DE TROUPES
» D. Vous avez dit que le 22 juin vous aviez informé la Commission executive de l'état des choses ?
» R. Il n'eft pas venu Je Iroupes sur le lii'u du rassemblemenl, ni ce jour là, ni le lendemain.
h D. Cela a dû vous étonner.
» R. Je ne puis que constater le résultat ; POINT DE TROUPES.
» ... Il s'est agi d'arrêter 56 délégués des ateliers nationaux, pour prévenir le mouvemeui, mais je n'ai reçu le mandat que le 23, à midi.
» Il ajoute que si, le 22 juin au soir ou le 23 à six heures du matin, on Ini avait donné les troupes qu'il réclamait, il aurait encore pu arrêter au Panthéon les chefs de cette société qui se trouvaient réunis sur la pface, probablement avec les 56 délégués des ateliers nationaux que le pouvoir recommandait d'arrêter. »
Pesez bien tous les termes de cette déposition.
Dès le vixGT-ux, il y avait eu un grand rassemblement sur la place de THôtel-de-Ville ! Donc, du 21 au 23, on aurait eu le temps de prendre toutes les précautions, de donner des ordres à la troupe et des instructions à la garde nationale.
Le 22, h onze heures du matin, le préfet de police déclare que « c'est très sérieux, et que des mouvements de troupes sont nécessaires ; » il supplie « de préparer des troupes pour vendredi matin cinq heures ! )>
A SEPT HEURES ET DEMIE, paS dc trOUpCS !
Il écrit pour se plaindre de l'absence des troupes. Vaines plaintes ! Inutiles instances !
On a vu plus haut, par les dépositions de MM. Pagnerre et Panisse, quelle importance il y aurait eu à arrêter les cinquante-six délégués des ateliers nationaux. La commission executive donne cet ordre à M. Recurt lui-même, le jeudi matin, à xeif heures.
M. Recurt ne l'expédie à ses bureaux que le soir à sept heures.
M. Trouvé-Chauvel, préfet de police, ne le reçoit que le lendemain, 2-3, à midi.
Ainsi. vixGT-SEPT heures se sont écoulées entre l'ordre
(lomié au Luxembourg le 22 juin, a neul' heures du malin, et transmis le 23 juin, à midi.
Et M. le préfet de police déclare que s'il avait reçu cet ordre, et qu'on lui eût donné, le 22 juin au soir ou le 23juin, à si.T heures du matin^ les troupes qu'il avait réclamées, les cinquante-six délégués eussent été arrêtés; ce ([ui, déclare M. Pagnerre, « aurait probahlement précenu Vinsurrection. »
Que maintenant les lecteurs se reportent aux dépositions de MM. Marrast et Panisse; qu'ils pèsent la conduite de M. Recuit, aujourd'hui préfet de la Seine et en possession de rHùlel-dc-Viiie, et enfin qu'ils méditent sur ces mots de M. Garnier-Pagès au brave chef de bataillon Rousseau : « Gavaignac a son plan. » ' •
La conclusion que tireront les lecteurs sera celle-ci :
Si M. Gavaignac avait UN PLAN, et que ce plan ne fut pas celui-ci : Renverser la Cummission executive afin de s'emparer de la dictature, il faut convenir qu'il était difficile d'adopter un plan qui fît courir à Paris, à l'ordre et à la société, un plus grand jiéril, verser plus de sang et causer plus de désastres !
Qui le niera en présence de ces témoignages :
« Avec la moindre force, le vendredi 23 juin avant deux henres de relevée, nous eussions empêchô les barricafles de s'élever. »
.TOUBERT.
i Les ban-ioados se f:nsaient pithibleiiifiil, »
A. MATîKAST.
(( Si le faubourg Saint-Antoine n'avait pas été abandonné et lai.^s,- saii» forcer;, la bataille n'aurait pas été livrée. »
jiori:ai:.
« 11 ne fallait que cent einquante hommes dans l'origine, et ils étaient deriiandés, pour empèrlwr les barricailes. »
RKIÎll.LOT.
» Le 22, les ouvriers ne bougeaient pas dans le faubourg, »
KICIIARI).
u Le 23, les barricades s'élevaient de toutes parts sans opposition. Je demandai un peloton de troupe de ligne, et je déclarai que moyennant ce renfort je prenais tout sous ma responsabilité. »
norssEAi'.
DOGUiMENÏS POUR L HISTOIRE. 47
« Le jeudi 22, les émeutiers conspiraient ouvertement. »
TIIEII..
« Je ne puisque constater le résultat: point de troupes. »
TROlVÉ-CHAUVra..
Que le leclcur se li'ansfuinie en juré, qu'il mette la main sur sa conscience et qu'il réponde à cette question :
« M. Cavaignac a-t-il pu empêcher rinsurrecliou du '2'i » juin ?
» S'il ne Ta pas empêchée, n'est-ce pas parce qu'il entrait » dans son plan qu'elle s'étendit et s'aggravât assez pour » hâter la chute de la Commission executive et faire croiie » à la nécessité de la dictatuie ? »
Oui ou non.
