‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 44 sur 132 · PROTOCOLE · texte numérisé non relu

PROTOCOLE

a Les difficultés dans lesquelles Sa Hautesse le sultan s'est trouvé placé, et qui l'ont déterminé à réclamer l'appui et l'assistance des cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, venant d'être aplanies, et Meliemet-Ali ayant fait envers Sa Hautesse le sultan l'acte de soumission que la convention du 15 juillet 1840 était destinée à amener, les représentants des cours signataii-es de ladite convention ont reconnu, qu'indépendamment de l'exécution des mesures temporaires résultant de cette convention, il importe essentiellement de consacrer, de la manière la plus formelle, le respect dû à l'ancienne règle de l'empire ottoman, en vertu de laquelle il a été de tout temps défendu aux bâtiments de guerre des puissances étrangères d'entrer dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore.

» Ce principe étant par sa nature d'une application générale et permanente, les plénipotentiaires respectifs, munis à cet effet des ordres de leurs cours, ont été d'avis que, pour manifester l'accord et ruiiion qui président aux intentions de toutes les cours dans l'intérêt de l'aifermissement de la paix européenne, il conviendrait de constater le respect dû au principe susmentionné, au moyen d'une transaction à laquelle la France serait appelée à concourir, à l'invitation et d'api-ès le vœu de Sa Hautesse le sultan.

» Cette transaction étant de nature à offrir à l'Europe un gage de l'union des cinq puissances, le principal secrétaire d'État de Sa Majesté britannique ayant le département des affaires étrangères, d'accord avec les plénipotentiaires des quatre puissances, s'est chargé de porter cet objet à la connaissance du gouvernement français, en l'invitant à participer à la transaction par laquelle, d'une part, le sultan déclarait sa ferme résolution de maintenir à l'avenir le susdit principe ; de l'autre, les cinq puissances annonceraient leur détermination unanime de respecter ce principe et de s'y conformer.

» .Signe : ESTEKIIAZY, UEUMAKN, rALMEKSTON, BDLOW, BRUNOW, CHEKIB. »

Voici maintenant le texte du ti-ailé du 13 juillet 1841 :

Convention signée et conclue à Londres, le 13 juillet 1841, entre V Autriche, la France, la Grande-Bretagne, la Prusse, la Russie d'une part, et la Porte- Ottomane de l'autre part, dans le but de maintenir à l'avenir le principe que le passage des détroits des Dardanelles et du Bosphore reste toujours fermé aux bâtiments de guerre étrangers, tant que la Porte se trouve en paix. « Au nom de Dieu très miséricordieux,

n Leurs ]\Iajestés l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, le roi des Français, la reine du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, le roi de Prusse et l'empereur de toutes les Russies, persuadés que leur union et leur accord offrent à l'Europe le gage le plus certain de la conservation de la paix générale, objet constant de leur sollicitude, et Leursdites Majestés, voulant attester cet accord on donnant ii Sa Hau- XII. 20

tessele sultan une preuve mani^sto du respect qu'elles portent à Vinviolabilité de ses droits souverains, ainsi que de leur désir sincère de voir se consolider le repos de son empire ; Leursdites Majestés ont résolu de se rendre à l'invitation de Sa Hautesse le sultan, afin de constater en commun par un acte formel leur détermination unanime de se conformer à l'ancienne rfîgle de l'empire ottoman, d'après laquelle le passage des détroits des Dardanelles et du Bosphore doit toujours être fermé aux bâtiments de guerre étrangers, tant que la Porte se trouve en paix.

» Art. l^''. Sa Hautesse le sultan, d'une part, déclare qu'il a la ferme résolution de maintenir à l'avenir le principe invariablement établi comme ancienne règle de son empire, et en vertu duquel il a été de tout temps défendu aux bâtiments de gnerre des puissances étrangères d'entrer dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore, et que tant que la Porte se trouve en paix, Sa Hautesse n'admettra aucun bâtiment de guerre étranger dans lesdits détroits.

