L.-N. Bonaparte
Général Cavaignac ..... 1 ,448,302
Ledru-RoUin........... 371,431
Raspail... 36,964
Lamartine 17,914
Ghangarnier 4,687
» Au nom de M. L.-N. B jnaparle, quels noms opposerezvous? Si ces.noms existent, vous devez les connaître, et il n'y a aucun inconvénient à les proclamer dès à présent, afin d'y préparer les esprits. Citez-les donc! La première règle, lorsqu'on veut gagner une partie, c'est de regarder son jeu, afin de voir ce qui s'y trouve et ce qui y manque. » Lorsque l'Asseml)]ée constituante a fixé (article 47) à deux millions de voix le minimum de voix exigibles pour l'électioji directe du présitlenl de la République parle peuple, à cette époque, le nombre des électeurs était de dix millions. Deux millions de voix exigés, c'était donc le cinquième du nombre des électeurs inscrits, tandis qu'aujourd'hui deux millions de voix, ce seraient les delx tiers du nombre des électeurs réduits. Une telle dilîérence est essentielle.
» Celte loi du 31 mai 1850, l'observera-t-on le 9 mai 1852, ou bien n'en liendra-t-on nul compte en se fondant sur l'axiome : 11 n'y a pas de droit contre le droit?
» Grave (pieslion dont on écarterait le péril en faisant de l'abrogation de la loi du 31 mai 1850 la condition de la révision de la Constitution après le 29 mai 1851 et avant le 9 mai 1852!
» Je suppose (}ue cette révision ait lieu entre ces deux termes : mai 1851 et mai 1852, voici ce qui arriverait :
» Ou l'Assemblée de révision déclarerait (pie le président de la Répubiiijue serait indéfiniment rééligible, en France
comme niix Etats-Unis, ot dans ce cas, si M. L.-N. Bonaparte était réélu le 9 mai 1852, il le sei'ait sans que lu Constitution suit lacérée par les mains mêmes du peuple; ou bien l'Assemblée de révision déclarerait que l'institution de la présidence est supprimée, et dans ce cas la très périlleuse épreuve de l'élection du 9 mai 1852 cesserait d'exister.
» J'affirme qu'en dehors de la « solution » (puisque c'est le mot consacré) que je tiens en réserve, cette solution est la plus simple et la plus prudente. Le National, quand il y aura un moment réfléchi, le reconnaîtra; peut-être môme l'a-t-il déjà reconnu ! Je serais tenté de le croire au ton de son article, qui se termine par ces mots :
« Obtenez d'abord le rétablissement du snffiage universel, obtenez l'amnistie, — que nous ne confondons pas avec le rappel des familles bannies, — et alors nous discuterons volontiers l'opportunité de la révision pour le parti démocratique. "
» Ces mots entr'ouvrent la porte à une transaction entre la majorité et la minorité. Pourquoi donc cette transaction ne se conclurait-elle pas, si elle est dans l'intérêt du pays, et si elle doit aboutir au triomphe de la vérité?
» Rien, je dois le dire, rien de ce que j'ai lu dans le National et dans le Peuple n'a changé l'opinion que, dès le nfévrier 1849, j'avais émise sur l'interprétation dont les termes de l'article 111 de la Constitution me paraissent susceptibles. Au contraire, plus j'étudie cette interprétation et moins je lui trouve de gravité au point de vue de l'orthodoxie constitutionnelle.
» Que dit cet article 111?
» Il ne dit pas :
« Lorsque, A LA FIN de la dernière année d'une léç/islalure, l'Assemblée » nationale aura émis le vœu... »
« 11 dit :
« Lorsque, DANS la dernth-e année d'une législature, l'Assemblée nationale aura émis le vœu... »
» Or, dès le 29 mai 1851, l'Assemblée nationale élue le
13 mai et constituée le 28 mai 1849, sera DANS la troisième année...
» A cette interprétation, qu'oppose-t-on ?
» On oppose l'article 31, ainsi conçu :
« V Assemblée nationale est élue pour TROIS AXS et se renouvelle intégralement. »
» Dès qu'elle est élue pour trois ans, ajoute-t-on, elle n'a pas le droit de se dissoudre une heure avant que les trois années de la législature ne soient entièrement accomplies.
» Je dis que c'est la aussi une interprétation de l'article 31 et rien de plus, et je vais le prouver péremptoirement.
y> Lisez l'article 45 de la Constitution, ainsi conçu : Le président de la République est élu pour quatre ans.
» L'article 45 et l'article 31 sont donc rédigés absolument de même, ainsi qu'on va le voir:
« Article 31. L'Assemblée nationale est élue pour trois ans. » Art. 45. Le président est élu pour quatre ans. »
» Voilà ce que vous ne contesterez pas. voilà ce qui est incontestable ; eh bien ! je vous le demande : dénierez-vous au président de la République la faculté de se démettre avant le deuxième dimanche de mai 1852 des fonctions que lui a conférées l'élection du 10 décembre 1848?
