‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 127 sur 156 · NOTRE POLITIQUE CONFIRMÉE PAR LA COMMISSION DE RÉVISION · texte numérisé non relu

NOTRE POLITIQUE CONFIRMÉE PAR LA COMMISSION DE RÉVISION

Tel est le titre d'un grand et solennel article publié par le Constitutionnel. Il a raison contre la commission, mais la

commission a raison contre le Constitutionnel. Devant la logique, tous deux ont tort. Écoutez la commission ; lisez son rapport ; il s'exprime ainsi :

« La commission ne nie pas que la révision ne soit dangereuse, mais elle la croit très nécessaire ;

» La nation se sent entraînée malgré elle, par la puissance irrésistible de la loi même, vers une nouvelle crise plus terrible peut-être que toutes les autres. Elle aperçoit de très loin les deux grands pouvoirs qui conduisent et maintiennent la société s' affaissant ensemble et sur le point de disparaître en même temps, sans qu'on puisse encore découvrir distinctement ce qui peut venir à leur place; car la composition et l'esprit de l'Assemblée future dépendent dos hasards de l'élection, et le président n'est pas rééligible.

» Qu'on se figure l'anxiété et la terreur qui doivent saisir tous les esprits, à l'idée de trouver vide un certain jour cette place immense qu'occupe le gouvernement parmi nous ? N'est-il pas à craindre, messieurs, que dans ce trouble et cette angoisse, parvenus au dernier moment, les électeurs se sentent poussés, non par enthousiasme pour un nom ou pour un homme, mais par terreur de l'inconnu, par horreur de l'anarchie, à maintenir illégalement, et par une sorte de voie de fait populaire, le pouvoir exécutif dans les mains qui le tiennent?

» Et si, par suite de cette anxiété publique, dans l'absence de tout autre candidat connu, peut-être par suite de l'action illégitime des partis ou du pouvoir lui-même, une élection inconstitutionnelle avait lieu, qu'arriverait il? Croit-on que l'unique conséquence d'un pareil fait fût l'abolition d'un article de la Constitution? Est-ce que, quand un peuple a brisé de ses propres mains une partie de sa loi fondamentale, il n'a pas virtuellement aboli tout le reste, et réduit en poussière la fabrique entière de son gouvernement? Non, la Constitution tout entière serait renversée, renversée par une impulsion soudaine, par un effort irréfléchi, sans qu'il restât debout aucun pouvoir légitime qui eût le droit de rien édifier à sa place.

» Si, malgré tous les efforts loyalement tentés pour arriver à s'entendre, en se faisant mutuellement tous les sacrifices qui sont compatibles avec la sincérité des opinions et leur dignité, les diverses tentatives qui peuvent légalement être faites pour arriver à la révision delà Constitution échouent; s'il ne se rencontre pas dans l'Assemblée le nombre de vote* requis pour que la révision légale puisse avoir lieu; si, en un mot, la Constitution demeure, elle doit être invariablement et universellement obéie. En effet, la commission, divisée sur tant de points, s'est trouvée unanime, et nous avons la ferme confiance que la même unanimité se fera remarquer dans l'Assemblée.

» Il faut que tout le monde comprenne qu'une tentative légale pour réformer une Constitution donne à celle-ci, quand elle échoue, xine consé-

cratioii nouvelle. Tant qu'on a pu avoir légalement la pensée que la Constitution serait revisée, on a pu songer à la changer ou même se préparer à faire ce qu'elle ne permettait pas encore. Du jour où cette espérance n'est plus permise, il ne reste plus qu'à se soumettre à ses prescriptions et qu'à lui obéir. Car la Constitution, ainsi que nous l'avons déjà dit, c'est la seule légalité, c'est le seul droit politique que nous connaissions aujourd'hui en France ; en dehors d'elle, il n'y a plus que des révolutions ou des aventures.

» La ferme volonté de l'Assemblée nationale doit être, non-seulement de respecter elle-même la Constitution, mais de veiller à ce qu'on la respecte.

» Nous comptons que Vadminislration et même tous les partis se conformeront à cette pensée, et qu'ils se souviendront que toutes les tentatives ayant pour objet de pousser le peuple vers des candidatures inconstilulionnelles, du moment où la Constitution ne peut plus être légalement revisée, ne seraient pas seulement inconvenantes et irrégulières, mais

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