‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 49 sur 156 · CONVOCATION DES ÉLECTEURS · texte numérisé non relu

CONVOCATION DES ÉLECTEURS

» Attendu que des deux résolutions qui précèdent résulte l'obligation de consulter sans retard tous les électeurs dont l'universalité constitue la souveraineté du peuple ;

» L'Assemblée nationale est d'avis qu'il y a lieu de convoquer en assemblées .électorales , dans le délai le plus court (jui pourra être fixé, tous les Français âgés de vingtun ans, qu aucune condamnation judiciaire politique n'aura privés de l'exercice de leurs droits civiques. »

Un seul décret ainsi divisé en trois articles a cet avantage, qu'aucune surprise, aucune supercherie, aucune trahison ne pourraient avoir lieu, puisque si l'un des trois articles ne réunissait pas dans le vote partiel la majorité nécessaire, les deux autres articles seraient rejelés au vote d'ensemble.

Avant de terminer, j'insiste de nouveau sur la nécessité d'nn prompt accord entre tous les journaux de l'opposition républicaine et démocratique à Paris et dans les départements.

Ce (pii vient de se passer en Toscane, ce (jui se passe en Prusse et dans toute rAllemagne doit nous faire mûrement

réfléchir. Que ce ne soit pas une leçon perdue pour notre expérience î

Le parti républicain a conunis, depuis le 23 février 1848, tant de fautes, qu'il n'en saurait commettre impunément une de plus.

La mesure est comble et le temps presse.

4 octobre 1850.

(.( L'Avenir se chargera de prononcer entre la Presse et » nous, »

C'est par cette ligne que le National termine la réponse qu'il nous adresse.

Entre le National et la Presse^ le Passé a déjà prononcé.

Telle est la réponse qu'à mon tour je fais au National.

Je ne voudrais pas récriminer, mais cependant il m'est impossible d'écarter entièrement les faits de la discussion.

Le 25 février et le 23 juin 1848, le National a tenu deux fois dans ses mains le sort de la République. Qu'en ont fait ses amis, M. Armand Marrast, membre du gouvernement provisoire, maire de Paris, président de l'Assemblée constituante, etc., et M. Gavaignac, président du conseil, chef du pouvoir exécutif? Est-il un acte d'arbitraire odieux ou oiseux devant lequel ils aient reculé ? Par les déplorables précédents qu'ils ont créés, n'ont-ils pas justifié d'avance tous les excès de pouvoir qui se commettent impunément aujourd'hui? Ce qu'on recueille en 1830, c'est ce qu'ils ont semé en 1848. Depuis le 10 décembre , MM. Dufaure , d'Hautpoul, Baroche et Rouher, ne sont pas allés plus loin qu'avant le 10 décembre, MM. Dufaure, Lamoricière, Senard et Marie.

Ces messieurs n'ont donc à s'adresser réciproquement aucun reproche, et, pour être juste, encore faut-il convenir que la plus grande partie de responsabilité revient à ceux qui ont pris l'initiative, c'est à dire à MM. Cavaignac, Lamoricière. Senard et Marie.

Le National a la mémoire courte.

11 oublie que si la liberté est expirante, c'est lui qui a soufiért qu'on lui portât les premiers coups et qu'il y a applaudi à deux mains.

Autre temps, autre langage.

Aujourd'hui 4 octobre 1850, il dit :

« Non seulement nous ne reconnaissons pas à un journal qualité -pour imposer un homme aux suSrages du peuple, mais nous lui dénions même le droit d'agir, de parler en vue de préparer les voies à une candidature. »

Le National oublie qu'en novembre 1858, il imprimait chaque jour en tète de sa feuille le nom du général Gavaignac comme candidat à la présidence de la République.

Le National oublie que pendant quarante jours, il n'a pas cessé un seul jour de vanter à outrance le général Cavaignac, ou de dénigrer également à outrance son compétiteur.