» Sérieusement, vous ne répondriez pas que vous ne lui reconnaissez point cette faculté.
» Ce ne sont pas les articles 31 et 111 qu'il faut rapprocher ; les deux articles qui se lient et qui se complètent sont l'article 31 et l'article 68, ainsi conçu : « Toute mesure par » laquelle le président de la République dissout VAssemblée )'• nationale, la proroge ou met obstacle à Vexercice de son » mandat, est un crime de haute-trahison. »
» L'article 31 est à l'article 68 ce que la base d'un édifice est à son faîte. Retiivz la base, tout l'édifice s'écroule. Mais de ce que le président de la République ne peut ni dissoudre ni proroger l'Assemblée nationale sans se rendre coupable du crime de haute-trahison, s'ensuil-il qu'elle n'ait pas le droit de se dissoudre, de même (pfelle a le droit de se proroger ?
» Également, de ce que l'Assemblée nationale n'a pas le pouvoir (le révoquer le président de la République, s'ensuit-il qu'il n'ait pas le droit de donner sa démission?
» Les deux situations, j'en conviens, ne sont pas exactement les mêmes ; il existe entre elles toute la différence qu'il y a entre un individu qui accomplit librement sa volonté, et une Assemblée qui est partagée en majorité et en minorité.
» C'est précisément parce que cette différence essentielle existe, que la minorité peut et doit mettre à son assentiment préalable la condition sine quel non, premièrement : de l'abrogation de la loi du 31 mai 1830, qui a dépouillé trois millions d'électeurs de leur droit; deuxièmement: du rappel de toutes les autres lois restrictives qui ont suspendu le droit de réunion et garrotté la liberté de la presse; troisièmement : de la proclamation d'une amnistie applicable, sans exception, à tous les détenus politiques. Sinon, non. Convenez-en : une telle transaction conclue par la Minorité vaudrait pour le moins le marché de Jacob achetant à Ésaii son droit d'aînesse moyennant un plat de lentilles. » Il faudrait être aveugle pour ne pas voir que la République est dans la situation d'un navire échoué sur un banc de sable ; avant tout, ce qu'il y a de plus pressé, c'est de la remettre h flot. S'il n'existe pas d'autre moyen que la nomination de l'Assemblée de révision avant l'élection du 9 mai 18o2, les républicains doivent-ils hésiter?
» Hésiter, ce serait se défier du bon sens populaire, du suffrage universel, de la souveraineté nationale.
» Quel langage tiennent tous ceux qui veulent le renversement de la République? Ils disent que la situation est une impasse d'où il est impossible de sortir.
» Quel langage doivent tenir tous ceux qui veulent le maintien de la République? N'est-ce pas le langage contraire ? Incontestablement. Donc, pour qu'ils puissent dire qu'il y a une issue, il faut qu'ils en aient une à montrer. » Dans la ruelle étroite où se sont confinés le National et
le Peuple, point d'issue, tous les embarras amassés, tous les périls réunis.
» Aussi les écrivains du Peuple qui comprennent dans quelle lourde faute ils sont tombés à la suite du National^ eux qui n'avaient pas voulu de sa Constitution, cherchentils à s'étourdir dans l'ivresse de l'injure. Leur triste polémique est un triste plagiat de ces tristes temps où quiconque n'était pas de l'avis de Marat était suspect et traité de royaliste (1) ; ce qui, à cette époque, équivalait à une condamnation à la peine de mort. Tel est l'égarement de ce journal, qu'il va jusqu'à renier la souveraineté du peuple, lui qui s'appelle le Peuple !
» Pour toute réponse à cette feuille, je la renvoie à sa collection. Je ne répondrai à ses injures que par de courtes citations.
» Le 30 novembre 1849, le Peuple disait :
« Il serait indigne de nous et de la démocratie de faire de cette question de révision un simple prétexte d'opposition à une personnalité dangereuse. Il faut que notre politique porte plus haut, qu'elle dépasse l'ho-
(1) Camille Desmoulins, attaqué pour ses relations avec le général Dillon, qui, avec une faible division, avait couvert la France, à la côte de Biesme, et que cependant on accusait de royalisme, se défendit dans une admirable lettre qu'il adressa à ce général, détenu alors aux Madelonnettes. Dans cette lettre se trouve le passage suivant :
« Il est une maxime de Machiavel que déjà la Convention se serait bien trouvée d'avoir pratiquée, et qui s'applique parfaitement à mon sujet. « Le nouveau souverain, dit-il, a trouvé souvent plus de tidélité dans les » hommes qui, au commencement de son règne, lui avaient été suspects, » que dans ceux à qui il se fiait le plus, et qui lui ont été d'autant ])lus » fidèles qu'ils voulaient effacer, par leurs services, la mauvaise opinion » qu'on avait cont,'ue d'eux ; témoin le Marins Celsus dont parle Tacite, » ami aussi incorruptible d'Othon qu'il l'avait été de Galba. »
» C'est ainsi que, par la raison qu'ori reprochait à Dillon d'avoir défendu la Constitution de 17B9 vingt-quatre heures après le 10 août, et d'avoir tenu le dernier son serment à la monarchie, j'aurais jugé qu'il était dans son caractère, depuis qu'il avait prêté un autre serment, de tenir également ce serment h la République. »
[Lettre de Camille Desmoulins ou général Dillon, p. 26 et 27.)
