LU
2 octobre 1851.
Le National, qui est opposé à toule révision de la Constitution pouvant ou devant avoir pour eflet la modification de l'article 45 avant le 9 mai 1852, revient sur la question de l'élection du président de la République.
Il la pose mal, môme il serait plus exact de dire qu'il ne la pose pas du tout ; en effet, il ne l'assied sur aucune base.
D'une part :
Si la loi du 31 mai, qui a révoqué 3,200,000 mandants irrévocables n'est pas abrogée, les 188 élus qui représentent la majorité constitutionnelle et spéciale repousseront, sans qu'on puisse les ébranler, toute proposition de révision totale ou partielle en novembre prochain, ainsi qu'ils l'ont fait en juillet dernier. Cette seconde épreuve sera forcément la dernière.
D'autre part :
Si la coalition légitimo-bonapartisle, qui souhaite la révision de la Constitution, n'a pas de certitude de l'obtenir, elle repousse, sans que rien puisse également Tébranler, toute proposition d'abrogation totale de la loi du 31 mai.
Donc, la question étant ainsi posée, elle se résout ainsi :
Ni abrogation de la loi du 31 mai :
Ni révision de la Constitution.
Le dimanche 25 avril 1852 ai'rive. De deux choses l'une :
Ou le pouvoir exécutif est impuissant à empêcher de voter les exclus ;
Ou il livre une bataille de laquelle il sort \iclorieux.
IX n
Dans le premier cas, c'est une révolution où les bulletins jouent le rôle de pavés.
Dans le second cas. c'est l'état de siège, c'est la dictature, c'est l'empire.
Dans l'un comme dans l'autre cas, c'est la suppression de la présidence et la disparition de la Constitution.
Qu'importe donc la question de la présidence !
Qu'importe donc l'article 45 ou tout autre article de la* Constitution !
La question préjudicielle, c'est, on le voit, l'abrogation ou le maintien de la loi du 31 mai.
Si la loi du 31 mai n'est pas abrogée, on peut, dès ce jour, considérer la Constitution de 1848 comme dormant dans le même cercueil où reposent la Constitution de 1791, la Constitution de 1793,1a Constitution de 1795, la Constitution de 1799, le sènalus-consulte organique de 1802, le sénatusconsulte organique de 1804, la Clinrte du 4 juin 1814, l'acte additionnel du 22 avril 1815, et la Charte du 9 août 1830,
Abrogation totale de la loi du 31 mai, voilà donc la question préjudicielle. La question de la présidence n'est une question que pour ceux qui. comme moi, sont prêts à voter la révision de la Conslitutijn. Ceux qui, comme ie National, n'admettent pas la révision de la Constitution, perdent oiseusement leur temps à débattre Tèlection du futur président de la République, quel qu'il doive être. Cela ne les touche ni ne les regarde.
Qui veut la fin sans vouloir le moyen, agit exactement comme s'il ne voulait rien.