‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 3)Chapitre 73 sur 132 · DE L'APPLICATION DE LARMÉE AUX GRANDS TRAVAUX D'UTILITE PUBLIQUE · texte numérisé non relu

DE L'APPLICATION DE LARMÉE AUX GRANDS TRAVAUX D'UTILITE PUBLIQUE

A 31. le lieutenant-général comte Alexandre de Girardin.

15 mai 1838.

La plus parfaite constitution de la puissance militaire a toujours été l'objet de vos plus profondes méditations.

Vous avez à ce sujet des idées mûres et abondantes dont il est à regretter que l'application n'ait pas encore fait apprécier toute la valeur.

Vous avez publié sur la Constitution des armées de terre de la France des observassions neuves et judicieuses, dictées par le patriotisme le plus éclairé.

Soldat de 92 et général de l'Empire, vous avez parlé de l'armée en homme d'État, pour qui la paix et la guerre n'ont plus de secrets;

Vous avez réduit à ce qu'ils valaient beaucoup d'erreurs et de lieux communs propagés par l'ignorance et l'irréflexion ;

(1) En 1838, à l'époque où ces Considérations sur V npplicalion de l'armée aux grands travaux d'utilité publique ont paru, l'auteur, né sous l'Empire, et retenu par le souvenir des deux invasions de 1814 et de 181.5, n'avait

- Vous avez rétabli les véritables principes sur la proportion des armes, le recrutement et l'instruction des troupes, l'état des officiers, l'etrectif, les cadres, le pied de paix et le pied de guerre, les réserves, les places fortes, la tactique et la stratégie ;

Vous avez montré que la puissance militaire d'un pays ne saurait se constituer isolément, arbitrairement; qu'elle avait des lois naturelles qu'elle ne pouvait enfreindre, qu'elle était soumise à des nécessités commerciales et à des considérations politiques qu'elle devait réunir et concilier;

Vous avez montré que la constitution d'une armée devait avoir pour base fondamentale l'adoption d'un système de défense militaire déterminé par des intérêts permanents, facilement appréciables ;

Vous avez montré que le système de défense militaire d'un pays n'avait absolument ni valeur ni signification s'il

pas encore osé descendre dans toutes les profondeurs de la question des armées permanentes, profondeurs dont les hommes d'Etat de notre temps ne semblent pas même se douter. Dire qu'ils sont, à cet égard, de plusieurs siècles en arrière sur Montesquieu, c'est ne rien avancer qui ne soit parfaitement exact, et, pour s'en convaincre, il suffit de relire le chapitre XVII de VEsimldes lois, intitulé : — De r augmentation des troupes.

La France rédnira-t-elle son armée dans d'importantes proportions?

La France continuera-t-elle d'avoir une armée dont la dépense dépasse un million parj^urV

Telles sont les deux questions préalables à l'examen de toute discussion approfondie.

Admet-on la nécessité pour la France de l'entretien d'un effectif considérable ? Alors il faut chercher un moyen d'utiliser l'armée, afin d'en al léger les charges : ce moyen, c'est de l'appliquer aux grands travaux d'utilité publique. Comment ? — C'est ce qui fait l'objet du travail que nous avons cru devoir faire précéder par ces quelques mots d'avertissement.

Est-on d'avis, au contraire, qu'il est préférable de n'avoir qu'une armée composée d'un très petit nombre d'hommes choisis, selon les préceptes de Végèce, avec le plus grand soin, et pour lequel le service militaire soit une carrière? — Alors toute idée qui se propose de détourner l'armée du but exclusif de son institution devient une idée fausse qu'il faut écarter.

Après dix années de méditations sur les deux systèmes en présence, c'est à ce dernier système que l'auteur de ces considérations s'est définitivement rallié.

Toutefois, il lui a paru que l'adoption d'une opinion plus approfondie n'était pas une raison suffisante pour qu'il fît disparaître de ce livre uJi travail qui, n'eiit-il que ce mérite, servirait encore à marquer le point d'où l'auteur est parti pour arriver aux convictions nouvelles qu'il s'est formées, convictions puisées dans un examen plus sérieux des questions dont l'avenir s'est réservé la solution. (Note servant de Préface à l'édition de septembre 1848.)

n'était l'exacte expression de son système d'alliances politiques; que le premier doit toujours être l'expression du second, — que l'un et l'autre sont les deux fractions d'un tout; qu'elles s'enchaînent nécessairement et ne peuvent logiquement se séparer, car elles sont à la fois par rapport h elles-mêmes alternativement cause et effet ;

Vous avez montré que le nombre n'était pas le principal élémentdela force militaire, etque l'instruction des troupes réclamait de promptes réformes; que c'était commettre une erreur grave et se créer une illusion dangereuse que de donner le nom d'armée de réserve à des soldats en congé provisoire et à des conscrits laissés dans leurs foyers; qu'armer une multitude, ce n'était pas constituer une réserve; qu'il ne pouvait y avoir de réserve méritant ce nom que celle qui faisait partie de l'organisation régimentaire; qu'une armée enfin n'existait qu'à de certaines conditions que vous avez décrites, en ayant toujours soin de donner à vos opinions l'appui des autorités les plus imposantes et des faits les plus mémorables de l'histoire militaire de tous les peuples.

• Vos convictions sont devenues les miennes, votre expérience m'a servi d'enseignement.

Parmi vos principaux préceptes , j'ai surtout retenu ceux-ci :

Un État qui prétend constituer sa puissance militaire doit savoir :

D'abord nettement ce qu'il veut ;

Ensuite exactement ce qu'il peut;

Enfin, historiquement, quels ont été dans le passé et, par déduction politique, quels doivent être dans l'avenir ses ennemis et ses alliés naturels.

Si un État se tient h cet égard dans l'ignorance, seulement dans le doute ; s'il subordonne à des circonstances passagères, à d'inconstantes sympathies, d'invariables, d'incommutables intérêts, l'armée qu'il s'efforcera d'organiser n'aura jamais de base solide; tant que la raison de son chiffre et la nécessité de sa dépense ne seront pas suffi-

samment démontrées, elles seront de perpétuels sujets de discussion politique, de défiance civile, de mécontentement militaire.

Les proportions d'une armée ne sauraient être trop soigneusement étudiées, trop sévèrement observées, car c'est à propos d'elles surtout qu'on peut dire que la pesanteur s'allège par l'équilibre.

Proportionnellement trop considérables, ou numériquement trop faibles, les armées ont également pour conséquence de mettre l'ordre et la paix en question.

Trop considérables, elles éveillent la défiance, elles créent des coalitions puissantes ou ténébreuses; trop faibles, elles exposent au dédain, elles suscitent des agressions injustes ou téméraires.

Dans les États constitutionnels surtout, le chiffre de l'armée a une grande importance politique ; car pour peu qu'il soit suspecté d'exagération, il rend aussitôt les partis plus ombrageux, plus insatiables de garanties légales, plus difficiles à gouverner; il a pour effet d'exposer l'armée à des débats parcimonieux qui la découragent, la blessent et l'indisposent contre les institutions et les formes renrésentatives.

La plus grande force d'une nation réside dans la confiance qu'elle s'inspire à elle-même et dans le respect qu'elle commande. Ce sont deux avantages qu'une bonne constitution de ses armées peut seule lui donner.

La constitution d'une armée est bonne : lorsqu'elle tire moins sa supériorité du grand nombre de soldats qui la composent que de la perfection de leur instruction sous le double rapport du développement des forces du corps et des facultés de l'esprit; lorsque le nombre des soldats est enjuste proportion avec celui des officiers, que les premiers sont relativement nombreux, et les seconds suffisamment rétribués assez, pour qu'ils puissent attendre patiemment les effets de l'avancement ; lorsque les lois de l'avancement ne sont jamais transgressées, et que le droit et la mortalité le règlent exclusivement; lorsque le grade et

l'emploi restent toujours inséparables ; lorsque l'arbitraire et la faveur rencontrent pour invincibles obstacles un système et un code militaires se prêtant un mutuel appui; lorsque la durée du service est longue, que les contingents annuels sont faibles et les réengagements nombreux : lorsqu'à défaut de gloire à recueillir sur les champs de bataille, le sentiment du patriotisme et de l'honneur est constamment entretenu par l'émulation du savoir; lorsque, enfin, sans nuire au dedans à l'abondance du travail et au développement du crédit public, la force militaire élève au dehors à leur plus haute expression le crédit et la prépondérance politiques d'une nation, quand .elle lui permet de tenir constamment un langage imposant, quand elle assure le succès de ses négociations diplomatiques, quand elle facilite la conclusion de traités avantageux à son commerce, quand enfin elle peut se dire, sans se faire illusion, que les forces dont disposent ses alliés lui appartiennent par la confiance qu'elle leur inspire.

L'organisation d'une armée est mauvaise : lorsque le pied de paix est destructeur du pied de guerre ; lorsque les cadres des officiers, sans proportion avec l'effectif des soldats, enlèvent au commandement l'étendue, l'action et le prestige qui lui sont nécessaires ; lorsque, dans un état démocratique, il est arithmétiqucmenl impossible à l'officier de subsister honorablement avec sa solde ; lorsque enfin le principe sur lequel repose l'autorité militaire est une violation de l'esprit général des institutions du pays.

