PARIS
« Le 26 juin, je fus envoyé à l'attaque du faubourg Saint-Antoine; je commençai à me faire acteur dans ces affreux événements, à la place de la Bastille : j'acquis bientôt la certitude que celte malheureuse guerre ne se FAISAIT PAS CONVENABLEMENT -, il mc paraissait qu'il fallait y mettre beaucoup de ruse. J'avais le souvenir de la guerre de Saragosse, analogue sous plus d'un rapport à celle-ci, et il me semblait qu'on devait passer par le rez-de-chaussée des maisons en faisant une brèche dans les refends et cloisons pour atteindre les barricades. »
Ainsi, voilà donc deux déclarations d'autorités irrécusables qui sont loin de s'accorder avec les emphatiques éloges que se fait décerner chaque jour M. Cavaignac, « le Sauveur de Paris, le Sauveur de V ordre, le Sauveur de la société! »
Qui a sauvé Paris, l'ordre, la société?— Non, monsieur, ce n'est pas vous; c'est avant tout la garde nationale, laquelle n'est pas même mentionnée dans la dépêche du 24 juin 9 heures du matin, en se jetant dès le 23 juin au devant des barricades, en les arrosant de son sang, en les renversant, en acceptant et en entamant résolument la lutte.
Si la garde nationale, si, plus tard, la garde mobile n'eussent pas donné l'exemple de la plus rare intrépidité, et n'eussent pas engagé la partie de telle sorte (1) qu'il n'était plus possible de reculer, que serait-il arrivé ?
— Ce qui serait arrivé?
Il serait arrivé que M. le général Cavaignac en aurait
(1) Il faut en finir. La garde nationale n'y comprend rien. Il faut du canon et de la mitraille ; autrement la garde imtionale saura ce qu'elle aura A faire!
(THEiL, chef de bataillon.)
été quitte pour reconnaître et proclamer « L'ASCENDANT y^ MORAL, » (1) et saluer encore une fois, « sans y attacher » d'importance, le BONNET ROUGE. »
« L'état de siège n'a servi absolument à rien, si ce n'est « à mettre la Presse dans l'impuissance matérielle de dc- » mander le 26 juin quelles mesures avaient été prises le 22 » pour empêcher que le sang ne coulât le 23 ? »
Si, après tout ce que nous avons déjà rapporté, nous avions besoin d'établir que l'état de siège n'a servi à rien qu'à compléter le succès des manœuvres du National, et le triomphe de ses ambitions au prix de flots de sang et d'immenses désastres, cette preuve matérielle nous la trouverions dans ce très significatif rapprochement :
M. KECURT, >I. bastide,
minisire de Vintérieur, ministre des affaires étrangères. 24 JUIN. 24 JUIN,
NEUF HEURES DU MATIN. UNE HEURE APRÈS MIDI. Dépêche télégraphique. A VAssemblée nationale.
« La garde nationale mobile, la . « Citoyens, au nom de la patrie,
je vous SUPPLIE de mettre un
troupe de ligne, la garde républi- terme à vos délibérations et de vo-
caine ont fait courageusement leur '?!' ^'^ pl"%tôt possible (l'état de
° siège et la dictature demandes par
devoir-, elles sont MAITRESSES M. Pascal Duprat) ; dans une /leure,
miR Tnrx TFc; PmvTc; peut-être, l'hotel-de-ville sera
SLK KJLs LES POI^Tb. ^^^^ q^ ^^^g l'annonce à l'ins-
» Signé : EECURT. »
tant.
Les fils de l'intrigue, les ficelles des marionnettes sont-ils assez visibles?
Ce sont deux ministres qui sont en présence ! Le ministre des affaires étrangères !
Le ministre de l'intérieur I
(1) « Le samedi 24 juin, M. Sainte-Rose noMs dit à nous, gardes nationaux à cheval, que la veille au soir, ou le samedi matin, m:iis en tout cas avant le décret de l'Assemblée qui investissait le général Cavaiguac de la dictature, ayant demandé les ordres au général Caiaignac lui-même, celui-d lui avait 'répondu : « Que voulez-vom? Des ordres, à quoi bon'' » /'ascendant moral est contre nous! »