‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 35 sur 132 · AU BANC DES MINISTRES : NON ! NON · texte numérisé non relu

AU BANC DES MINISTRES : NON ! NON

» M. LEDRU-HOLLiN : Comment, non! Oh ! je comprends bien par ([uels

moyens indirects vous voulez échapper à la question, et je m'explique à cet égavJ. Ah ! sans doute, votre politique est une politique au jour le jour, une politique superficielle... »

Si le rétablissement du pjipe sur son trône, si la restauration de son pouvoir temporel était, ainsi que le prétend le ConstitutionneL la solution inévitable, d'où vient donc que tous les ministres se soient écriés : NON! NON! lorsque M. Ledru-Rollin leur a dit avec raison : « La conclusion for- « cée de l'intervenlion que vous allez essayer, c^est la rcs- » tauration du pape par la force... »

Quelle différence entre le Constitutionnel de 1832 et le Constitutionnel de 1849 !

Entre le Constitutionnel s'exprimant ainsi le 28 mars 1832 :

(( La grande faute, la faute originelle, a été de déclarer que, malgré l'opposition des sujets pontificaux, la France protégerait l'autorité temporelle du pape. La France n'avait à agir en Italie que contre les Autrichiens ; elle n'avait rien à faire dans des débats intérieurs. Si le pape n'eût pu triompher des résistances, il eût cédé, comme il a cédé tant de fois. S'il eût persisté à refuser des réformes nécessaires, ses États temporels eussent pu diminuer et se resserrer peut-être dans les murs de Rome ; mais qu'avait à faire la France dans cette querelle entre un souverain et ses sujets? Eût-elle permis que qui que ce soit intervînt chez elle entre Charles X et nouf: ? Cette faute pèsera longtemps sur l'avenir de l'Italie et sur le nôtre. »

Et le Constitutionnel s'exprimant en ces termes le 16 juillet 1849 :

0 L'opposition acharnée, fartieuse, dont l'expédition de Rome a été le motif ou le prétexte, les attaques qui se continuent après le succès de nos armes, tout cela, fort heureusement, n'empOchera pas la France de recueillir le fruit des sacrifices qu'elle a faits à une noble cause. Les difficultés de l'entreprise ont été au-delà des prévisions ; les avantages, nous l'espérons, seront proportionnés aux efforts de constance et d'héroïsme qu'elle a coûtés : ils seront dignes de l'honnêteté du but qu'elle se pn)j)Osait. »

« Ces AVANTAGES, » quels seront-ils?

13 septembre 1S49.

Deux personnes ne s'abordent pas sans que l'une demande à l'autre :

Comment expliquez-vous que le président de la République ait écrit la lettre du 18 août, qui expose la France aux complications les plus graves, alors que, dans son Message du 6 juin, il s'était exprimé dans ces termes essentiellement pacifiques :

« Mis en demeure de nous expliquer, nous n'avions que trois moyens à adopter :

» Ou nous opposer par les armes à toute espèce d'intervention, et, en ce cas, nous rompions avec toute l'Europe catholique pour le seul intérêt de la République romaine ;

» Ou laisser les trois puissances coalisées rétablir à leur gré, sans ménagements, l'autorité papale ;

» Ou bien, enfin, exercer de notre propi-e mouvement une action directe et indépendante.

» Le gouvernement de la République adopta ce dernier moyen. »

Comment expliquez-vous cette contradiction ?

— Tout simplement : Par toutes les lettres de Rome qui s'accordent à signaler l'extrême mécontentement de l'armée française, irritée qu'on l'ait trompée sur le but de l'expédition.

11 n'y avait pas à tergiverser; une nécessité impérieuse prescrivait de choisir entre l'un et l'autre de ces deux partis :

Ou rappeler en France le corps expéditionnaire ;

Ou ijien lui donner une satisfaction morale.

Ainsi s'explique comment et pourquoi la lettre dulSaoût a été écrite et rendue publique à Rome.

Ce motif n'est pas le seul ; il y en a un second et un troisième.

Le second motif, c'est qu'aussitôt que TAssemblée législative va être réunie, il y aura lieu de lui demander les crédits nécessaires au payement des dépenses de l'expédi-

tion du 17 avriL Comment se présenter devant l'Assemblée ; comment lui demander les trente millions que l'expédition aura coûtés, si cette expédition a porté pour unique « fruit » le rétablissement « du régime antérieur à 1846, » le rétablissement de la censure et de l'inquisition?

Le troisième motif, enfin, c'est que dans un mois, le 10 octobre, la haute-cour de Versailles doit s'assembler pour juger les prévenus qui, se fondant sur l'article 110 de la Constitution, ont cru devoir et pouvoir faire, le 13 juin 1849, ce que M. Odilon Barrot avait légalement cru devoir et pouvoir prescrire le 22 février 18i8. A tort ou à raison, eux aussi ont cru que la Constitution avait été violée dans son article V, ainsi conçu : « Elle respecte les nationalités étran-

» gères comme elle entend faire respecter la sienne , et

» n''emj)loie jamais ses forces contre la liberté iVaucun » peuple. »

A tort ou à raison, eux aussi ont cru que le ministère avait ouvertement violé la Constitution en ne se retirant pas le 7 mai, après le vote qui avait blâmé et flétri sa conduite.

A tort ou à raison, eux aussi ont cru que le ministère aurait dû se retirer devant la majorité de 87 voix (338 contre 241) qui s'était prononcée contre lui.

