‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 18 sur 116 · L. HOULLIER · texte numérisé non relu

L. HOULLIER

Ce sont deux Excellences qui se laissent ainsi prendre en flagrant délit de coupables manœuvres. Ah ! c'est qu'alors elles ne pouvaient pas prévoir qu'une enquête serait ordonnée, imprimée et publiée. Ils avaient bien leurs raisons ceux qui ne voulaient pas qu'elle vît le jour et que nous y vissions clair !

Admirez comme les rôles sont combinés et sont distribués, non pas entre collègues, mais entre compères!

Oubliez que c'est la Presse qui vous sert de fil pour vous retrouver dans ce labyrinthe où depuis quatre mois on égare l'opinion publique de Paris et des départements!

Interrogez les faits, interrogez-vous vous-mêmes, et demandez-vous ce qu'à la place de ces deux ministres vous eussiez fait ?

— Le contraire juste de leur dépêche et de leurs discours.

Ministre de l'intérieur , /e sam<?c?i ,24 ywm, à neuf heures du matin, au lieu d'écrire à tous les préfets des départements : « La force armée est maîtresse sur tous les points, » vous eussiez écrit dans le rayon le plus large : — « Envoyez, » envoyez au plus vite toutes les forces dont vous pourrez » disposer pour venir au secours de Paris gravement me- » nacé. »

Ministre des affaires étrangères, le même jour samedi, à midi, au lieu de vous évertuer à effrayer l'Assemblée pour lui surprendre un vote, au lieu de lui dire : « Au nom de la » patrie, je vous supplie de mettre un terme à vos délibéra- ') fions et de décréter le plus tôt possible Vétat de siège et la » dictature, » vous lui eussiez dit : « V Assemblée peut être » calme ; le pouvoir veille ; mon collègue le ministre de l'in- » térieur a expédié à neuf heures du matin une dépêche té- » légraphique, afin que les départements envoient au secours

» de Paris toutes les forces dont ils pourront disposer

» Les forces vont arriver rapidement de toutes parts. »

En effet, pour venir au secours de Paris, on n'attendait qu'un signal ; c'est ce qu'attestent les deux dépositions suivantes ;

M. d'adelsward , représentant du peuple :

« Pendant les quatre jours du combat, un soir, le témoin fut accosté par des gens embarrassés, ne sachant aller ni à droite ni à gauche ; ils ont déclaré venir de Saint-Quentin, n'ayant aucune nouvelle. Il les mena à la présidence ; chemin faisant, il lui dirent que la garde nationale marchait sur Paris, mais que la troiipe ne marchait pas, ce qui étonnait partout LES POrULATIONS. »

M. d'haussonville, ancien député, gendre de M. de Brogiie:

0 Le 23 juin, il fut question de diriger des troupes sur Paris. Le samedi, plusieurs détachements étaient réunis au chef-lieu de canton. J'allai à Melun. Le préfet dit qu'il li'avait reçu aucun ordre. Je lui conseillai d'appeler les gardes nationales au chef-lieu du département, il kefcsa, socs prétexte QUE LES ORDRES MASQUAIENT. On pouvait réunir 10,000 hommes, gardes nationales, troupes de ligne , et les mettre le lendemain dans Paris. Le préfet se décida enfin ; il signa les ordres... Mais il se ravisa bientôt, et, au lieu de nous confier ces ordres, et à quelques personnes venues avec moi, il nous dit qu'il les enverrait par les ordonnances ordinaires, par des gendarmes. L'idée me vint à l'instant que les ordres n'arriveraient pas, et, en effet, il y eut des contre-ordres. »

Sur toute lali^ne de Saint-Quentin à Paris, les « populations S'étonnaient que la troupe ne marchât pas. » A Melun, le samedi 2i, on pouvait réunir 10,000 hommes, gardes nationales et troupes de ligne; le préfet refuse de les laisser partir... Enfin il se décide, nilsigneles ordres, y> mais à peine les a-t-il signés qu'il donne «co?îfre-orrfre.» Ceci se passe le samedi 24 ; 10,000 hommes sont prêts à venir de Melun à Paris, on les retient et, le lendemain dimanche 25, c'est à peine s'il y avait autour de l'Assemblée nationale quelques cavaliers et artilleurs pour la défendre, ainsi que l'atteste le rapport suivant :

M. GALY-CASALAT, représentant du peuple :

« Alors je me décidai à rentrer au conseil pour faire connaître au général Cavaignac UN DANGER LMMENSE que y avais caché à tout le monde et que je puis expliquer aujourd'hui. V'oi'ci quelle était la situation, te 25 (diinanche), à neuf heures du matin ; l'assemblée nationale était a

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