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en 1840, elle ne nous trouve prêts pour accepter ou livrer le combat, ni sur terre ni sur mer.
Malheureuse prétention que celle que nous avons de vouloir qu'aucune éventualité ne nous prenne au dépourvu, et de croire qu'il n'y a pas d'entreprises au-dessus de nos forces et de notre courage. C'est de cette prétention que naît notre faiblesse. Qu'eussions-nous fait dans l'isolement de notre vanité si l'Angleterre se fût placée entre nous et son allié l'empereur du Maroc, si elle eût persisté à exiger de nous une satisfaction plus ample que celle qu'elle vient d'obtenir? Que ferions-nous si l'Angleterre et la Russie se mettaient d'accord pour s'emparer celle-là d'Alexandrie, celle-ci de Constantinople ?
Ces questions, nous les adressons à ceux qui nous gouvernent.
Ne serait-il donc pas temps, enfin, que nous sortissions de cette politique au jour le jour, qui, des plus petits incidents, risque de faire d'immenses événements, et qui nous place incessamment dans l'aiternalive d'une faiblesse ou d'une folie, d'une honte ou d'un désastre?
Encore une fois, profitons des deux leçons que nous avons reçues coup sur coup en quatre années ; profitons-en pour mettre sans retard dans nos finances l'ordre qu'elles laissent à désirer, pour consolider une dette flottante qui est à notre crédit ce qu'est au vaisseau le brûlot qui s'attache à ses flancs ; profitons-en pour contracter l'emprunt qui est nécessaire à l'achèvement de nos travaux publics, partout commencés, nulle part terminés ; profitons-en pour porter l'économie dans toutes nos dépenses et la simplicité dans tous nos rouages; profitons-en pour donner h notre armée une organisation qui la rende à la fois plus forte et moins nombreuse, plus satisfaite de son sort et moins dispendieuse ; profitons-en pour livrer à l'agriculture les routes et les chemins sans lesquels elle ne saurait, à son tour, nous livrer les chevaux nécessaires à la remonte de notre cavalerie; ayons ce but important constamment sous les yeux, et qu'une bonne loi sur la police du roulage devienne l'un des moyens de l'atteindre; profitons-en pour nous
rendre enfin exactement compte de nos forces et de nos ressources, comparées à celles dont l'Europe dispose. Sachons bien ce que nous voulons. L'Angleterre, qui a une marine formidable, n'a pas d'armées ; le Continent, qui a des armées, n'a pas de marine. S'allier, c'est se compléter. Alliés de l'Angleterre, au lieu de faire de la rivalité avec elle, efforçons-nous de lui procurer, dans un intérêt commun, ce qui lui manque ; elle a des vaisseaux, mais elle n'a pas de bataillons ; complétons sa puissance en portant tous nos efforts sur l'organisation de notre armée ; alliés du Continent, faisons le contraire; réduisons notre effectif et augmentons notre marine, afin qu'elle protège au loin son commerce tout en favorisant le développement du nôtre ; consacrons judicieusement à l'accroissement de notre matériel naval tous les millions que nous éparpillons en fortifications, etc., etc. Sans doute, il nous manquera toujours des matelots ; mais la science n'a pas encore dit son dernier mot ; croyons-en les paroles d'un jeune amiral ; ne.doutons pas que ce ne soit pour châtier la morgue britannique que la navigation à vapeur a été inventée, en même temps que les chemins de fer sont, au contraire, appelés à rapprocher entre eux lous les peuples du Continent, à n'en faire qu'une seule grande famille, ayant les mêmes intérêts, le même avenir, la même politique, la même devise :
Respect des nationalités, liberté des mers !
Oui, grâce à la navigation à vapeur, désormais les îles n'auront plus de situation privilégiée; la mer, qui les dispensait d'entretenir dispendieusement une armée considérable, ne leur en épargnera plus les frais. Le commerce du monde ne sera plus le monopole d'une île. Il dépend de la France de faire que tous les États d'Europe lui doivent de venir y prendre librement leur part. Qu'elle le veuille donc ! Si haut que soit portée alors l'indemnité Pritchard, si haut que l'Angleterre la fasse sonner aux quatre coins du monde, si la leçon nous sert, elle n'aura pas été payée trop cher, et nous n'aurons pas à la regretter, car il n'y a d'humihantes à recevoir que les leçons dont on ne sait pas profiter.