Camille Desmoulins ajoute que, pour n'avoir pas suivi ces principes, les républicains de son temps ont produit une grande disette de talents, tous les hommes qui passaient pour en avoir s'étant retournés contre la République ; en sorte, dit-il, que les imbéciles nous ont fait autant de mal que les traîtres, e^ (jue Pitt a cm nmlre nous ces deux chances : V ignorance ou la trahison. »
rizon des partis, et qu'elle s'élève dans la région des idées de l'avenir.... // s'agit de faire tourner A notre profit cette idée de révision que le gouvernement a mise lui-même en avant. »
» Le Icndomain l®"" dccenibre, il reprenait :
« On demande la révision de la Constitution, SOIT ; nous préparerons par la discussion une révision qui abolisse, non seulement la présidence, mais qui désarme pour toujours le pouvoir. Liberté absolue, organisation de la souveraineté par elle-même, abolition de l'initiative gouvernementale : voilà dans quel sens nous appelons la révision de la constitution. ))
» .l'ignore si cette troisième lettre sera la dernière que j'aurai à vous adresser; je le désire; mais, dans l'incertitude, je ne la terminerai pas sans insister de nouveau sur les points suivants :
» Ce n'est pas moi, ce sont les conseils généraux, c'est M. de Lamartine, c'est la presse ministérielle qui, tous successivement, ont mis à l'ordre du jour de la discussion la révision de la Constitution.
') C'est alors, mais alors seulement, qu'il m'a paru utile de faire voir clairement que l'article 111 de la Constitution offrait une issue par laquelle, le jour où cela serait absolument nécessaire, l'on pourrait sortir sans coup d'État, sans prétendue mesure de salut public, par la grande porte du suffrage universel, d'une situation que tous les détracteurs de la République s'accordent à dessein, pour jeter Tépouvante et entretenir l'inquiétude, à représenter comme une impasse où la France doit périr étouffée.
» Je crois l'avoir pleinement démontré ; je crois qu'il n'y a pas un lecteur de bonne foi qui, désormais, ne soit convaincu que, sans violer la Constitution, on peut interpréter l'article 111 de telle sorte qu'avant le 9 mai 18o'2, laFrance, elle-même, directement consultée, ait prononcé ,sur les questions de savoir : S'il y a lieu de reviser la Constitution ; s'il y a lieu d'abolir l'institution de la présidence, ou si, au contraire, il y a lieu de déclarer le président de la République indéfiniment rééligible?
» Mais ce à quoi je tiens expressément, c'est à ce qu'il
soit bien entendu que je n'ai pas proposé et que je ne propose pas la révision de la Constitution. L'ordre d'idées dans lequel j'ai raisonné, vous le savez, n'est pas le mien; je suis absolu, et quand j'ai le choix entre un expédient et un principe, ce n'est jamais l'expédient que je choisis. C'est bi'en assez déjà d'avoir à le subir.
» La France a devant elle deux voies, l'une étroite, l'autre large, pour rentrer, soit dans un an, soit tout de suite, sans choc, sans conflit, sans révolution, dans le plein exercice de sa volonté. J'ai indiqué la première, quand il le faudra, j'indiquerai la seconde.
» É.U1LE DE GIRARDIN
.1 M. de la Guéronnière.
« Paris, 11 septembre IBôO.
» Aux questions que la Presse lui avait nettement posées, le National lait cette réponse évasive :
« La Presse trouvera bon que nous attendions, pour répondre plus amplement à ses demandes, de savoir si nous avons affaire en définitive à un allié mal éclairé ou à un ennemi déguisé. »
)^ Plus haut le National dit :
« La discussion entre la Presse et nous ne peut que gagner à être dégagée des récriminations puériles et des personnalités mesquines. »
» Me traiter ainsi iVennemi déguisé ou (Vallié mal éclairé, est-ce donc là écarter les récriminations et les personnalités?
» Si une injure avait maintenant le pouvoir de me blesser, de quelle injure plus grave aurais-jc le droit de me tenir pour offensé ?
^) Qui donc, depuis le H lévrier LSIH, devant moins à la llépul)li(|ue,a lait plus pour rallcrmir (jue la P/Tsscel moi?
)' Kn toutes circonstances, n'ai-je pas mis le plus grand sont à ne pas confondre la conduite des républicains avec
la cause de la République, afin que la République n'eût pas à porter le poids d'une solidarité qui l'eût écrasée ?
