LA PETITE REVOLUTION
15 mai IfiôO,
Tout prévoir n'est pas un moyen de tout prévenir, mais c'est un moyen cependant d'éviter beaucoup d'écueils, de pièges, de fautes et de revers.
Il faut donc prévoir le cas où il serait vrai que la réaction désirât une collision afin de décréter l'élat de siège.
Sauf le sang qu'on ne verse pas, rien ne ressemble plus à la guerre que ce qu'on appelle « la petite guerre. » Ce sont les mêmes évolutions, les mêmes opérations, la même tactique, la même stratégie; il ne manque dans k»s canons et dans les fusils chargés à poudre que tles boulets et des balles. Metlez-y des balles et des boulets, et ce sera la guérie. Eh Ijien ! il se pourrait qu'au Heu tle faire, au Champ-de- Mars, \a petite (j}(cr)'(', on l'U, au carré Saint-Martin ou ailleurs, la petite révolution. Beaucoup de poudre bi-ûlée. mais ni tués ni blessés. Si jamais cela arrivait, que deMait faire le peuple averti? — Laisser faire « la petite j-érolution, » sans s'y mêler, et en s'abstenant même d'y assister comme curieux. Par cette abstention, il saurait bien vite à (pioi s'en tenir.
20 mai 1P50.
Le calme impassible des électeurs dont le droit est mis en question et dont la souveraineté est menacée ne se dément pas. Loin de diminuer il s'accroît, loin de s'affaiblir il se fortifie. Comment ne s'accroîtrait-il pas lorsque le Peuple voit avec quel talent et quelle fermeté sa cause est défendue par les deux plus grandes illustrations littéraires de ce temps : Victor Hugo et Lamartine. La confiance justifiée rend la patience facile.
21 mai 1850.
Si le véritable préfet de police est le magistrat qui fait respecter l'ordre et la loi, ce magistrat ne s'appelle plus Carlier, il s'appelle le Peuple.
Le bruit avait couru qu'une manifestation devait avoir lieu aujourd'hui, manifestation dont la réaction n'aurait pas manqué de se faire un argument demain dans la discussion, en admettant qu'il ne pût pas s'en faire un prétexte pour réclamer l'état de siège. Mais aussitôt que le Peuple en a été instruit, il n'y a eu qu'une voix pour convenir que quiconque essaierait de jouer le jeu des ennemis de la Liberté serait pris et fouillé, afin de vérifier s'il n'était pas porteur d'une carte d'agent de police.
Le Peuple a compris qu'il devait à tout prix maintenir l'ordre; il ne permettra pas qu'on le trouble. Il en a fait une question de point d'honneur.
LWPl'EL AU TEMPES.
7 juin 1850.
Il y a un an, le minislèi'c présidé par M. Odilon Barrot s'attaquait, comme le fait aujourd'hui le ministère Baroche, à l'esprit, sinon à la lettre, de la Constitution, en demandant à la majorité les premiers fonds nécessaires à la déplorable et interminable expédition romaine.
Le bon sens public avait facilement deviné le but réel que se proposait une politique sans bonne foi; aussi lorsque le ministre, à la tribune, disait mensongèrement : « Nous » ne voulons que sauver la liberté italienne de ses propres » excès, » la voix de l'opinion lui répondait : « Vous voulez. » de concert avec Vienne et Naples, renverser la république » romaine et réiablir le pape ! »
Lorsque aujourd'hui M. Baroche, en présentant son projet de réforme électorale, dit : « Nous voulons sauver la société » et la famille, » la France lui crie de toutes ses forces : « Vous voulez détruire, en Valtérant d\ihord, le suffrage » universel, la seule base possible du gouvernement repu- » blicain ! »
Il y a un an, le ministère Barrot, à peine vainqueur des faibles scrupules de la majorité, pliait déjà sous le faix des embarras qu'il s'était créés en Italie. L'armée française, au lieu d'un accueil triomphal, n'avait rencontré, au delî» des Alpes, que défiances et difficultés; le drapeau tricolore n'a-
vait été arboré sur le rempartdeCivita-Yecchia qu'au moyen d'une surprise, et les portes de Rome, closes encore, ne devaient tomber que sous les boulets de notre artillerie.
En France, où vibrent si facilement toutes les fibres généreuses, que se passait-il ?
La France, à la fois honteuse et indignée du rôle qu'on faisait jouer à ses soldats, comprenait que le ministère la rendait complice d'un attentat contre le libre arbitre de la nation romaine, qui, à notre exemple, n'avait fait qu'user d'un droit imprescriptible en proclamant le gouvernement républicain.
Le ministère Barrot, engagé dans cette fatale et fausse voie, courbé sous la réprobation publique, les yeux tournés vers l'Italie, d'où ne lui venaient que désolantes nouvelles, allait se retirer devant son œuvre inachevée, lorsque l'appel aux armes proclamé par M. Ledru-Rollin, du haut de la tribune, vint le sauver à point nommé.
En 1850, comme en 1849, les situations sont identiques; mais il ne faut pas que les résultats soient les mêmes.
En 1849, le ministère Barrot faussait la Constitution en proposant à l'Assemblée l'expédition de Rome ;
En 1850, le ministère Baroche fausse cette même Constitution en proposant à l'Assemblée de restreindre le suffrage universel.
En 1849, le ministère Barrot, pour arriver à ses fins, prétendait audacieusement n'avoir d'autre but que celui de sauver la liberté italienne de ses propres excès ;
En 1850, le ministère Baroche déclare, avec la même véracité, que c'est la société qu'il veut sauver.
En 1849, le ministère Barrot, sans Vappel aux armes de M. Ledru-Rollin^ allait naturellement succomber d'épuisement et d'impopularité ;
En 1850, le ministère Baroche n'échappera pas à l'arrêt qui le condamne, si l'Opposition, instruite par l'expérience, persiste à rester dans ces termes : Appel au temps,