XII. IS
7^* Il est prouvé que M. Odilon Barrol a trompé sciemment l'Assemblée constituante et égaré l'opinion publique, en supposant un guet-apens, un piège, une trahison ; ces allégations sont démenties par les termes mêmes des deux dépêches qu'on vient de lire, car là où il y avait défi public et résistance annoncée, il ne pouvait y avoir piège et guetapens :
a M. ouiLON BAKROT : Eh bien! il s'est pi'ésenté sous les murs de Rome; il s'y est présenté non en conquérant, car, assurément, s'il avait voulu faire la conquête de Rome, il aurait au moins attendu la seconde expédition qui, le lendemain, devait arriver pour compléter ses forces; il s'y est présenté, comme il a dit, pour faire une reconnaissance, pour se montrer, pour entrer eu communication plus directe avec les agents du gouvernement. Il a rencontré la guerre (Mouvement), il a rencontré la guerre ; ceux qu'il envoyait avec le caractère pacifique ont été retenus prisonniers, des coups de fusil ont été tirés sur nos soldats, qui ont riposté ; il a déclaré, et je crois à sa loyauté militaire, qu'il n'a pas pris l'initiative. Il a été attaqué lorsqu'il se présentait ostensiblement comme ami, et puis un piège a été tendu à une partie de ses soldats, jnége dans lequel ils sont tombés. Grand Dieu ! l'histoire de notre temps n'est que trop féconde en exemples où notre pays, par excès de bravoure ou par excès de confiance, subit de pareils échecs. Il s'est retiré ; mais ce fait, ce fait de guerre changeait la situation, nous imposait d'autres devoirs. »
8° Il est prouvé que M. Odilon Barrot a trompé non moins indignement l'Assemblée constituante et l'opinion publique en persistant à leur représenter la ville de Rome comme étant au pouvoir et sous la terreur d'une multitude étrangère, ce qui était sinon complètement faux, du moins odieusement exagéré, ainsi que cela ressort de tous les faits et des témoignages suivants :
« M. DE LEfeSEPS : Je vois une ville entière en armes; habitué à juger des cités en révolution, je trouve ici, au premier abord, l'aspect d'une population décidée à la résistance, et, rejetant tous les calculs exagérés, on peut compter au moins sur vingt-cinq mille combattants sérieux. Si nous entrions de vive force dans Rome, non seulement nous passerions sur le corps des aventuriers étrangers, mais nous laisserions sur le carreau des bour gcois, des boutiquiers, des jeunes gens de famille, toutes les classes enfin qui défendent l'ordre et la société à Paris. Que cet état de choses n'ait pas existé, il y a quinze jours, à l'époque même où nos troupes se sont présentées pour la première fois devant Rome, il est certain que, par telle ou telle cauôc, ancienne ou nouvelle, il existe aujourd'hui. »
M. de Wolodkowic: à M. de Lesseps.
« Rome, 22 mai 1849.
» Monsieur le ministre,
» Certains journaux de Paris, ainsi que de l'étranger, ont accrëdité le bruit, dans un but évidemment bostile à la cause polonaise, qu'il s'est trouvé une foule de Polonais pour combattre l'armée française, le 30 avril dernier.
» Me trouvant à Rome, pour des motifs de santé, étranger k tous les événements politiques qui ont eu lieu dans cette capitale, émigré polonais depuis 1831, domicilié à Paris, voué de cœur et de sentiments au pajs que je considère comme une seconde patrie, il est de mon devoir, monsieur le ministre, de protester bautement, au nom de l'émigration polonaise, contre cette indigne calomnie. Voici le fait. Le cbiffre des officiers polonais admis au service de la République romaine se réduit à cinq ou six individus. Je prendrai la liberté, monsieur le ministre, de vous faire observer que ces officiers ont été engagés depuis plusieurs mois, à une époque où il n'y avait aucune probabilité de guerre entre la France et les Etats-Romains, et qu'au moment où cette malheureuse lutte éclata, l'honneur militaire ne permettait pas à ces mêmes officiers de quitter l'unifurme et d'abandonner ainsi leurs camarades à l'heure du danger.
»D'auU"es officiers polonais, parmi lesquels je citerai Thonorable général Rybinski, arrivèrent à Rome, quelques jours avant le 30 avril, et refusèrent les positions qui leur furent offertes dans l'année, ayant été déjà informés de l'arrivée de l'expédition française à Civita-Vecchia, pour ne pas avoir la douleur de porter les armes contre la France.
» Il se trouve encore au service de la république romaine un cadre d'une légion polonaise, composé de 200 jeunes gens, pour la plupart adpartenant à la nouvelle émigration qui n'a jamais été en France. Ce petit corps était précédemment au service de la Toscane. Depuis les événements qui rétablirent l'autorité du grand-duc dans ce pays, il se réfugia à Bologne et s'y trouva tout entier le 30 avril. Tous les Polonais de ce corps exprimèrent à leurs chefs le désir de ne jamais être employés contre l'armée française, si, à Dieu ne plaise, les hostilités devaient être reprises. »
9° Il est prouvé encore que M. Odilon Barrot a trompé la France en lui faisant croire que les Romains étaient animés à l'égard de l'armée française des sentiments les plus hostiles ; ce coupable mensonge est démenti perdes documents officiels irrécusables :
Le général Oudinot à M. de Lesseps.
« Au quartier général de la Villa-Santucci, le 20 mai. « Monsieur le ministre plénipotentiaire, » Les soldats français blessés dans le combat du 30 avril ont reçu à
Rome des soins aussi éclaires que dévoués. Je suis profondément reconnaissant de cette bienveillante sollicitude poar mes compagnons d'armes.
» J'apprends que le service des hôpitaux de l'armée romaine est susceptible de certaines améliorations déjà introduites dans nos armées. Interprète des sentiments humanitaires de mon gouvernement , je vous prie de vouloir bien offrir en son nom, au service de santé de l'armée romaine, le caisson d'ambulance que je fais diriger sur la capitale à cet effet.
» Je désire que les soldats dont nous avons été les adversaires trouvent dans cette offre un témoignage particulier d'estime et de sympathie.
» Recevez, je vous prie, etc.
» Le général commandant en chef,