» Et Leurs Majestés l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, le roi des Français, la reine du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, le roi de Prusse et l'empereur de toutes les Russies, de l'autre part, s'engagent à respecter cette détermination du sultan, et à se conformer au principe ci dessus énoncé.

» Art. 2. 11 est entendu qu'en constatant l'inviolabilité de l'ancienne règle de l'empire ottoman mentionnée dans l'article précédent, le sultan se réserve, comme parle passé, de délivrer des firmans de passage aux bâtiments légers sous pavillon de guerre, lesquels seront employés, comme il est usage, au service des légations des puissances amies.

» Art. 3. Sa Hautesse le sultan se réserve de porter la présente convention à la connaissance de toutes les pi;issances avec lesquelles la Sublime-Porte se trouve en relation d'amitié, en les invitant à y accéder. »

Le traité du 13 juillet 1841, qu'on vient de lire, avait deux objets :

Le premier, de faire rentrer la France dans le concert européen, d'où le traité du 15 juillet 1840 l'avait fait étourdîment sortir;

Le second, de donner une consécration nouvelle à l'anéantissement, déjà consommé par le traité du 15 juillet 1840, du traité d'Unkiar-Skelessy, conclu le 8 juillet 1833, entre ia Russie et la Turquie, et contenant un article additionnel secret. —Citons le texte du traité du 15 juillet 1840 :

Convention conclue entre les cours de la Grande-Bretagne, d'Autriche, de Prusse el de Russie, d'une pari, et de la Sublime-Porte ottomane de Vautre, pour la pacification du Levant, signée à Londres, le 15 juillet 1840. « Au nom de Dieu très miséricordieux. Sa Hautc-se le sultan ayant eu

recours à Leiirs Majestés : la reine du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, le roi de Prusse et l'empereur de tontes les Russies, pour réclamer leur appui et leur assistance au milieu des difficultés dans lesquelles il se trouve placé par suite de la conduite hostile de Meheraet-Ali, pacha d'Egypte, difficultés qui menacent de porter atteinte à l'intégrité de Vempire ottoman et à l'indépendance du troue du sultan, Leursdites Majestés, réunies par le sentiment d'amitié qui subsiste entre elles et le sultan, animées du désir de veiller au maintien de Vintégrité et de l'indépendance de Vempire ottoman, dans l'intérêt de l'affermissement de la paix de l'Eui'ope, fidèles à l'engagement qu'elles ont contracté par la note remise à la Porte par leurs représentants à Constantinople, le 27 juillet 1837, et désirant de plus prévenir l'effusion de sang qu'occasionnerait la continuation des hostilités qui ont récemment éclaté en Syrie entre les autorités du pacha et les sujets de Sa Hautesse.

» Art. l*-'"'. Sa Hautesse le sultan s'étant entendu avec Leurs Majestés la l'eine du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, le roi de Prusse et l'empereur de tontes les Russies, sur les conditions de l'arrangement qu'il est de l'intention de Sa Hautesse d'accorder à Mehemet-Ali, lesquelles conditions spécifiées dans l'acte séparé ci-annexé. Leurs Majestés s'engagent à agir dans un parfait accord, et d'unir leurs efforts pour déterminer Mehemet- Ali à se conformer à cet arrangement ; chacune des hautes parties contractantes se réservant de coopérer à ce but selon les moyens d'action dont chacune d'elles peut disposer.

