octobre
Quiconque a voyagé sur un chemin de fer a vu comment, au moyen d'une manœuvre fort simple, on fait passer un convoi tl'un rail sur un autre. Il suffit d'avancer ce qu'on appelle une aiguille. L'Op//!/o/i7;((6/(''/W(?, nous l'en prévenons, se trompe étrangement si elle croit que, par une manœuvre semblable, elle nous fera changer de voie sans que nous
nous en apercevions, et nous attirera sur un terrain qui est le sien, mais qui n'est pas le nôtre.
Notre terrain, c'est la souveraineté nationale représentée par la majorité législative.
Notre terrain, c'est le droit inviolable de la majorité dans le cercle tracé par la Constitution.
Jamais, dans aucune circonstance, nous n'avons pris parti pour la Minorité contre la Majorité; jamais nous n'avons placé au dessus de l'inflexibilité du principe la souveraineté du but. C'est un avantage que la Presse possède sur V Opinion publique el sur le Constitutionnel.
Comment, le 9 mai 1849, VOpinion publique quaViiiait-elle le vote de la veille ? Elle le qualifiait d'EJiBuscADE. Elle s'exprimait ainsi :
« Une EMBUSCADE rARLEMENTAïKE tendue au cabinet, quand il faudrait venir au secours de nos soldats.... Les voilà bien ! »
Le lendemain, VOpinion publique ajoutait:
« Le président veut gouverner, parce qu'il est le représentant du pouvoir exécutif; l'Assemblée prétend gouverner le gouvernement, sous préteste qu'elle est l'Assemblée. Le refus DE coxcocRS reparaît, et le président semble assez disposé à se passer du concours. Nous voilà revenus, sous la République, à la situation de 1829. Deux révolutions, qui ont humilié et amoindri la France et dévoré nos richesses nationales, sont comme non avenues. La question est toujours posée : qui gouvernera ? le gouvernement ou l'Assemblée? »
Ainsi, le refus de concours est positivement établi et incontestablement démontré par VOpinion publique. Devant ce refus de concours de la majorité, le ministère se retiret-il, ou du moins subordonne-t-il sa politique à la volonté de la majorité ? — Non; il demeure el il passe outre. Quel respect pour les décisions de la majorité ! Osez donc désormais l'invoquer !
Comment, le 9 mai, le Constitutionnel qualifiait-il le vole du 8 mai de l'Assemblée constituante ? il le qualifiait de « question DE PARTI. » 11 ajoutait :
« .... Qu'une partie des républicains modérés de l'Assemblée se soient associés à «ne teUe resolution I que M. le général de Lamoricière s'y soit
associé et l'ait soutenue, lui, qui avait reconnu que ce qu'il y avait à défendre où nous allions, c'était, non pas la République romaine, mais la liberté de Rome ; que lui, militaire, il ait marchandé à un compagnon d'armes la consolation de réparer un échec, cela nous confond d'un douloureux étonnement.
» CONDAMNATION, c'est le mot, qu'on a prononcée contre l'armée
française, et, il faut bien le répéter, une condamnation sans entendre les malheureux accusés qui ont commis le crime de verser leur sang pour le service de leur pa}'s. Car enfin savez-vous si, en effet, l'expédition a été détournée du but que vous prétendez lui avoir assigné? »
Et le lendemain, 10 mai, le Constitutionnel insistait en ces termes :
« Au début de la séauce, l'Assemblée était agitée, émue ; on s'attendait à toutes les violences du parti qui, désespéré de se sentir repoussé par l'opinion publique, se venge en proposant à la Chambre toutes les détestables RÉSOLUTIONS que la passion lui suggère, et paraît tout faire pour ne laisser derrière lui que des ruines. »
Ainsi, les 9 et 10 mai 1849, pour le Constitutionnel, la Majorité, (une majorité do 87 voix!) n'était qu'un « parti! » La décision de la Majorité, était une « décision détestable I » Cette décision, le Constitutionnel l'appelait une condamn'.vtion!
Si l'on admet deux sortes de majorités, l'une bonne, l'autre mauvaise ; l'une à laquelle on pourra dire dédaigneusement : vous ne représentez qu'un parti, l'autre de laquelle on pourra dii"e qu'elle seule est l'expression sincère de l'opinion du « pays, » comment les distinguera-t-on et qui prononcera entre elles ?
11 faut ou admettre ou rejeter le principe de la majorité. Il est absolu ; on ne peut ni le rejeter à demi ni l'admettre à demi ; on n'est pas libre de le rejeter quand il blesse et l'admettre quand il sert.
C'est là une doctrine contre laquelle nous avons toujours protesté, contre laquelle nous protesterons toujours.
Vainement on s"efTorcera d'obscurcir les faits ; le 11 juin 1849, c'était le droit de la majorité que la minorité défendait quand l'opposition disait au gouvernement : vous avez violé la Constitution, dans son article 5, vous avez foulé aux pieds la majorité dans son vote du 8 mai !
Nous le demandons à VOpinion publique, l'ordre de bombarder Rome, expédié le 29 mai (alors surtout que le ministère avait donné sa démission), était-il conforme à la décision du 8 mai votée par 87 voix de majorité, à cette dé cision qualifiée de refus de concours par l'Opf/u'o/i publique et de CONDAMNATION par le Constitutionnel ?
Accordez donc le choix fait, le 8 mai, de M. de Lesseps, avec son rappel expédié de Paris le 29 mai, c'est à dire deux jours avant que M. de Lesseps ne signât à Rome cette fameuse convention du 31 mai qu'on a érigée en grief contre lui, lorsqu'il suffirait pour faire tomber ce grief de rapprocher ces deux dates :
Paris, 29 mai: Ordre de rappel.
Rome, 31 mai : Signature de la convention!
Direz-vous que M. de Lesseps avait manqué à ses instructions ? — On ne lui en avait pas donné (1).
L'ordre de bombarder Rome, expédié de Paris le 29 mai, quand M. Ferdinand de Lesseps signait à Rome, le 31 mai, une convention entièrement conforme aux déclarations