‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 51 sur 156 · UTILITÉ DE L'INQUISITION · texte numérisé non relu

UTILITÉ DE L'INQUISITION

3 juin 1850.

On lit dans VUnivers :

« h' Ami de la Religion explique les phrases douteuses qui lui étaient échappées sur l'Inquisition. Il proteste qu'il est loin de se ranger parmi les ennemis do cette sainte institution. En disant qu'elle devait être emportée par l'esprit nouveau, auquel elle s'opposait cournrieusement, il a voulu montrer qu'il se rangeait parmi ses amis. S'il a ajouté qu'il n'avait pas à apprécier le fait de l'abolition, c'est qu'il se réserve de traiter à part ce point particulier. En affirmant que la disparition de l'inquisition, en augmentant le péril, laisse plus de place au dévoûmeril privé, son dessein était de faire ressortir I'utilité de l'inquisition. »

Quand nous disions, il y a peu de mois, qu'on ne larderail pas à réhabililer l'inquisition ! De la réhabilitation au rétablissement de l'inquisition, il n'y a que l'épaisseur de la feuille do papier qui s'appelle journal.

Trouve-l-on que la réaction presse assez le pas et porte la tête assez haut ?

N'était-ce donc que pour aboutir à l'inquisition que M. de Montalembert et VUnivers réclamaient la liberté?

VUnivers nous répond :

« Xous défendrons envers et contre tous la sainte Inquisition, parce

qu'elle appartient au passé de l'Église, et qu'il n'y a rien, absolument rien clans le passé de l'Église qui ne soit digne de Cadmiration et de Vamou r de ses enfants.

» Comment, nous, catholiques, pourrions-nous, sans lâcheté et sans hypocrisie, entendre dire qu'une institution protégée, favorisée, louée par l'Église pendant plusieurs siècles, était une institution abominable, et ne pas exprimer hautement le sentiment que nous inspire cette odieuse calomnie? Mais de la défense de l'Inquisiiion au rétablissement de l'Inquisition, il y a un peu loin, et les catholiques qui demanderaient aujourd'hui ce rétablissement nous paraîtraient aussi sensés que la Presse ellemême, lorsqu'elle demande la liberté de Ibut dire. »

Ainsi, VUnioers trouve qu'il n'y a rien à redire à la condamnation de Galilée, pour n'en citer ici qu'une seule. Il la trouve « dif/ne d^ admirât ion! » (1)

Si cette condamnation a été utile dans le passé, en quoi

(1) « Galilée, dit Laplace [Ejpositiondusijstèmedumonde, liv. Y,chap. iv), fut cité au tribunal de l'Inquisition, et forcé de se rétracter pour échapper à une i^rison rigoureuse. Une des plus fortes passions est celle de la vérité dans l'homme de génie. Persuadé que, pour faire adopter la vérité, il sufKt de la mettre au jour, il brûle de la répandre, et les obstacles qu'on lui oppose, en lui montrant l'erreur et l'injustice réunies pour la détruire, ne servent qu'à l'irriter et à lui donner une nouvelle énergie.

» Galilée, convaincu par ses propres observations du mouvement de la terie, médita longtemps un nouvel ouvrage dans lequel il se proposait d'en développer toutes les preuves. Mais, pour se dérober en même temps à la persécution dont il avait été la victime, il imagina de les présenter en forme de dialogue entre trois interlocuteurs, dont l'un défendrait le système de (Copernic, combattu par vm peripntéticien.

» Le succès de ces Dialogues, et la manière triomphante avec laquelle toutes les difficultés contre le mouvement de la terre y étaient résolues, réveillèrent l'Inquisition. Galilée, ii l'âge de soixante-dix ans, fut de nouveau cite à ce tribunal. La protection du grand-duc de Toscane ne put empêcher qu'il y compariît. On l'enferma dans une prison, où l'on exigea de lui un second désaveu de ses sentiments, avec menace de la peine de relaps s'il continuait d'enseigner le système de Copernic.

» On lui lit signer cette formule d'abjuration : « Moi, Galilée, à la » soixante dixième aimée de mon âge, constitué personnellement en jus- » tice, étant à genoux et ayant devant ies yeux les saints Évangiles que » je touche de mes propres mains ; d'un cœur ferme et d'une foi sincère, » j'abjure, je maudis et je déteste l'absurdité, l'erreur, l'hérésie du mnu- » vemnil de la terre, etc. » Quel «[lectacle, que celui d'un vénérable vieillard, illustre par une longue vie consacrée tout entière ;ï l'étude de la nature, abjurant à genoux, contre le témoignage de sa propre conscience, la vérité qu'il avait prouvée avec évidence !