La loi peut imposer au citoyen qu'elle fait soldat des devoirs plus impérieux et i)lus nombreux, mais elle ne saurait prudemment lui en prescrire de contraires aux droits qu'il tient de la constitution politique. Le soldat et le citoyen français ne sont plus qu'un seul homme : une discipline trop absolue qui voudrait en faire deux, en s'obstinant à mettre de côté le citoyen enrégimenté et à ne voir exclusivement en lui que le soldat passif, commettrait une faute grave ; car, dans l'ordre des éventualités qu'elle doit prévoir, la guerre malheureusement ne vient plus qu'après la répres-

sion de l'émeule et de l'insuiTection. Sincèrement observée, une constitution politique ne permet, sous aucun prétexte, à aucune loi de se soustraire au plus conservateur des principes, à celui de l'homogénéité. Tout doit fléchir sous son empire, même la discipline militaire, qui ne saurait être la même dans un gouvernement représentatif et dans un État absolu.

Il importe essentiellement que le sort de l'armée soit Justement réglé pour qu'en temps de guerre sa prépondérance ne soit pas exagérée ; pour qu'en temps de paix son utilité ne soit pas injustement contestée, imprudemment dépréciée ; pour qu'enlin elle reste toujours fidèle au pouvoir et ne soit jamais hostile à l'ordre.

Chez un peuple régi par la forme représentative, c'est à la liberté surtout qu'il importe que jamais l'armée n'ait de justes motifs de plaintes, car son mécontentement pourrait être un poids considérable jeté dans la balance du pouvoir absolu si la royauté n'appartenait à la constitution que par un dévouement douteux.

Nul doute qu'une réorganisation de l'armée qui se proposerait pour but la réalisation de vos idées n'eût pour effet d'accroître considérablement la force militaire et d'en réduire notablement la dépense, sans blesser aucun droit fondé, sans exciter aucune réclamation légitime ; car vous l'avez dit (1) : « Toute réforme quia pour double conséquence de profiter à l'État dans l'avenir et d'être préjudiciable dans le passé à des droits acquis ou à des intérêts privés respectables, ne peut ni ne doit jamais s'opérer qu'autant qu'elle fait au présent la part qui lui est due. Les révolutions seules méconnaissent les droits légitimes; les réformes véritables et durables ne s'accomplissent qu'à la condition de les respecter ; elles ne sont jamais rétroactives. >j

Dans votre système de réformes, l'économie qui résulte-

(1) Observations sur la constitution des armées de terre de la Frame en 1835, par le lieutenaut-géiiéral comLe Alexandre de Girardiii.

rait d'une juste réduction des cadres permettrait l'incorporation d'un plus grand nombre de soldats. C'est ce que vous avez clairement établi dans un tableau comparé qui commence par la suppression de 13 colonels et qui finit par une augmentation de 102,000 fantassins ;

Un nouveau mode de casernement vous donnerait les moyens d'instruire plus rapidement vos recrues et moins incomplètement vos soldats ;

Une augmentation de la solde des officiers serait la base nouvelle que vous donneriez à la liquidation de leur pension.

De telles améliorations, accomplies avec l'esprit d'ordre, l'énergie de volonté et la rare persévérance dont vous êtes doué, auraient assurément une grande importance ; mais je ne pense pas que leur accomplissement fût une raison de rejeter la prise en considération de l'idée que je viens soumettre au contrôle de votre expérience, si je parviens à vous démontrer qu'elle est théoriquement juste et pratiquement profitable.

L'application de l'armée aux grands travaux d'utilité publique, tel est le problème économique dont je me suis proposé la solution sans m'en dissimuler aucune des difficultés.

J'ai lu tout ce qui a été écrit à cet égard sans y trouver rien autre que des considérations générales plus ou moins bien exprimées.

Je sais que tous les essais entrepris de nos jours ont échoué. Je ne me suis point laissé abuser par les raisons qui ont été données pour pallier un insuccès que j'avais prévu.

J'ai la conviction profonde que, dans les termes où il a été posé, le problème est insoluble ; il a pour obstacle invincible le principe même de notre loi de recrutement.

J'ai donc cherché à atteindre le but par une autre voie.

Sans doute l'idée dont je me propose de vous entretenir ne peut encore être que très imparfaite, car pour l'étendre nu la rectifier en beaucoup de points, il m'a manqué des

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connaissances spéciales ; mais si elle est juste, peu importe qu'elle soit incomplète. Si le principe est vital, son développement et son triomphe ne sont pas douteux : il survivra aux jugements précipités qui le condamneront, il vaincra les résistances qui lui seront opposées ; les obstacles le fortifieront, les objections le perfectionneront.

Je prévois que les critiques les plus sévères lui viendront de l'armée : c'est un fait reconnu que toutes les professions ont des traditions qu'elles n'abandonneraient jamais si elles n'y étaient pas contraintes par la concurrence; mais si l'armée n'est pas passible de ce genre de lutte, il est une autre obligation imposée au gouvernement : c'est celle de trouver sur le budget annuel de ses dépenses une économie de deux cents millions, qui, sans désorganiser aucun service public, lui donne les moyens de réaliser d'indispensables améliorations que je range dans l'ordre qui suit :

I. Une dotation annuelle de trente-deux millions environ est nécessaire à l'instruction élémentaire, qui, selon d'importantes considérations sociales et politiques que j'ai développées ailleurs (1), doit être générale et gratuite.

Cette dotation pourrait alors lui être accordée.

II. Le traitement du clergé est trop faible; son exiguïté l'oblige à se faire du casuel une ressource qui a le grave inconvénient, par ce temps où l'on compte plus exactement qu'on ne raisonne logiquement, où l'arithmétique l'emporte généralement sur la piété, d'affaiblir l'autorité religieuse et de déconsidérer le caractère ecclésiastique. S'il est vrai, comme je le crois, que la force immatérielle soit la seule qu'on puisse opposer victorieusement au principe démocratique lorsqu'il a prévalu, qu'elle seule peut le contenir et le diriger, un prêtre et un instituteur éclairés et considérés importent plus au maintien de l'ordre moral et matériel que quelques soldats désœuvrés.

Le clergé recevrait donc une augmentation de traitement.

III. La solde des officiers est insuffisante. Le sous-officier

(l) De l'instruction publique en France.

ut t83S.

de cavalerie, lorsqu'il est promu officier, ne reeoil quela moitié de la somme nécessaire à l'acquisition de son équipement. L'officier qui n'a d'autres ressources que sa solde, môme en s'imposantde dures privations, est placé dans une condition fâcheuse qui nuit à la considération du grade. L'officier supérieur et l'officier général ne sont pas dans une position beaucoup meilleure. Leur traitement n'est pas en rapport avec les obligations auxquelles ils sont tenus et le rang qui leur est assigné dans la hiérarchie sociale. Si l'économie qui devrait d'abord résulter de la réduction à de justes proportions du nombre des officiers ne suffisait pas pour subvenir à une augmentation convenable de la solde, il y pourrait encore être pourvu au moyen de la somme de deux cents millions devenue libre.

IV, Notre matériel militaire, incomplet et imparfait, aurait besoin qu'on le complétât et qu'on l'améliorât d'autant plus que le nombre des soldats serait plus diminué, et qu'en tout le principe de la qualité serait reconnu devoir l'emporter sur celui de la quantité ; notre matériel militaire devrait toujours être l'égal du meilleur, ce qui présentement n'est pas ainsi : aussi serait-ce en temps de guerre une cause d'infériorité fâcheuse, que la France ne doit plus laisser subsister. Cet objet appelle toute son attention. Le perfectionnement continu du matériel de guerre est l'un des soins et des devoirs les plus précieux de l'état de paix. Dans beaucoup de cas, le désavantage d'un mauvais fusil à l'égard d'un bon ne saurait être compensé par la supériorité du courage militaire ; plusieurs de nos échecs n'ont pas eu d'autre cause que l'impossibilité démontrée où le fusil français s'est trouvé de soutenir l'épreuve de la comparaison avec le fusil anglais, qui porte plus juste et plus loin. En ce qui concerne donc l'amélioration de notre matériel militaire, je pense avec vous qu'aucun sacrifice ne devrait être épargné ; car toute économie sur ce point serait mal entendue et pourrait devenir désastreuse. Non, ce n'est pas une chose indifférente et sans importance que les poudres, par exemple; fabriquées en Angleterre, soient

d'une qualité supérieure à celles manufacturées en France par l'État. Ne sait-on pas que plus le matériel de guerre sera parlait et moins le courage du soldat connaîtra d'obstacles, et plus sa confiance sera grande et son obéissance profonde ?

La dépense qu'exigerait le perfectionnement de notre matériel militaire devrait donc être mise au rang des plus urgentes et des plus utiles.

V. Beaucoup de fonctions publiques sont insuffisamment rétribuées. Il serait important qu'une revue sévère fût passée ayant pour double objet l'extinction successive des sinécures et la juste rémunération des services.

