‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 18 sur 132 · L'ALLIANCE CONTINENTALE · texte numérisé non relu

L'ALLIANCE CONTINENTALE

14 septembre 1844.

I. Un pays peuplé de trente-cinq millions d'hommes agglomérés au centre de l'Europe, assis sur deux mers, maître de près de six cents lieues de côtes pourvues d'excellents ports, admirablement sillonné de fleuves et de rivières navigables, possesseur de la Corse et de l'Algérie, peut sans présomption et sans danger avoir la double prétention d'être à la fois puissance continentale et puissance maritime de premier ordre. La politique de la France est donc de veiller sur terre et sur mer, de s'assurer, par sa civilisation et ses principes chers aux opprimés , des sympathies durables et fécondes.

II. Ce qui existe est ce qu'il y a de mieux : la France a près d'un million d'hommes sous les armes; sa marine est la seconde de l'univers pour le nombre comme pour la force de ses navires ; son alliance avec l'Angleterre n'est pas moins sincère que solide.

III. Si la France n'a pas d'alliés, c'est qu'elle a fait une révolution qui a rompu les liens qui l'unissaient aux puissances monarchiques ; que la France rétablisse sur le trône le principe de la légitimité, et elle aura aussitôt des alliés, une marine, une armée.

Tels sont les termes dans lesquels se résument les trois opinions : I. démocratique, II. ministérielle, III. légitimiste, représentées par leurs journaux. Si ce n'est pas nous qui nous trompons, si ce sont elles qui s'abusent, on ne pourra pas dire que ce soit l'imagination qui les égare, car il est nnpossible de faire moins d'efforts pour sortir de l'ornière, chercher le bien et découvrir la vérité. Optimistes et pessimistes sont de même force ; ils ne savent que répéter invariablement ce qu'ils ont déjà dit mille fois ; ni l'expérience ni l'observation n'ont d'enseignements pour eux; ils seraient nés sourds et aveugles qu'ils ne seraient pas demeurés plus étrangers à tous les faits qui depuis trente ans se sont accomplis et sont venus détruire tant d'illusions !

Les questions que nous avons soulevées sont graves ; les débattre, c'est nous aider à les faire sortir de l'ombre pour les placer dans la lumière. Nous allons donc répondre à chacun de nos contradicteurs dans l'ordre où nous venons de présenter leurs réflexions.

Est-ce que nous avons jamais contesté que la France fût une grande nation, qu'elle comptât trente-cinq millions d'âmes, qu'elle eût d'immenses côtes, d'excellents ports, un territoire admirablement situé? — Ne s'exagérer aucun des avantages dont Dieu, qui la protège, l'a généreusement dotée, est-ce donc les méconnaître ? — Nous croyons fermement qu'il n'existe en Europe aucune puissance, prise isolément, dont la France ne soit au moins l'égale ; mais nous croyons non moins fermement que, quelles que soient la bravoure de nos troupes, la supériorité de nos officiers, la France, à moins de circonstances extraordinaires qu'il ne serait pas prudent de mettre au nombre de ses prévisions, ne saurait prétendre à former à elle seule le contrepoids de l'Europe continentale, sans s'exposer de nouveau aux désastres de 1814 et de 1815, dont ne purent la préserver ni le génie de Napoléon ni le prestige de tant de victoires. L'opinion démocratique, à laquelle nous répondons, oublie trop facilement que l'Europe continentale, même en n'y comprenant pas la Russie, ne se compose point uniquement

d'un État ; que si nous avons trente-cinq millions d'habitans, l'Autriche, à elle seule, en compte un nombre égal ftrente-quatre millions) ; que si nous sommes baignés par deux mers, l'Autriche aboutit par tous ses fleuves à quatre mers, savoir : par l'Elbe à l'océan Atlantique, par l'Oder et la Vistule à la mer Baltique, par le Danube à la mer Noire, par le Pô et l'Adige à la mer Adriatique ; que la confédération germanique unit entre eux quarante États, et M. Thiers sait comment, en 1840, ses ouvertures furent accueillies par le roi de Wurtemberg; qu'en cas de conflagration générale, il n'est pas probable que ce fût de notre côté que se tournassent les Deux-Siciles, le Piémont et la Sardaigne ; que le Portugal est dans l'étroite dépendance de l'Angleterre ; que l'Espagne aftaiblie par vingt-cinq ans de dissensions intestines, altachàt-elle ses destinées aux nôtres, ne nous porterait qu'une assistance illusoire , purement nominale, etc. Pour concevoir et entretenir l'idée d'une guerre où la France serait d'un côté et lEurope continentale de l'autre, dans la proportion de cinq soldats au moins contre un, il faut avoir dans la propagande révolutionnaire une foi que nous avouons n'avoir pas. Oui, sans doute, les armées mises en mouvement par la République ont étonné le monde par leur audace et par leurs victoires; mais les temps sont-ils les mêmes? L'esprit de liberté, si ardent alors, ne s'est-il pas calmé par les garanties qu'il a conquises , par les satisfactions qu'il a données? Les progrès de l'industrie et du commerce, l'extension et l'habitude du bien-être n'ont-ils exercé aucune action sur nos mœurs et notre caractère ? Dans les États qui ont encore conservé les formes du gouvernement absolu, le despotisme ne s'est -il pas singulièrement tempéré ? Vous mettez votre espoir dans les « opprimés , » et sous ce nom vous comprenez les Polonais , les Irlandais et les Lombards. Quand il s'agit de jouer aux boulets le sort d'un empire tel que la France, il importe de ne pas se faire d'illusions. Allez en Autriche, parcourez les rangs de son armée, les degrés de son administration, et vous verrez si la préférence n'est pas