» N'ai-je pas comhallu pied à pied l'arbitraire et défendu une à une toutes les libertés, non moins ouverlement violées sous M. Eugène Cavaignac, ayant pour ministres MM. Senard, Marie et Dufaure, que sous M. Louis-Ronaparte, ayant pour ministres MM. Dulaure, Rouher et Raroche?
» Après avoir vivement insisté pendant quatre mois pour que la souveraineté du peuple ne s'aliénât pas inconsidérément et ne devînt point dérisoirement la puérilité du peuple^ n'ai-je pas, depuis deux ans, constamment insisté pour qu'on respectât la Constitution, sur laquelle, plus que personne, cependant, j'avais le droit de m'exprimer en toute franchise, car tout ce que j'avais prévu et annoncé : qu'elle ne serait qu'une ombre sur le bord d'un gouffre, qu'elle ne serait qu'une complication sans être une garantie, se réalisait ponctuellement ?
» Les 12 et 14 juin 1849, le lendemain aussi bien que la veille de l'incalculable et irréparable faute commise par M. Ledru-Rollin, n'ai-je pas donné double gage de nia sincérité; après avoir résisté h l'entraînement de la veille, m'a-t-on vu céder à cette déroute du lendemain, où c'était à qui désavouerait sa signature et sa participation?
» Persuadé que le projet de loi présenté d'urgence^ en mai 1850, à l'effet de restreindre, en mai 1852, l'exercice du suffrage universel, n'était qu'un défi pour amener le peuple de Paris à changer sa position de vainqueur contre la position de vaincu, n'ai-je pas été le premier à l'avertir du piège et de l'immense danger qu'il y aurait à localiser la 7'ésis tance ?
» Le 8 juillet 1850, lorsque M. Rouher, ministre de la justice, a traité de « catastrophe» la Révolution de février, des flancs de laquelle est sortie la République du 4 mai, qui l'a défendue le plus énergiquement, et qui l'a trop facilement abandonnée ?
» Est-ce là, je ne crains pas de le demander à la cons-
lo2 IS50.
cience publique , la conduite d'un u allié mol éclairé » ou d'un « ennemi déguisé ? '»
» La réponse évasive du National ne trompera personne : tout le monde y verra un aveu de l'invincible embarras qui le condamne au silence.
» Je pourrais en abuser, je n'en abuserai pas.
» Je pourrais dire au National : Quand vous aurez répondu à mes questions, je répondrai aux Y(Mres ; mais, si j'aime à lutter contre la force d'un adversaire, je ne sais pas triompher de sa faiblesse.
>) Plus l'avantage qu'il m'offre est grand, et moins il me tente.
» Je vais donc répondre au National., comme s'il n'eût pas échappé à la priorité de mes questions par un détour.
» 11 y a en moi deux hommes distincts : l'homme qui cherche sans relâche ce qui devrait être, et l'homme qui reconnaît sans illusion ce qui est ; l'homme absolu et l'homme pratique ; l'homme de l'idée et l'homme du fait.
» C'est ainsi qu'après avoir, au nom tlu principe de la souveraineté, protesté, en juin 1848, contre l'utilité et le vote d'une constitution, j'ai déclaré, en janvier 1849 et toujours dans l'intérêt du même principe, qu'on la devait respecter.
» Dira-t-on (juc c'est là une inconséquence et une contradiction?
» De ce que je n'admets pas (ju'un tribunal de première instance ait le droit de réformer l'arrêt (Tune cour d'appel, s'ensuit-il logiquement «lue je ne doive pas admettre qu'inie cour d'appel n'aie point le droit de réformer le jugement d'un tribunal de première instance?
» A mes yeux, l'Assemblée législative est à la Constitution, et la Constitution est à la Souveraineté nationale ce qu'un tribinial de première instance est à une cour d'appel, et ce (|u"une cour d'appel est h la cour de cassation. On peut toujours montei' les degrés, mais on ne [)eul jamais les descendre.
» En moi, l'hounne absolu léprouve la Uévison comme il
LKS SOLUTIONS. 153
a réprouvé la Constitution; mais riionime prati(iue admet l'une comme il s'est soumis à l'autre. Il examine les faits ; il scrute les exigences du présent ; il interroge les combinaisons de l'avenir ; il observe et il prévoit ; il se sert de sa main droite pour ranger avec ordre dans sa main gauche les cartes du jeu, afin de ne pas s'exposer à jouer trèfle quand on lui jouera carreau. Pour lui, l'atout n'est pas la couleur qu'il préfère, mais celle qui retourne, parce qu'il n'a pas la prétention de mettre sa volonté à la place de la réalité et de faire que ce qui est ne soit pas. Il s'applique à une seule chose : à observer les règles du jeu, dans cette grande partie l\ laquelle l'homme a donné le nom de Destinée.