La forme démocratique et la concurrence industrielle imposent à notre gouvernement l'obligation de payer cher le droit d'être sévère sur les conditions de capacité qu'il est tenu de prescrire à ses agents, au nom et dans l'intérêt de sa conservation. L'industrie met la supériorité aux enchères et ne croit jamais la payer trop chèrement. Un organisateur habile, un administrateur vigilant, rapportent toujours infiniment plus qu'ils ne coûtent, en raison des faux-frais qu'ils diminuent et des moyens qu'ils simplifient. Rien n'est plus dispendieux que de payer mal les hommes que l'on emploie, non-seulement parce qu'il faut en prendre quatre au moins et souvent plus pour faire l'ouvrage d'un seul, mais encore en raison de l'accroissement de dépense du matériel qui en est le résultat. — Personnel mal rétribué, matériaux ruineux, est un axiome dont l'exactitude est reconnue par l'industrie. Les hommes éniinemment doués de l'esprit d'organisation et d'administration, c'est-à-dire ceux qui possèdent les connaissances nécessaires à l'exercice du commandement.et du contrôle, sont infiniment rares : d'une part, l'industrie les recherche avidement; d'autre part, un gouvernement démocratique ne peut subsister qu'à la condition de les absorber, et s'il n'a pas les moyens de soutenir la concurrence, c'est-à-dire de les payer, que deviendra-t-il? Car ce n'est plus en France, où la diffamation usurpe trop souvent le nom de liberté de la -presse, que les

fonctions publiques compensent la modestie des traitements par la considération et l'importance sociales. Une opposition inconséquente avec le principe démocratique qu'elle défend, à force de déblatérer contre les fonctions publiques, aura bientôt fini par n'en plus faire que le pis-aller des intrigants et le refuge des incapables. Aussi est-il juste de reconnaître que si la royauté n'a pas d'ennemis plus dangereux que ses courtisans, il est également vrai de dire que la démocratie n'a pas d'adversaires plus redoutables que ses apôtres ; les flatteurs de la démocratie et de la royauté sont égaux en lumières, en prévoyance et en désintéressement !

A ce double point de vue du principe démocratique et de la concurrence industrielle, le traitement des fonctionnaires publics est une grosse question dont il serait opportun de s'occuper sérieusement, si le gouvernement se mettait un jour en voie de réformes et d'améliorations. Le traitement de certaines fonctions publiques, principalement de celles de premier et de second ordre, recevrait donc une juste et utile augmentation.

VI. Après s'être donné le moyen pécuniaire de soutenir la concurrence avec l'industrie pour le choix du meilleur personnel possible, il serait à désirer qu'à Taide de ce qui lui resterait encore de disponible sur les deux cents millions dont il a été précédemment parlé, le gouvernement, passant des personnes aux choses, s'occupât d'alléger l'impôt foncier,— qu'on ne saurait trop ménager pour les temps de guerre, de crises et de calamités ; — et de supprimer quelques taxes, telles que le droit universitaire et le timbre des imprimés, qui ont le double inconvénient de lui rapporter peu d'argent et de lui susciter de dangereux ennemis. Les impôts qu'on doit conserver sont ceux qui, d'une perception facile et peu coûteuse, ayant le grand nombre pour base de répartition, sont à la fois légers et productifs; ce sont surtout ceux qui produisent d'autant plus qu'ils sont moins sensibles. Les impôts qu'il est habile de supprimer sont ceux qui, n'étant assis que sur un petit nombre de

contribuables, pèsent lourdement sur eux, rapportent peu à l'État, lui coûtent cher à percevoir, et fournissent contre lui de justes et bruyants sujets d'accusation.

Ces impôts seraient donc abolis.

A ces améliorations, dont l'importance aurait eu besoin d'être moins sommairement exposée, mais dont les conséquences n'échapperont pas à votre esprit aussi prompt à concevoir que patient à exécuter ; à ces améliorations, il faut les autres résultats non moins importants d'un système mixte, n'étant ni la garde nationale ni l'armée; n'ayant pas en temps de paix les graves inconvénients des armées permanentes trop considérables, mais en ayant en temps de guerre tous les avantages au moins; système qui permettrait à la France :

D'armer, si ce nombre était nécessaire, un million d'hommes sans les enlever au travail et sans nuire à la richesse publique ;

De compléter en peu de temps l'ensemble de ses voies de communication,— routes, — canalisation des rivières, —canaux, — chemins de fer ;

De mettre dans le meilleur état toutes celles de ses places fortifiées dont sa politique, après un mûr examen, exigerait la conservation ;

D'améliorer ses ports, d'en creuser de nouveaux s'ils étaient nécessaires ;

De muUiplier le nombre de ses ponts;

De renouveler tout son casernement d'après le plan que vous avez conçu ;

De construire rapidement les bâtiments réclamés par la réforme de son régime pénitentiaire ;

D'opérer ceux des défrichements et des dessèchements d'une étendue trop grande pour que l'industrie réduite à ses seules forces les veuille entreprendre ;

De changer rapidement toute la face du pays ;

De résoudre au moins en partie un grand problème, celui de l'organisation du travail ;

Enfin, do réduire considérablement les dépenses que lui impose l'occupation de ses possessions en Afrique.

Il me tarde de vous exposer les moyens d'application du système que j'ai conçu ; mais, avant de le faire, quelques observçitions sur l'institution des armées permanentes, sur les sommes considérables que coûte à la France l'entretien de ses armées de terre, enfin sur les tentatives vaines jusqu'à ce jour qui ont été faites pour en alléger le poids, me paraissent nécessaires.

Ces observations seront l'objet de ma seconde lettre ; la troisième et dernière sera consacrée à l'examen du mode actuel de recrutement et à la rédaction de ma proposition.

L'institution des armées permanentes date de l'an 1444; elle eut pour origine un traité d'alliance conclu avec les cantons suisses par le dauphin de France, fils de Charles VII (1).

La formation des légions date de l'an lo34, règne de François I'^'"; celle des régiments^ de l'an 1558, règne Charles IX.

L'organisation de l'infanterie en bataillons et de la cava-

(1) Déjà l'ordonnance du 2 novembre 1439, rendue par Charles VII, contenait les dispositifs suivants :

Il A l'avenir, nul ne pouvait s'arroger le titre et l'autorité de capitaine, s'il n'était compris parmi les capitaines que le roi se réservait de clioislr. — Nul ne pouvait lever des soldats sans commission expresse du roi, sous peine de confiscation de corps et de biens. — Les capitaines élus par le roi choisissaient eux-mêmes leurs hommes d'armes, mais répondaient de leur comportement corps pour corps, si, par leur négligence ou connivence, le soldat coupable échappait a la justice. — Toutes pilleries, violences et incendies étaient imputés a crime de lèse-majesté aux capitaines et aux soldats. Les soldats pillards pouvaient être poursuivis et pris morts ou vifs. — Le roi s'interdisait droit de grâce.

)i L'armée du roi devait se composer, d'aprfes l'ordonnance du 2 novembre, de quinze compagnies, chacune de cent lances garnies, ou de six cents chevaux. Trois archers, un page et un coutillier ou brigandinier étaient attachés à chaque homme d'armes. La solde mensuelle était de dix livres tournois pour l'homme d'armes et de cinq livres tournois pour le coutillier.

Il Cette ordonnante ne fut sérieusement appliquée qu'en 1444, après la sanglante bataille de la ladrerie de Saint- Jacques, en Suisse, oîi 1,600 montagnards combattirent contre 30,000 hommes. Les bandes armées éprouvèrent des pertes énormes qui permirent à Charles VU d'organiser son armée. »

HENRI MARTIN. Histoire de France.

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lerie en escadrons date de Pan 1633. Elle appartient au règne de Louis XIII.

La formation d'un corps d'état-major date du règne de Louis XIV' : alors seulement les bataillons, les escadrons, les compagnies, se composèrent d'un nomjjre d'hommes déterminé. Ce fut sous le ministère de Louvois que fut reconnue la nécessité de pourvoir d'une manière régulière au recrutement de l'armée. En 1688 s'opéra la première levée des milices perpétuelles ; la seconde et la troisième eurent lieu en 1701 et 1719, sous les ministères de Chamillart et de Leblanc. Mais alors ces milices n'étaient point encore enrégimentées. Elles ne servaient qu'à recruter les troupes réglées..

Avant 1635, les régiments ne se composaient que denombreuscs compagnies ou bandes de 500 à 2,000 hommes.

Sous le règne de Louis XIV, le recrutement des troupes de ligne avait lieu par enrôlement forcé ou volontaire. Les bataillons se recrutaient dans chaque province par la voie du tirage au sort et en proportion de la population. La durée du service, d'abord fixée à 6 ans, fut ensuite portée à 8 ans.

La formation d'un corps royal du génie date seuleme de l'année 1738.

En 1589, à l'avènement de Henri IV au trône, les forces militaires de la France ne s'élevaient pas au-delà de 8,100 hommes.

Ainsi s'est développée successivement en Europe l'institution des armées permanentes.

On pourrait dire qu'elle s'est développée jusqu'à l'abus, car la progression de la dépense a toujours été en raison de l'accroissement de l'effectif. Nulle part la double nécessité de ménager le crédit public et de protéger l'indépendance nationale n'a fait naître encore aucun perfectionnement. Par ce temps de progrès, rien n'a été imaginé qui fît que la paix ne fût presque pas aussi dispendieuse que la guerre.

La paix armée, ainsi qu'a été appelé l'état actuel de l'Eu-

rope, est une aggravation du système des armées permanentes.

Et encore, de tous les sujets de reproches adressés par l'économie sociale à l'exagération du principe des armées permanentes, le plus grave n'est pas celui de coûter à tous les Etals modernes des sommes exorbitantes et disproportionnées avec leurs revenus ; il en est d'autres dont on peut dire qu'ils sont un monument de l'état de barbarie dans lequel est resté jusqu'à ce jour l'art de gouverner les peuples, une protestation contre l'incomplète civilisation dont notre siècle s'enorgueillit.

La puissance relative des nations ne s'accroît pas en raison des sacrifices qu'elles s'imposent pour élever à l'envi les unes des autres le chiffre de leurs armées respectives. Un tel système, non, une telle erreur n'aboutit qu'à les charger d'un poids qui les écrase. Préférer une communauté de sacrifices à une mutualité d'intérêts, c'est de la part des gouvernements un acte qui ne saurait se justifier par aucune raison politique.