souvent donnée à ces Italiens sur le sort desquels vous vous apitoyez. Déjà, il s'en faut de peu que ce ne soit l'opprimé qui gouverne l'oppresseur.— Ne comptez donc pas trop sur l'Italie ! Que l'imminence d'une guerre inquiète sérieusement le gouvernement britannique, soyez sûrs qu'il n'attendra pas qu'elle éclate pour faire droit aux légitimes griefs de l'Irlande.— Ne comptez donc pas trop sur l'Irlande ! Reste la Pologne, à laquelle la Russie a enlevé sa nationalité; mais si vous avez à vous défendre contre l'Europe continentale coalisée, que pourrait faire pour vous la Pologne, enclavée comme elle l'est dans la Russie, la Prusse, la Saxe et l'Autriche, et que pourriez-vous faire pour elle ? La seule chance pour la Pologne de voir revivre sa nationalité, c'est la chute, c'est le partage de l'empire ottoman, si ce partage peut se faire pacifiquement. Eh! pourquoi, d'ailleurs, la France s'isolerait-elle de l'Europe continentale? Quels sont les intérêts de l'une qui ne soient pas les intérêts de l'autre? Est-ce que la confédération germanique est exclusive ? Estce qu'elle n'admet dans son sein que les États ayant le même principe de gouvernement ? Est-ce que si l'Autriche et la Prusse sont encore assujéties à la forme absolue, le Wurtemberg et la Saxe ne sont pas soumis au régime représentatif? Affermissons nos institutions ; faisons-leur porter des fruits qui, au dehors, en attestent la bonté, encore douteuse. Et comment ne le serait-elle pas, quand nos institutions n'ont pas de détracteurs plus violents que nousmêmes? Qu'à leur ombre le peuple se moralise, s'instruise, s'élève ; qu'il acquière l'habitude de l'ordre par la jouissance de la liberté ; que notre agriculture se perfectionne, que notre industrie ne reste en arrière d'aucune autre, que notre commerce se développe, et cette propagande par le bien-être pourra défier en efficacité votre propagande par l'insurrection ! Elle fera faire aux idées de la liberté plus de chemin dans le monde en dix ans que vous ne leur en feriez faire en cent années, et cela sans danger de réaction. Elle nous ralliera les sympathies des peuples sans mettre contre nous les gouvernements. Un tel espoir serait-il donc

chimérique ? Un lel but ne saurait-il donc se poursuivre et s'atteindre? Quarante États indépendants entre eux, limitrophes, de forces inégales, ont fait taire l'envie, la défiance, toutes les petites passions, et se sont associés pour se garantir mutuellement leur inviolabilité; et une confédération analogue, augmentée de quatre à cinq Etats, mais se proposant un but unique, ne pourrait pas se former dans un intérêt commun, qui serait d'assurer à leur industrie, à leur commerce, la liberté des mers 1 En vérité, soutenir une opinion contraire à la nôtre, ce serait moins nous combattre qu'insulter à l'esprit de notre temps et à la raison humaine! Le principe admis d'une telle confédération, les conséquences s'en tirent d'elles-mêmes : tous les États de l'Europe continentale, à commencer ou à finir par la France, n'ayant rien à craindre pour leurs nationalités respectives, réduisent leurs armées à ce qu'elles doivent être pour assurer le maintien de l'ordre et le respect de l'autorité ; les impôts les plus lourds sont allégés ; des forces vives détournées du travail lui sont rendues; grâce aux chemins de fer, la fraternité des peuples, si longtemps considérée comme un rêve, devient une réalité ; les questions de territoire sont reléguées au passé ; la guerre est détrônée par la concurrence : concurrence au dehors comme au dedans, concurrence entre les peuples comme entre les individus, désormais c'est à qui fabriquera le mieux, vendra à meilleur compte, trouvera le premier de nouveaux débouchés. L'Europe est appelée à assister à un nouveau spectacle. Autre spectacle, autre théâtre. Le théâtre de la terre suffisait à la guerre, mais il en faut un plus vaste à la concurrence ; il lui faut la mer, et c'est précisément parce qu'il la lui faut que le temps est venu pour l'Europe continentale et pour la France de s'unir étroitement, d'effacer les traces de rivalités surannées, et de porter simultanément, exclusivement, tous leurs efforts sur l'extension de leurs forces maritimes! Cessons de regarder la rive gauche du Rhin pour regarder la mer, La rive gauche du Rhin, c'est le passé ; la mer, c'est l'avenir ! Défenseurs de la démocratie, amis des peuples,