» Du jour où le peuple était rentré dans la pleine possession de sa souv(>rainnté, il devait l'exercer comme Louis XIV exerça la sienne. Louis XIV, en prenant Golbert pour ministre en 1661, et en le gardant jusqu'à sa mort, en 1683, n'avait point passé de contrat avec lui pour quatre années. Il le garda vingt-deux ans, mais cependant il aurait pu le révoquer dès le lendemain du jour où il l'avait choisi Je n'ai jamais compris autrement la souveraineté : que cette souveraineté s'appelât souveraineté nationale ou souveraineté royale. Le souverain,— peuple ou roi,— ne doit avoir que des ministres responsables, qu'il change tiès qu'ils ont cessé, à tort ou à raison, d'avoir sa confiance. Je ne comprends pas un mineur qu'on émancipe pour l'interdire. C'est ce qui est arrivé deux fois, en 1830 sous le nom de Charte, et en 1848 sous le nom de Constitution. Avant, pendant et après le vole de la Constitution, j'ai tout fait pour que l'Assemblée constituante ne commît pas la faute de décréter un président de la République. Le 23 octobre 1848, le jour même où la Constitution était votée, mais où elle n'étaitpas encore promulguée, j'écrivais :
«Qui dilhérédité dit inviolabilité, mais qui dit délégation » dit responsabilité. »
» Au lieu d'un président responsable, qu'a-t-on fait? — » On a fait un roi temporaire, un roi de troisième degré.
» Ce qu\ine telle ruyauté durera^ on le verra ! »
» Si j'ai J)onne mémoire, il me semble que ce n'était pas M. Emile de Girardin, rédacteur en chef de la Presse, mais M. Armand Marrast, ancien rédacteur en chef du National, qui, en 1848, fut choisi en qualité de rapporteur du projet de Constitution. Peut-être ma mémoire me trompe-t-elle?
» Quoi qu'il en soit, on a voulu avoir un président de la République, on l'a eu, on l'a. Maintenant, il faut se conduire en conséquence.
» Du jour où la République était proclamée en France sans allumer la guerre en Europe, il n'y avait pas un moment à perdre pour émanciper et organiser la commune, afin de diminuer le danger de la centralisation administrative. Mais on s'est bien gardé de le faire. Au contraire, l'on a eu grand soin d'ériger en articles de la Constitution la conservation des préfets et des sous-préfets, et le droit donné au président de la République de dissoudre les conseils généraux, les conseils cantonaux et les conseils mu nicipaux. L'on a eu grand soin de décréter que juges de paix et leurs suppléants, juges de première instance et d'appel, etc., etc., magistrats assis et debout, inamovibles et amovibles, restaient à la nomination du président de la République. En même temps qu'on déclarait qu"il ne serait rééligible qu'après un intervalle de quatre années, on lui prodiguait tous les moyens de se perpétuer par l'emploi de la force ou par l'abus des influences. On allumait le feu sous un baril de poudre , et l'on est surpris qu'il soit sur le point d'éclater!
» De bonne foi, suis-je pour quchpie chose dans la situation qu'on a faite?
» J'ai prévenu, en octobre 1848, le AV///o/!rtiqui s"al)usait, que ce ne serait pas M. Eugène Cavaignac qui serait nommé président, mais que ce serait M. Louis Bonaparte; je préviens, en septembre 18o0, le National, (\m\ malgré toutes les fautes (juc Tl^ludu 10 décembre a commises, malgré toutes celles (|u'il commeUra vraisemblablement, malgré l'article 4-') de la Constitution, soit qu'on rétablisse le suf-
LES SOLUTIOiNS. loo
frago universel ou soil qu'on maintienne le suffrage restreint, ce sera encore M. L.-N. Bonaparte qui sera nommé le 9 mai 183?, si, avant cette époque, l'institution do la présidence n'est pas abolie, c'est-ii-dire si la Constilulion n'est pas revisée en vertu de l'interprétation que l'article 111 a très heureusement laissée entr'ouverte.
» Le Natonal n'ose pas s'aventurer à affirmer le contraire; pour échapper à une conséquence qui le poursuit comme un remords, il se réfugie dans une hypothèse inadmissible et invraiseml)lable. Il dit :
« L'Assemblée législative passe outre à la Constitution, et décide que la révision aura lieu avant le terme fixé de mai 1851 au 10 mai 1852. L'Assemblée lévisionnista se rassemble, et elle décide que Varticle 45, qui ne permet pas à M. Bonaparte d'être réélu avant quatre ans, sera maintenu. L'élection du président a lieu dans la première quinzaine de mai, sous l'empire de la Constitution revisée, et, quoique l'ariicle 45 existe encore, M. Bonaparte est réélu. Voilà donc, en dépit de vos précautions, la Constitution violée par le suffrage universel. A quoi, dans ce cas, vous auratil servi de rendre l'Assemblée législative coupable d'un acte inconstitutionnel ? Qu'avez-vous évité? Rien. Au lieu d'une violation, vous en aurez deux, et, ce qu'il y a de pire, la première pourra servir de justification à la seconde. »
» Sérieusement, est-il raisonnable de supposer que si une Assemblée de révision était convoquée, en avril 1852, précisément en vue de cet écueil d'un président dont la réélection serait probable quoique inconstitutionnelle, cette Assemblée fermerait les yeux et déclarerait qu'il n'y a pas lieu de reviser la Constitution? Non, une telle supposition n'est pas admissible. Ou cette Assemblée déclarerait le président rééligible, ou, de crainte qu'il ne lut réélu malgré la Constitution, elle déclarerait la présidence abolie.
