécutif, dans les voies de la politique égoïste et réactionnaire, on l'avait dépopularisé et perdu ; le jeu qui avait si facilement réussi contre le Dictateur du 25 juin, on l'a recommencé avec le même espoir de succès contre l'Élu du 10 décembre.
Et, il faut en convenir, si la partie n'est pas entièrement gagnée, cela tient à la vigilance importante d'un tiers.
Ce tiers s'appelle : le Peuple.
Le peuple surveille.
Vous affirmez que la loi du 31 mai ne sera pas retirée ; vous ajoutez que « le cabinet actuel ne consentira pas à se faire l'éditeur responsable d'une telle demande, et qu'il se-
t rail difficile d'imposer à un nouveau ministère un aussi déplorable début. »
Vous parlez, en octobre I80I, comme parlait en octobre 1847 le Journal des Débats.
Vous attaquez les socialistes dans les mêmes termes qu'il attaquait les réformistes.
Le 24 février, entre midi et deux heures, où étaient M. Guizot, M. Duchâtel, M. Hébert, M. de Salvandy, M. Dumont, M. Cunin-Gridaine? Etaient-ils assis sur leurs bancs de députés? Tentaient-ils de contredire MM. de Lamartine, de Larochejaquelein etLedru-Rollin? Persistaient-ils à nier le droit de réunion, et disaient-ils au Peuple, qui avait envahi la salle des séances : « V^ous êtes ici sans droit, vous en sortirez par la force des baïonnettes? »
L'élection du maire du 2^ arrondissemeut aurait dû cependant éclairer le roi Louis-Philippe ; elle ne fit que l'irriter; il resta sourd à tous les avertissements qui lui furent prodigués sous toutes les formes.
Si au lieu de s'obstinera maintenir le ministère du 219 octobre, qui comptait plus de huit années d'existence, le roi Louis-Philippe eût ouvert la session entouré d'un ministère nouveau, composé de MM. Thiers, Odilon Barrot, Rémusat, de Maleville, la monarchie fût-elle tombée?
Je vous le demande.
Il ne suffit donc pas à M. Guizot d'avoir immolé à son ambition la Royauté, lui faut-il encore y sacrifier la France?
Le jeu qu'il joue ou qu'il conseille est celui d'une révolution nouvelle.
Pour déguiser le crime d'une telle témérité, VAssemblée nationale déborde en tirades contre les ennemis de la société et de la propriété.
J'en préviens ce journal, ce n'est pas nouveau ; tout cela se disait sous la présidence de Washington, dont M. Guizot a écrit la vie; tout cela se disait même avant, car cela se disait sous Cromwell.
On n'a qu'à ouvrir les Etudes biographiques sur la révo-
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hition d'Angleterre^ par M. Guizot, et Ton y trouvera ces paroles prononcées par Cromwell :
CROMWELL : « Je voudrais de tout mon cœur concourir à la parfaite réformation du clergé et des lois ; mais les fils de Thémis (les légistes) sont trop puissants pour nous ; dès que nous parlons de réformer les lois, ils s'écrient que nous voulons détruire la propriété, quoique les lois, telles qu'elles sont aujourd'hui, ne servent qu'à faire vivre les avocats et à douner aux riches les moyens d'opprimer les imuvres, »
Finissons-en donc avec les banalités que les siècles ont usées !
Le droit de voter appartient h tout Français à qui le devoir est imposé de concourir au tirage de la loi du recrutement.
Un droit si faible est à peine la compensation d"un devoir si lourd.
Quant à vos risibles menaces et à vos fameuses mesures énergiques, M. Jules de Lasteyrie se charge d'y répondre :
M. JULES DE laStetkie : « En politique comme en toutes choses, mais en politique surtout, et en révolution plus encore que dans d'autres temps, il faut oser faire ce que l'on fait ; nous sommes en république, il faut nous conduire comme des républicains. Eh bien ! quel est le principe fondamental de la République ? C'est que TOCS les citoyens ont le droit de participer à leur gouvernement, et, bien plus que cela, c'est que TOUS les citoyens ont les facultés et les lumières nécessaires pour y prendre part. Si on ne croit pas cela, on n'a pas le droit de se dire républicain. (Ah' ah ! — Réclamations sur plusieurs bancs. — A'^scr.timent marqué sur d'autres )
ï Nous AVONS COMBATTU pour quc la Charte fût une vérité, il faut également que la République soit une vérité.
J) La première règle de tout gouvernement, pour se maintenir., pour vivre, et surtout pour s'honorer, la première règle de tout gouvernement, c'est d'être fidèle h son principe et de n'en avoir pas PEUR. (Très bien !)