Le National oublie que le 4 novembre 1848, il n'avait pas assez d'éloges pour la circulaire de M.Dufaure, ministre de Tintérieur, recommandant en ces termes transparents la candidature de M. le général Cavaignac à tous les préfets de France, c'est à dire indirectement à 500,000 fonctionnaires de tous étages :

« Paris, le 2 novembre 184B.

■>■' On comprendra sans peine que son avenir (celui de la République) dépend en partie du citoyen qui, le premier, présidera à ses destinées ; que la « nation doit, dans le clioix qu'elle fera, se confier à un passé sans re- » proches, à un patriotisme incontestable, à une résolution mâle^ énergique, » déjà ÉPROUVÉE au service de la République, plutôt qu'à de vaines et trom- » penses promesses. »

» ... Je vous enverrai, sous peu de jours, une instruction sur la préparation des listes électorales, la tenue des collèges, le dépouillement du scrutin, enfin tous les détails d'exécution du décret du 28 octobre.

» J'ai voulu seulement aujourd'hui vous appeler à réfléchir sur le grand acte politique que la France va bientôt accomplir et sur l'attitude que vous devez prendre, au nom du gouvernement, dans des circonstances nouvelles.

» Agréez, monsieur le préfet, l'assurance de ma considération distinguée.

» Le ministre de l'intérieur, » J. DUFAURE. »

Le National oubiio que telle éUiit h cette époque l'ardeur dont il était animé, qu'il ne permettait même pas au Constilutionnel de garder le silence ; il le sommait d'avoir à s'expliquer, et le 30 octobre 1848, il le menaçait en ces termes :

« Le Constitutionnel garde encore aujourd'hui le silence sur la camlidiiture du prince Louis Bonaparte. Ce silence est étrange, et tout le monde s'en étonne, il n'est pas permis a tn organe cela publicité aussi important que le Constitutionnel de SE taire en présence d'une question à l'égard de laquelle nul n'hésite parmi les sincères partisans des principes républicains. Nous ne pouvons penser que le Constitutionnel soit disposé à prêter les mains à la recrudescence de préjugés bafoués par la raison, vaincus par la résolution à laquelle il a promis son concours. Mais il doit parler. Autrement, on serait fondé à croire qu'il craint de brûler ses vaisseaux, et surtout ce vaisseau célèbre qu'on avait placé si haut, et non tout à fait à tort, sur le pi'omoutoire. Espèrerait-on, par hasard, qu'une marée napoléonienne vînt le remettre à flot? Que le Constitutionnel le sache, son silence ne compromet pas que lui; c'est peutêtre injuste, mais c'est un fait. »

Le National oublie que, dans son numéro du 5 novembre 1848, il dictait à neuf millions d'électeurs leur choix par ces mots injurieux :

« Ainsi donc, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, l'élection de M. Louis Bonaparte serait un non sens ou un danger: cela juge la question. On dit bien, il est vrai, que sa personne est insignifiante : il a semblé le reconnaître lui-même en n'invoquant que son nom ; mais ce nom est significatif. M. Louis Bonaparte a donc deux titres à être exclu : l'insignifiance de sa personne, la signification de son nom, à la fois pour le dehors et le dedans. Maintenant qu'on vienne encore pre'cher cette candidature de quelques syllabes; la France ne se laissera pas prendre à cette ridicule piperie d'un nom. »

Le National oublie que le 22 novembre 1848 il insistait de nouveau en établissant le parallèle suivant, lequel se termine en forme de proclamation :

« Deux candidats sont en présence et s'ofirent à nos suffrages.

