POUR LE PLUS GRAKD NOMBRE POSSIBLE
» La Presse^ vous le voyez, n'a avancé ni reculé ; elle est restée le 30 juin ISoO ce qu'elle était le 30 juin 1836.
» Ce qu'elle disait le 30 juin 1836, on le trouvait alors tout simple : cela s'appellerait le 30juin 1850 du socialisme !
» J'avais donc raison, dans une circonstance récente, de répondre à une interpellation qui m'était faite : « Répu- » blicnin du lendemain, mais socialiste de V anti-veille. »
« Celte audacieuse franchise de ma l'éponse a trouvé quarante mille électeurs qui l'ont comprise ! Elle a trouvé les électeurs du Bas-Rhin, les derniers électeurs du suffrage universel ! Ici, cà n'est pas le fondateur de la Presse., c'est le représentant du Bas-Rhin qui, à son tour, porte ce toast, que vous accueillerez tous avec transport :
)i Au berceau de l'imprimerie! A la ville de Strasbourg;
» où Gutlemberg fonda, en 1436, la première imprimerie, » déclarant qu'il mettait en société « tous les arts cl secrets » tenant du merveilleux. »
» Oui, au berceau de Vimp)'imerie, car, sans celle admi- » rable invention, nous tous qui sommes réunis ici, que se- » rions-nous? — Nous n'existons tous que par elle. »
Ces derniers mots sont accueillis par les mêmes acclamations qui, à diverses reprises, s'étaient fait entendre pendant que M. de Girardin citait les paroles empruntées au premier numéro de la Presse du 30 juin 1836. M. Victor Hugo se lève pour prendre la parole. Aussitôt le plus profond silence s'établit. M. Victor Hugo s'exprime ainsi :
« En venant au milieu de vous, je n'aspirais qu'au bonheur d'assister inaperçu à celle fête.
» A ce bonheur, vous ajoutez un honneur, honneur qui ne s'effacera jamais de ma mémoire : vous venez de prononcer mon nom ! M. de Girardin vient de le rappeler en des termes qui m'émeuvent profondément ; vous me récompensez bien au-delà du peu que j'ai fait. Je ne suis rien — qu'une âme qui comprend un peu toutes vos âmes. (Bravos!) Je ne suis rien — qu'un homme qui compose son devoir de la défense de tous vos droits. (Applaudissements.)
» Mais permettez-moi de ne songer qu'à M. de Girardin et qu'à vous.
» Permettez-moi de féliciter l'Assemblée nationale de celle noble et considérable recrue. (Bravos.) Nous comptons dans nos rangs aujourd'hui, nous qui avons tort devant la majorité, mais qui avons raison devant le pays (oui, oui! bravo î), nous comptons dans nos rangs un homme d'un ferme et puissant esprit, qui, dans tous les temps, a monti'é à la fois tous les genres de courages. N^)yez. il y a huit jours à peine qu'il siège à l'Assemblée nationale, et déjà il a prouvé celte bravoure plus diflicih^ et plus laie que la bravoure des champs de bataille, la brjnourede la tribune. (Longs applaudissements.)
» Messieurs, je ne sais si, parmi vous, il y a un citoyen de
l'AIsiicc... S'il en est un, c'est à lui que je ni'adiesse ; c'est lui que je prends en ce moment, non seulement comme citoyen ; c'est lui que je félicite, non seulement comme écrivain, et à qui je parle comme je parlerais à son pays tout entier; mais, comme représentant de Paris, c'est lui que je félicite d'appartenir à cette noble province, parce que, dans tous les temps, depuis que nous possédons le gouvernement parlementaire, l'Alsace a envoyé à la Chambre des représentants patriotes, démocrates et libéraux. (Bravo! bravo!)
» Il semble que cette admirable province se soit souvenue de l'insulte de ce Congrès de 1815 qui lui contestait son titre de province française. Depuis trente-cinq ans, l'Alsace a certes bien prouvé qu'elle fait partie de la France, car la meilleure manière de prouver qu'on appartient à la France, c'est de prouver qu'on appartient à la liberté ! (Bravos répétés.)
» Messieurs, un dernier mot.
« Il y a deux ans, ce mol : nuvrier! était à la mode ; la réaction en usait et en abusait. Aujourd'hui, ce mot, on l'insulte, on le raye des listes électorales. C'est le moment où je veux le reprendre, l'honorer et m'en servir. (Longs et chaleureux applaudissements.)
)) Nous sommes tous ici, je le dis et je m"en glorifie, une réunion d'ouvriers ; et nous sommes en même temps, permettez-moi de le dire, une réunion d'intelligences. Tous, tant que nous sommes, nous servons la pensée : les uns par la parole, les autres par la plume ; d'autres encore, en mettant en mouvement ces admirables et rudes machines, les presses, cette sublime invention, l'imprimerie, dont nous défendrons les droits à la tribune dans peu de jours ! (Applaudissements.)
» Glorifions-nous donc de ce titre, d'être les serviteurs de rintelligence, glorifions-nous-en, et, tout humble qu'il semble, connaissons-en la puissance et la beauté, car les serviteurs de l'intelligence, ce sont les maîtres de l'avenir. (Applaudissements prolongés.)
» Maintenant, permettez-moi, comme simple lecteur de
la Presse, comine nioiiibre do celle réunion, de porter la santé du fondateur, des rédacteurs cl des ouvriers de la Presse. (Bravo ! bravo !j »
Presque toutes les phrases tle cette chaleureuse improvisation sont cou\ cries d'applaudissements prolongés. Celte agape du travail se termine par quelques mots (\ue prononce l'un tics porteurs de la Presse et par Vllymnedes Travailleurs, de Pierre Dupont, que chante avec ùme Fun des soldats de la nombreuse armée de Guttemberg, de cette armée pacifique dont chaque conquête est une victoire que remporte le principe de la fraternité, un progrès qu'accomplit l'esprit d'unité.
LA CxVTASTROrHE DE FÉVRIER.
A M. le rédacteur en chef de rÉvéncmenl.
10 juillet 1850.
« Mon cher monsieur,
» Je lis ce matin, dans l'Événement^ le compte que vous rendez des diverses propositions qui ont été mises aux voix dans la réunion des représentants de l'opposition qui a eu lieu lundi soir, 8 juillet 1850, chez Lemardelay.
» Je n'ai pas proposé, ainsi que VÉvénement et le Siècle me le l'ont dire, « une démission en masse ; » j'ai proposé une déclaration motivée et collective adressée au président de l'Assemblée nationale, M. Dupin, lié par un précédent (1),