» Art. 2. S' le pacha d'Egypte refusait d'adhérer au susdit arrangement, qui lui sera communiqué parle sultan avec le concours de Leursdites Majestés, celles-ci s'engagent à prendre, à la réquisition du sultan, des mesures concertées et arrêtées entre elles, afin de mettre cet arrangement à exécution. Dans l'intervalle, le sultan ayant invité ses alliés à se joindre à lui pour l'aider à interrompre la communication par mer entre l'Egypte et la Syrie, et à empêcher l'expédition de troupes, chevaux, armes, munitions et approvisionnements de guerre de tous genres d'une de CCS provinces à l'autre, Leurs Majestés la l'eine du royaume-uni de la Grande-Bretagne et d'Irlande, et l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, s'engagent à donner immédiatement à cet effet les ordres nécessaires aux commandants de leurs forces navales dans la Méditerranée. Leursdites Majestés promettent, en outre, que les commandants de leurs escadres, selon les moyens dont ils disposent, donneront au nom de l'alliance tout l'appui et toute l'assistance en leur pouvpir à ceux des sujets du sultan qui manifesteront leur fidélité et obéissance à leur souverain.

)) Art. 3. Si Mehemet-Ali, après s'être refusé de se soumettre aux conditions de l'arrangement mentionné ci-dessus, dirigeait ses forces de terre ou de mer vers (.^onstantinople, les hautes parties contractantes, sur la réqni-ition expresse qui en serait faite par le sultan à leurs représentants à

Çonstantinople, sont convenus, le cas échéant, de se rendre à l'invitation de ce souverain, et de pourvoir à la défense de son trône au moyen d'une coopération concertée en commun, dans le but de mettre les deux détroits du Bosphore et des Dardanelles, ainsi que la capitale de l'empire ottoman, à l'abri de toute agression.

» Il est en outre convenu que les forces qui, en vertu d'une pareille entente, recevront la destination indiquée ci-dessus, y resteront employées aussi longtemps que leur présence sera requise par le sultan ; et lorsque Sa Hautesse jugera que leur présence aura cessé d'être nécessaire, lesdites forces se retireront simultanément, et rentreront respectivement dans la mer Noire et la Méditerranée.

» Art. 4. Il est toutefois expressément entendu que la coopération mentionnée dans l'article précédent, et destinée à placer temporairement les détroits des Dardanelles et du Bosphore et la capitale ottomane sous la sauvegarde des hautes parties contractantes contre toute agression de Mehemet-Ali, ne sera considérée que comme mesure exceptionnelle, adoptée à la demande expi'esse du sultan, et uniquement pour sa défense dans le seul cas indiqué ci-dessus. Mais il est convenu que cette mesure ne dérogera en rien à l'ancienne règle de l'empire ottoman, en vertu de laquelle il a été de tout temps défendu aux bâtiments de guerre des puissances étrangères d'entrer dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore. Et le sultan, d'une part, déclare, par le présent acte, qu'à l'exception de l'éventualité ci-dessus mentionnée, il a la ferme résolution de maintenir à l'avenir ce pi'incipe invariablement établi comme ancienne règle de son empire, et tant que la Porte se trouve en paix, de n'admettre aucun bâtiment de guerre étranger dans les détroits du Bosphore et des Dardanelles; d'autre part, Leurs Majestés la reine du royaume-uni de la Grande- Bretagne et d'Irlande, l'empereur d'Autriche, roi de Hongrie et de Bohême, le roi de Prusse, et l'empei-eur de toutes les Russies, s'engagent à respecter cette détermination du sultan, et à se conformer au principe ci-dessus énoncé.

» Art. 5. La présente convention sera ratifiée, et les ratifications en seront échangées à Londres dans l'espace de deux mois, ou plus tôt si faire se peut.

» En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs l'ont signée, et y ont apposé les sceaux de leurs ai'mes.

» Fait à Londres, le 15 juillet, l'an de grâce mil huit cent quarante.

» (L. S.) PALMEKSTON, NEUMANN, BDLOW, BRUNOW, CHEKIB. »

Protocole signé à Londres, le 15 juillet 1840, par les plénipotentiaires d'Autriche, de la Grande-^ietagne, de Prusse, de Busiie et de la Porte-Ottomane.