«L'un a consacré sa jeunesse aux études les plus sérieuses; entré dans l'armée, il est parvenu, lentement et par degrés, jusqu'aux plus hautes fonctions, en conquérant tous ses grades à la pointe de sonépée: investi parla confiance de l'Assemblée nationale du commandement suprême, il a SAUVÉ Paris, la France, la société d'un danger terrible; son administration intelligente et ferme a rétabli l'ordre, a maintenu la tranquillité pu-

blique, a rassuré les esprits, ranimé peu à peu le travail, réveillé l'iiulustrie ; simple dans ses mœurs, modeste, désintéressé, dévoué à la République et plein de respect pour la Constitution, il n'aspire qu'à la gloire de clore pour laFrance l'ère funeste des révolutions. Avec lui, la liberté est fondée, l'ordre assuré, la paix intérieure certaine.

i> L'autre, élevé comme le sont malheureusement presque tous les princes, a montré d'abord des prétentions ridicules et une ambition insensée. Il ne s'est rendu célèbre que par des entreprises extravagantes et des échecs ridicules. Son seul exploit miliiaire a été de blesser dangereusement un soldat français. La seule fonction publique qu'il ait jamais exercée est celle de limier de la police anglaise. Il n'a jamais donné aucune preuve de capacité. Il ne nous a rendu aucun service. Il sollicite la suprême magistrature au même titre qu'il réclamait autrefois la couronne, en vertu du nom qu'il porte, et de prétendus droits que la nation ne pourrait reconnaître sans abdiquer sa propre souveraineté, sans détruire la Constitution qui vient d'être promulguée, sans entrer enfin dans la carrière sanglante des révolutions. Avec lui, par conséquent, la liberté est compromise, l'ordre et la paix sont menacés, la confiance se i-etire, le travail chôme, l'industrie s'arrête, le commerce est mort.

» Songe: à cela, citoyens, et n'oubliez pas que l'P^urope vous regarde et va juger, par le grand acte que vous allez accomplir, si vous savez apprécier les hommes, reconnaître les services rendus, comprendre et sauvegarder vos intérêts les plus chers. »

Cenl colonnes de la Presse iVy sufHi'aienlpas, si je voulais reproduire tous les hymnes et toutes les satires qui, du 20 octobre au 10 décembre 1848, font du National une collection non moins curieuse qu'instructive ; aussi n'en pouvais-je croire mes yeux quand j'ai lu, de mes yeux lu, ces lignes étourdissantes du National et qui sont bonnes à relire deux fois :

« Non seulement nous ne reconnaissons pas à un journal qualité pour imposer un homme aux suffrages du peuple, mais nous lui dénions même le droit d'agir, de parler en vue de préparer les voies à une candidature. »

Oser imprimer cela après avoir ouvertement menacé le bon, l'excellent, le paisible Constitutiunnelpixvce qu'il gardait le silence, en vérité, cela est trop fort et cela dépasse tout ce qui était connu en ce genre !

Si, par l'excès de son idolâtrie, le National ne compromettait que la République, à jamais mémorablepar la transportation sans jugement, la suppression des journaux sans niolil". l'arrestalion des écrivains sans prétexte, etc., je m'en

i nquiéterais peu. Mais le A^o/Zo/ia/ compromet gravement la Liberté, qui m'est clière, la Liberté qui porte dans ses vastes flancs le niontle nouveau, la Liberté pour le sort de laquelle, jel'avoue, toute révolution, quelque juste qu'elle puisse être, m'alarme toujours.

Si une quatrième révolution a lieu, avant la Liberté absolue et l'Avenir, passeront la .luslice implacable et le Passé. Il faut s'y attendre.

Cette révolution, on peut la prévenir en faisant la veille ce qu'elle ferait le lendemain.

Que ferait-elle le lendemain?

Le lendemain, elle déclarerait inconstitutionnelle la loi du 31 mai 1850, et illusoire la Constitution du 4 novembre 1848. Elle lesannullerait l'une et l'autre, et ce qui pourrait arriver de plus heureux, ce serait qu'elle convoquât immédiatement dans les assemblées électorales tous les Français Agés de vingt-un ans.

Eh bien! n'est-ce pas là tout ce que propose la Presse'? Rien de plus, rien de moins.

— Mais, dit le National, il y a contradiction dans vos conclusions : vous affirmez que l'Assemblée n'abrogera pas la lai du 31 mai, et quelques lignes plus loin, vous soutenez que cette même Assemblée acceptera un décret ainsi conçu :

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