)' Un décret de l'Inquisition le condamna à une prison perpétuelhi. Il fut élargi après une .'innée, par les sollicitations (lu grand-duc; mais, pour l'empêcher de se soustraire au pouvoir de l'Inciuisition, on lui défendit de sortir du territoire de Florence. Il mourut eu 1642, emport.rnt avec lui les regrets de rEurojie éclairée par ses travaux, et indignée du jugement porté contre un si grand homme par un odieux tribunal. »

UTILITÉ DE L'INQUISITION. m

donc serait-elle moins utile en 1850 qu'en 1642^ S'il est vrai que jamais la société ne fut en plus grand péril, comment pourrait-on hésiter devant l'emploi des moyens les plus efficaces? Comment, lorsque la société était moins gravement malade, vous ne reculi'^'z pas devant la torture, la question, . le bûcher; et aujourd'hui, lorsque la gangrène a rendu la plaie mortelle, vous hésiteriez ! Soyez donc conséquents ! soyez donc sincères !

Il n'y a pas de milieu entre l'éloge de l'inquisition ou son rétablissement. L'un conduit inévitablement à l'autre. Rétablissez-la donc ! Recommencez donc à massacrer les protestants et à brûler les juifs !

2 octobre 1850.

On ht dans VUnivers :

« M. le président de la République vient de rendre un décret sur Finstruclion publique des musulmans on Algérie. Les écoles arabes tombaient en désuétude. M. le ministre de la guerre a voulu les relever, et il n'a pas trouvé d'autre moyen que de les mettre à la charge et sous la direction du gouvernement français. Voilà une religion de jAus dans le panthéon universitaire. Quel motif a guidé M. d'Hautpoul? La barbarie qui règne eu Afrique est l'œuvre du Coran : c'est le Coran qui établit entre nous et la population indigène une barrière infranchissable. Tant qu'il y aura des musulmans en Algérie, il y aura des enjiemisJe la France. Si l'on espère par là conquérir les Arabes à la civilisation française, on se trompe. Les Arabes nous mépriseront un peu plus quand ils nous verront encourager et soudoyer un culte qui n'est pas le nôtre. C'est tout ce que notre éclectisme nous aura valu. »

Cet article est clair et signifie :

Premièrement, qu'il faut exterminer, en Algérie, tous les musulmans;

Deuxièmement, qu'il faut massacrer, ou pour le moins proscrire tous les protestants et tous les juifs, tous les hérétiques et tous les schismatiques qui existent en France ;

Troisièmement, qu'il n'y a qu'une bonne et sage politique : c'est celle qui s'est illustrée, en France, par le mas-

sacre de la Saint-Barthélémy et par la révocation de l'édit de Nantes ;

Quatrièmement, que la source du mal, c'est Véclectisme, car le socialisme n'est à l'éclectisme que ce qu'est l'effet à • la cause, la récolte à la semence.

Il n'y a donc pas un moment a perdre pour rallumer les bûchers de l'inquisition , recharger l'arquebuse de Charles IX, rechercher la plume qui servit à Louis XIV à raturer l'œuvre d,e Henri IV, et, enfin, recommencer les dragonnades !

De quel temps, grand Dieu ! approchons-nous donc pour qu'un tel délire se soit emparé du cerveau d'écrivains qui, il y a moins de trois ans, réclamaient tous les matins, sous toutes les formes, la liberté religieuse la plus absolue et la liberté d'enseignement la plus illimitée?

Avis aux protestants !

Avis aux israélites !

Car, il ne faut pas qu'ils s'abusent, après qu'on aurait exterminé les musulmans, leur tour ne tarderait pas à venir ou plutôt h revenir.

A ce cri atroce d'intolérance, que la France indignée réponde : Liberté 1

Liberté des cultes !

Liberté d'enseignement!

Liberté de la presse !

Liberté d'association et de réunion !

4 octobre 1850.

La Presse demande :

L'entière séparation de l'Église et de l'État.

L'entière séparation de l'Enseignement et de l'État.

En d'autres termes :

Plus de religions salariées par l'État.

Plus d'enseignement salarié par l'Etal.

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