‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 37 sur 132 · XV BANC DE3 MINISTRES : NON ! NOX · texte numérisé non relu

XV BANC DE3 MINISTRES : NON ! NOX

» M. LEDRU-ROLLiN ; Comment, non ! Oh ! je comprends bien par quels moyens indirects vous voulez échapper à la question, et je m'explique à cet égard. Ah ! sans doute, votre politique est une politique au jour le jour, une politique superficielle....

» M. LE GÉNKRAI. LAMORICIËRK '. Si iioiis avioiis cim, si la commission avait cru que la France dût aller en Italie pour agir dans le sens autrichien, nous ne vous aurions pas apporté à la tribune le rapport qu^ nous vous avons apporté,

» M. ODILON BABROT : Nous sciùoiis coiipables si nous le faisions. » Séance du 7 mai 1849.

« M. ODILON BARROT : Dans cette catastrophe imminente, nous avions deux choses à sauvegarder : l'influence de la France et la liberté. Je m'approprie complètement les paroles précises par lesquelles l'honorable général de Lamoricière définissait le but de cette expédition : si nous ne. sauvons pas la république romaine, sauvons au moins la liberté. (Mouvc ments en sens divers.)

» M. DRoniN DE LHUTS : Quel était le but de l'expédition ? J'en appelle à tous vos souvenirs, j'en appelle à toutes les inspirations du bon sens, le but de l'expédition était de metti'e un poids dans la balance où se pesaient les destinées de l'Italie, atin d'assui-er notre influence en Italie,, d'assurer aux populations romaines les conditions d'un bon gouvernement, d'une bonne liberté, conditions qui auraient été compromises par la réaction ou par l'intervention étrangère. »

Séance du 6 août 1849.

« M. DE TOCQUEViLLE : Nous voulons assurer aux Ktats de l'Église des institutions libérales sérieuses. Je ne doute pas que sa sainteté, qui a donné tant de gages éclatants de ses goûts bienveillants et libéraux, ne comprenne la nécessité de notre position à cet égard et le besoin des peuples. »

4*^ 11 est prouvé, par ce qui précède et par ce qui va suivre,' que l'Âssemlîlée constituante ira jamais entendu, en votant d'urgence le crédit de 1,200,000 fr. qui lui était demandé, concourir au renversement de la République romaine, mais uniquement opposer une barrière aux prétentions de VAutriche, que le ministère représentait comme des plus menaçantes :

Séance du 16 avril 1849.

■ a M. JULES FAVRE, rapporteur de la commission chargée d'examiner, l'urgence : Des explications de M. le président du conseil et de M. le ministre des affaires étrangères, il est résulté que la pensée du gouverne-ment n'est pas de faire concourir la France au renversement de la République qui subsiste actuellement à Rome, qu'il agit dans sa liberté, dégagé de toute solidarité avec d'autres pu-ssances, ne consultant que ses inté-' rets, son honneur, la part d'influence qui lui appartient nécessairement dans tout grand débat européen.

'» Votre commission a pris acte de ces déclarations positives.... Fille

(l'une révolution populaire, la Républiqiie française ne pourrait, sans' s'amoindrir, coopérer à l'asservissement d'une nationalité indépendante. Mais c'est précisément pai'ce que le Piémont a succombé, parce que les armées impériales menacent la Toscane et la Romagne, en vertu des lois de la guerre et des privilèges de la victoire ; c'est parce qu'à leur suite éclateraient nécessairement de cruelles réactions, qu'il importe à la France, sous peine d'abdiquer, de faire Hotter son drapeau en Italie, pour qu'à son ombre l'humanité soit respectée et la liberté au moins partiellement sauvée.

» Votre commission a compris qu'en autorisant le pouvoir exécutif à occuper un point de l'Italie aujourd'hui menacée, vous lui donneriez pour mission de poser une limite aux prétentions de l'Auti'iche, et de terminer par un arbitrage que la force de nos armes appuierait au besoin tous les différends qui divisent encore la péninsule, et que notre intérêt comme notre honneur nous commandent de trancher dans le sens le plus favorable possible au développement des institutions démocratiques.

» M. ODiLON BARROT : Je le répète, je ne retire rien des paroles que j'ai prononcées dans le sein de la commission, et qui ont été reproduites à cette tribune. »

Séa7)ce du 7 «1041849.

« M. LE GÉNÉRAL LAMORiciÈRE '. M. le président du conseil nous disait : « Le ministère ne demande pas un nouveau mandat; il trouve suffi- » sanl l'ordre du jour déjà voté ; cet ordre du jour l'a autorisé à occuper » un point sur la côte d'Italie; en présence des événements qui se produi- » sent, il vous demande, par un crédit, les moyens d'exécution. »

» Que voulait faire le gouvernement ? Occuper un point sur la côte d'Italie. Pourquoi? pour être présent aux événements qui, disait-il, allaient s'accomplir, qui s'accomplissaient. Quelle était la situation? L'ho-" norable M. Barrot nous disait : « Je reçois à l'instant des dépèches qui; » m'annoncent que la contre- révolution se produit en Toscane, qu'elle est » accomplie, que la République romaine n'existe probablement plus à » l'heure qu'il est. Il faut éviter que les événements qui vont se passer » dans les États romains s'accomplissent sans nous; si l'Autriche y as- » siste seule avec Naples, vous savez quelles en seront les conséquences. »

» M. JULES FAVRE : Deux de MM. les ministres furent appelés par votre commission, et, en présence de tous les membres de la commission, je fais ici un appel solennel à vos souvenirs, il fut dit que l'expédition française ne pouvait avoir pour objet de protéger une forme de gouvernement qui serait repoussée par la population romaine.

