‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 14 sur 116 · PAS EXÉCUTÉS. W · texte numérisé non relu

PAS EXÉCUTÉS. W

Est-ce négligence ?

Est-ce trahison?

Choisissez.

Comment conjure-t-on une émeute, une insurrection imminente ? On les conjure en déployant un appareil militaire assez imposant pour les intimider.

Vous pouviez mettre en ligne, de la Madeleine à la Bastille :

Troupes 25,000 hommes.

Gardes mobiles. . 16,000

Total 41,000 hommes.

Plus, 60,000 gardes nationaux, que vous pouviez convoquer et qui se fussent empressés de répondre à votre appel.

Total, 100,000 hommes 1

C'était plus qu'il n'en fallait pour imposer à l'émeute, pour

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prévenir l'insiirroetion, cl cela en adoptant votre idée de ne pas vouloir « dégarnir le reste du pays, » de ne faire venir aucun des régiments h proximité des lignes de chemins de fer.

Vous ne faites pas cela !

Que faites-vous?

Rien, rien, rien.

L'émeute commence à gronder le 22 juin !

« C'était une procession publique. »

RICHARD, maire du 8^' arrondiosenient.

« Le 22 juin, les émeutiers, au nombre de quarante mille, conspiraient ouvertement. »

•IHEIL, clu'f de bataillon.

Dans la nuit du 22 au 23 juin, l'ordre vous est donné par la Commission executive de faire trouver un régiment d'infanterie et deux escadrons à six heures du matin sur la place de l'Estrapade.

<c Cet ordre iVest jicis exécuté. » Tous les témoignages de l'enquête le constatent.

Pourquoi ?

Dans la nuit du 22 au 23 juin, vers deux heures du matin, la Commission executive vous demande combien vous avez de troupes dans Paiis ?

Que répondez-vous ?

Vous êtes ministre de la guerre depuis le 17 mai, depuis plus d'un mois ; vous répondez : « je n'en s.\is rien. »

Comment, vous n'en savez rien ! Et qui donc, si ce n'est vous, le saura? Et puis, après avoir fait, le 23 juin, une telle réponse, vous auriez la prétention d'avoir sauvé Paris, l'ordre, la société !

Non, non, vous ne les avez pas sauvés : vous les avez exposés !

Vous avez manque à tous vos devoirs envers vous-même!

Vous avez manqué à tous vos devoirs envers la Commission executive, qui, au lieu de se laisser dérober le pouvoir par vous, aurait dû vous faire mettre en jugement pour

avoir trahi sa confiance cl n'avoir pas exécuté ses ordres les plus formels !

El c'csl vous que le pays abusé nommerait président de la République !

Non; il n'en sera rien. D'ici au 10 décembre, jour de l'élection du président de la République, la lumière qui a commencé à luire aura achevé de briller à tous les regards.

D'après vos propres déclarations, il devait y avoir dans Paris et dans les environs près de 30,000 hommes.

D'après la déclaration de M. Charras, votre sous-secrétaire d'État, l'effectif des troupes au 23 juin.était de 40,000 hommes au moins, en y comprenant la garde mobile.

Et quand le préfet de police, dont les agents sont insultés, demande des troupes pour arrêter les cinquante-six délégués des ateliers nationaux et empêcher le rassemblement qui doit se former le vendredi matin sur la place du Panthéon, « PAS DE TROUPES. »

Mais où donc sont-elles ?

Nous savons quelle va être votre réponse.

La voici :

« j'avais un plan... » Ce plan consistait à concentrer les troupes autour du gouvernement et de l'Assemblée (1), et de là à rayonner par colonnes sur les principaux points du combat... (Bauchart, 1. 1, p. 43.)

Eh bien, votre plan, si tel il était, votre plan ne valait rien.