A tort ou à raison, enfin, eux aussi ont cru que la majorité de l'Assemblée législative n'avait pas le pouvoir de réduire à néant un résultat légalement acquis à la majorité de l'Assemblée constituante.

A raison, selon nous, car il est évident que si le ministère se fût retiré le 9 mai, comme il le devait, la politique de la France à Rome eût pris et suivi un tout autre cours. Cela est incontestable. Aussi, pour empêcher que les accusés n'aient le droit de se transformer en accusateurs^devant la haute-cour de Versailles, fallait-il à tout prix qu'un acte quelconque, la lettre du 18 août ou toute autre démonstration, vînt protester contre les prédictions de M. Ledru-Rollin, et permît de soutenir devant le jury que la République française « iVacait pas employé ses forces contre la liberté » du peuple romain. »

Il le l'ullail absuluiiienl. 11 le l'allail, car la suppression de la liberté à Uome, c'était la condamnation du ministère à A'ersaillcs, c'était l'acquillemont des accusés du 13 juin, c'était peut-être même la mise en accusation des accusateurs !

Aujcurd'hui , nul ne sait, nul ne saurait dire ce (jui sortira du procès qui se plaidera le 10 octobre (1) pardevant la haute-cour de Versailles !

La lettre du 18 août s'explique donc par ces trois motifs. En faisant naître un péiil plus éloigné, on a espéré échapper à un péril imminent.

C'est ainsi que les habiles et les serviles mènent les affaires de la France ! c'est ainsi qu'il les ont toujours menées !

13 septembre 184».

On se rappelle comment l'expédition du 17 avril a été proposée et volée.

Proposée d'urgence !

Votée d'wgence!

— Où donc était Pui'gence trallei' commettre une faute si gi"ave ?

— 11 fallait empêchei' les Autrichiens de marcher sur Kome.

— Encore un mensonge. Les Autrichiens ne menaçaient pas Rome, car il avait été convenu que, pour simplilier la question, pour éviter de la compliiiner par nos défiances et nos susceptibilités, l'Autriche s'abstiendrait d'intervenir et laisserait ce soin h deux puissances catholiques qui ne pouvaient, ni l'une ni l'autre, porter d'ombrage à la France :

(\) n Ordonnons que l'onverture des débats de la haute-cour aura lieu à Versailles, au Palais-de Justice, le mercredi 10 octobre, à dix heures précises du matin.

» Fait à Paris, le 13 septembre 1849.

cc^s deux puissances, c'étaient le gouvernement de Naples et le gouvernement d'Espagne.

C'est ainsi que l'Espagne, provoquée par notre propre diplomatie, a été conduite à s'imposer la dépense de l'envoi en Italie d'un corps expéditionnaire de 6,000 hommes.

Tout avait été préparé pour que Naples et Madrid inleivinssenl exclusivement à Rome, lorsque tout-à-coup, par les considérations que nous avons exposées, on a imaginée Paris l'expédition de Civita-Vecchia.

13 septembre 184!».

Le dimanche soir 9 septembre 1849, M. de Falloux se hâte de se rendre à l'Elysée, où il demande à parler au président de la République, h son retour de Sens.

Le président de la République lui fait dire qu'il ne peut pas le recevoir.

M. de Falloux insiste.

A force d'insister et d'attendre, il linit par être vvru.

Une très vive explication a lieu ; c'est dans cette explication que M. le président de la République va jusqu'à reprochei' très durement à M. de Falloux d'être l'auteur des graves complications de la situation.

M. de Falloux quitte l'Iilysée en annonçant hautement sa résolution de donner sa démission.

Le même soir, dimanche 9 septeiul)re, il s'empresse d'envoyer au Moniteur la fameuse note démentant celle de la Patrie, où il était dit que M. de Falloux avait donné à la lettre du 18 août « In plus entière approbation (1). »

(l) On lit dans la Patrie .

« Plusieurs jonrnatix ont prétendu que M. le ministre de l'instruction publique et des cultes avait quitté Paris en raison d'un désaccord profond qui s'é.ait é!ev.' entre lui et les autres membres du cabinet, à l'occasion de la lettre do M. le président de la République au colonel Ney. Ces journaux sont mal informés. M. de Falloux assistait, avant son départ, au conseil

Informé des dissentiments qui venaient d'éclater, M. Thiers dépêche aussitôt à M. de Failoux M. Merruau, dont la négociation est couronnée du plus brillant succès, puisque M. Merruau, l'intrépide universitaire, obtient de M. de Failoux que celui-ci consente à rester ministre de l'instruction publique.

Tels sont les faits, et si nous les rapportons dans toute leur précision, c'est afin d'établir dans toute sa vérité l'active participation de M. Thiers dans cette politique qui menace de replacer la France dans la même situation qu'en 1840, entre une faiblesse et une folie !

15 septembre 1849.

Le procès de Versailles n'est plus possible moralement : comment voudriez-vous qu'il pût se poursuivre, lorsque, par toutes les pièces officielles, par tous les documents authentiques :

1° Il est prouvé que l'attaque du 30 avril 1849 a eu lieu après et nonobstant l'envoi infructueux de la dépêche suivante :

« Paris, 17 avril 1849.

Le ministre des affaires étrangères à MM. (THarcourl et de Rayneval, à Gaëte. « Insistez afin que le pape se hâte de publier un Manifeste qui garantisse au peuple des institutions libérales conformes à ses vœux aussi bien qu'aux nécessités de notre temps.

» ... Vous ne sauriez insister trop fortement sur l'utilité et même la necessité d'un pareil document.

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