Lorsqu'une nation comme la France, par exemple, se vante d'avoir en temps de paix trois cent mille hommes sous les armes, qui lui coûtent annuellement plus de deux cents millions, que fait-elle ? Est-elle plus forte, plus prépondérante, plus respectable, plus respectée, plus assurée contre l'éventualité de la guerre, que si son effectif n'était que de cent cinquante mille hommes, et sa dépense de cent millions seulement? Non, l'unique conséquence d'un tel effectif est d'obliger les nations qui sont ses rivales à lui en opposer un proportionnellement égal. La question maintenant n'est donc plus de savoir quel État comparativement possède l'armée la plus considérable, mais lequel a le crédit le plus solidement constitué, le plus capable de soutenir le plus lontenips le poids d'une telle charge sans atteinte trop sensible à sa prospérité.

Telle est ma conviction sur ce point, que si j'avais à raisonner dans l'hypothèse d'une guerre lointaine et peu probable, que je fusse responsable des destinées de mon pays,

de son indépendance et de sa gloire, et que j'eusse à choisir entre deux systèmes, l'un qui consisterait à maintenir un pied de paix ruineux; l'autre, à le réduire de moitié au moins, en appliquant l'importante économie qui résulterait de celte réduction, d'abord au plus grand perfectionnement du matériel militaire, ensuite à la juste augmentation de la solde des officiers, enfin au dégrèvement de l'impôt

foncier, je n'hésiterais pas un instant Seulement, dans

ce cas, je voudrais que, selon votre excellent précepte, le perfectionnement de l'instruction des soldats compensât la réduction de leur nombre.

De nos jours, l'Angleterre a prouvé que le principal élément de la prépondérance politique des peuples n'était plus la force militaire, mais la richesse publique résultant d'un bon système de crédit financier.

Assurément, le désarmement européen serait une grande mesure que réclame impérieusement l'intérêt de tous les gouvernements, celui de la civilisation, celui de l'ordre et de la paix, celui même de la conservation du principe monarchique. Nul doute qu'une si grande, si utile, si urgente mesure ne fût accomplie déjà, si chacun de ces gouvernements avait pensé qu'il pût sans imprudence agir isolément, et qu'il n'était pas nécessaire que le désarmement fût le résultat d'une convention générale.

Pourquoi la France ne prendrait-elle pas l'initiative d'une telle mesure? Pourquoi n'aurail-elle pas la gloire d'apprendre au monde qu'en temps de paix une nation de premier ordre n'a pas besoin de l'assentiment de ses rivales pour réduire à de plus justes proportions son effectif militaire ; qu'aussitôt qu'elle donne l'exemple du désarmement, elle impose par ce seul fait aux autres gouvernements, dans leur propre intérêt, l'obligation de l'imiter? Car tous les peuples, sans exception, se composent de contribuables. Enfin, pourquoi la France, qu'on soupçonne injustement d'aimer le désordre et l'instabilité, ne proclamerait-elle pas la première cette vérité civilisatrice, à savoir: qu'en temps de paix, les armées trop considérables ont pour unique effet

d'énerver les nations et d'affaiblir leurs gouvernements?

Cela fait, ne serait-il donc pas possible que, dans un esprit de conservation, les gouvernements, au moins ceux qui sont unis par la communauté d'intérêts, s'entendissent un jour pour convenir que désormais leurs armées respectives auront toutes une base commune, celle, par exemple, d'un chiffre proportionnel à la population de leurs territoires?

Il est un point sur lequel, de nos jours, tous les hommes d'État sont d'accord , c'est que l'art de gouverner les peuples est devenu partout infiniment plus difficile : là, chez tel peuple, depuis que l'invasion ou le commerce ont fait pénétrer un nouvel esprit et contracter de nouveaux besoins ; ici, chez tel autre, depuis que les lumières se sont plus généralement répandues, que la presse périodique traite de pair avec le pouvoir responsable, que la concurrence règne arbitrairement, que le travail opère incessamment des révolutions dans ses moyens d'exécution et dans les relations commerciales d'État à État. Dans toute l'Europe, depuis vingt années, la vie moyenne s'est sensiblement accrue ; partout le chiffre des populations s'élève dans une progression soutenue; partout les guerres tendent à devenir plus difficiles et les fléaux plus rares ; partout les causes de la mortalité s'affaiblissent, mais nulle part l'abondance des moyens de subsistance ne s'accroît assez rapidement; partout le prix des objets de luxe tend à s'avilir, nulle part celui des denrées de première nécessité ne s'abaisse ; d'où il suit que partout se propage le goût contagieux d'un luxe prématuré, et que partout devient plus incurable et plus hideuse la plaie de la misère.

La misère a changé de face ; elle n'est déjà plus généralement l'état grossier d'une population superstitieuse et rustique, ne ressentant presque aucun besoin; elle est l'extrémité tei'rible d'une multitude incrédule et corrompue supportant impatiemment des privations nombreuses.

Partout maintenant l'avantage de conserver la paix n'est donc plus qu'une question secondaire qui vient après la nécessité de maintenir l'ordre. Les gouvernements moder-

nés s'estimeraient fort heureux s'ils n'avaient chacun d'autres ennemis à craindre que ceux de l'extérieur ; ce qui les préoccupe et les inquiète bien autrement que l'ambition de leurs rivaux, est la difficulté de satisfaire les besoins et de contenir les prétentions plus ou moins fondées de leurs sujets.

Si tous les gouvernements savaient exactement avec quelle somme d'embarras inextricables chacun d'eux est aux prises, nul doute que cette connaissance mutuelle ne leur donnât une commune confiance dont le premier acte serait la réforme radicale et générale d'un abus qui aggrave leurs difficultés intérieures.

L'excès de la dépense, ai-je déjà dit, est le moindre des reproches que fait l'économie sociale à l'exagération du principe des armées permanentes ; ceux plus graves qu'elle lui adresse en ce qui concerne la France sont :

De ne pas se borner à prélever un impôt exorbitant sur le travail, mais encore de lui enlever des bras d'autant plus précieux que la loi de recrutement donne le droit de les choisir ;

De dépeupler plus particulièrement les campagnes , et conséquemment de nuire à la culture du sol, qui ne saurait être trop encouragée , attendu que, pour rejoindre l'industrie qui l'a devancée, elle a besoin de faire de prodigieux efîorts;

D'arracher violemment tous les ans à leurs familles et à leurs travaux quarante mille hommes laborieux , choisis parmi les plus robustes et les mieux constitués, pour les rompre péniblement à l'habitude du désœuvrement, les envoyer se corrompre l'esprit et le corps dans les faubourgs infects des villes de garnison, et les rendre ensuite à leur première profession et à leur commune, généralement déshabitués du travail; énervés, dépravés, le plus souvent atteints d'un vice incorrigible, l'habitude de la débauche, et d'un virus héréditaire plus funeste au principe de la reproduction que s'il les frappait entièrement de stérilité ;

Enfin d'étioler et de démoraliser la population.

L'état exagéré des armées permanentes exige donc impérieusement une réforme. En France, divers moyens ont été tentés dans ce but, mais toujours sans succès, ce qui pourtant n'équivaut pas à dire qu'il n'en fût absolument aucun autre que celui que je me suis réservé de proposer.

Bien que, depuis l'avènement des formes représentatives, nos hommes politiques se succèdent rapidement aux affaires, il ne s'est pas encore trouvé dans le nombre un seul homme d'État qui comprît qu'il était tel système politique dont l'adoption permettrait à la France de réduire de moitié les dépenses de ses armées de terre, tel autre au contraire dont la continuation a pour inévitable conséquence une augmentation d'effectif toujours croissante ; que ce qui importe avant tout à la politique d'un grand peuple, c'est de bien connaître quels sont ses amis sûrs, ses rivaux dangereux, ses ennemis impuissants; c'est de ne contracter d'alliances que celles qui portent avec elles la garantie d'intérêts communs. Il est tel traité de commerce avantageux à deux nations dont la conclusion pourrait avoir pour conséquence de permettre à chacune d'elles de désarmer cinquante mille hommes. Mais la diplomatie moderne ne se doute pas de l'importance de sa mission. Veut-on s'en convaincre ? qu'on regarde généralement à quels négociateurs la paix et la prospérité du monde sont confiées. L'éclat de leur nom, la splendeur de leur fortune, l'illustration d'anciens services les font généralement choisir, mais on ne leur demande pas des études approfondies, des qualités reconnues, des idées arrêtées, enfin une aptitude éminente.

Voilà ce qui explique pourquoi vingt-trois ans de paix ont porté si peu de fruits. La force des choses a fait durer la paix en Europe, mais aucun système ne l'a consolidée.

C'est là ce que vous avez parfaitement démontré dans un de vos écrits (1), où vous avez établi que la suprématie européenne, dont l'Angleterre s'est emparée de fait, revien-

(1) Sur le remboursement des renies, psx le lieutenant-général comte de Girardin.

drait à la France, à qui elle appartient de droit , le jour où, mieux éclairée sur ses véritables intérêts , elle saurait leur faire le sacrifice de sympathies passagères, entretenues par un journalisme ignorant ou soldé; le jour où elle se déciderait enfin à choisir de préférence pour alliées les nations auxquelles l'ordre et la paix sont nécessaires, au lieu de s'unir à un peuple qui ne peut subsister et prospérer que par les révolutions qu'il s'efforce de susciter à ses ennemis et qu'il entrelient chez ses alliés,

La politique essentiellement subversive de la Grande- Bretagne n'est plus un mystère diplomatique, les faits et les événements l'ont assez pleinement révélé.

