A SEPT HEURES DU SOIR
Neuf heures de perdues ! neuf heures (jui vont coûter à la France le sang de vaillants généraux, d'un grand nombre de pères de famille, de braves soldats, de courageux gardes nationaux, d'un héroïque prélat! Que voulez-vous? ci M. Recurt était à dîner. »
M. Senard, il est vrai, remplace le 26 juin M. Recurt au ministère de l'intérieur, mais le 15 octobre M. Recurt remplace à la préfecture de la Seine M. Trouvé-Chauvel. Le National tient à avoir en sa possession I'hotel- de-ville. Il ne veut "pas le lâcher.
Le National a perdu le ministère de l'intérieur, aujourd'hui entre les mains de M. Dufaure ; mais que lui importe ! Il a repris :
L'Hôtel-de-\'ille, cette clé des révolutions :
La Préfecture de police, ce cadenas sous lequel on tient le ministre de l'intérieur et sans laquelle il n'est rien. Avis en passant à M. Dufaure !
Accordez-vous peu de foi à tous les témoignages qui précèdent, à ceux de m. joubert, ancien directeur de Voctroi de Paris; de m. moreau, ex-maire du S^ arrondissement et représentant du peuple ?... en voici un que vous ne récuserez pas : c'est celui d'un colonel de gendarmerie.^ de m. rébillot.
K La caserne des Francs-Bourgeois a été bloquée pendaut nu jour et demi ; rlle ne s'e.-t pas rendue, quoiqu'elle fût attaquée par 1,500 hommes ; il )i? fallait que CENT CINQUANTE liommes dans lorinitip .pl ih élaicut deiihunlés) jJOiirEMPÉCiiEii les barricade.^. »
Encore un témoignage non moins l'Npiicite: c'est celui fie M. REY, aumônier du Val-de-Grâcc :
« Le vendredi, vers midi, j'étais sur la place du l'antliéon, et je vis former des barricades dans la rue Soufllot. l'ersonne, ne s'y oppo.-ait, quoi quil y eût là trois ou quatre cents curieux. J'engageai quatre ou cinq gardes nationaux à marcher contre les barricades; ils me refusèrent en disant qu'ils n'étaient pas en force. Le lendemain, j'étais à la même place; quelques gardes nationaux interpellaient \ivementnn officier commandant et se plaignaient de n'avoir pas d'ordres. »
Autre témoignage non muins explicite: c'est celui de n. RiCH.vuu , maire du S^ arrondissement : il déclare que, le 22, les ouvriers ne bougeaient pas... II était donc facile encore le 22 (rempécher l'insurrection d'éclater :
<• Il ne faut pas faire de promesses aux ou\riers. Avant toutes ces [iromesses, la clas.-e oiixriérc était excellente.
» r^e jeudi 2? juin), une colonne parcourait les vues en criant : Les enfants de Paris ne [jtntuoiil pas ' Le soir ils se rendirent au Panthéon, et se •lonnèrent rendez-vous à la Bastille. Les ouvriers ne bougeaient pas dans le faubourg. »
Mais s'il est un témoignage (jui jette une grande clarté sur la question, c'est le témoignage suivant, de >i. roisseac, chef de bataillon de la 1 1^ légion :
" La j)olice devait savoir comme nous ce qui .-e juiscait jeudi soir; celait une pyorcssion publique. On s'est haulcnicnl dinuié rcndez-rous pour le lendemain six heures du malin.
» Il a fallu qu'un ofticier d'état-major donnât l'ordre d'envoyer deux bîitaillons sur l'Assemblée nationale. Le colonel commandant le Luxembourg s'opposait au départ de ces troupes. Chi a été obligé de lui dire : '< // ;/ va d'un conseil de guerre pour vous, a
» Le jeudi soir (22 juin), tout le quartier était en proie à l'agitation. Le vendredi matin, je fus appelé à la mairie. Le colonel nous dit qu'il était allé au Luxembourg pour avoir l'ordre écrit défaire batti'c le rappel, cet ORDRE n'avait PAS ÉTÉ OBTiKC . J'ai dit : « Au point où en sont les » clioêps, 00 ji'estpas le rappel, mais la générale qu'il faut battre. « Nous pOmmes retournés auprès de la commission executive. L'ordre nous fut •{j]6rs d'.'livré. Les harrirades s'élevaient de toutes parts sans opposition. J'allai
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au Luxembourg avec le CDÎonel et une autre perr^ouue. Je dcniaudai un PKLOTOK DE TROUPE i)E LIGNE, et je déclarai que, moyennant un renfort , JE PRENAIS TOLT SOUS MA RESPONSABILITÉ. M. Giiruîcr-Pilgès dit :
B Laisse: faire, CAYAIGNAC A SON PLAN ; il réunit des forces iwpnn santés et fera culeeer les barricades juir Je forles colonnes. »
Le vondrodi 23 juin, rclenez l)i(Mi les (hitcs, elles suiil importanles; le vendredi ii3 Juin, le colonel d(> la II" légion va chercher au Luxembourg « l'ordre de battre le rappel cl )\e peut l'obtenir. »
« Les barricades s'élèrent sans opposition. " Le brave chef de l)a(aillon Rousseau demande « un peloton de troupe de ligne et déclai'e que, moyennant ce renfort, il PREND TOUT SOliS SA RESPONSAItlLITf' . "
Ceci se passe le \endredi '23 juin.
Quelle réponse recuit M. Rousseau ? — u Ca\aignac a son plan. »
Cest précisément ce que nous avons dit.
C'est précisément ce que nous ne cessei'ons do répéter!
Passons à la déposition d'un autre chef de l)alaillon. Celui-ci s'appelle m. tueil :
« Jeudi 22, il a vu les énicutiers; il y eu avait environ 40,000 réunis, ipii ronqiiraieiU ouvertement.
» Rendez-vous pris par les i^i^urgés pour le leudciuain. Le vendredi, le rassemblement se forma au Panthéon, d'environ 1,000 ouvriers. Un garde national, Savignac, était poursuivi par eux ; ils voulaient l'assonimer. Le poste de garde mobile était impuissant à le protéger.
n II fut trouver la commission executive : il trouva trois chefs de bataillon, MBL Garantier, Cottu, et un troisième présent ici. Ils trouvèrent M. Kecurt, lui firent part du défaut de dispositions. M. Recurt dit qu'il venait pour le même objet. On insista. M. Arago ét;iit au lit. On lui raconta les faits. ÉTONNEMENT SUR LE MANQUE DE DISPOSITIONS MILITAIRES. Il conseilla à M. Arago de prendres les mesui-es les plus énergiques. I^e pays tout entier vous accuse de connivence.
» Il lui demanda de faire battre la géuérale. M. Arago ne s'en souciait pas, il demanda seulement l'ordre de faire battre le rappel. M. Arago ne voulait pas le donner; ii n'avait pas d'encre, de plumes. Il promit enfin de se lever et d'écrire. Ces messieurs firent dire de battre le rappel. Ed. (^uinet demanda un ordre écrit pour la générale. 11 retourna à neuf heures h la Commission executive avec M. Ed. Quinet. Elle était au grand complet. // répéta tout ; m. cavaignac y était. Clément Thomag, Recurt, etc.
» Le témoin dit ; // faut en finir, la yarde nationale n'y comprend rien. Il faut du canon et de In mitraille, autrement la garde nationale saura ce '/Il elle aura à faire- »
Cette déposition est assez explicite.
Le jeudi 22... Les émeuticrs conspiraient ouvertement... Le vendredi 23... Quelles dispositions a-l-on prises? Aucune.
Étonnement de M. Arago sur le défalt de dispositions