‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 2)Chapitre 87 sur 156 · LA RELIGION, LA FAMILLE, LA PROPRIETE · texte numérisé non relu

LA RELIGION, LA FAMILLE, LA PROPRIETE

14 mars 1851.

Puisqu'on a une Assemblée législative, il faut bien qu'elle fonctionne, il faut bien qu'elle fasse des lois! Toutes les sociétés grandes et petites, naissantes ou décrépites, ont eu la manie de légiférer.

Le passage suivant d'un article du Constitutionnel en est une preuve qui montre à quelles aberrations, à quels excès peut conduire la manie de faire des lois, et jusqu'où peut aller l'abus de la puissance collective s'exerçant au mépris des droits de la puissance individuelle :

« L'un ordonnait de tuer tous les euf'ans,qui n'étaient pas bien conformés ; l'autre ne donnait des femmes qu'aux guerriers, ne permettant pai^ à telle ou telle classe de la société de se reproduire ; celui-ci n'accordait aux femmes qu'une époque déterminée de leur vie pour avoir des en fans; celui-là disposait de ces pauvres petites créatures comme d'une propriété publique ; enfin, toutes ces combinaisons partaient, quant aux personnes, des mœurs de ces sociétés primitives, dans lesquelles la liberté, la dignité, la pudeur étaient inconnues, et où les dix-neuf vingtièmes des créatures, surtout les femmes, n'étaient propriétaires ni de leurs personnes, ni de leurs affections.

» Toute liberté, toute propriété, tout pouvoir étaient concentrés aux mains d'un petit nombre d'individus, membres de l'association civile et politique, et dits Citoyens^ lesquels passaient leur vie sur la place publique, à parler, à discuter, à juger, à a voter, a

Puisque nous vouons de citer ce passage, nous en citerons deux autres suivants, qu'il nous a paru utile de rapprocher et de placer en regard l'un de l'autre :

« Comme l'esclavage et I'état de « 11 n'y a pas de gonvevnement LA FAMILLE faisaient des travailleurs, au monde, il n'y a pas d'Assemdes femmes et des enfants un véritable blée constituante, il n'y a pas de bétail , les Sages disposaient d'eux corn- majorité, il n'y a pas d'unanimimeils l'entendaient, et les employait-nt té, il n'y a pas de force qui puisà des combinaisons devenues, pour nos se prévaloir et prescrire contre ces idées et nos mœurs, tellement ridicu- principes éternels, qui sont ouïes, odieuses ou infâmes, que non seu- dessus de l'homme. Au nombre lement aucun être intelligent et libre de ces principes sont la reline voudrait aujourd'hui s'y soumettre, GION , la famille et la promais que l'iionnêteté publique ne pkiÉté , qui sont le droit natuiious permet pas de les détailler. » rel de chacun, n

L'un de ces deux passages est la contradiction manifeste de l'autre, car aux temps de Platon et d'Aristote, que flétrit le Constitutionnel. Jupiter était Dieu et s'appelait religion; les femmes, dont on faisait « un véritable bétail » (1), les enfants, que l'on tuait quand ils n'étaient pas bien conformés" constituaient « l'état de la famille » et s'appelaient famille; l'homme esclave, alors même qu'il avait l'esprit d'Esope ou plus tard de Térence, s'appelait propriété (2).

11 importe donc de s'entendre sur ces mots : religion, famille, PROPRIÉTÉ, car la signification de ces mots a varié selon les temps et selon les pays. Est-ce (jue la religion, aujourd'hui, est ce qu'elle était, en France, sous Louis XIV, alors qu'il faisait massacrer les huguenots? Est-ce que la famille est aujourd'hui ce qu'elle était, en France, sous Louis XIV, alors que l'aîné des enfants était tout et que ses frères et sœurs n'étaient rien ? Est-ce qu'enfin la propriété est aujourd'hui, sous le régime de l'égaiité des partages, ce

fl) Il faudra, pour obvier à l'inconvénient d'une trop nombreuse population, recourir M'avoutement.

ARISTOTE. Politique, liv. VII, cll. V, Vol. 10

'2) « Il y a deux sortes de nature humaine : celle des esclaves et celle dès maîtres. »

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