» Voilà le vrai ! voilà le vraisemblable !
» Si le National et ses amis s'obstinent à le méconnaître, il leur arrivera, le 9 mai 1852, ce qui leur est arrivé le 10 décembre 1848. Entre la nomination de M. Eugène Cavaignac et la réélection de M. Louis Bonaparte, la France n'hésiterait pas. Quels autres candidats y a-t-il?
» Je ne vois, contre la réélection constitutionnelle ou in-
constitutionnelle de M. L.-N. Boncipaite, qu'une seule chance, ce serait le cas où, entraîné par l'impatience de son entourage, il glisserait sur la pente d'une usurpation. Mais cela n'est pas probal)le, car il sait que ce jour-là, eûtil pour complice une majorité coupable, il aurait contre lui cinq jeunes princes qui se lèveraient, unis ou séparés, pour opposer l'Hérédité, non à l'élection, mais à l'Usurpation. Ce jour-là, le comte de Ghaml)ord, sous peine de perdre l'honneur, sentirait qu'il doit défendre son titre au risque de sa vie ; M™^ la duchesse d'Orléans, à moins que de deux causes elle n'en fît plus qu'une seule, ne serait pas moins vaillante (|ue ne le fut M""® la duchesse de Beiry en 1832. Non, cela n'arrivera pas, car le président de la République a laissé échapper son secret le jour où il a dit : « Le monde » appartient aux apathiques. »
» M. L.-N. Bonaparte donnera tout au temps, et rien au hasard ; il y faut compter. Le rôle qu'il joue est celui de modérateur de toutes les impatiences. 11 n'est pas fâché de paraître plus sage que son entourage. La Société du Dix-Décembre est l'ombre qui lui sert ii m(4tre en lumière l'abnénation dont il se vante. II redoute la révision plutôt qu'il ne • la souhaite ; seulement il entre dans ses c,)ml)inaisons de la faii-e servir à accoutumer les esprits à l'idée de sa réélection, quoique la Constitution s'y oppose. L'agitation administrative qu'on fait n'a pas d'autre but. On arrivera ainsi en mai 18o2. On aura tout craint et l'on n'aura rien préparé. Le National aura joué, sans le savoir, le jeu de l'Elysée.
» Si j'ai admis la révision de la Constitution avant le 9 mai 18o2, ce n'est point, je le déclare hautement, parce que je souhaite la prolongali)n des pouvoirs du président actuel ou de tout autre préleiidanl, c'est parce que je désire Tabolilion de la présidence, et (pie je vois un moyen d'y arrivei' j)ar Tarticle 111 iargeiueiit inlerprélé.
» Que le Nalioudl se joigne îi la Presse pour dire avec elle : l'U s dk président! et je prends voli>ntiers rengagcmvwl solennel « de combatlre, a\('c lui. par toutes les voies,
» la réélection du présidenl ncluel, ou la candidature soit » de Pun de ses cousins, soit de M. de Joinville. »
» Le National demandait à être édifié; l'est-il?
» Je propose plus encore au National, je lui propose de se concerter avec moi pour convoquer en assemblée générale toute la presse républicaine et démocratique de Paris et des départements ; il y présentera sa solution, j'y exposerai non pas celle de l'homme pratique, mais celle qui est véritablement la mienne, celle de l'homme absolu, et je me rallierai à celle des deux opinions qui aura obtenu la majorité.
» Cette proposition lui va-t-elle? Va-t-elle au Peuple? Va-t-elle à la République? Va-t-elle à V Événement? Iraitelle au Siècle ?
» PLCs DE PRÉSIDENT EN 18o2l ! — G'cst par ces mots que je termine cette quatrième lettre, et je ne doute pas qu'elle ne porte dans l'esprit de tous mes lecteurs la conviction que je ne suis ni « un allié mal éclairé, ni un ennemi déguisé.^^
» Ennemi déguisé!— Moi qui n'ai qu'une pensée : sauver la souveraineté du peuple et affermir la République !
» EMILE DE GIRARDIN
A M. de la Cuévonnière.
« 13 septembre 1P50.
» Vous avez certainement lu ^Evénement, le National, la République, le Peuple et le Siècle ; tous adhèrent à ces mots de ralliement : plus de président!
» Ces mots, je n'en doute pas, vont être répétés à l'unisson par la presse des départements, unanime.
