LA QUESTION PRÉALABLE
craint de s'engager à prêter son appui ; voilà la politique que nous défendons, et nous n'en défendrons pas d'autre, n
Cette déclaration, insérée dans le Constitutionnel, est plus onicielle que si elle était imprimée au Moniteur, car elle a pour garantie la signature : le docteur l. véron.
C'est un véritable aval. Si la France était trompée dans sa confiance, elle aurait le droit de s'en prendre à M. Véron. La France peut donc être pleinement rassurée.
Il est vrai que, dans un autre passage, M. Louis Yéron, caution de M. Louis Bonaparte, s'exprime ainsi :
« Un grand nombre de conseils généraux , poussés bien plus par l'ardeur de leurs vœux que par une scrupuleuse fidélité ù leur mandat, ont demandé la révision de la Constitution et la prolongation des pouvoirs du président. UAssemblée aura donc à prendre une initiative. Nous espérons dans sou patriotisme, sans nous charger de prévoir ses projets et ses votes. »
Mais il ne faut pas s'arrêter à ces lignes, qui n'ont d'autre objet que de ménager une transition et de masquer un peu la retraite du Constitutionnel, obligé d'abandonner sa solution, comme une armée en déroute abandonne les bagages qui ralentissent sa marche. M. Véron sait parfaitement que l'Assemljlée ne prendra aucune initiative, à moins que ce ne soit pour se joindre au blâme sévère que le Constitutionnel inflige un peu tardivement, il faut en convenii', aux conseils généraux. Ces pauvres conseils généraux, c'est après qu'on les a compromis qu'on les désavoue ! Compromettez-vous donc !
Toute idée de demander une prorogation de pouvoirs est abandonnée : — voilà qui est authentique , voilà qui est certifié et signé : le docteur l. véron.
Qu'il n'en soit donc plus parlé que pour mémoire !
Toute la question désormais se réduit à savoir si la loi du 31 mai I80O sera spontanément rapportée par la majorité qui l'a votée? Pour l'espérer, il faudrait ne pas connaître l'ascendant absolu exercé sur M. Berryer par M. Thiers. Parlez donc à M, Thiers de rétablir le suffrage universel. Il vous répondra : Be quoi vous plaignez-vous? — Du suf-
frage universel I Mais ce qu'il aurait fallu, ce qui eût été désirable, c'eût été le suffrage supprimé.
Le Siècle pense et dit qu'il sera temps de s'informer le 10 mai 1852, sur quelles listes et avec quelles caries on aura voté la veille, le 9 mai. Quoiqu'elle soit signée, une telle réponse ne saurait être considérée comme sérieuse.
La France serait coupable et mériterait son déclin si elle renonçait ainsi à toute prévoyance, h toute initiative ; si elle s'attachait passivement à la remorque des événements. Elle ne l'a déjà que trop fait! Avant tout, la politique, c'est l'art de prévoir, car comment exercer l'art de choisir si l'on ne sait pas ce que l'on veut?
Le Siècle se trompe gravement ; le 10 mai 1852, il sera trop tard de s'enquérir sur quelles listes et avec quelles cartes les électeurs voleront, car ils auront déjà volé le 28 avril 1852.
L'article 31 de la Constitution est clair et formel ; il est ainsi conçu :
« Quarante-cinq jours au plus tard avant la fin de la Dgislature, une loi déterminera l'époque des nouvelles élections.
» Si aucune loi n'est intervenue dans le délai Kxé par le paragraphe précédent, les électeurs se réunissent de PLEIN DROIT le TRENTIÈME JOUR qui précède la tin de la législature. »
C'est le 28 mai 1852 que finira la législature commencée le 28 mai 1849. De plein droit, ce sera donc le 28 avril 1852 qu'auront lieu les élections générales pour le renouvellement de l'Assemblée nationale.
Ces élections précéderont de douze jours celles qui auront lieu le 9 mai 1852 pour la nomination du président de la République.
Par quelle voie, par quel concours de circonstances ou de volontés, par quelle transaction ou par quel retour de conscience la loi du 31 mai sera-t-elle abrogée ?
Toute la question est là.
C'est en vain qu'on tenterait de s'en détourner; le cours des événements y ramènera toujours. C'est la question préalable.