« En apposant sa signature à la convention de ce jour, le plénipotentiaire de la Sublime -Porte-Ottomane a déclaré :

» Qu'en constatant, par l'article 4 de ladite convention, l'ancienne règle de l'empire ottoman, en vertu de laquelle il a été défendu de tout temps

aux bâtiments de guerre étrangers d'entrer dans les détroits des Dardanelles et du Bosphore, la Sublime-Porte se réserve, comme par le passé, de délivrer des tirmans de passage aux bâtiments légers sous pavillon de guerre, lesquels sont employés, selon l'usage, au service de la correspondance des légations des puissances amies.

» Les plénipotentiaires des cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, ont pris acte de la présente déclaration pour la porter à la connaissance de leurs cours.

» Signé: NEUMAN>, PALMERSTON, BULOW, BKUNOW, CHEKIB. »

Protocole du 17 septembre 1840.

« Les plénipotentiaires des cours d'Autriche, de la Grande-Bretagne, de Prusse et de Russie, après avoir échangé les ratifications de la convention conclue le 15 juillet dernier, ont résolu, dans le but de placer dans son vrai jour le désintéressement qui a guidé leurs cours dans la conclusion de cet acte, de déclarer formellement :

» Que, dans l'exécution des engagements résultant de la susdite convention par les puissances contractantes, ces puissances ne chercheront aucune autre augmentation de territoire, aucune influence ejc/usù'e, aucun avantage de commerce pour leurs sujets, que ceux que toute autre nation ne puisse également obtenir. Les plénipotentiaires des cours ci-dessus mentionnées ont résolu de consigner cette déclaration dans le présent protocole.

» Le plénipotentiaire de la Porte Ottomane, en paynnt un juste tribut à la bonne foi et à la politique désintéressée des cours alliées, a pris connaissance de la déclaration contenue dans le présent protocole, et s'est chargé de le transmettre à sa cour.

» Signé : palmerston, neumann, schleinitz, brunow, chekib. »

Voici maintenant le texte du traité d'Unkiar-Skelessy, conclu le 8 juillet 1833 :

Tra ité d' Unkia r-SMessy.

« Art. 1". Il y aura àjamais paix, amitié et alliance entre S. M. l'empereur de toutes les Russies et S. M. l'empereur des Ottomans, leurs empires et leurs sxijets, tant sur terre que sur mer. Cette alliance ayant uniquement pour objet la défense commune de leurs États conlre tout empiétement,heuïs Majestés promettent de s'entendre sans réserve sur tous les objets qui concernent leur tranquillité et sûreté respectives, et de se prêter mutuellement à cet effet des secours matériels et l'assistance la plus efficace.

» Art, 2. Le traité de paix conclu à Andrinople le 2 septembre 1829, ainsi que les autres traités qui y sont compris, de même aussi que la convention signée à Saint-Pétersbourg le 14 avril 1830, et l'arrangement conclu à Constantinople le 9 (21) juillet 1832, relatif à la Grèce, sont con-

firmes dans toute leur teneur, par le traité d'alliance défensive, comme si lesdites transactions y avaient été insérées mot pour mot.

» Art. 3. En conséquence du principe de conservation et de défense mutuelle qui sert de base au présent traité d'alliance, et par suite du plus sincère désir d'assurer la durée, le maintien et l'entière indépendance de la Sublime-Porte, S. M. l'empereur de toutes les Russies, dans le cas où les circonstances qui pourraient déterminer de nouveau la Sublime-Porte à réclamer l'assistance navale et militaire de la Russie viendraient à se présenter, quoique ce cas ne soit nullement à prévoir, s'il plaît à Dieu, promet de fournir, par terre et par mer, autant de troupes et de forces que les deux hautes parties contractantes le jugeraient nécessaire. D'après cela, il est convenu qu'en ce cas, les forces de terre et de mer dont la Sublime- Porte réclamerait le secours seront tenues à sa disposition.

» Art. 4. Selon ce qui a été dît plus liaut, dans le cas où l'une des deux puissances aura réclamé l'assistance de l'antre, les frais seuls d'approvisionnement pour les forces de terre et de mer qui seraient fournies tomberont à la charge de la puissance qui aura demandé le secours.

