‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 71 sur 156 · COMMERCE ET CONSOMM.\TION DE L.\ VI.\.NDE · texte numérisé non relu

COMMERCE ET CONSOMM.\TION DE L.\ VI.\.NDE

18 décembre 1850.

La viande qui entre dans Paris par les abattoirs paye un droit de 12 c. 32 le kilogramme. Lorsque la viande est entrée à Paris, il faut qu'elle s'y consomme ou qu'elle y pourrisse, car le droit perçu de 12 c. 32 par kilogramme n'est pas restitué à la sortie, restitution qui, en langagede douane, s'appelle dvaivhack.

Le nombre des bouchers de Paris, d'abord limité à 300 par le décret de 1811, s'est successivement élevé à 500.

Seuls ils ont le droit exclusif d'acheter à Sceaux et à Poissy de la cloche à la cloche.

La Caisse de Poissy paye pour eux comptant sur les marchés.

C'est sous ce régime que se sont produits les résultats suivants, consignés dans le rappoit de M. de Kergorlay, dont

le Conseil général de lagrieulluie et du commerce a adopté les conclusions :

« En 1849, le prix moyen des marchés de Sceaux et de » Poissy, pour la viande de bœul", a été de 91 c. le kilogr.. » qui , d'après les usages généraux do la boucherie en » France, devrait permettre aux bouchers de la vendre » aux consonmialeurs à 80 c. le kilogr. Les profits que le » boucher fait sur la peau, sur le suif, sur les issues, les » abats, etc., lui permettent de vendre la viande à 10 c. » meilleur marché qu'il ne l'achète, même en tenant compte » des droits d'octroi, etc.; eh bien ! il est incontestable que » bien peu de bas morceaux se sont vendus au-dessous de » 80 c. à Paris, en 1849, et que tous les bons se sont vendus » 1 fr. 40 c. à 1 fr. 60 c. le kilog., sans compter l'usage de » vendre les morceaux de premier choix, comme le tilet. » à un prix double de celui des morceaux ordinaires. Loin » de diminuer, ces prix vont en renchérissant depuis le » commencement de 1860. et maintenant les bouchers ont la » prétention de vendre les filets de hœufofr. 60 c. le ki- » logr. Une des premières mesures prises par le gouverne- » ment provisoire, en 1848, fut la suppression des droits » d-octroi sur la viande. Le prix de la viande fut-il abaissé » comme il aurait dû l'être par suite de cette suppression? » Certainement non; et c'est ce qui décida, quelques mois » plus tard, la Commission municipale à rétablir le droit, » parce que sa suppression avait causé un grand vide dans » la caisse municipale, et n'avait pas profité aux consom- » mateurs. «

Oui ou non, est-il vrai que les oOO bouchers privilégiés de Paris n'ont pas fait profiter les consommateurs, en 1848. de la suppression des droits d'octroi sur la viande?

Oui ou non, est-il vrai (]ue l'élévation du prix de la\iande empoche de s'étendre la consommation de cette denrée alimentaire ?

Oui ou non, est-il vrai (jue cette restriction nuisible au développement de la consoujinalinn de la viaiuK'. (»sl lunesle à l'agriculture?

LA LIBERTE REGLEMENTEE. -287

Oui ou noiKOsl-H MVii (|ue tons les agriculteurs, éleveui's, engraisseurs ont le mt'nie intéièt que les consommateurs ii Taholition du privilège ((ui limite à Paris le nombre des bouchers ?

Un premier article, qui a paru le 11 octobre 1850, dans la Presse, sous ce titre : la viande a bon marché, avant qu'aucun journal se fût encore occupé de cette importante question, a établi, avec tous les chiffres à l'appui, que la moyenne de la consommation de la viande, à Paris, ne s'élevait qu'il 3o kilogr. 1/2 par tète et par année. Ce n'est pas le di- .rième d'un kilogramme par personne chaque jour.

Cependant, le prix de la viande, loin d'augmenter, a diminué depuis 1790. Si l'on prend les quatre années qui ont précédé 1790, et qu"(in les compare aux quatre années qui ont précédé 1850, on trouve que dans les quatre premières le prix du bœuf sur le marché de Poissy a été de 1 fr. 06 c. le kilogramme et dans les quatre dernières années de 1 fr. 01 c. Ainsi, à soixante années de distance, de 1790 ii J850. loin de trouver une augmentation, on trouve une diminution de 05 c. par kilogramme. Cette diminution s'explique d'abord par le développement de la production des animaux qui fournissent la viande de boucherie, puis par l'extension qu'a jjris le rayonnement de l'approvisionnement de Paris. Il y a vingt-cinq ans, quarante départements à peine prenaient part à l'approvisionnement de Paris, aujourd'hui il y en a soixante, et les grandes lignes de chemins de fer qui sont en construction en augmenteront encore le nombre. Le prix moyen auquel les producteurs livrent la viande à la consommation est de GO à 90 c. le kilogramme ^1).

Vendre 1 fr. 40 c. et 1 fi". 60 c. au consommateur ce qu'on achète au producteur 60 et 80 c, c'est-à-dire juste le double ; vendre à Paris 1 fr. 50 c. ce qu'un boucher vend à Cour- Ijevoie (2) 65 c, voilà ce qu'a produit le régime tutélaire de

(1/ Rapport de M. de Ivergorlay.

(2) Ce boucher, qu'on no peut supposer capable de vendre à perte,

la liberlô réglementée ! Voilà eominenl l'État réussit à protéger le contribuable et le consommateur quand il s'en mêle !

A propos de liberté réglementée, on trouve dans le rapport de M. de Kergorlay ce même aveu dïmpuissance qui se retrouve toutes les fois qu'il s'agit de mettre obstacle au cours naturel de la liberté légitime. Cet aveu d'impuissance est celui qu'on va lire :

« Quoique puni de peines très sévères par les anciens » règlements de la boucherie, le commerce dit à la cheville a » toujours été pratiqué et l'est toujoui's, parce qiCilesl dans » la nature des choses. »

Ainsi, qu'il s'agisse soit de la liberté de la boucherie, soit de la liberté de l'intérêt de l'argent, soit de la liberté de la presse, soit de toute autre liberté légitime, toute mesure restrictive et répressive est frappée d'inefficacité et ne sert qu'à faire détester les gouvernements.

En vérité, les gouvernements ressemblent aux individus qui se noient. Si on savait prendre le temps de respirer, jamais on ne se noierait. Si les gouvernements savaient s'affranchir de la responsabilité dont ils se surchargent, jamais ils ne tomberaient. Mais non, plus ils fléchissent sous le poids des attributions qu'ils ont accaparées, et moins ils trouvent qu'elles leur suffisent. Ils ne songent jamais qu'à accroître le poids qui les accable, au lieu de songer sans cesse à l'alléger.

S'il y a une doctrine (jui soit essentiellement gouvernementale et conservatrice, assurément c'est celle de la liberté absolue.

Tout le démontre, tout le prouve. '

Quand ce journal défend la liberté de la presse, il peut être suspect; mais il ne doit })as l'être lorsqu'il défend la liberté de la boucherie.

fournit, au Mont-Valérien , la garnison à raison de 42 centimes et demi le kilogramme [soit, moins de quatre sons et demi la /l'ire), prix duquel il faut déduire les frais de transport de Courbevoie au Mont-Valérien. Plus de 4 kilomètres à franchir 1

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