trouvez-vous donc que l'ambition des rois , que leurs rivalités n'ont pas fait couler assez longtemps le sang des peuples ? — Est-ce que l'Autriche se tient armée contre la Prusse? Est-ce que la Prusse se tient armée contre l'Autriche ? Est-ce qu'à l'ombre de ces deux puissances la Saxe et la Bavière ne vivent pas en parfaite sécurité ? Pourquoi donc la France continuerait-elle de s'imposer une charge de 350 millions par an qu'elle peut du premier coup réduire de moitié, sans être moins forte, moins respectée?— Pourquoi? — Dites-le.

A ces optimistes qui, pour sauver un ministère, sacrifieraient un gouvernement, qui n'admettent pas de différence entre avertir et combattre, comme ils n'en font aucune entre flatter et soutenir ; à ces optimistes qui ne conçoivent rien de mieux que ce qui est, répondrons-nous sérieusement? — Non ; nous nous bornerons à leur demander de vouloir nous expliquer comment la France ayant, selon eux, près d'un million d'hommes sous les armes, n'a jamais eu, depuis 1830, — l'Algérie mise h l'écart, — une armée de cent mille hommes prête à entrer en campagne. L'année 1840, où il a fallu que nous allassions acheter des chevaux en Allemagne pour monter notre cavalerie, est-elle donc si loin de nous qu'on paraît déjà l'avoir oubliée ? Nous serions curieux de savoir où est ce prétendu million d'hommes sous les armes, et, s'il existe, pour quelle éventualité il se tient prêt? Qui cette armée menace, qui cette armée protège? N'y aurait-il donc pas eu un meilleur emploi à faire des quatre milliards que nous coûte notre armée depuis 1830 ; n'aurait-il pas amplement suffi de lui en consacrer deux, et d'affecter les deux autres milliards à l'achèvement de nos voies de communication, encore si imparfaites, encore si incomplètes? Si ce réseau de chemins de fer que les Chambres ont fini par voter en 1843, après tant de tergiversations, était maintenant livré à la circulation, au lieu de n'être encore qu'à l'étude, la France, plus riche, ne seraitellc pas plus forte, surtout dans le système qui s'est proclamé hautement en ces termes à la tribune : La paix par-

tout^ la paix toujours ? Si ce but était atteint par une autre politique qui imposât à l'Europe continentale et à la France des sacrifices moins lourds, lesquels n'eussent pas pour effet de ralentir, au profit de l'Angleterre, l'activité de leur énergie industrielle et commerciale, qui rendît enfin moins dispendieux le maintien de la paix, ne serait-ce pas préférable ? Une paix qui n'est assise que sur la défiance armée est-elle une paix bien sincère, est-elle une paix bien solide ? — Qu'importe, ainsi que vous le prétendez, que la marine de la France soit la seconde de l'univers, si celle qui est la première est la seule que nous ayons à redouter, et si nos ministres n'ont pas pour pensée fixe de niveler autant que possible cette inégalité en nous associant, dans un intérêt commun, toutes les marines qui sont sous le coup de la même suprématie? Isolement et impuissance avoués de la France en cas de guerre avec le Continent ; isolement et impuissance avoués de la France en cas de guerre avec l'Angleterre, voilà cependant l'état de choses que l'on proclame le meilleur, le seul possible ; et ceux qui, comme nous, ont l'audace d'en douter et d'en concevoir un autre sont tournés en dérision ! Ne pas croire à la sincérité et à la solidité de l'alliance anglaise, quand on a sous les yeux l'histoire des deux peuples, quand on a vu cette alliance se rompre si facilement en 1840, et sur le point de se briser de nouveau pour un fait aussi légitime que celui d'avoir emprisonné un missionnaire qui prêchait le meurtre de nos soldats ; quand on voit, enfin, les agents des deux pays en dissentiment et en lutte sur tous les points en discussion ; oui, en effet, quelle incrédulité!

]Mais si notre dévouement au gouvernement ne va pas jusqu'à l'optimisme, jusqu'à trouver bien sans exception tout ce qu'il fait, jusqu'à ne rien concevoir de mieux que ce qui est, jusquii fermer les yeux à l'évidence, il y a des illusions que nous pouvons encore moins partager, ce sont celles du parti légitimiste, lorsqu'd prétend qu'il n'y aurait qu'à mettre la couronne sur la tête d'Henri V pour que la France eût aussitôt des alliés, une marine, une armée?

