UN DERNIER MOT
« Pourquoi la révision sera-t-elle impossible? pourquoi » la minorité sera-t-elle inflexible? La réponse est toute » faite : paixe que le suffrage universel n''existe plus. La » loi du 31 mai est la serrure qui ferme à triple tour la porte » de la révision. Mais cette serrure n'est pas à secret. La » clé qui peut l'ouvrir est dans les mains de la majorité, et » la clé, c'est le suff"rage universel. Avec le suffrage uni- » versel restitué, tout est facile. Avec le suffrage restreint M conservé, tout est difficile, incertain, menaçant, périlleux. » Abroger la loi du 31 mai, ce n'est pas seulement amenei' » une solution, c'est peut-être aussi empêcher une révolu- » tion. Assurément, ce n'est pas nous qui pousserons jamais » les choses à des extrémités de désespoir. Ainsi que nous B l'avons dit, quelque légitimes que soient les griefs, ilsn'au- » torisent pas pour cela le recours à la guerre civile. Nous » ne mettrons jamais les baïonnettes de V insurrection dans » les mains que laloi a désarmées de leurs bulletins de votes. » Nous ne jetterons pas la République témérairement à l'ar- » bitrage de la force, parce qu'on lui a enlevé injustement » l'arbitrage du droit. Mais nous manquerions notre but si, » en même temps que nous conseillons la patience au peu- » pie, nous ne demandions pas la justice au gouvernement et » à la majorité. »
Qui a supprimé le suffrage universel? — Le gouvernement d'accord avec la majorité, et la majorité d'accord avec le gouvernement.
De qui le Pays attend-il le rétablissement du suffrage universel? — Il l'attend de la justice du gouvernement et de la majorité.
Toute réflexion serait superflue.
564 tS5I
8 juillet 1851.
RÉVOLUTION DE LA STABILITÉ : — C'est le noni que le Constitutionnel a donné à la dernière de ses solutions malheureuses.
Malheureuses, en effet ! car il les a toutes successivement abondonnées les unes après les autres : — solltion-cas-
SAGNAC, solution- VÉRON, SOLUTION-BOILAY , £tC., etC. Lc
nombre en est si gi'and que l'on ne saurait les récapituler toutes. Bornons-nous donc à faire connaître ce que le Constitutionnel entend par la révolution de la stabilité :
« La nation ne fait pas du désordre avec de l'ordre. Quand elle effacerait par son vote un article qui lui interdit de garder un pouvoir exécutif qui a sa confiance, où serait le mal? Les révolutionnaires éternels sont scandalisés et déclarent que ce serait une révolution ! A ce titre, ils devraient approuver ce vote. A la vérité, cette révolution aurait un caractère étrange et nouveau : au lieu de renverser le gouvernement, elle aurait pour résultat de l'affermir. Supposez, en effet, que les républicains de la veille nomment un candidat constitutionnel à eux, à l'instant tout est bouleversé dans le gouvernement et dans l'admini.stration. Nous assistons de nouveau au spectacle des ambitions faisant curée de toutes les fonctions publiques. Et Dieu sait si le mal s'arrêterait là ! Ainsi ce choix, qui ne serait pas une révolution, bouleverserait tout. Au contraire, la réélection du président, qui serait, dit-on, une révolution, ne bouleverse rien. Aussi l'avons-nous appelée la révolution de la stabilité. Une telle révolution ne peut avoir pour origine que le droit et le bon sens du peuple.
» C'est ce qui lui donne de si grandes chances. Le salut, nous le redisons encore en empruntant les paroles du président, viendra de la volonté du peuple librement exprimée. Et elle sera religieusement acceptée! »
Mais ce que le Constitutionnel appelle la révolution de LA stabilité, c'est la révolution de l'illégalité, car c'est la réélection du président de la République au mépris des termes formels de l'article 45 de la Conslilulion . ainsi conçu :
« ARTICLE 45. Le président de la République est élu pour quatre ans, et n'est rééligible qu'après un intervalle de quatre années. »
Encore une solution que le Constitutionnel va être obligé d'abandonner!
Cette solution est souverainement condamnée par M. Léon Faucher, ministre de l'intérieur.
— Par M. Léon Faucher, le convive de la Tuilerie?
— Oui, par M. Léon Faucher lui-même , le convive de la Tuilerie, le ministre de l'intérieur, car il s'exprime en ces termes formels dans sa circulaire du 25 avril 1849, à M. le préfet de la Haute-Marne :
« Si dans le but de maintenir le respect pour la constitution et pour ses principes, le législateur a voulu frapper de nullité tout suffrage qui, dans sa forme, les attaquerait ouvei-tement, il est évident qu'à plus forte raison cette nullité absolue doit atteindre tout suffrage qui, dans son essence même, est un acte d'hostilité contre la Constitution. »
Voilà qui est clair! Qu'en pense le Constitutionnel?
10 juillet IRôl.
Le Constitutionnel n'a trouvé rien à répondre au passage de la circulaire ministérielle de M. Léon Faucher, s'opposant à la candidature et à l'élection de l'amiral de Joinville dans le département de la Haute-Marne.
Si la candidature, si l'élection de M. l'amiral de Joinville ^tait inconstitutionnelle en avril 1849, est-ce que la candidature de M. le président Bonaparte sera moins inconstitutionnelle en mai 1852, est-ce qu'elle sera à un moindre degré un ACTE d'hostilité contre la Constitution, qui déclare que le président de la République, élu pour quatre ans, n'est RÉÉLIGIBLE qu'après un intervalle de quatre années ?
En soutenant ce qu'il soutient, le Constitutionnel sait-il ce qu'il fait? Il écarte toutes les candidatures constitutionnelles pour circonscrire forcément l'élection du 9 mai 1852 clans l'élection de ces trois inéligibilités :