‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 52 sur 156 · UTILITÉ DE L'INQUISITION · texte numérisé non relu

UTILITÉ DE L'INQUISITION

Mais si l'État salarie une religion, il doit salarier toutes les religions.

Mais si l'État salarie un enseignement, il doit salarier tous les enseignements.

Le musulman qui paye l'impôt n'a pas moins de droit que le catholique, le protestant, l'israélite, à prétendre que ce qu'il a versé en argent lui soit restitué sous une autre form .

Entre l'un ou l'autre système, il faut choisir.

13 juin 1850.

On lit dans VUnion :

a Les questions se rapetissent '. on débat des affaires d'argent là où il faudrait débattre des questions de principe On aligne des comptes de ménage là où il faudrait sonder les maux publics. Et de la sorte il arrive que le fond des idées de tous les partis reste couvert. Nul ne dit sa pensée propre; chacun a des vues secrètes. La bienveillance couvre la perfidie; le dévoûment déguise la personnalité et l'union même cache la guerre.

» Est-ce que l'on ne sortira pas des tromperies ou des petitesses?

)) Que veut-on? Il faut le dire. Veut-on la République? Quelle République ? La Monarchie? Quelle Monarchie? »

S'il est un journal dont la rédaction ne marche qu'à pas de mule entre tous les précipices, c'est assurément V Union. Ce n'est jamais sans i)ien regarder où elle pose le pied qu'elle se décide à mettre l'un devant l'autre. Ce n'est donc pas inconsidérément et sans en avoir pesé tous les termes que VUnion a livré aux méditations de ses lecteurs la déclaration ci-dessus.

Oui, VUnion a raison : plus de tromperies ! plus de petitesses ! La mesure est comhle (l(\s petitesses et des tromperies ; il i'autiiue chacun dise hautement cl hanchement ce qu'il veut.

Nous le disons :

Nous voulons hautomont, franchement ia République,

— Quelle République ?

— La République démocratique et sincère.

La République avec le suffrage annuel, direct et universel.

La République avec un simple président responsable, choisi par l'Assemblée nationale et révocable par elle,

La République avec une Assemblée élue tous les ans, discutant le budget, votant l'impôt, se réunissant de droit le 1®"" mai de chaque année, et se séparant le l®"" juillet ou le 1®"" août, après avoir apporté à la tribune l'expression des vœux et des besoins du pays.

La République avec la liberté absolue et sérieusement garantie.

'La République avec l'émancipation, l'organisation et la dotation de la commune.

La République avec la décentralisation administative.

La République avec la suppression de toute représentation officielle.

La République avec des ministres logeant chez eux et ne recevant d'autre indemnité que celle allouée aux représentants du peuple.

La République avec l'unité d'impôt transformé en prime d'assurance proportionnelle à la valeur des objets assurés.

La République avec la réduction du budget de l'État au dixième du revenu brut, au cinquiènie du revenu net, soit un milliard au plus.

La République, avec l'armée restreinte à un chiffre qui ne permette pas de dépasser la moyenne des engagements volontaires.

Mais la République dont nous ne voulons pas, c'est de la République monarchique et dérisoire, c'est de la royauté à terme et au rabais.

Maintenant, au tour de VUnion de nous dire, hautement et franchement , comment elle comprend la monarchie qu'elle souhaite.

Quel régime représentatif?

Quelle liste civile?

Quel budget annuel?

Quelle somme de libertés?

Quel système d'impôt?

Quel mode de recrutement de l'armée ?

Quelles garanties, enfin, données, en cas d'abus de pouvoir, par l'hérédité du trône à la souveraineté du peuple?

Que VUnion s'explique; en attendant, nous répétons avec elle : Plus de tromperies ! plus de petitesses !

VUnion nous répond :

« En 184S, on nous disait : République ou Léyitimilé ! Nous répondions : Légitimité ou République! Nous en sommes toujours à ce dilemme.

» Voici donc le résumé de nos idées, sans qu'il en résulte une prétention d'improviser des plans de gouvernement ni de faire d'avance la loi aux événements :

» La démocratie considérée comme principe absolu de gouvernement est une exclusion : point de démocratie ainsi entendue.

» L'iiérédité du pouvoir, garantie essentielle de la liberté.

» Le suffrage universel, ayant sa base dans la commune.

» Pouvoir législatif remis à deux assemblées, l'une et l'autre dérivant de l'élection.

« Responsabilité des ministres.

» L'impôt voté chaque année.

» Les services publics réglés par chaque législature.

» Liste civile déterminée par la législature.

» Budget réduit par des réformes régulières, de manière à atteindre la base fixe d'un milliard.

» Système d'impôt proportionneL Répartition libre par départements.

» Emancipation, organisalioi} et dotation de la commune.

» Décentralisation administrative. Attributions des conseils locaux. Pouvoirs très larges, mais réglés.

» Armée restreinte. Engagement volontaire. Libération du service par un droit universel et proportionnel. Intervention de 1 Etat. Suppression des compagnies.

M La liberté absolue est l'état sauvage; point de liberté sans règle; mais aussi point de répression sans loi.

» Abus de pouvoir impossibles de la part de l'hérédité, les ministres étant responsables de tous actes contraires aux lois.

» Voilà en peu de mots notre explication.

» Notre thèse est plus républicaine que celle de la Presse. La raison en est que l'Iiérédité supporte plus la liberté que l'élection. Ceci n'est pas de notre temps, c'est de tous les temps. »

Nous voulions répondre à l'Union^ mais c'est un soin dont s'est chargé, pour la Presse. M. de Chateaubriand, s'expriniant ainsi :

« Puisque aucun pouvoir parmi nous n'est inviolable , « puisque le sceptre héréditaire est tombé quatre fois de- » puis trente-huit années, puisque le bandeau royal atta- » ché par la victoire s'est dénoué deux fois de la tète de » Napoléon, puisque la^souveraineté de Juillet a été inces- » samment assaillie, il faut tN conclure que ce n'est pas

» LA république qui EST IMPOSSIBLE, MAIS LA MONARCHIE.

» La France est sous la domination d'une idée hostile au » trône : un diadème dont on reconnaît d'abord l'autorité, » puis que l'on foule aux pieds, que l'on reprend ensuite » pour le fouler aux pieds de nouveau, n'est qu'une inutile » tentation et un symbole de désordre. On impose un maître » à des hommes qui semblent l'appeler par leurs souvenirs, » et qui ne le supportent plus par leurs mœurs ; on l'im- » pose à des générations qui, ayant perdu la mesure et la » décence sociale, ne savent qu'insulter la personne royale » ou remplacer le respect par la servilité.

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