L'alliée naturelle de la France est sans contredit la Russie :

Entre ces deux pays, l'obstacle d'une rivalité commerciale n'existe pas encore ;

L'industrie de la France, qui est en arrière sur celle de l'Angleterre, est en avance sur celle de la Russie ;

La Russie est intéressée à la consolidation du gouvernement qui a su maintenir en France, depuis 1830, l'ordre et la paix; tandis qu'au contraire la Grande-Bretagne n'aurait qu'à gagner à l'anarchie , qui serait la conséquence d'un nouveau renversement. L'Angleterre n'a-t-elle pas toujours su habilement tirer parti de nos discordes civiles pour étendre l'influence de son mercantilisme ?

La première conséquence d'une alliance sincère entre la France et la Russie serait le bienfait d'un désarmement général. L'accord de ces deux puissances consoliderait systématiquement la paix du monde. C'est vainement que l'Angleterre et l'Autriche tenteraient de s'unir pour la troubler. L'Autriche est condamnée à l'immobilité , et l'Angleterre le serait à l'impuissance.

La France, infidèle à la grande pensée continentale de Napoléon, s'est formé sur ses alliances une opinion aveugle et contraire à ses propres intérêts ; elle s'est empressée de faire cause commune avec son ennemi vainqueur à Water-

loo, quittant ainsi les traces de l'aigle pour se traîner sur celles du léopard.

Ce que Napoléon avait si bien compris en 1800, avant la mort de Paul P"", lorsqu'il faisait attacher et flotter ensemble à Florence le drapeau français et le drapeau russe ; ce qu'il eut plus tard le tort de v^ouloir fonder par la guerre, un cabinet éclairé le pourrait maintenant facilement établir par la paix. Le système continental , qui échoua par la force et la violence, réussirait infailliblement par la raison et la persévérance. Le résultat de son adoption serait l'avènement d'une politique nouvelle qui rendrait simples et sincères tous les rapports politiques et commerciaux des deux mondes avec la France, et, sans rompre aucun lien utile , dénouerait beaucoup de difficultés politiques, industrielles et commerciales qui paraissent inextricables et rendent son avenir précaire.

Forte d'alliances nombreuses et puissantes, ayant :

Pour base la communauté d'intérêts identiques ;

Pour lien la solidarité du principe monarchique ;

Pour but le maintien de l'ordre et de la paix ;

Alors la France n'aurait plus besoin d'armées considérables et coûteuses ; alors toute l'activité de son esprit, toutes les ressources de son crédit, pourraient presque exclusivement s'employer à réaliser les nombreuses améliorations que son état administratif, agricole, industriel et commercial laisse encore à désirer, et qui jusqu'à ce jour ont rencontré pour principaux obstacles le défaut de sécurité politique et la routine des budgets.

L'entretien de son armée en temps de paix a coûté à la la France, depuis 1830 seulement, plus de deux milliards (1). 241,420,970 francs, telle est la somme pour laquelle le département de la guerre est compris dans celle de 1,178,690,702 francs, à laquelle s'élève le budget des dépenses pour l'année 1839.

(1) Il ne faut pas oublier que ce travail remonte à l'année 1838. Depuis celte époque, la dépense de l'armée, loin de s'affaiblir, n'a fait que s'accroître dans une proportion telle, qu'aujourd'hui cette dépense, pour la périoJe comprise entre 1830 et 1858, dépasse dix milliards.

Ainsi donc , le département de la guerre absorbe à lui seul à peu près autant d'argent que les sept autres départements ministériels ensemble. Cependant, l'effectif disponible de l'armée ne dépasse pas 200,000 hommes, et le traitement des officiers , loin de pouvoir supporter aucune réduction, réclame au contraire une augmentation.

L'organisation sur le papier d'une prétendue armée de réserve composée de recrues renvoyées en congé et de conscrits laissés dans leurs foyers , — la création d'une garde nationale mobile — (deux projets qui en réalité n'en font qu'un seul, puisque l'un et l'autre consistent uniquement à donner le nom de soldats et à considérer comme tels des hommes dépourvus de l'instruction militaire , dont ne saurait tenir lieu le plus ardent courage) ; —l'établissement d'un pied de paix plus ou moins désorganisateur du pied de guerre, et se résumant à congédier les soldats pour éconumiser leur paye et à s'encombrer d'officiers et sous-officiers privés à la fois de commandement et d'avancement ; — enfin, quelques tentatives d'application des troupes au percement de routes stratégiques dans les départements de l'Ouest, tel est exactement tout ce qui a été imaginé et pratiqué dans le but de réduire la dépense des armées de terre de la France.

La question de savoir s'il était possible en temps de paix d'utiliser l'armée en l'employant à l'exécution de grands travaux publics , avait été mise à l'ordre du jour par la presse périodique, qui n'avait pas hésité à la trancher affirmativement.

Cette question avait acquis d'autant plus d'importance, que depuis 1830 les forces militaires de la France avaient dû prendre infiniment plus de développement.

Les chambres législatives ayant voté en 1833 une somme de douze millions pour l'établissement de trois cent deux lieues de routes stratégiques dans plusieurs départements de l'Ouest, il fut d'abord entendu que l'administration profiterait de l'agglomération des troupes dans ces contrées pour faire des expériences qui ont été commencées et poursuivies pendant les campagnes de 1835 et 1836.

Les divers états de travaux que la direction des ponts-etchaussées a distribués aux cliambres législatives ont lait connaître les résultats suivants : — sur les quatre tentatives exécutées dans la première campagne, en 1835, trois ont donné lieu à des dépenses supérieures de 13, 15 et 30 0/0 à ce qu'elles eussent été avec des ouvriers civils; une seule a produit une légère économie de 5 0/0 ; sur les cinq tentatives de la campagne de 1836, trois ont présenté une augmentation de 10 et 25 0/0 ; une autre des prix à peu près semblables; la cinquième, une économie d'un peu plus de 1 0/0; mais ce bénéfice n'a jamais été qu'apparent, car il était plus que compensé par les frais de campement, de vêtement et de nourriture laissés à la charge du département de la guerre, attendu qu'il les eût toujours payés, que les troupes eussent été employées ou non à ces travaux.

Ainsi donc, d'après les expériences faites , il n'y aurait d'avantage à employer l'armée que dansunseul cas, celui où il s'agirait de travaux urgents, pour l'exécution desquels il serait impossible de réunir un assez grand nombre de bras sans faire augmenter considérablement les salaires.

A la vérité, on a protesté contre l'insuccès. Pour le justifier, on a dit qu'il avait eu pour causes, d'abord le règlement portant que les troupes ne pourraient être détachées des corps que par bataillons ou tout au moins par compagnies avec leur personnel complet d'officiers ; ensuite, on a prétendu que les soldats ne devaient pas être rétribués doublement comme militaires et comme ouvriers civils; que si le soldat continuait à recevoir sa solde, il était juste de la défalquer du salaire qui lui était alloué pour son travail; enfin, on s'est élevé contre l'exagération des frais de direction et de surveillance qui, dans la campagne de 1836, ont dépassé 42,000 fr. sur une masse de travaux montant à une somme totale de 216,609 fr.

En ce qui est relatif h la première des trois causes qui viennent d'être rapportées, il me paraît qu'il eût été efTectivement impossible de permettre que des bataillons ou des compagnies fussent soustraits à l'autorité et à la surveil-

lance de leurs officiers ; car, l'eût-on fait , on n'aurait réussi qu'à désorganiser l'armée sans organiser le travail.

Je pense donc que s'il est vrai que les soldats ne peuvent être employés avantageusenjent à des travaux publics qu'en les détachant du personnel des officiers et qu'à la condition de les choisir, ainsi que l'a demandé l'administration du chemin de fer de Saint-Germain, l'autorité militaire a eu raison dans la résistance qu'elle a opposée aux prétentions d'entrepreneurs et d'ingénieurs qui, en résumé, semblent ne voir dans le travail du soldat que le moyen d'en tirer un bénéfice analogue à celui qui s'obtient du travail des détenus, par un système de rabais que condamnent sévèrement et l'humanité et la science économique.

Ce qui confirme l'exactitude de l'induction qui précède, ce sont les prétentions de ces mêmes entrepreneurs et ingénieurs, qui, en même temps qu'ils voudraient réduire l'énormité des frais résultant de la direction et de la surveillance exercée parle contrôle des officiers, désireraient s'attribuer le bénéfice résultant de l'économie de la paye du soldat travailleur.

Ces entrepreneurs et ingénieurs, formés à l'école de Saint-Simon, voudraient que l'État leur concédât les trois points suivants :

Droit de choisir parmi les soldats ;

Droit d'écarter les officiers ;

Droit de prélever sur le salaire de Vouvrier la paye du soldat.

Alors, pour eux, « la question de savoir si fou j)eut utiliser Varmée en temps de paix, en remployant à de grands travaux publics* » serait pleinement résolue.

Mais est-ce ainsi que la question doit être posée? Réduite à ces termes, je vois bien le bénéfice que ferait l'entrepreneur, mais non l'économie que retirerait l'État. Si c'est ainsi que le sainl-simonisme, lorsqu'il exaltait les travaux miraculeux dont l'exécution pourrait et devrait être confiée aux armées désœuvrées , entendait la solution du problème, cela n'attestait pas de sa part une grande puis-

sniico d'ininginalion el de réalisation ; et s'il ne devait pas y avoir une autre solution, en vérité, le soin de la cherciier ne serait pas digne d'un esprit sérieux.