La preuve, c'est que l'insurrection, qu'on aurait pu prévenir le 22 juin en arrêtant les 56 délégués des ateliers nationaux, en envoyant le 23 juin 150 hommes, qui eussent suffi pour empêcher les barricades de s'élever; qu'on aurait pu comprimer en n'abandonnant pas à eux-mêmes les gardes nationaux qui, « rentrèrent chez eux découragés^ parce

(1) « Alors je me rlécidai à rentrer au conseil pour faire connaître au général Cavaiguac UN DANGER IMMENSE que j'avais caché à tout le monde, et que je puis expliquer aujourd'hui. Voici quelle était la situation le 25 (dimanche), à neuf heures du matin: L Assemblée nationale était à peine gardée par quelques centaines de cavaliers et d'artilleurs. » {Rapport de M. Gahj-Casalat.)

qu'ils ne voyaient venir aucune troupe (1) ; » la preuve c'est que l'insurrection à duré quatre jours et mis Paris et la société à deux pas de l'abîme!

N'était-ce donc rien que de prévenir l'effusion du sang? N'était-ce donc rien que d'empêcher de braves gardes nationaux d'aller se faire tuer inutilement faute de direction, faute de commandement? N'était-ce donc rien que de laisser prendre à l'insurrection assez de consistance pour que les citoyens les plus paisibles, les plus dévoués à l'ordre, fussent contraints sous peine dévie (2), de prêter leurs bras à la construction des barricades, et de grossir, malgré eux, le nombre des insurgés !

Vous ne vouliez pas, dites-vous, qu'une seule de vos compagnies pût être exposée à être désarmée, parce que si cela arrivait, vous « vous brideriez la cervelle j> Toutes vos savantes dispositions n'ont pas empêché ce fait de s'accomplir, et elles ont coûté la vie à des milliers de citoyens, à huit officiers généraux et à un héroïque prélat.

Vous ajoutiez :

« Que la garde nationale attaque les barricades ; si elle est » battue, j'aime mieux me retirer dans la plaine Saint-De- » nis et y livrer bataille à l'émeute. »

Ce sont vos paroles!

Par ces paroles, vous êtes un militaire jugé et nous n'en voudrions pas d'autres pour vous faire condamner.

« Se retirer dans la plaine Saint-Denis ! » mais c'était se retirer devant l'émeute victorieuse, devant l'émeute maî-

(1) « Une autre erreur plus importantes, et qui pouvait avoir les plus graves conséquences, s'était accréditée dans la population et dans la garde nationale. On se plaignait partout, au début des hostilités, de ne pas voir l'armée.

» Était-elle absente? L'effectif ne répondait-il pas aux grandes nécessités du moment? Uivquiétude s'emparait de tous les esprits, les barricades s'élevaient de toutes paris, sans résistance. ÉTAIT-OX TRAHI? Que se passait-il ? Où étaient ceux qui devaient défendre la société violemment attaquée ? On se perdait en conjectures, et Vinsurrection faisait des progrès notables. » [Rapport de M. Bauchart.)

(2) « Des gardes nationaux furent FORCÉS de prendre part aux barricades. »

MOREAiJ, ex maire du 8*^ arrondissement, représentant du peuple.

tresse de Paris, maîtresse du Trésor public, maîtresse de la Banque de France, maîtresse de l'Hôtel des Postes, maîtresse enfin de tous les ministères, maîtresse peut-ôtre de la France !

« Livrer bataille à Vémeute dans la plaine Saint-Denis ! » Mais elle ne serait pas allée vous y chercher. Elle aurait eu vraiment bien autre chose à faire ! Elle aurait eu h instituer un gouvernement provisoire à l'Hôtel-de-Ville ! Elle aurait eu à décréter le milliard sur les riches, si cette fois elle se fût contentée d'un seul milliard! Elle aurait eu à mettre en mouvement toutes les grandes administrations centrales I Elle aurait eu, enfin, à vous envoyer de nouveau « un sieur » Couput, qui, cette fois encore, vous eût très humblement fait saluer de votre épée le BONNET ROUGE !

Cette fois encore, sans doute, vous n'y eussiez « attaché

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