» VEvénement donne, en ces termes formels, son entière adhésion :
« Nos lecteurs savent combien nous avons souhaité que, pour la grave question de la révision de la Constitution et de la présidence; la presse
démocratique, se ralliant et s'unissant, comme elle le doit toujours faire, adoptât et soutînt une solution en commun. Nous ne pouvons donc que nous associer à la pi^oposition de M. de Girardin. » ^
» Le National, quoiqu'il lui en ait coûté, laisse échapper, dans un flux d'articles, la déclaration suivante que nous recueillons :
« nxs DE PRÉSIDENT ! SOIT. Une courte expérience nous a trop bien appris ce que ces fonctions, dans un pays où les prétendants peuvent occuper la première mngistrature de la République, créent de difficultés et contiennent de dangers pour que tous les démocrates, quelle que fût, d'ailleurs, leur opinion il y a deux ans, ne soient très disposés à faire bon nmrché de Vinstitution. »
» La République n'avait qu'à persister dans l'opinion qu'elle avait émise en décembre 1848; elle y persiste en disant :
« C'est avec une parfaite liberté d'allures, et sans avoir rien à regretter de notre conduite passée, que nous pourrons, quand le moment sera venu, entrer en campagne contre cette magistrature bâtarde. Le cri : plus de PRÉSIDENT ! doit être la réponse du parti démocratique aux essais de restauration des partis monarchiques. »
» Le Peuple me répond :
« M. de Girardin nous pose cet axiome ; plus de président en 1852, et nous demande : a Cette proposition vous va-t-elle? » A merveille ! Vins de présidence, oui, sans doute, non pas en 1851 ou même en mars 1852, ce qui serait inconstitutionnel, mais par l'Assemblée de révision élue le 29 mai 1852, et qui, arrivant après Véleclion présidentielle, serait ce' tribunal de la souveraineté du peuple que M. de Girardin réclame si fort, et qui pourrait et devrait annuler toute violation antérieure de la Constitution. Voilà notre dernier mot. I\I. de Girardin y trouvera à la fois l'accomplissement des deux désirs qu'il manifeste ; la convocation d'une Constituante d'où pourrait sortir l'abolition de la présidence, et le tribunal suprême devant lequel viendrait tomber toute réélection inconstitutionnelle, si elle n'était aussi impossible qu'elle semble vraisemblable à la Presse. Pourquoi donc M. de Girardin repousserait il cette solution, la seule, en définitive, que permette la Constitution, et qui substitue à la souveraineté du but la souveraineté du droit? »
» Des six journaux quotidiens qui forment à Paris le faisceau républicain et démocratique, le Siècle n'est pas le moins explicite, et son rédacteur en chef, M, Louis Perrée, fournit à l'appui de ses paroles un gage irrécusable, dont
j'ignorais l'existence; mais je n'en suis cjue plus empressé de le faire connaître :
« Lri proposition de ne point instituer un président de la République fut faite, sous forme d'amendement, par M. Grévy. Cet amendement eut pour lui 211 votans ; nous remarquons parmi eux le général Baraguayd'Hilliers, M. Baucliard, MM. Glais-Bizoin, Victor Lefranc, Portalis, de Rancé, Louis Ferrée, etc., etc. L'expérience qui se poursuit depuis le 20 décembre 1848 doit, ce nous semble, avoir augmenté parmi tous les hommes de bonne foi le nombre des partisans de ce système, qui n'est pas nouveau d'ailleurs, et qui a été expérimenté dans les circonstances les plus difficiles que nous ayons traversées. Pas de président, cela ne sisignifie pas, à beaucoup près, pas de gouvernemment.
» On parle beaucoup de l'unité de pouvoir, de la nécessité d'établir cette unité gouvernementale. Une Assemblée législative, élue par le suffrage universel, et déléguant le pouvoir exécutif, pour un temps illimité, àun de ses membres qui Vexerce et choisit ses agents sous sa propre responsabilité, c^est là, si nous ne nous trompons, le plus grand type d'unité gouvernementale qui ait jamais été réalisé. Et ce mode de gouvernement, veut-on savoir comment il pactise avec l'anarchie ? Qu'on se rappelle nos déplorables journées de juin, et cette lutte sanglante sous laquelle, suivant les plus ardents partisans delà monarchie eux-mêmes, toute royauté eût été engloutie. Au point où nous en sommes, cette combinaison, qui réunit 211 voix en 1848, aurait beaucoup de chances de réunir la majorité dans le cas de révision de la Constitution, si les passions politiques ne se mettaient à la traverse avec leurs violences et leurs déclamations habituelles. Pour nous, qui n'avons d'autre passion que celle du calme et de la prospérité de la France, c'est cette combinaison" que nous appuierons, parce qu'à nos yeux elle offre à la cause de l'ordre, de la sécurité publique, les plus sérieuses garanties. »
» Cet accord, cette unanimité de la presse démocratique et républicaine de toutes les nuances est un fait dont l'importance n'échappera à aucun esprit attentif et sérieux, car il y a dans ces mots : plus de présidext ! tout le programme nouveau d'une politique toute nouvelle.
