MAIS NE S'ALLIENT PAS
14 octobre 1847.
Une lutte est engagée en Suisse entre la minorité, qui défend le principe établi de lasouveraineté cantonale, et la majorité, ^ui l'attaque pour y substituer le principe unitaire. Nous ne contestons pas que le système fédéral n'ait des inconvénients, et que le système unitaire n'ait des avantages. Mais là n'est pas la question. Elle est ailleurs et se pose en ces termes : La majorité des cantons, dans la diète, a-t-elle le droit d'imposer à la minorité la réforme du pacte fédéral qui les lie également? La minorité a-t-elle le droit de résister? De quel côté est le di'oit? Cette réforme, enfin, est-elle du nombre des questions que la simple majorité suffit à décider ?
Si la majorité de la diète ne fait qu'user d'un droit légitime, la minorité, c'est-à-dire le Sonderbund, a tort; le Sonderbund, dans ce cas, c'est l'insurrection ; mais si, au contraire, la minorité est fondée dans sa résistance, la majorité, c'est-à-dire le paiti unitaire, abuse de ce qu'il est le plus fort; le parti unitaire, dans ce cas, c'est l'oppression.
Si le ministère du â9 octobre 1840 profitait de l'asservissement de sa majorité satisfaite pour lui faire voter la suppression de celles des dispositions de la charte de 1830 dont
il no serait peut-être pas fâché d'être délivré, la minorité ne serait-elle pas fondée à résister? De quel côté serait le droit? De quel côté serait l'arbitraire ? La réponse n'offre pas de doutes.
Il est donc des questions où il ne suffit pas d'avoir la majorité de son côté.
S'il est vrai que la Suisse n'ait à recueillir que des avantages de l'unité politique, pourquoi ne pas attendre avec confiance de la maturité du temps, des lumières de la discussion, de la liberté de la presse, des progrès de la raison, de l'évidence de la vérité, le triomphe du système unitaire? pourquoi vouloir l'imposer par la supériorité du nombre et la force des baïonnettes ? Nous ne nions pas que de mitrailler les dissidents ne soit le moyen le plus rapide de les ranger à son avis, mais nous doutons que ce soit le plus conforme aux saines doctrines de liberté. C'est ce doute, nous l'avouons, qui a fait incliner nos sympathies vers le Sonderbund.
C'est déjà un immense avantage pour un parti que d'avoir de son côté la majorité, c'en est un plus décisif encore d'avoir raison ; avec deux avantages si grands, manquer de patience c'est tomber dans la violence, c'est agir comme ceux qui ont tort! La véritable unanimfté est celle qui s'obtient par la persuasion, non par la violence ; par la discussion, non par la guerre.
Quant au surcroît de sécurité qui résulterait pour la France de ce que la Suisse passerait du régime fédéral sous le régime unitaire, c'est là une considération qui appartient à un ordre d'idées politiques qui n'est pas le nôtre, et qui consiste à abstraire les peuples de leurs gouvernements. Sur cette base, l'alliance continentale est une chimère. Les peuples se soulèvent, mais ne s'allient pas.