Ma troisième et dernière lettre vous soumettra le projet que j'ai conçu ; l'intérêt général est le seul but qu'il se soit proposé, et ce but le voici :

Concilier les doubles exigences d'une guerre possible et d'une paix durable ;

Améliorer l'institution des armées permanentes, qui n'est plus en harmonie avec l'état politique de l'Europe, la tendance industrielle du siècle, le progrès général de la science économique et le développement universel de la puissance financière, qui régit les gouvernements modernes ;

Réduire considérablement la dépense des armées de terre ; Organiser le travail sans désorganiser l'armée. Ce dernier point n'est pas le moins important, car dans tous les pays où la fortune a cessé de se transmettre par voie de substitution, le travail est devenu une loi universelle, absolue, régénératrice, qui n'admet plus ni royauté fainéante, ni aristocratie oisive, ni soldatesque désœuvrée. Élever au travail des statues dans nos villes ; Le mettre en honneur dans nos lois ; L'ériger en rédemption dans notre pénalité ; Le consacrer en principe dans nos armées ; Telle est la base fondamentale de la politique pacifique et nouvelle dont j'étudie les ressources puissantes, et dont je souhaite ardemment que la France sache prendre la glorieuse initiative.

Si de toutes les dépenses portées en France au budget de l'État, la plus considérable est l'entretien de l'armée, de tous les impôts aussi le moins également réparti et le plus généralement redouté est celui du recrutement, dont voici l'historique en peu de mots :

1814.— La conscription est abolie par la charte.

1814 à 1818. — L'enrôlement volontaire est le seul mode en vigueur.

1818.— Une loi, celle du 10 mars, fixe la durée du service militaire à six années et statue que l'armée se recrutera d'abord par engagements volontaires, et subsidiairement, en cas d'insuffisance, par appels.

1824. — Une nouvelle loi, celle du 9 juin, porte de six à huit années la durée du service actif, et de quarante h soixante mille hommes le contingent annuel.

1830.— La nouvelle charte déclare qu'à l'avenir le contingent de l'armée sera voté chaque année par les Chambres législatives.

1832.— Toute la législation antérieure relative au recrutement de l'armée est abrogée par la loi du 21 mars.

Le recrutement ne diffère plus alors de la conscription que par le nom.

D'après les termes de la loi du 10 mars 1818, l'armée se recrutait :

D'abord par des enrôlements volontaires ;

Ensuite, en cas d'insuffisance, par des appels.

D'après ceux de la loi du 21 mars 1832, l'armée se recrute maintenant :

D'abord par des appels ;

Ensuite par des enrôlements volontaires.

Ainsi le mode subsidiaire de la loi de 1818 est devenu la base fondamentale de la loi de 1832, dont je crois nécessaire de rapporter ici les principales dispositions.

Aux termes de cette loi,

L'armée se compose, dans les proportions qui résultent des lois annuelles de finances et du contmgent :

1° De l'effectif entretenu sous les drapeaux ;

2° Des hommes qui sont laissés ou envoyés en congé dans leurs foyers.

La répartition entie les départements du nombre d'hommes à fournir annuellement est réglée par un tableau annexé à la loi ;

Un tirage au sort a lieu chaque année, dans tous les cantons, entre les jeunes Français qui ont atteint l'âge de vingt ans révolus dans l'année précédente;

Les premiers numéros sont attribués de droit aux jeunes gens qui auraient essayé de se soustraire frauduleusement à l'obligation du tirage ;

Chacun des jeunes gens appelés dans l'ordre du tableau prend dans l'urne un numéro, qui est immédiatement proclamé et inscrit ;

Une liste par ordre de numéros est dressée au fur et à mesure du tirage, les cas et motifs d'exemption y sont mentionnés ;

Sont exemptés et remplacés, dans l'ordre des numéros subséquents, les jeunes gens désignés par le sort pour faire partie du contingent, mais placés dans certains cas prévus, au nombre desquels se trouve le premier énoncé, celui de n'avoir pas la taille d'un mètre cinquante-six centimètres;

Les opérations du recrutement sont revues, les réclamations auxquelles elles ont pu donner lieu sont entendues, les causes d'exemption et de déduction sont ensuite jugées en séance publique par un conseil de révision ;

Les jeunes gens compris définitivement dans le contingent cantonal peuvent se faire remplacer à des conditions déterminées ;

Les jeunes gens définitivement appelés ou ceux qui ont été admis à les remplacer sont immédiatement répartis entre les corps de l'armée et inscrits sur les registres matricules des corps pour lesquels ils ont été désignés; ils sont ensuite divisés, d'après l'ordre de leurs numéros et les proportions déterminées par les lois annuelles du contingent, en deux classes, composées : la première, de ceux qui devront être mis en activité ; et la seconde , de ceux qui seront laissés dans leurs foyers ;

La durée du service des jeunes soldats appelés est de sept années; ^

Lorsqu'il y a lieu d'accorder des congés illimités, ils sont délivrés dans chaque corps aux militaires les plus anciens

du service eftectif, de préférence à ceux qui les demanderaient ;

Les hommes laissés ou envoyés en congé peuvent ôti'e soumis à des revues et a des exercices périodiques ;

Tout Français est reçu à contracter, dès l'âge de dix-huit ans pour l'armée de mer, et de seize ans pour l'armée de terre, un engagement volontaire à des conditions déterminées ;

La durée de l'engagement volontaire est de sept ans ;

L'état sommaire des engagements volontaires de l'année précédente doit être communiqué aux Chambres, lors de la présentation de la loi du contingent annuel ;

Les réengagements ont un minimum et un maximum de durée, le premier fixé à deux et le second à cinq ans ;

Les réengagements donnent lieu à une haute paye ;

Autant que le permet le service militaire des corps, l'instruction prescrite pour les écoles primaires doit être donnée aux jeunes soldats qui en sont dépourvus.

Telles sont les principales dispositions de la loi du 21 mars 1832, lesquelles se résument à faire du service militaire une obligation civile dont le sort décide et dont l'argent rachète.

Il me serait facile de prouver que cette loi, qui consacre le principe de l'égalité dans une de ses dispositions, la viole dans une autre ; qu'elle contredit hautement l'esprit de nos institutions ; qu'elle pèse exclusivement sur ceux qui n'ont d'autre fortune que le travail de leurs bras ; qu'elle jette malencontreusement la perturbation dans toutes les professions, et porte atteinte à la liberté des vocations. Mais si des critiques tranchantes et stériles, quelque fondées qu'elles pussent être d'ailleurs, avaient dû être le principal objet de ces lettres, ce n'est pas à vous que je me fusse permis de les adresser ; je sais que votre esprit profondément améliorateur fait de ces gens impitoyables autant qu'impuissants, sans compétence, sans imagination et sans autorité, qui dénigrent tout sans jamais proposer rien, le peu de cas qu'ils valent. Exposer avec impartialité ce qui est, proposer xir. .3fi

avec bonne foi ce qu'on croit mieux, donner avec clarté les moyens de transition et d'exécution, telle est votre règle, et j'en ai fait la mienne.

La loi du recrutement du 10 mars 1818 me paraît de beaucoup préférable, sauf le chiffre du contingent qu'elle fixait, à celle du 21 mars 1832, en ce que l'enrôlement volontaire était le principe fondamental de la première de ces lois, et qu'il n'est plus dans la dernière qu'une insignifiante faculté.

Je sais quels arguments ont prévalu en faveur de ce changement. On a prétendu que l'expérience avait démontré l'insuffisance des engagements volontaires pour l'entretien régulier de l'effectif de l'armée; je ne conteste pas l'exactitude de l'allégation, mais que prouverait elle-même la vérité matérielle du fait?... L'expérience est un mot de la majesté duquel on abuse fréquemment. L'expérience n'est pas un tribunal sans appel, il le prouve chaque jour par ses arrêts contradictoires; il peut condamner souverainement un mode d'exécution vicieux, mais non un principe juste.

Lorsque le législateur a substitué le régime des appels à celui des engagements volontaires, lorsqu'il a proclamé ce dernier mode insuffisant et impuissant , préalablement avait-il bien profondément réfléchi sur la question de savoir si ce mode était en effet tout ce qu'il devait être, et s'il n'existait aucun autre moyen de le rendre plus efficace? J'ai, pour douter qu'on ait ainsi procédé, la raison tirée de principes vrais, d'améliorations utiles, d'innovations ingénieuses qui ont heureusement survécu à des condamnations inconsidérées et sévères rendues au nom de l'expérience, cet oracle muet à qui l'ignorance prête trop communément son langage.

C'est après avoir attentivement observé quelle était l'affluence des jeunes gens qui se pressaient pour arriver aux emplois les plus pénibles et les moins rétribués du service des douanes, des contributions directes et indirectes et des postes ; c'est après m'être assuré qu'on décuplerait le nom-

bre des places de gendarmes, de sergents de ville, de gardes forestiers et champêtres, de facteurs ruraux, d'employés des octrois, etc., que cela ne suffirait pas encore pour satisfaire toutes les demandes, que j'ai réfléchi et que je me suis convaincu qu'il ne serait pas impossible de trouver un mode de recrutement volontaire qui permettrait, sinon de détruire le régime des appels, au moins de le faire redescendre au rang secondaire qu'il occupait dans la loi de 1818.