» Mais, quand on est en bon chemin, il ne faut pas s'arrêter à moitié, et le plus tôt qu'on atteint le but est le mieux.
» Puisque le National, contrairement à mon avis, ne pense point qu'il soit nécessaire, pas même utile, de convoquer en assemblée spéciale la presse républicaine des départements et de Paris, ce que je me proposais de faire devant
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celle assemblée, je me décide à le faire dans ce j(jurnal, sauf h chercher et à Iroiiver ullérieurement un muyen de mellre aux voix la question après qu'elle aura été ]}Ieinement débattue.
» Le National déclare qu'il n'a i)as à proposer de « soht- » tion de poche. » L'épigramme tombe à mes pieds, où je la laisse à terre sans prendi-e la |)eine de la relever. Pourquoi la relèverais-je ? I^a solution que j'ai à présenter est une solution de principe.
» C'est la plus simple, et c'est la seule qui soit logique.
» Si, avant d'exposer la solution de principe, j'ai commencé par discuter la solution d'expédient par voie d'interprétation de l'article 111, c'est qu'il me paraissait utile que l'opinion s'éclairât par ce débat préalable, et qu'elle vît bien tout ce qu'il y avait d'étroit, de petit et cependant de périlleux dans cette chicane de textes, dans celle querelle d'articles 31 et 111, dans cette ergoterie de mots.
» Je crois que la lunu'ère est faite.
» Toutefois, il reste encore quelques ombres que je vais essayer de dissiper.
» Le National dit :
« Au lieu de discuter sur des hypothèses, au lieu de rechercher de dangereuses et inutiles solutions, réunissons tous nos efforts sur ce seul point, le rétahlissement du suffrage universel.
» Y a-l-il possibilité.1 chance, espoir, de toir rapj.orter la loi du 31 mai?
)) Quelle devra être la conduite du parti républicain si le suffrage universel n'est pas rétabli ?
» Voilà les deux questions, les deux seules questions qui intéressent le parti démocratique. Nous sommes tout prêts, dès aujourd'hui, à nous occuper de la première ; quant à la seconde, la discussion en est encore prématurée. »
» Le National me permettra de vous faire observer qu'il n'y a que le vide sous ces phrases que je viens de citer. Elles ne signilient absolument rien, quoiqu'elles aient Taii' de signifier quelque chose. C'est un voile qui cache une pensée absente.
» Je n'aperçois ([ue deux manières de rétablir le sullrage
universel dans toute l'étendue que lui a\aienl donnée le décret du 6 mars 1848 et la loi du 15 mars 1849 :
» Ou par une transactiox, ou par une uéyolltion.
» Par une transaction : celte transaction consisterait à dire au Pouvoir exécutil" et ;i la Majorité parlementaire : Voulez-vous de la révision de la Constitution avant l'élection du 9 mai 18o2'? Soit. Votant, votant. Nous vous volerons TAssemblée de révision en temps utile, pour qu'elle puisse avoir délibéré avant Téleclion du 9 mai 1852; mais, h votre tour, vous nous voterez rabrogalion de la loi du 31 mai 1850, et le rappel des lois qui ont suspendu le droit de réunion et garrotté la liberté de la presse, car si Topinion publique n'a pas tous les moyens de se faire jour et de s'éclairer, si enfin elle n'est pas entièrement libre, ce n'est pas l'opinion publique, pas plus qu'un magistrat dont on achète la conscience n'est la justice. Cette transaction, le National et le Peuple persistent à la repousser.
" Par une révolution : cette révolution consisterait à patienter jusqu'à l'époque des élections d'avril et mai 1852, et à déclarer ce qui suit : — attendu qu'il n'y a pas de droit contre le droit; attendu que le mandataire n'a pas le pouvoir de supprimer le mandant; la loi du 31 mai, étant radicalement nulle en droit, doit être considérée absolument comme si elle n'existait pas; en conséquence, on votera en mai 1852, comme on a voté en mai 1849, en vertu des mêmes principes, et sans tenir aucun compte des résistances de l'autorité. Il ne faut pas s'abuser : — Dans les deux cas, que l'autorité cède ou qu'elle résiste, ce serait une révt)lution; seulement, dans le premier cas, la révolution serait pacifique ; dans le second cas, elle serait sanglante; mais lune ne serait pas moins décisive que l'autre. Comment l'autorité résisterait-elle ? Avec 20,000 gendarmes et 400,000 so/f/o^s-ÉLECTEURS, cmpècliez donc de voter trois millions deux centmille électeurs, arl>itrairement,inconstitutionnellement radiés ! Si l'autorité concentre à Paris ses troupes, elle ne les aura pas dans les départements ; si elle les dissémine dans les départements, elle ne les aura plus sous sa main