« M. Cavaignac a exposé Paris el la société; ce n'est pas » lui qui les a sauvés. »
Nous n'avons jjas Thonneur d'appartenir aux rangs de l'armée, et nous ne sommes sorti d'aucune école militaire ; nous ignorons la stratégie, et nous ne savons pas la tacti- (jue; mais, pour la discussion que nous soutenons, ces connaissances ne nous sont point nécessaires, etle jour où elles nous le deviendraient, nous n'aurions que l'embarras du choix entre tous les officiers expérimentés qui ont fait une autre guerre que celle desi-azzias en Afriifue <>! de la chassie aux bulletins.
Nous avons dit que M. Cavaignac avait exposé Paris et la société; ce que nous avons dit, nous le répétons, et nous allons le prouver.
L'ordonnance qui a nommé ministre de la guerre M. le général de division Cavaignac est datée du 17 mai. le surlendemain du jour de l'invasion de l'Assemblée nationale.
Du 17 mai aii 23 juin, trente-cinq jours s'écoulent.
Pendant ces trente-cinq jours, que fait M. le général Cavaignac? Le vùil-on les employer activement à mettre l'Assemblée nationale ii l'abri d'une nouvelle tentative? Non. — Le 22 juin arrive : quelles sont les dispositions (pi'il
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a prises, quels sont les ordres qu'il a donnés en prévision de la lutte immanquable, de la lutte annoncée pour le jour où l'état du trésor, la sécurité publique et la volonté de 'Assemblée nationale forceront de dissoudre les ateliers nationaux; de la lutte annoncée depuis le 14 juin (1), dans laquelle on ne doit reculer ni devant le meurtre, ni devant l'incendie? Aucun ordre donné. Aucune disposition prise.
Toutes les obsessions dont il est l'objet de la part de M. de Lamartine sont vaines.
Quand la commission executive le presse, il répond : « Qu''U ne peut dégarnir le reste du pays. »
Et quand la lutte sera engagée, monsieur, que ferez-vous donc ? La crainte « de dégarnir le reste du pays » vous arrétera-t-elle ? — Vous a-t-elle arrêté ? — Non ; elle ne vous a pas arrêté le 24 juin ; elle ne devait donc pas vous arrêter aussitôt que vous avez vu la question de la dissolution des ateliers nationaux se poser à la tribune. C'était déjà tard.
Or, dès le 20 juin, M. Victor Hugo faisait entendre à la tribune ces remarquables paroles :
« Les ateliers nationaux sont un expédient fatal. Vous avez abâtardi les vigoureux enfants du travail ; vous avez Cté à une partie du peuple le goût du labeur, goût salutaire qui contient la dignité, la fierté, le respect de soi-même et la santé de la conscience. A ceux qui n'avaient connu jusqu'alors que la force généreuse du bras qui travaille, vous avez appris la honteuse puissance de la main tendue; vous avez déshabitué les épaules de porterie poids glorieux du travail honnête, et vous avez accoutumé les consciences à porter le fardeau humiliant de l'aumône. Xous connaissions déjfi le désœuvré de l'opulence, vous avez créé le désœuvré de la misère, cent fois plus dangereux par lui-même et pour autrui. La monarchie avait les oisifs, la République aura les fainéants. (Assentiment marqué.)
» Ce langage rude et chagrin, je ne le tiens pas précisément, je ne vais pas jusque là. Non, le glorieux peuple de juillet et de février ne s'abâtardira pas. Cette fainéantise fatale à la civilisation est possible en Turquie, eu Turquie et non pas en France. Paris ne copiera pas Xaples ; jamais Paris ne copiera Constantinople ; jamais, le com/iU- ou, jamais on no parviendra à faire de nos digues et intelligents ouvriers qui lisent et qui pen-
(1) Rapport BAT'CHART. Ultre Inlerreptée ailres-fée ,) Blanqui . à Viu-
sent, qui parlent et qui écoutent, des lazzaroni en temps de paix et des janissaires pour le combat. Jamais! (Sensation.)
» Ce mot, le vouhit-on, je viens de le prononcer ; il m'est échappé. .Te ne voudrais pas que vous y vissiez une arrière-pensée, que vous y vissiez une accusation par insinuation. Le jour où je croirai devoir accuser, j'accuserai, je n'insinuerai pas. Non, je ne crois pas, je ne puis croire, et je le dis en toute sincérité, que cette pensée monstrueuse ait pu germer dans la tête de qui que ce soit, encore moins d'un ou de plusieurs de nos gouvernants, de convertir l'ouvrier parisien en un condottiere, et de créer dans la ville la plus civilisée du monde, avec les éléments admirables dont se compose la population ouvrière, des prétoriens de l'émeute au service de la DICTATURE. (Mouvement prolongé.) »
Dès le 20 juin, vous étiez averti ; ce même jour, M. Turk demandait h être autorisé à adresser des interpellations sur la « gravité de la situation. »
Vous êtes ministre de la guerre, et l'invasion du 15 mai, à laquelle vous devez votre portefeuille, a dû vous tenir les yeux ouverts !
Vous êtes averti de toutes parts depuis un mois, et vous ne prenez aucune disposition, aucune précaution!
« Les ordres les plus formels vous sont donnés; ilsnesom