» Il fut parfaitement convenu, connne principe, entre ces deux ministres et nous, qu'une pareille prétention et sa mise à exécution seraient un attentat contre l'humanité, tout autant que contre la liberté. (Très bien ! très bien ! )

» Telle fut, en substance, la pnrole dUionneur qui nous fut donnée ; c'est'

en conséquence de cette parole d'honneur que le rapport dont j'ai été le rédacteur, qui a été approuvé par la commission, fut apporté à cette tribune.

» M. ODILON BARROT : Je le répète, je ne retire rien des paroles que j'ai dites au sein de la commission, qui ont été reproduites à cette tribune; le drapeau de la France ne sera, croyez-moi, engagé que dans l'intérêt français, de son influence légitime, dans toute notre indépendance d'action, et dans l'intérêt de cette vieille cause qui a toujours nos sympathies....

» UNE VOIX : Laquelle ?

» M. ODILON BARROT '. Celle de la liberté sérieuse et des garanties d'un bon gouvernement. (Très bien ! très bien l) »

b'^ Il est prouvé que le « VOEU DES POPULATIONS, » qui devait être consulté, ne l'a pas été, et que c'est en violation de tous les principes proclamés et de toutes les déclarations réitérées que la ville de Givita-Vecchia a été mise en état de siège (ce qui devait avoir infailliblement pour effet de provoquer la défiance et d'armer la résistance des habitants de Rome), état de siège qui a eu lieu après et nonobstant la publication des trois pièces suivantes :

Déclaration du corps de-i troupes françaises au préside de Civita-Vecrhia.

« Le gouvernement de la République française, toujours animé d'un esprit très libéral, déclare vouloir respecter le vœu de la majorité des populations romaines, et vient sur leur territoire amicalement, dans le but de maintenir sa légitime influence. Il est de plus bien décidé à ne vouloir imposer à ces populations aucune forme de gouvernement qui ne serait pas choisie par elles.

» Pour ce qui concerne le gouvernement de Civita Vcccliia, il sera ron- Strvé dans toutes ses attributions...

» Civita-Vecchia, 24 avril 1849.

» Le chef d'escadron, aide -de-camp du commandant en chef ,

» KSPIVENT. »

Le général en chef de Varmée française aux habitants des Etats-Romains.

« Habitants des Etats-Romains, un corps d'armée française est débarqué sur votre territoire ; son but n'est point d'y exercer une influence oppressive, ni de vous imposer un gouvernement qui serait opposé à vos VŒUX. Il vient vous préserver, au contraire, des plus grands malheurs.

» Les événements politiques de l'Europe rendaient inévitable l'apparition d'un drapeaii étranger dans la capitale du monde chrétien. La République française, en y portant le sien avant tout autre, donne un éclatant témoignage de ses sympathies envers la nation romaine.

)) Accueillez-nous en frères, nous justifierons ce titre, nous respecterons vos personnes et vos biens ; nous payerons en argent toutes nos dépenses; nous nous concerterons avec les autorités existantes pour que notre occupation momentanée ne vous impose aucune g'"ne, nous sauvegarderons l'honneur militaire de vos troupes en les associant partout aux nôtres pour assurer le maintien de l'ordre et de la liberté.

» Romains, mon dévouement personnel vous est acquis. Si vous écoutez ma voix, si vous avez confiance dans ma parole, je me consacrerai sans réserve aux intérêts de votre belle patrie.

» Civita-Yecchia, 26 avril 1849. m Le général en chef,

» OUDINOT DE KEGGIO. »

Protestation.

« Le gouverneur de Civita-Veccliia, immensément surpris à la nouvelle du désarmement de la garnison et de l'occupation du fort par une partie des troupes françaises, chercbe vainement à concilier ces mesures de guerre avec les assurances solennelles d'amitié écrites et proclamées par le commandant de l'expédition, en face de la ville, en face de l'Europe.

» // cède, mais no» volontairement , à la force majeure, il proteste, etc..

» Civita-Vecchia, le 27 avril 18-19.

)> M. MANUCCI. »

6'' Il est prouvé que la résistance des Romains, dans la journée tlu 30 avril, n'a été que la conséquence naturelle de l'inqualifiable mise en état de siège de Civita-Vecchia, et de l'invincible refus du pape de publier le manifeste qui lui avait été demandé avec instance par MM. d'Harcourt et de Rayneval (voir la dépèche ci-dessus du 17 avril) ; celte résistance n'a été nullement un guet-apensjii un piège, ainsi que le prouvent les termes des dépèches suivantes :

Le général Oudinot au minislère français. a Les hommes qui sont parvenus à s'emparer du gouvernement de Rome paraissent décidés à ne pas résigner leurs pouvoirs.

» Leur amour-propre comme leur intérêt semblent s'unir pour les faire résister; ils nous jettent une sorte de défi, nous l'acceptons et nous marchons sur Rome. »

Le consul général de Cinita-Vecchia au ministre des affaires étrangères.

« 26 avril 1849.

» Les nouvelles sont toutes à la résistance; on travaille aux barricades; on assure que le pont Saint Ange, le Vatican et divers autres édifices sont minés; les Français les plus exaltés de la colonie ont protesté contre l'occupation, ils ont offert de monter les premiers sur les barrica des; les portes de Rome sont fermées, et il est défendu aux voyageurs de sortir de la ville. «

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