‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 22 sur 156 · QUI POUSSE A LA GUERRE CIVILE · texte numérisé non relu

QUI POUSSE A LA GUERRE CIVILE

19 iu;ii 1850.

On le sait, nuus suiiiiiies pour le droit de discussion le plus étendu : tout discuter, tout vérifier; tels sont les deux termes auxquels nous ramenons tout, avec la conviction profonde que c'est le moyen de tout pacifier el de tout simplifier. Mais précisément parce que nous sommes pour le droit de discussion le plus absolu, il y a longtemps que nous avons renoncé à discuter avec les journaux qui semblent n'avoir d'autre mission que celle de transformer la discussion en provocation, et de ramener le droit d'examen à ce qu'il était à l'époque où l'on brûlait les imprimeurs, les auteurs, les livres, les hérétiques, les savants et les sorciers. Nous avons mieux fait encore que de renoncer à toute controverse avec ces journaux épileptiques; nous avons pris le parti de ne les jamais lire. C'est le parti que nous prendrons également avec le Constitutionnel, s'il persiste à suivre la voie fatale où il s'est laissé égarer depuis peu de temps, et où, quoiqu'il fasse, il sera toujours dépassé par des journaux sans consistance et sans aveu, sans talent et sans avenir.

En rangeant la Presse au nombre des journaux dont il faut retourner le langage à l'envers pour avoir l'endroit de la pensée, qui prêchent la paix lorsqu'ils veulent la guerre,

l'ordre lorsqu'ils dcsirenl l'émeute, le Coiislitationnel se rend coupable d'une calomnie et d'une niaiserie.

Dhine calomnie! Car nos détracteurs les plus véhéments conviennent que nous n'avons l'habitude ni de dissimuler notre pensée, ni d'éluder les questions. Ce que nous pensons, nous le disons tout haut. A l'impunité des insinuations, nous préférons le péril des articulations.

D''une niaiserie ! Car la Presse, arbitre entre deux paitis également passionnés, également intolérants, également impuissants, ne peut souhaiter qu'une seule chose : — le progrès des idées par la maturité du temps.

La Presse ne se fait point d'illusions ; elle sait que toute bataille livrée, quel que dût être le drapeau qui l'emportât, aurait pour issue, non la Victoire, mais la Vengeance !

Comment la Presse pourrait-elle souhaiter une bataille dont la Liberté solderait tous les frais, dont profiterait seul l'Absolutisme, qu'il s'appelât Réaction ou Révolution?

Est-ce que, depuis deux ans, nous n'avons pas vu successivement à l'œuvre et vainqueurs et vaincus de février, aussi impuissants, aussi intolérants les uns que les autres? Est-ce que nous no les avons pas vus tous verser, à tour de rôle, dans la même ornière ?

La Presse et ses rédacteurs ne forment qu'un seul vœu et n'ont qu'un seul espoir, c'est que, le vice des choses se révélant par l'impuissance des hommes, on abandonne enfin la prétention de faire mieux et qu'on essaye de faire autrement.

Prétendre faire mieux sans faire autrement, c'est la voie battue.

Tenter de faire ant rement afin de faire mieux, c'est la voie neuve.

Des deux parts, si une bataille avait lieu, la défaite serait terrible, la victoire ne serait pas désirable.

La victoire! Qui l'organiserait, qui saurait l'organiser? Le 24 février et le 20 décembre, qu'en a-t-on fait? A quoi a-t-elle servi le 27 juin 1848 et le 13 juin 1849 ?

Toutes les impuissances n'ont pas encore achevé de

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s'user; toutes les erreurs n'ont pas encore achevé de se détruire ; toutes les illusions n'ont pas encore achevé de se dissiper !

Aussi attendons-nous sans impatience le jour où la Constitution pourra être constilutionnellement révisée.

Plus on attendra et plus l'expérience acquise profitera à la maturité de cette révision.

La Presse n'a cessé d'insister sur la nécessité tle respecter scrupuleusement la lettre et l'esprit de la Constitution.

Le Constitutionnel^ au contraire , demande hautement que l'on ne se Ijorne pas à en éluder la lettre ; il demande qu'on ait la franchise et le courage de l'enfreindre ; il demande que les pouvoirs du président de la République soient prorogés de dix ans ; il demande, enfin, que l'Assemblée législative s'érige en Constituante.

De ces deux journaux, du Constitutionnel ou de la Presse, lequel provoque la guerre civile, lequel s'efforce de l'éviter?

Le Constitutionnel n'a pas peur de la guerre civile, mais il a peur du suffrage universel ; la Presse, au contraire, n'a pas peur du suffrage universel, mais elle a peur, elle en convient, de la guerre civile.

Pourquoi donc aurait-on peur du sufl'rage universel?

Trois fois consulté solennellement , le 28 avril 1848, le 10 décembre 1848 et le 13 mai 1849, ses trois réponses ont été :

L'Assemblée constituante ;

L'Élection du 10 décembre ;

L'Assemblée législative.

Est-ce qu'à l'Assemblée législative la Résistance n'y réunit pas les deux tiers des voix ? De quoi se plaint-elle donc ? Que peut vouloir de plus le Constitutionnel ?

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