‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 113 sur 116 · REPUBLIQUE : MONARCHIE · texte numérisé non relu

REPUBLIQUE : MONARCHIE

28 février 1849.

A quoi sert dune de faire un journal qui paraît tous les jours, qui tous l?s jours porte à deux cent mille lecteurs l'expression de votre pensée, si, après avoir traversé les épreuves les plus difficiles, les plus décisives, on n'est pas plus avancé que si l'un avait gardé le silence? Comment se fait-il que nous en soyons encore à explifiuer ce que nous sommes et ce que nous voulons ? Ennemis systématiques de tout excès, nous sommes toujours du parti opposé à celui d'où viennent la menace et l'exagération, et quand la balance penche d'un côté, c'est de l'autre que nous nous jetons pour rétablir l'équilibre. Ainsi, quand l'ordre est en péril, nous sommes avec l'ortlre; quand la liberté est en danger, nous sommes avec la liberté; quand l'optimisme s'aveugle, nous sommes contre lui ; quand l'impatience ne sait pas se contenir, nous sommes contre elle ; quand on voulait nous imposer la République par l'intimidation, nous protestions contre l'intimidation ; aujourd'hui que la République existe en vertu d'une Constitution votée par une majorité élue par la nation, nous sommes pour le res-

pecl de la Cunslitution. Mais tlo ce que nous avons le respect de la Conslilution, nous n'en avons pas l'idolâtrie ; nous n'entendons pas fermer à l'Avenir l'issue légale que lui a réservé liés heureusement l'article 111 de la Constitution.

Concours loyal, avertissements réitérés, efforts dévoués à la dernière heure, nous n'avons rien épargné pour empêcher, le 24 février 1848, la chute de la royauté de 1830 ; après le 24 février, soutenus, inspirés par un patriotisme sincère, nous n'avons rien épargné pour empêcher le Gouvernement provisoire et la Commission executive de tomber dans les écarts qui les ont perdus ; il ne dépendra pas de nous que la République ne s'affermisse ; mais il se peut que nos efforts soient insuffisants, et qu'il ne soit pas plus tenu de compte de nos avis dans l'avenir que dans le passé. Pour raisonner autrement, il faudrait que nous eussions une inexpérience et une présomption que nous n'avons pas. La République, pas plus que la Royauté, n'est à l'épreuve de l'optimisme, de la servilité, de l'intrigue, de l'ignorance, de l'impuissance ; les mêmes causes qui ont miné la Royauté peuvent miner la République, si considérablement affaiblie déjà par la difficulté de ramener la confiance, le crédit le travail.

Telle est notre réponse ii l'article suivant du journal le Peuple :

« La Presse crie re?ijecl de la Constitution, non par amour de la Ilépublique, mais parce que la Constitution est un point d'appui stir lequel elle espère que l'élu du 10 décembre pourra s'appuyer pour provoquer le changement et l'abrogation à son profit de la Constitution.

» La Pies.'ie crie: Respect de la Constitution! non par confiance dans la République, mais parce que la Constitution renferme, suivant elle, le moyeti de consulter la France sur la forme de gouvernement la mieuT appropriée au profjrès de ses mœurs et de ses idées, c'est-à-dire de renverser la République.

» La Presse crie : Respect de la Constitution ! non en Laine des prétendants monai-chiques, mais parce que la Coustitution lui semble une excellente arme pour battre en brèche les partisans du droit divin et du principe d'hérédité, les seuls adversaires sérieux do M. L. Bonaparte.

n Nous avons dit notre pensée sur toutes ces espérances : elles s'ap-

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