Quelle est donc la force, quels sont donc les avantages que la Restauration a tirés de ses alliances pendant les quinze ans qu'elle a régné? Par quels actes glorieux s'est-elle donc illustrée? Elle a conquis l'Algérie ; mais nous l'avons gardée et nous l'avons étendue. Si elle est entrée en Espagne, nous sommes entrés en Belgique; si elle compte au nombre de ses faits d'armes la prise du Trocadero et l'incendie de la flotte de Navarin, nous pouvons hardiment leur opposer la prise d'Anvers, d'Ancône, de Saint-Jean-d'Ulloa, le bombardement de Tanger, celui de Mogador, La Restauration a-t-elle laissé la France, en 1830, plus grande qu'elle ne l'avait reçue en 1815? Il faut être juste et reconnaître que ce que ni la République, ni l'Empire, ni la Restauration n'avaient pu faire, le gouvernement actuel l'a fait. Il a gouverné avec la liberté de la presse, ce qui avait longtemps été regardé en France comme un problème insoluble. Henri V sur le trône, s'alliant à l'Europe continentale, ce serait une afliance de principes qui raviverait à l'intérieur toutes les défiances et pousserait à une révolution nouvelle. Le gouvernement actuel s'alliant étroitement à l'Europe continentale, ce n'est qu'une alliance d'intérêts, laquelle aurait pour résultat de le fortifier, de lui permettre de reporter sur l'augmentation de sa marine toutes les sommes provenant des économies faites par la réduction de l'effectif, et d'appliquer en toute sécurité, à l'achèvement de ses grands travaux, toute la puissance de son crédit.

C'est avec la conviction la plus profonde que nous le disons : l'alliance de la France avec l'Europe continentale n'est pas une question de dynastie, c'est une question de ministère ; c'est une question qui n'a besoin, pour être résolue, que de trouver son homme d'État. Mais quand la voix de M. de Chateaubriand, de cet adversaire de l'alliance anglaise, qui fut un jour ministre des affaires étrangères, n'a pas été écoutée sous la Restauration, pouvons-nous, sous un autre régime, espérer d'obtenir un succès qui a manqué au plus illustre écrivain de son temps? — Assurément, non. Aussi n'est-ce pas dans une telle prétention que nous pui-

sons notre persévérance ; ce qui nous soutient, ce n'est pas l'espérance du succès : c'est le sentiment que nous accomplissons un devoir, c'est la conviction que nous sommes dans la vérité.

l" octobre 1844.

Quelle est l'une des principales causes à laquelle l'Angleterre et les États-Unis d'Amérique doivent l'immense développement de leur puissance navale ? — Est-ce à l'étendue de leurs côtes? — Mais la France aussi a des côtes étendues. — Est-ce à la supériorité de leurs ports? — Mais la France, elle aussi, n'a-t-elle pas d'excellents ports ouverts sur deux mers, sur l'Océan et sur la Méditerranée ? — Est-ce à leur génie industriel et commercial ? — Mais les rapides progrès qu'ont faits depuis vingt-cinq ans notre industrie et notre commerce prouvent que si nous avions moins vainement sacrifié à la gloire, depuis le règne du roi Louis XIV jusqu'à la chute de l'empereur Napoléon, aucune nation ne nous eût surpassé. La cause principale h laquelle l'Angleterre et les États-Unis d'Améri^iue doivent leur suprématie maritime, est, il n'en faut pas douter, l'avantage de leur position topographique, qui leur a permis de consacrer au développement et à l'entretien de leurs forces navales la plus grande partie des ressources que les autres nations étaient et se croient encore obligées de consacrer à l'entretien de leurs armées de terre. Si l'Angleterre et les États-Unis avaient eu à solder chaque année un effectif aussi coûteux que le nôtre, effectif dont la charge s'élève, y compris les pensions militaires et certains travaux de défense, à 360 millions par an, un million par jour, croiton que leur marine, leur industrie, leur commerce eussent pris le même essor? — Qu'a donc à faire l'Europe continentale, qui commence déjà à ressentir les premières atteintes des crises industrielles, et qui doit songer à étendre ses ::ii. 9

débouchés et à multiplier ses échanges? — Ce qu'elle a à faire est tout simple et ressort de la nature même des choses : Il est évident que plus elle allégera le poids que fait peser sur elle l'exagération de ses armées permanentes, et plus il lui sera facile d'étendre sa marine, son industrie et son commerce. Une vérité si manifeste et si féconde ne saurait tarder à se faire jour et h prendre racine dans le sol qui a vu naître le zollverein allemand, et duquel s'apprête à sortir le zollverein italien.

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