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nous en avons eu un exemple en 93 ; elle a fait des prodiges, mais h quel prix 1 Elle a envoyé quatorze cent mille hommes aux frontières; elle les a payés avec un papier-monnaie d'une valeur fictive ; et vous souvenez vous de quelles mesures elle a appuyé ce déploiement de forces ? On a cru que c'était par de folles passions et par cruauté pure que la Convention avait commis tant d'excès. Non, messieurs ; et pour ceux qui ont bien médité sur ces graves époques, il est certain qu'elle y était poussée par les besoins de la défense.
» M. DE GRAMMONT : C'est faux, tout cela; on peut se défendre sans crimes.
« M. THiERS : Je suis loin de croire que les crimes sont nécessaires, mais je suis convaincu que c'est la nécessité de la défense qui a amené ce déploiement terrible. Il a fallu cet appareil terrible pour rendre la défense efficace. Quand on demande à un pays, non pas pour une seule campagne, mais pour quati'e, cinq, six campagnes, de payer un million d'hommes, de fournir les hommes et les choses, quand personne ne peut résister à dépareilles mesures, certes les moyens étaient terribles; songez à ce qui se passait en même temps à Paris !... (Sensation.) Sans doute, la douceur de nos mœurs me rassure ; je ne crois pas que nous puissions revoir de pareilles scènes, mais cependant je ne puis écarter de mon esprit ces spectacles sanglants qui ont déchiré l'âme des contemporains de ces tragiques événements ; mais une nation, quels que soient sa force, son enthousiasme, ne peut résister à l'Europe sans mesures énergiques qui bouleversent le pays. Pour mon compte, messieurs, je ne repousserais pas la propagande comme moyen militaire, si elle avait quelque réalité ; mais je voudrais bien qu'on ne se nourrît pas d'illusions dans les circonstances graves. La propagande pendant la paix, oui, messieurs; mais la px'opagaiide pendant la guerre est une chimère, ime sottise. Croyez vous que la liberté arrive parles baïonnettes autrichiennes, qu'on la voie venir avec plaisir avec un tel cortège ? Non, messieurs; si la liberté nous était ainsi venue en Juillet, l'aurions-nous acceptée? Je veux la liberté, je la souhaite autant que personne ; je ne l'eusse pas acceptée des mains des Autrichiens. (Mouvement à gauche.) Ce sentiment, il faut le supposer aux autres peuples. Quand vous irez leur porter la liberté, ils pourront vous remercier du présent, mais non pas de la manière dont il serait fait. Je conçois que la liberté arrive dans les journaux, dans les lettres; que tous les peuples se nourrissent de ce qui se passe à Paris ; mais quand nous irons bivouaquer dans leurs champs, au pied de leurs villes, les étrangers ne béniront pas nos efforts. »
Après avoir ainsi condamné la propagande, que pouvait attendre d'elle M. Tliiers, président du conseil?
Si les cinq points qui précèdent sont hors de doute; si toute la question se réduit à savoir à qui la Syrie appar-
tiendra : sera-ce au pacha d'Egypte, conformément à la cjnvention deKutahié; sera-ce au sultan, conformément aux traités de 1815, si, enfin, la France n'a aucun intérêt, absolument aucun, à ce que la Syrie appartienne au pacha plutôt qu'au sultan, n'est-ce pas le cas de dire de la politique de M. Thiers aboutissant à la note du 8 octobre 1840, que c'est la montagne en travail accouchant d'une souris ?