» Art. 5. Quoique les deux hautes parties contractantes soient sincèrement intentionnées de maintenir cet engagement jusqu'au terme le plus éloigné, comme il se pourrait que, dans la suite, les circonstances exigeassent qu'il fût apporté quelques changements à ce traité, on est convenu de fixer sa durée à huit ans, à dater du jour de l'échange des ratifications impériales. Les deux parties, avant l'expiration de ce terme, se concerteront, suivant l'état où seront les choses à cette époque, sur le renouvellement dudit traité.

» Art. 6. Le présent traité d'alliance défensive sera ratifié parles deux hautes parties contractantes, et les ratifications en seront échangées à Constantinople dans le terme de deux mois, ou plus tôt si faire se peut.

)) Le présent traité, contenant six articles, et auquel il sera mis la dernière main par l'échange des ratifications respectives, ayant été arrêté entre nous, nous l'avons signé et scellé de nos sceaux, en vertu de nos pleins pouvoirs, et délivré en échange contre un autre pareil, entre les mains des plénipotentiaires de la Sublime-Porte ottomane.

a Fait à Constantinople, le 26 juin (8 juillet), l'an 1833 (le 20 de la lune de Safer, l'an 1249 de l'hégire).

» Signé : comte Alexis okloff. — a. boutenieff. (L. S.) (L. S.)

» (Suivent les signatures des trois plénipotentiaires ottomans.) »

rticle secret additionnel du traité d'alliance conclu entre la Russie et la Turquie, le 26 juin 1833, selon Vancien calendrier, ou le 8 juillet 1833, selon le r.ouveau calendrier.

(( En vertu d'une des clauses de l'art. 1^' du traité patent d'alliance défensive conclu entre la Sublime-Porte et la cour impériale du Russie, les deux hautes parties contractantes sont tenues de se prêter mutuellement

des secours matériels et l'assistauce la plus efficace pour la sûreté de leurs États respectifs.

» Néanmoins, comme S. M. l'empereur de toutes les Russies, voulant épargner à la Sublime-Porte la charge des embarras qui résulteraient pour elle de la prestation d'un secours matériel, ne demandera pas ce secours, si les «circonstances mettaient la Sublime-Porte dans l'obligation de le fournir, la Sublime-Porte ottomane, à la place du secours qu'elle doit prêter au besoin d'après le pi'incipe de réciprocité du traité patent, devra borner son action en faveur de la cour impériale de Russie à fermer le détroit des Dardanelles, c'est-à-dire à ne permettre à aucun bâtiment de guerre étranger d'y entrer, sous aucun prétexte quelconque.

» Le présent article, séparé et secret, aura la même force et valeur que s'il était inséré mot à mot dans le traité d'alliance défensive de ce jour. »

NOTES KNTRE LE CABINET DES TUILERIES ET CELUI DE SAINT-PÉTERS- BOURG, OCCASIONNÉES BAR LE TRAITE ENTRE LA RUSSIE ET LA TUR- QUIE, DU 8 JUILLET 1833.

Noie du chargé d'affaires français à Sainl-Pétersbourg.

« Le soussigné, chargé d'affaires de S. M. le roi des Prançaiï, a reçu l'ordre d'exprimer au cabinet de Saint-Pétersbourg la profonde affliction que le gouvernement français a éprouvée en apprenant la conclusion du traité du 8 juillet dernier (1^33), entre S. M. l'empereur de Russie et le Grand-Seigneur. Dans l'opinion du gouvernement du roi, ce traité assigne aux relations mutuelles de l'empire ottoman et de la Russie un caractère nouveau, contre lequel les puissances d'Europe ont le droit de se prononcer.