» Quand je me demande pourquoi ceux qui se font les précepteurs du pays n'osent pas lui confier la PLÉNITUDE de ses droits, je m'étonne. Est-ce parce qu'il manque de modération, de lumières? Du tout, c'est parce qu'il en a trop ; c'est parce qu'il a plus d'expérience, de sagesse, qu6 ceux qui prétendraient le diriger. C'est donc une raison de plus pour demander qu'on lui confie... et de quelle expression viens-je de me servir!... pour qu'on lui remette le droit qui lui appartient (1). »
Oui, quoi que puissent dire et faire les directeurs et ré-
(1) JUi.ES t>E LASTETBIE. Séance du 6 octobre 1848.
L'ABROGATION DE LA LOI Dl 31 MAL 443
(iac[enrs(\eV Assemblée nationtile.h République sera une vérité, et le droit rjui appartient à tons sera exercé par tous.
7 octobre 1851 .
VAssemblée nationale, qui comprend très bien que le rétablissement du suffrage universel serait à la monarchie tombée ce qu'est au condamné à mort le rejet de son pourvoi, VAssemblée nationale tente des efforts désespérés pour empêcher, à tout prix, l'abrogation totale de la loi du 31 mai. Elle peut relayer M. Adrien de la Valette par M. Charles Rabou, entasser raisons sur raisons, son opiniâtreté ne lassera pas la mienne. Pour moi, toute question s'efface et se subordonne devant celle du rétablissement du suffrage universel.
C'est la question capitale, c'est la question préjudicielle ; car c'est l'alternative entre une révolution inévitable et une révolution évitée. ..
Si la loi du 31 mai est rapportée, la révolution est évitée ; si la loi du 31 mai est maintenue, la révolution est inévitable.
Rien ne pourra ni la prévenir ni la réprimer. Plus il serait versé de sang pour empêcher de voter les exclus, et moins il serait possible de contenir la révolution.
Rien de plus fanfarons que les poltrons.
La veille d'une révolution, ils annoncent que tout fuira devant eux : le lendemain, ils se sauvent si vite que nul ne saurait dire comment ils ont disparu.
Ce sont les gens qui se sont sauvés le plus vite le 24 février qui aujourd'hui crient le plus haut que l'application de la loi du 31 mai ne rencontrera aucune résistance sérieuse.
Les abstentions significatives qui ont successivement eu lieu dans le Nord, le Cher, les Landes, la Haute-Vienne, le Fmistère, le Morbihan, dans tous les départej^-.ents, cpfin.
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où des élections de représentants ont servi d'épreuves, ces abstentions ne leur ouvrent pas les yeux, pas plus que la nomination réitérée de M. Berger en qualité de maire du 2® arrondissement ne les ouvrit au roi Louis-Philippe, à M. Guizot, président du conseil, et à M. Duchâtel, ministre de l'intérieur.
C'est toujours le même aveuglement.
La flamme brûle les aveugles et ne les éclaire pas.
Aveugles, en effet, car ils ne voient pas que tout ce qu'ils ont enlevé de puissance au suffrage universel, ils l'ont ajoutée à la Constitution.
Avec le suffrage universel, qu'est-ce que la Constitution?
— Rien.
Sans le suffrage universel, qu'est-ce que la Constitution?
— Tout.
C'est la loi du 31 mai qui a l'ait de la Constitution ce qu'elle est devenue : une idole et une citadelle.
Après la suppression du sufl'rage universel , la Constitution étant la seule garantie qui restât au parti démocratique, il a dû s'y attacher tout entier, sans distinction d'origines ni de buts, décidé à se faire exterminer plutôt que de se laisser enlever ce dernier boulevard.
L'erreur grave que commettent les hommes d'Etat qui dirigent le journal V Assemblée nationale, avec la même habileté qu'ils ont mis à conduire la France à l'écueil, c'est de rapetisser la loi du 31 mai aux proportions d'une question de violation douteuse de la Constitution.
Ils prétendent que l'Assemblée législative avait le droit de faire la loi du 31 mai, et la raison qu'ils en donnent est celle-ci .
i L'article 25 de la Constitution dit :
" Sont électeurs, sans conditions de cens, tous les Français âgiîs de vingt-ct-un " ans et jouissant de leurs droits civils et politiques. «
» Mais, plus loin, l'article 27 ajoute :
'< La loi électorale détenninera les causes qui peuvent priver un citoyen français » du droit d'élire et d'être élu. »
» Ainsi, la Constitution a établi en principe le droit qu'ont tous le» Français d'être électeurs; mais elle a autorise le pouvoir législatif à dé-
L'ABROGATlOiN DE LA LOI DU 31 MAL 445
terminer par des lois ultérieures un certain nombre de déroyalions au principe de l'universalité. »
Donc, si les dix-sept l'avciient proposé, et si la majorité l'avait voté, on aurait pu réduire le nombre des électeurs à un nombre incomparablement plus faible encore que sous les règnes de Louis-Philippe et de Charles X.
11 n'y aurait eu qu'à dire :