La composition d'une armée est à son mode de recrutement ce que le fruit est à l'arbre qui le porte ; lorsque les fruits qu'on recueille ne sont pas ceux qu'on désire , on greffe une autre tige. C'est cet exemple que j'ai suivi.

Un demi-million de Français est soumis à l'obligation du service militaire. Lorsqu'on compare la vie pénible de labeurs et de privations que mènent les jeunes conscrits qu'il faut arracher violemment à leurs champs, avec l'existence, proportion gardée, de loisirs et de bien-être qui les attend dans les casernes, on s'étonne d'une aversion si générale et si profonde pour l'état militaire ; elle ne s'explique que parce qu'il a cessé d'être libre ; qu'il est une contrainte sans être une carrière ; qu'il interrompt l'exercice d'une profession sans la remplacer; qu'il ne tient aucun compte des services qu'il exige et des sept années qu'il enlève au jeune homme, à l'époque de la vie où il est dans sa plus grande vigueur, où se décide tout son avenir, où son travail et ses épargnes porteraient les meilleurs fruits.

Un exemple rendra ma pensée plus facile à saisir :

Deux jeunes gens, âgés de vingt ans, sains de corps et ayant la taille prescrite, appartenant au même canton et à la même profession, n'ayant ni l'un ni l'autre le moyen de se faire remplacer, viennent de tirer au sort, pour me servir de l'expression consacrée : l'un est tombé ; l'autre, plus favorisé, reste libre de continuer l'exercice de sa profession.

Plusieurs années se sont écoulées.

Le dernier des deux s'est perfectionné dans la pratique

de son art; il a su faire des épargnes qui lui ont permis de contracter un mariage plus ou moins avantageux ; pendant ce temps, au contraire, le second n'a rien pu amasser : obligé à son tour de recommencer un second apprentissage, comment pourra-t-il lutter contre un concurrent qui a sur lui l'avantage d'une clientèle faite, d'un crédit établi?

La difficulté de répondre à cette question est la meilleure démonstration de l'atteinte grave portée au principe de la concurrence par le régime des appels ; elle met à découvert le désordre resté inaperçu que ce mode de recrutement jette dans toute notre organisation sociale ; elle explique la résistance qu'opposent au service militaire les classes pauvres.

Lorsque l'on pense que si leurs portes restaient ouvertes, nos hôpitaux et nos prisons seraient combles et nos casernes vides ; lorsque, d'une part, on voit des malheureux se faire condamner à l'emprisonnement afin d'abriter leurs têtes et d'assouvir leur faim ; lorsqu'on suppute le nombre des mendiants que repoussent les hospices, et que, d'autre part, on sait qu'il existe des jeunes gens qui se mutilent cruellement, d'autres qui simulent d'horribles infirmités afin de se soustraire aux effets de la loi du recrutement, on ne peut s'empêcher de s'arrêter à ce grave sujet de méditation, on ne peut s'empêcher de reconnaître que la société ne repose pas encore sur ses véritables bases, que l'ordre n'y règne que faiblement, et qu'en même temps que la Providence nous protège, le hasard et l'ignorance nous gouvernent.

De grands monarques et de grands ministres ont tenu dans leurs mains les destinées de la France, de grands écrivains ont traité les plus hautes questions de l'économie sociale, et cependant il semble que jamais aucune grande pensée n'ait dominé nos institutions, nos lois, nos mœurs, nos établissements. J'aperçois des anneaux épars qui se rouillent, se heurtent, s'entassent, s'égarent, se tordent, se brisent ; mais je ne vois pas la chaîne qu'ils devraient former, et je prévois que si jamais une main vigoureuse entreprend de river et de souder ensemble tous ces anneaux, le

plus grand nombre sera jeté au rebut ou succombera dans l'épreuve qu'il devra subir, car la force de traction réside moins dans l'excès de pesanteur que dans l'égalité de proportions.

Si jamais un homme d'État, doué d'un vaste génie, parvient à faire prévaloir en France l'esprit de déductions rigoureuses , s'il parvient jamais à contenir l'ensemble dans l'unité, à fonder enfin l'ordre moral, qui est à l'ordre matériel ce que la profondeur et l'étendue sont à la superficie, ce que la prévoyance politique est à la répression judiciaire ; il faudra opter alors entre le principe de l'égalité démocratique et le privilège du remplacement militaire (1), entre la liberté des professions et l'obligation d'être soldat ; il faudra admettre ou rejeter en son entier le principe de la concurrence, réformer l'état général de la société ou le mode actuel de recrutement, car ce sont autant de conlre--sens et d'antinomies ; or, ce qui aide surtout à distinguer l'erreur de la vérité, c'est que l'une est souple, et l'autre inflexible.

On peut dire de la loi de recrutement de 1832 qu'elle ne voit ni plus haut ni plus loin qu'elle ; elle n'est pas moins aveugle que le sort qu'elle a choisi pour auxiliaire ; les perturbations sociales qu'elle cause et l'action fâcheuse qu'elle exerce sur les lois en vertu desquelles les générations se reproduisent l'inquiètent peu. Les incorporations ont lieu sans distinction des professions : aussi, lorsqu'un régiment est employé à des travaux de terrassement, ne doit-on pas s'étonner que l'ouvrage qu'il exécute coûte plus cher que s'il avait été fait spécialement et exclusivement par des ouvriers terrassiers.

11 y a pour cela plusieurs motifs.

D'abord, il est facile de comprendre que d'anciens tailleurs, cordonniers, tisserands, etc., n'excellent pas tout de suite

(1) En Prusse, la fortune ne dispense personne d'être militaire ; l.i loi est égale pour tout le monde ; seulement, quand la carrière des armes n'est pas celle que l'on se propose de suivre, on n'est tenu qu'à une seule année de service effectif, mais à la condition, dans ce cas, de supporter tous les frais de son équipement.

dans des travaux fatigants auxquels ils sont toujours restés étrangers, et pour lesquels il est possible même qu'ils aient de la répugnance ;

Ensuite la loi de recrutement ne contient aucune disposition qui astreigne les citoyens dont elle a fait des soldats à d'autre obligation que celle du service militaire proprement dit;

Enfin, l'aiguillon de la nécessité n'a pas sur le soldat travailleur que le gouvernement nourrit, loge, habille et chausse, la même action que celle qu'il exerce sur le journalier auquel le pain de sa journée est nécessaire pour vivre et faire subsister sa famille. Le journalier opère individuellement pour son compte, le soldat travailleur opère collectivement pour le compte de son régiment ou de sa compagnie ; le journalier est vêtu de haillons qu'il craint peu d'endommager ; il n'en est pas ainsi du soldat travailleur, il est obligé de prendre soin de ses vêtements, qui ont une durée prescrite : toutes choses de peu d'importance apparente, mais qui cependant veulent être relevées etprises en considération, car lorsqu'il s'agit de grands travaux il n'y a pas de petits détails.

Ces seuls motifs suffiraient pour expliquer comment les essais qui ont été faits en 1835 et 1836 dans les départements de l'Ouest n'ont pas eu le succès qu'on en avait espéré ; mais il est encore un autre obstacle qui n'existerait plus si vos idées sur l'instruction des officiers avaient été adoptées.

L'instruction que reçoivent les officiers d'infanterie n'est ni assez profonde ni assez variée ; elle se circonscrit trop étroitement dans les limites de la théorie élémentaire ; l'art de conduire de grands travaux avec intelligence, ordre, économie, exige d'autres connaissances, d'autres facultés que celles qui peuvent suffire pour commander quelques manœuvres, tous les jours les mêmes.

Et puis, enfin, si les officiers dont les régiments sont chargés de l'exécution de certains travaux ne retirent d'un surcroît de peine et de surveillance aucun avantage, est-il

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raisonnable d'espérer qu'ils déployeront le zèle qui serait nécessaire au succès? Or, si les officiers montrent peu de zèle, les soldats n'auront pas d'émulation ; car, en matière d'industrie et de travaux publics, c'est de l'impulsion que vient la force.

Ainsi s'explique pourquoi n'ont pas réussi les essais d'application des troupes aux travaux publics ; si le problème économique n'a pas été résolu, ce n'est point, je le répète, par les motifs qui ont été allégués et que j'ai rapportés dans ma seconde lettre ; c'est que d'abord l'armée n'a jamais eu d'intérêt à ce qu'il le fût ; c'est qu'ensuite les termes en ont été mal posés.

Une armée ne saurait passer sans préparations, sans transitions, sans modifications, de l'habitude du désœuvrement à la fatigue du travail, de l'art de tuer à l'art de créer : telle est la première réflexion qu'il me semble qu'on aurait dû faire, et qui paraît cependant n'avoir jamais été faite par personne. Cette réflexion eût conduit naturellement à l'examen de la question de savoir si, dès que l'armée recevait deux destinations, l'une guerrière, l'autre pacifique, au lieu d'une seule pour laquelle elle avait été jusque-là exercée, il n'y avait aucun changement à faire subir à son mode de recrutement. Cette question en eût alors soulevé d'autres ; les esprits sérieux et logiques, les hommes sensés et pratiques se fussent demandé :

1° Si la légalité permettait d'employer forcément les soldats aux travaux publics, lorsque la loi de recrutement ne leur en imposait pas l'obligation ;

2° Si cette obligation était compatible, et s'il était possible qu'elle fût profitable, avec le régime des appels et l'arbitraire des incorporations ;

3*^ Si une loi de recrutement, sur des bases entièrement noû%'elIes, ne devrait pas être la conséquence nécessaire du but qu'on se proposait d'atteindre ;

4*" Si cette loi ne devrait pas organiser le travail des soldats, c'est-à-dire déterminer : — d'abord les avantages qu'ils en retireraient, — ensuite l'économie que ce travail

procurerait h l'État, — enfin la part à faire à la prévoyance et à l'épargne ;

5° Si d'importants changements ne devraient pas être introduits dans le mode d'instruction, dans le système de casernement et dans l'habillement des soldats;

6° Si enfin l'instruction des officiers ne devrait pas alors recevoir d'urgentes améliorations, et si leur traitement ne devrait pas être considérablement augmenté.