» Le soussigné est donc chargé de déclarer que si les stipulations de cet acte devaient subséquemment amener une intervention armée de la Russie dans les affaires intérieures de la Turquie, le gouvernement français se tiendrait pour entièrement libre d'adopter telle ligne de conduite qui lui serait suggérée par les circonstances, agissant dès lors comme si le traité en question n'existait pas. Il est également prescrit au soussigné do faire connaître au cabinet impérial qu'une déclaration analogue a été remise à la Porte-Ottomane par l'ambassadeur de S. M. à Constantiuople.

» Saint-Pétersbourg, le. .. octobre 1833.

» Sig7}é : j. DE LAGRÉNÉ. »

Réponse du ministre des relations extérieures de la Bassie.

« Le soussigné a reçu la note par laquelle ]\I. J. de Lagréné. chargé d'afl'aires de S. le roi des Français, lui a fait part du profond regret que la conclusion du traité du 8 juillet, entre la Russie et la Porte, a causé au gouvernement français, sans énoncer en même temps ni les motifs de ce regret ni la nature des objections auxquelles ce traité pourrait donner

lieu. Le soussigné ne saurait donc les connaître ; il peut encore moins les comprendre. En effet, le traité du 8 juillet e?t purement défensif ; il a été conclu entre deux puissances indépendantes usant de la plénitude de leurs droits ; il ne porte nul préjudice aux intérêts d'aucun État quelconque.

» Quelles seraient donc les objections que d'autres puissances se croiraient autorisées avec justice à élever contre une pareille» transaction? Comment surtout pourraient-elles déclarer qu'elles ne lui reconnaissent aucune valeur, à moins qu'il n'entre dans leurs vues de renverser un empire que le traité est destiné à conserver? — Maij tel ne peut être le dessein du gouvernement français. Il serait en contradiction ouverte avec toutes les déclarations qu'il a émises lors des dernières complications de l'Orient.

» Le soussigné doit, par conséquent, supposer que l'opinion énoncée dans la note de M. deLagréué repose sur des données inexactes, et que, mieux éclairé sur la communication du traité que la Porte a faite récemment à l'ambassadeur français à Constantinople, son gouvernement appréciera davantage la valeur et l'utilité d'une transaction conclue dans un esprit aussi pacifique que conservateur. Cet acte change, il est vrai, la natui'e des relations entre la Russie et la Porte, car il fait succéder à une longue inimitié des rapports d'intimité et de confiance, dans lesquels le gouvernement turc trouvera désormais une g-irantie de stabilité, et au besoin des moyens de défense propres à assurer sa conservation. — C'est dans cette conviction, et guidé par les intentions les plus pures comme les plus désintéressées, que S. M. l'empereur est résolu de remplir tidèleraent, le cas échéant, les obligations que le traité du 8 juillet lui impose, agissant ainsi comme si la déclaration contenue dans la note de M. de Lagréné n'existait pas.

» Saint-Pétersbourg, le. .. octobre 1833.

» Signé: NESSELRODE. »

Extrait d'une vote conjidentieUe adressée à la Porte par la Russsie, le.. . mars 183(5. [The Times, 11 avril 1836.)

« Après avoir énuméré les principaux événements qui ont précédé la bataille de Koniah et avoir principalement appuyé sur le refus des secours demandés alors à l'Angleterre par l'envoyé de la Porte, le ministre de la Russie à Constantinople, M. de Boutenieff, rappelle l'assistance prompte et désintéressée que l'empereur de Russie a prêtée au sultan dans ce moment de crise, et le traité d'alliance conclu le 8 juillet entre les deux cours, avant que les troupes russes eussent quitté Constantinople.

» Le cabinet de Saint-Pétersbourg entretient l'espoir, dit la Note, que le gouvernement turc conserverait de la reconnaissance pour un service aussi signalé ; qu'il ne cesserait d'apprécier toute la pureté et toute la magnanimité des intentions de l'empereur, qui ont substitué aux sentiments hostiles si longtemps prédominants entre les deux empires des relations • d'amitié et de coutiance fondées sur un traité solennel, et garantissant au

sultan des secours efficaces pour la conservation de l'intégrité de ses domaines ; que le gouvernement turc rivaliserait avec la Russie à resserrer l'intimité des liens qui unissent les deux nations, et qu'il se tiendrait prêt à remplir scrupuleusement, en cas de nécessité, les obligations contractées par le traité.

