L'IDOLATRIE DE LA GUERRE
" Et lorsque la civilisation sera arrivée a amener dans toute l'Europe l'abandon des vieux usages de la ■barbarie, la guerre ne sera plus possible ; car il n'y aura plus de forces matérielles qui puissent lutter contre les forces morales. »
ODILOS BARROT. 1" avril 1831.
" Ne redoutez pas, messieurs, de suivre ce véritable progrès de l'esprit humain, qui confiera non pas "a des armées commandées par des capitaines plus ou moins habiles, non pas à la force brutale, mais aux nobles combats de l'esprit, aux luttes de l'intelligence la destinée et la direction des sociétés. »
BERRîER. G janvier 1S34.
4 mars 1854.
La Gazette de France elV Assemblée nationale n'admettent pas que la guerce suit qualifiée de risque et traitée comme tel.
A cette manière, moins nouvelle encore que simple, de concevoir et de définir la gut'rre, la Gazette de France adresse les objections suivantes :
<r La difficulté n'était pas de penser que si toutes les puissances voulaient s'engager mutuellement à ne jamais faire la guerre pour aucun motif que ce fût, la paix serait conservée tant qu'elles tiendraient leur engagement ; mais la difficulté était d'abord d'obtenir de tant de nations diverses un pareil engagement, et surtout d'être assuré qu'elles ne le violeraient jamais. Ici, l'exemple des compagnies d'assurance fait défaut;
car, entre ces compagnies et leurs souscripteurs, il y a des tribunaux qui garantissent l'exécution des contrats, et, à vrai dire, c'est la législation et le pouvoir public qui sont la véritable assurance des particuliers ; mais, entre nations qui signent l'engagement de ne point faire la guerre, où est le tribunal ?
» Il faut donc deux choses dans le système de M. de Girardin :
)) 1° Il faut que toutes les nations contractantes s'engagent à mettre à la raison, parla force des armes, celles qui emploieraient les armes pour soutenir une prétention. Dès-lors, c'est la guerre, la guerre avec ses complications et ses développements interminable.3, qui viendrait de l'assnrance contre la guerre ;
» 2° Ensuite, si plusieurs de ces nations refusaient de souscrire ce contrat d'assurance, M. de Girardin voudrait qu'on les forçât, en leur faisant la guerre, à se faire assurer contre la gueri-e. C'est à peu près comme si les compagnies d'assurance mutuelle contre l'incendie allaient incendier les maisons des propriétaires qui refuseraient de se faire assurer, au risque de voir le feu se communiquer aux maisons assurées.
» M. de Girardin se fonde sur le traité d'alliance anglo-française annoncé par John Russell pour dire qu'il suffirait aux deux nations alliées de faire un simple appel à toutes les puissances pour qu'elles s'empressassent d'apposer leurs signatures au bas de ce traité, et pour que son système d'assurance générale contre la. guerre se trouvât réalisé.
» M. de Girardin croit-il que l'Angleterre et la France, qui signent un traité d'alliance, s'engageraient à ne jamais faire la guerre ?
» Toute la question de son système d'assurance est là.
» Si l'Angleterre et la France ne prennent pas un tel engagement, les autres puissances, en s'alliant à elles contre la Russie, feraient une alliance de guerre et ne feraient pas une assurance pour la paix.
» Un appel des deux nations occidentales à toutes les puissances suffirait, à ce qu'il pense, pour changer en un contrat d'assurance pour la paix tout le droit international en vigueur.
» Mais si cet appel ne suffisait pas, faudrait-il faire la guerre à toutes les nations pour les forcer d'entrer dans l'assurance mutuelle ?
» M. de Girardin nous a demandé assez souvent des réponses catégoriques pour que nous soyons en droit de le prier de s'expliquer d'une manière formelle sur la question que nous lui adressons. — A. de Lourdoueix.»
Qu'y a-t-il de sérieux dans ces objections de la Gazette de France ? — Rien, absolument rien ; c'est ce qu'il me sera facile de démontrer.
Ce que seize princes ont pu faiie, le 12juilletl806, sous le nom d'ÉTATS coafédérés du rhin; ce que, le 8 juin 1815, trente-huit États ont pu faire sous le nom de confédération GERMANIQUE, pourquoi quelques princes et quelques
Etats de plus ne pourraient-ils pas le faire? L'Europe aurait-elle marché en arrière au lieu de marcher en avant, et serait-elle donc moins avancée en 1854 qu'en 1815? Ce que je propose, après tout, qu'est-ce autre chose que ce qu'ont réalisé les princes de la diplomatie s'appelant Metternich, Hardenberg, Humboldt, Gagern?La Gazette de France les appellera-t-elle des esprits chimériques, des esprits absolus? L'acte de Constitution fédérative de l'Allemagne (1) a prévu le cas d'infraction aux engagements contractés ; je pourrais donc me borner à renvoyer M. de Lourdoueix à l'article xi tle ce traité; mais cette réponse n'est point celle que je lui ferai ; considérer la guerre comme un risque et appliquer à ce risque le principe de l'assurance est une idée si simple et si juste qu'elle rend inutile la constitution d'aucun tribunal commençant par employer la médiation et finissant par rendre un jugement austregal. Liberté ! — Telle est ma règle, et je ne nf en dépars pas. Si un des Etats, après avoir adhéré à la convention ayant pour objet l'institution d'une assurance spéciale contre le risque de guerre, pou-