D'aussi importantes questions ne se tranchent pas sans donner lieu à de vives controverses et sans exiger de mûres réflexions. Les convictions que déjà je me suis faites dans le silence de la méditation sont celles-ci, que je vous soumets :

La même loi de recrutement ne peut imposer en même temps l'obligation d'être soldat et celle d'être ouvrier ; si le service militaire est forcée le travail des troupes en temps de paix doit rester volontaire: la loi, au nom de l'intérêt général, peut bien faire d'un bon commis ou d'un excellent coiffeur un médiocre soldat; mais elle ne saurait, sans violer la raison, le contraindre au métier de terrassier. Or, si le travail des soldats reste volontaire, s'il n'est pas une loi commune imposée à toute une compagnie, à tout un régiment, il sera préférable d'y renoncer, sous le double rapport du maintien de la discipline et de l'économie ; car, ainsi que je l'ai déjà dit, on ne réussirait qu'à désorganiser l'armée sans organiser le travail. Si, au contraire, le travail des soldats est une obligation de la loi du recrutement, s'il est forcé, les enrôlements devront être volontaires ; mais des enrôlements volontaires suffiront-ils au recrutement de l'armée ? Cette question, je l'ai prévue, et lorsqu'elle viendra à son ordre, vous verrez comment je propose de la résoudre ; quant à celle de savoir quelle sera l'alternative que devra préférer la loi de recrutement, voici ma conclusion : — Enrôlement volontaire et travail obligatoire; car alors, mais alors seulement, le travail militaire pourra, sans porter atteinte à la discipline, soutenir la concurrence, et la soutenir avec avantage ; le soldat produira plus qu'il ne consommera ; le budjet de la guerre éprouvera un' allégement

considérable ; l'institution des armées permanentes aura entièrement changé de base, puisque la paix n'en tirera pas moins de services que la guerre. Autrement, le travail des troupes sera toujours imparfait et dispendieux, funeste à la discipline militaire sans être profitable au trésor public. Ainsi donc, nécessité d'une loi de recrutement entièrement nouvelle et d'un système d'incorporation tout différent.

Je passe au second point, celui de l'organisation du travail.

Dès que le travail des troupes serait légalement obligatoire, dès qu'il s'opérerait ainsi que je l'ai conçu, l'organisation en serait facile et les produits assurés ; trois parts alors pourraient en être faites : la première rembourserait à l'État ses avances pour frais de nourriture, de campement, de vêtement , de chaussures et d'entretien des soldats ; la seconde formerait la paye ou la retenue de chaque semaine ; la troisième, versée au crédit du compte de chaque soldat dans une caisse d'épargne spéciale, formerait un fonds commun dont les intérêts cumulés seraient mensuellement capitalisés.

Le fonds d'épargne de chaque soldat travailleur ne serait remis à lui, ou exclusivement à ses père et mère, qu'après qu'il aurait cessé d'appartenir à l'armée.

Le fonds commun hériterait des placeurs dans certains cas prévus ; il profiterait de toutes les retenues encourues pour cause d'insubordination ou d'inconduile ; ce qui permettrait d'amender le Code pénal militaire, de l'adoucir sans le rendre moins efficace. Les officiers, qui contribueraient au fonds commun en proportion de leur traitement, y participeraient en raison de leur grade. Ainsi, en même temps que s'établirait pour les officiers un mode de pension conforme à vos idées et que s'organiserait un système de pécule pour les soldats, je voudrais donner à toutes les professions l'exemple d'un établissement modèle dont le travail et l'épargne seraient la base et où seraient réunis tous les avantages de la communauté et de la mutualité.

De cette façon, l'armée deviendrait facilement la meil-

leure écolo normale du travail et de la prévoyance, l'instrument le plus parlait d'instruction et de moralisation publique, l'un des moyens les plus efficaces de la réforme sociale que j'appelle de mes vœux.

Au lieu de rendre annuellement au pays un contingent d'hommes ayant plus ou moins perdu la pratique de leur profession, habitués au désœuvrement des casernes, l'armée au contraire se recruterait périodiquement de bons travailleurs, instruits, économes et disciplinés, formés sous ses drapeaux, et rapportant dans leurs communes un pécule qui leur permettrait de s'y marier et de s'établir avantageusement. Alors l'armée deviendrait un actif moteur de civilisation; elle répandrait l'aisance au lieu de la tarir, elle extirperait les jargons barbares, les préjugés absurdes qui, dans les campagnes, sont encore la honte de notre siècle.

Je passe au troisième point, celui relatif aux changements que devraient subir le casernement et l'habillement des soldats.

Votre système de casernement, qui consiste d'abord dans la construction de nouvelles casernes, disposées de telle sorte que peu de mois suffiraient aux recrues pour apprendre et savoir la théorie élémentaire, et ensuite dans l'établissement de champs de Mars, où les soldats s'accoutumeraient à bivouaquer, à braver les intempéries des saisons, et s'exerceraient à tous les travaux propres à développer chez eux la force, la souplesse et l'agilité du corps, la dextérité des mains, le bon sens et la réflexion ; votre système de casernement s'accorderait si bien avec mon mode de recrutement et de travail que je voudrais que l'un servît de preuve à l'autre, en chargeant de la construction de vos casernes et de l'établissement de vos champs de Mars mes soldats travailleurs.

Leur habillement donnerait lieu à la question de savoir si l'uniforme militaire devrait être simplifié afin de servir à deux fins, ou s'il ne serait pas préférable d'y joindre en double emploi une tenue de travail; mais c'est un point (pie résoudraient des expériences faites avec l'ordre rigoureux

d'une comptabilité intelligente et l'esprit judicieux d'une enquête désintéressée.

J'arrive enfin aux améliorations que devrait recevoir l'instruction des officiers, dont le traitement, je l'ai dit, pourrait alors être considérablement augmenté. A cet égard, il suffirait de faire subir de faciles modifications et d'utiles additions aux programmes d'études du Collège royal Militaire de La Flèche, de VÉcole spéciale Militaire de Saint- Cyr et de VÉcole d'' application d'État- Major, afin que leur enseignement se rapprochât aussi étroitement que possible de celui de VÉcole Polytechnique et de VEcole d'Artillerie et du Génie. Plus l'esprit des officiers sera cultivé, plus les connaissances qu'ils auront acquises seront variées, plus ils s'avanceront dans la direction d'études qui fait la science de l'ingénieur, et plus ils se rendront indépendants de la profession militaire en devenant moins impropres à la carrière industrielle, dans le cas où il leur conviendrait jamais de quitter l'une pour embrasser l'autre.

Maintenant que vous pouvez déjà pressentir que l'idée que j'ai conçue innove sans détruire, qu'elle améliore tout sans rien bouleverser, qu'elle consiste principalement à rendre volontaire l'enrôlement forcé des citoyens, et à rendre obligatoire le travail volontaire des troupes, je puis aborder avec franchise et liberté l'entier développement d'un système qui, s'il est démontré praticable, tirera l'officier et le soldat du désœuvrement, détournera l'unde l'estaminet et l'autre de la cantine où ils passent leurs journées, ajoutera à l'instruction du premier et en améliorera la condition, accroîtra la force musculaire du second et le fera jouir du bienfait de l'épargne, enfin ne changera radicalement qu'une seule chose : la loi du recrutement.

Jusqu'à présent, les saints-simoniens et les journaux^ les publicistes et les administrateurs qui ont proposé d'appliquer l'armée aux travaux pubhcs, ont pris, si je puis m'exprimer ainsi, le contre-pied de la question; la faute grave qu'ils ont commise a été de vouloir faire descendre l'institution militaire au rang de l'industrie, tandis qu'il s'agis-

sait d'élever l'industrie à la hauteur de l'institution militaire, et de profiter des avantages d'une hiérarchie et d'une discipline fortement organisées.

Aussi ne doit-on pas s'étonner que les officiers les plus expérimentés, interrogés sur la question de savoir si l'emploi judicieux des forces de l'armée, en temps de paix, pouvait en balancer la dépense et produire même un excédant de recette, aient répondu négativement. J'ajouterai que je crois que les expériences ordonnées dans les départements de l'Ouest par M. le maréchal Soult n'ont jamais été, dans la réalité, qu'une innocente concession faite par lui à la popularité éphémère et à la presse périodique. Heureuse la France si ces deux tyrans n'avaient jamais obtenu d'autre concession des hommes d'Etat qui l'ont gouvernée, elle ne porterait pas tous les douloureux stigmates des révolutions qui l'ont meurtrie !

Rien de plus simple que ma proposition ; elle consiste : 1° à rétablir rarticle l^"" de la loi du 10 mars 1818, qui posait en principe le système des engagements volontaires et n'admettait que subsidiairement le régime des appels ; 2° à maintenir, amender ou supprimer les divers articles de la loi du 21 mars 1832 ; 3" à renverser enfin les termes de la question, c'est-à-dire à faire des ouvriers-soldats au lieu de faire des soldats-ouvriers.

Voici à peu près en quels termes elle devrait être conçue :

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