ï La Porte n'ignore pas, poursuit l'ambassadeur russe, avec quels sentiments de déplaisir la nouvelle de la conclusion du traité d'Unkiar-Skelessy a été reçue par les cours de France et d'Angleterre. Leurs gouvernements, qui avaient montré l'apathie la plus coupable au moment où le trône ottoman était prêt à s'écrouler, virent dans l'acte destiné à assurer sa défense contre toute attaque future'une telle source de dangers qu'ils crurent devoir protester contre. L'empereur, cependant, loin de se laisser détourner de son projet par les représentations des deux cabinets, a sanctionné à la face de l'Europe son traité avec la Porte en déclarant que, lorsque les circonstances spécifiées dans cet acte se présenteraient, il exécuterait ses promesses comme si les protestations de la France et de l'Angleterre n'avaient jamais existé.

» Le cabinet de Saint-Pétersbourg observe avec infiniment de regret que la Porte, au lieu de se pénétrer de ces principes de dignité et de fermeté, vient au contraire d'user de tous les moyens de courtiser l'amitié des puissances dont il est question ; qu'elle a, sans qu'il existât un précédent dans les annales de l'empire, nommé des ambassadeurs permanents auprès de ces deux cours; et qu'elle leur a contié eu plus d'une occasion des missions dont le succès aurait pu affaiblir, sinon détruire complètement les liens intimes qui subsistent aujourd'hui heureusement entre la Turquie et la Russie.

» ]\L Boutenieff déclare à la Porte que l'empereur considère sa conduite dans ses relations avec le cabinet anglais comme hautement réprébensible, puisque la politique de ce cabinet, en Orient, a pour objet avoué de neutraliser ou d'annuler l'alliance turco-russe ; — comme injurieuse et empreinte d'ingratitude, — puisque la cessation des relations, auparavant si amicales entre la Russie et l'Angleterre, vient presque uniquement de l'intervention russe exercée en faveur du sultan, et des engagements contractés sous ce rapport pour la défense du trône ottoman.

» Sa Majesté impériale, continue la note, a remarqué avec surprise que le sultan, sourd aux conseils de ses propres intérêts et à toute suggestion amicale, a autorisé le gouvernement anglais à établir une navigation à vapeur sur l'Eupbrate, et de plus favorisé l'exécution de ses projets ambitieux sur l'Egypte, en lui accordant un firman qui, à la première occasion favorable, servira à justifier une attaque contre MehemetAli. L'empereur, après avoir inutilement averti le sultan du danger auquel il expose son empire en accédant aux demandes du cabinet anglais, se trouve obligé maintenant d'informer la Porte qu'en cas d'hostilité entre l'Angleten'e et Mehemct, par suite de son refus d'obéir au firman de la Porte, la Russie ne pourrait rester spectatrice passive d'un conflit aussi inégal, et pourrait

se voir entraînée par la foi-ce des circonstances dans une position qui lui rendrait impossible de maintenir ses relations amicales actuelles avec la Turquie. »

Ce qui précède montre comment la Russie, après avoir obtenu le privilège que lui créait le traité d'Unkiar-Skelessy, a dû y renoncer, et y a renoncé en effet, malgré la réponse hautaine adressée à M. de Lagréné, portant la date d'octobre 1833 et la signature du comte de Nesselrode.

Ce ne serait donc pas la première fois qu'après s'être avancée, la Russie reculerait.

Les pièces que nous avons mises sous les yeux de nos lecteurs engagent étroitement et solennellement la Russie.

Quel est le but avoué du traité d'Unkiar-Skelessy ? « Le plus sincère désir (Vassurcr la durée, le maintien et /'entière indépendance de la Sublime-Porte.... une alliance ayant uniquement pour objet de la défendre contre tout

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