LE LENDEMAIN
15 mai 1850.
Si, malgré tous nos eftorts, tous nos avertissements, une bataille avait lieu et se terminait par une victoire remportée par le général Changarnier, quelle serait, le lendemain de cette victoire, la position du président de la République?— Y a-t-il songé ?
Quelle fut, le 24 juin 1818, la position de la Commission executive devant le général Cavaignac? La veille, la Commission executive était toute-puissante; le lendemain, elle n'était plus rien. Le premier coup de canon tiré avait suffi pour étoufïer la voix de MM. de Lamartine et Ledru-Rollin.
Si le lendemain de la victoire des conditions étaient imposées à M. L.-N. Bonaparte, sur qui et sur quoi s'appuierait-il pour trouver la force de s'y soustraire ? — Y a-t-il songé ?
Pas plus que le peuple, lEIu du 10 décembre n"a donc intérêt à faire décider par la force une question deconstilutionnalité. Des deux parts, la prudence conseille d'éviter toute collision où le président de la République et le peuple pourraient fort bien jouer un rôle analogue à celui de l'Huître et les Plaideurs.
— Il est encore temps de retirer la loi.
— Mais la majorité.
— La majorité, lorsqu'elle va en sens contraire de l'opi-
nion publique, n'a de force que celle que lui prête la complicité du pouvoir exécutif.
Que deviennent, le lendemain, les majorités téméraires qui, la veille, ont tout compromis '? — Demandez à la majorité qui, le 23 février, soutenait encore opiniâtrement M. Guizol et faisait éclater son mécontentement en apprenant que le roi Louis-Philippe venait de faire appeler M. Mole ! Le lendemain 2i février, où était-elle ? Que faisait-elle? Le lendemain ! le lendemain ! C'est ce qu'il faut toujours prévoir.
LES ÉVÉNEMENTS DÉGIDERUM.
15 mai 1850.
Les étrangers affluaient à Paris ;
Les magasins ne suffisaient pas aux commandes ;
De toutes parts le travail reprenait;
L'Opéra, Je Théâtre-Français, l'Opéra-Gomique, faisaient tous les jours salle comble ;
La foule, malgré le mauvais temi)S, se pressait aux courses du Champ-de-Mars ;
Les voitures les plus élégantes, dès qu'il y avait un rayon de soleil, remplissaient l'avenue des Champs-Elysées et les allées du bois de Boulogne ;
Il semblait qu'on ne demandât qu'à oublier et qu'à dépenser.
Seraient-ce donc là les véritables motifs du projet de loi rédigé parle citoyen Baroche, en collaboration des dix-sept?
Trouverait-on que la République entrait trop facilement dans les idées, dans les esprits, dans les mœurs et dans les habitudes ?
Ce qu'on voudrait à tout prix, serait-ce donc de Tagitalion, afin que cette agitation ébranle la République et la rende plus facile à renverser ?
Deux politiques se disputent l'Europe :
Sur le drapeau de Tune sont inserits ces mots : suffrage
LMVERSEL.
Sur le drapeau de l'autre est écrit : état de siège universel.
Ce qu'on veut, en France, c'est non pas la liberté comme en Belgique, mais l'étal de siège comme en Autriche.
Le peuple, averti, ne commettra pas la faute de jouer le jeu de ses ennemis.
Que penseriez-vous de passagers qui s'embarqueraient à bord d'un navire sans pilote, sans boussole et sans matelots, et qui diraient : les vents nous conduiront?
Vous diriez que s'il y a une chance pour que les vents conduisent le navire dans le port, il y a cent chances pour que les vents conduisent le navire contre des écueils.
Eh bien ! que faut-il penser de tous ces prétendus hommes d'Etat qui disent : — les événements décideront ?