‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 84 sur 156 · LKS LOIS DE BANNISSEMENT · texte numérisé non relu

LKS LOIS DE BANNISSEMENT

Si la condainnalion de Louis XVI a fié « un crime, » ainsi que l'a répété à doux reprises M. Benoisl-d'Azy, président de l'Assemblée législative et se constituant d'ot'lice l'interprète de l'Histoire, quel nom donnera-t-on au vote du 1®"" mars 1851, je le demande à M. Berryer, je le demande à M. Boyer, garde-des-sceaux ?

M. Boyer, garde-des-sceaux, est venu répéter ce qu'avait dit M. Berryer; lui aussi est venu protester contre les paroles de M. Marc Dufraisse, sans s'apercevoir qu'il les justifiait par sa conduite, en plaçant la Justice au-dessous de la nécessité, — que dis-je? au-dessous de l'Utilité; que dis-je encore? Au-dessous de l'Opportunité.

La proposition, a-t-il dit, est inopportune! quand donc sera-t-elle opportune? — En 1852, lorsque des élections générales auront renouvelé l'Assemblée législative et donné un successeur à FÉlu du 10 décembre qui n'est pas rééligible ? Est-ce que l'avenir vous appartient pour parler ainsi, et répéter en 1851 le langage que vos prédécesseurs avaient déjà tenu en 1850 et en 1849?

Inopportune I En ententlant sortir de la Ijouche de M. Boyer cette parole, il me semblait encore entendre MM. Hébert et Dumon soutenir à la tribune de la Chambre des pairs, en 1847, qu'il y aurait péril à prendre en considération la pétition par laquelle un frère de l'empereur, aujourd'hui gouverneur des Invalides, sollicitait la faveur de venir mourir en France, sur ce sol où il avait été un des derniers à combattre, l'épée à la main, en 1815, les Anglais, les Prussiens et les Russes coalisés.

Inop.portu7ie I après dix-sept ans de règne ! Je gagerais, qu'en 1865, les minisires du président de la Bépublique, s'il était indéfiniment rééligible, tiendraient exactement le inéme langage que MM. Hébert et Dumon en 1847.

A quoi donc servent les révolutions ? Ne seront-elles donc jamais que des phrases sans lumière dans la nuit des temps ?

Où donc, je le demande, aurait été le danger d'abroger les lois de 1832 et de 1848?

L'une de ces trois choses lût arrivée :

Ou les exilés n'eussent plus été que des émigrés ;

Ou ils fussent devenus de simples citoyens ;

Ou ils eussent été des agitateurs, des conspirateurs.

Dans le premier cas, tout l'avantage était pour la République magnanime.

Dans le second cas, c'était la preuve qu'elle avait sagement agi.

Dans le troisième cas, agitateurs ou conspirateurs tombaient sous le coup de la loi ; c'est exactement, ni plus ni moins, ce qui arriverait s'il leur prenait fantaisie de tenter en France un débarquement.

Est-ce que MM. Blanqui , Raspail, Ledru-Rollin, etc., étaient proscrits et bannis, lorsque les Hautes-Cours de justice de Bourges et de Versailles les ont condamnés à la détention ?

Le bannissement n'ajoute donc rien à la force des garanties ni à la hauteur des barrières.

Il serait temps d'en finir avec toutes les banalités de tribune, avec toutes les puérilités d'une politique tombée en enfance ; c'est ce que j'aurais dit à la tribune, si M. Benoist-d'Azy n'avait pas donné à M. Berryer mon tour de parole.

J'aurais ajouté, en peu de mots, que voter contre la prise en considération de la proposition-Creton, c'était voter implicitement :

Contre l'amnistie ;

Pour l'état de siège ;

Pour la transporlation sans jugement;

Pour la suspension du droit de réunion et d'association ;

Pour la confiscation de la liberté de la presse et de la liberté de l'enseignement ;

Pour toutes les mesures enfin {|ui abritent l'arbitraire du pouvoir derrière le mensonge séculaire du salut de l'État.

M. Marc Dufi'aisse a amnistié aujourd'hui MM. Cavaignac etBaroche. Moi, je les eusse condamnés.

C'est tout ce que j'ai le temps d'écrire très a la IiAte ce

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