‹ Questions de mon temps, 1836 à 1856 (volume 4)Chapitre 2 sur 116 · SEPTEMBRE 1848. 19 OCTOBRE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE 1848. 19 OCTOBRE

« ... Oui, je le déclare, il y au- « En tenant compte de toutes les

rait danorer pour le pays, danger éventualités , je déclare que les

pour la République, danger pour la moyens d'action et de répression

Constitution elle-même à faire ces- dont je puis disposer me permettront

ser l'état de siège. Si l'Assemblée de faire face à toutes les conjonctu-

levait l'état de siège , elle créerait res... C'est ma conviction énergique

un véritable danger. » et profonde... »

Général cavaignac. Général cavaignac.

Le Moniteur est encore là qui dépose que M. Cavaignac ne s'est enfin décidé h s'adjoindre MM. Dufaure et Vivien que le 15 octobre, le jour où il ne lui a plus été possible de garder autrement le pouvoir dont il est dépositaire pour compte du National.

Le Moniteur est là, enfin, qui dépose que le caractère de M. Cavaignac par lui-même ne présente aucune garantie de fixité ni de sincérité ; il flotte au gré des circonstances et des majorités. Ainsi s'explique sa conduite dans toute la journée du 23 juin. Sans l'héroïque résistance de la garde nationale, qui seule et la première a abbattu les barricades, menaçant de fusiller la Commission executive qu'elle accusait de trahison, il est évident que M. Cavaignac n'eût pas été le dernier à reconnaître et à proclamer « I'ascen- » DANT MORAL... » C'cst aïnsl quc le 24 juin il qualifiait l'insurrection en donnant dans le cours d'une minute deux ordres qui se contredisaient.

— Attaquer ainsi le chef du pouvoir exécutif, c'est, nous dit-on, laisser percer une animosité personnelle !

— Nous connaissons la Valeur de pareille objection : ce n'est pas elle qui nous arrêtera dans ce que naus considérons comme l'accomplissement d'un grand devoir. Est-ce donc après qu'il aurait été élu président de la République pour quatre années qu'il serait temps d'achever de démasquer M. Cavaignac, de le faire connaître pour ce qu'il est, pour l'instrument docile des haines, des ambitions, des intrigues et des rapacités du National? — II faut être conséquent et savoir ce qu'on veut. Trouve-t-on que depuis le 24 février 1848 le National nous ait bien gouvernés et bien administrés ?

— Oui ou non.

Si on est d'avis que le National a mérité les éloges qu'il se décerne ce matin, oh! alors nous avons tort d'attaquer M. Cavaignac; mais si on ne pense pas que le National ait acquis le droit de monter avec orgueil au Capitole, pour nous avoir oté la Liberté en nous donnant la République, eh bien!

que l'on nous snclie gré de braver les attaques de la calomnie pour assurer le triomphe de la vérité.

fi novembre 1848.

Tous les jours, sans aucune provocation de sa part, la Presse est attaquée par le Siècle avec un acharnement qui s'explique par le culte i(h)làtre que ce journal a voué à M. Cavaignac.

Le Siècle contient encore un article de deux colonnes, dont nous nous bornerons à citer les derniers paragraphes :

« C'est pour la dixième fois que la Presse répèle, affirme, » garantit cette vérité que le général Cavaignac a préparé « les infâmes journées de juin pour se saisir de la dicta- » ture, et a supprimé la Presse pour sauver le National de » sa ruine; et cet abominable complot, la Presse le connais- » sait, elle l'avait pénétré, elle avait des yeux pour voir et » des oreilles pour entendre. C'est même à cause de cela » que son rédacteur en chef a été escamoté, détenu, mis » au secret. Rien de plus clair.

» Dans une telle situation, il est facile de juger de quel » profond dédain le martyr du droit et de la liberté se sen- » tait pénétré pour ses persécuteurs. Ce n"est pas lui qui » alors aurait crié ni même aurait voulu faire crier merci. » Non, certes, nous lui rendrons cette justice, s'il avait eu du » général Cavaignac l'exécrable opinion qu'il a professée » systématiquement depuis, il ne lui aurait, par aucune » voie, rien demandé ni rien offert. Cependant, si l'on en » croit le témoignage d'un homme dont le rédacteur de la » Presse a eu beaucoup à se louer, et dont il a dit avec rai- » son beaucoup de bien, il n'aurait point montré alors un » aussi farouche éloignement pour le chef du pouvoir exé- » cutif. Peut-être le plus grand tort de celui-ci n'est-il pas » d'avoir conçu contre la Presse des soupçons que nous » croyons injustes, puisqu'ils n'ont pu servir de base à au-

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» cune accusati(jn pul)li(iue, mais de n'avoir pas daigné en- » tendre l'espèce d'appel qui lui élail fait.

» Et que la Presse no se récrie pas : nous devons fran- » chôment lui déclarer que nous ne parlons point au hasard. » Il existe une pièce officielle que les amis du général Ca- » vaignac, dans leur indignation contre les attaques ef- » froyables qui se renouvellent chaque jour, ont montrée à » plusieurs personnes. Cette pièce, nous l'avons vue ; elle " n'est point de la main du rédacteur de la Presse, par cony) séquent rien ne l'empêchera d'en désavouer le contenu ; » mais, dans ce cas, nous le prévenons qu'il aura à démen- » tir les déclarations d'un homme entouré de l'estime uni- » verselle et dont lui-même a fait l'éloge,

» La seule conséquence que nous entendions tirer de ce » fait, c'est que la rancune seule a fait voir à la Presse les y> monstruosités qu'elle se vante d'avoir découvertes avant » le 23 juin. Si le quart des accusations qu'elle accumule » contre le chef du pouvoir exécutif avait le moindre fon- » dément, ce dernier, nous en convenons, aurait mérité » autant de flétrissures qu'il a reçu d'hommages. Mais si » ces accusations sont des calomnies, nous faisons la Presse » elle-même juge des sentiments qu'elles doivent inspirer à )^ ceux qui connaissent le général Cavaignac, et à ceux sur- « tout qui sont depuis près de vingt ans ses compagnons » d'armes. »

Aussitôt après avoir lu cet article, M. de Girardin adressait à MM. Perrco, directeur, et Chambolle, rédacteur en chef du Siècle, la lettre qui suit :

a Monsieur,

» Le Siècle renferme ce matin une énigme dont je tiens à p.ivoir le mot.

» Je ne saurais le deviner.

)> Je vous prie donc de vouloir bien me faire savoir à quelle heure nous Vous trouverons aujourd'hui , moi et les deux amis dont je vais réclamer l'assistance.

)} J'ai l'honneur de Vous saluer,

» E. DE GiKAUDlN.

» Léo novembre, 8 heures du matin, n

A onze heures du mnlin, M. Perrée était chez M. de Girardin, et lui apportait le mot de l'énigme.

Le mot de l'énigme était la lettre suivante, dont M. de Girardin a exigé que l'insertion eût lieu le lendemain dans

le Siècle (1) :

« Paris, le 27 juin 184R.

» Le rapporteur du deuxième co)}seil de guerre au général de division , minisire de la guerre , clief du pouvoir exécutif.

» Citoyen ministre,

» Conformément à la loi , le citoyen Emile de Girardin a subi hier un premier interrogatoire; il n'a pu nier les mauvaises tendances des articles du journal la Presse qui sont incriminés.

» Le citoyen Emile de Girardin est profondément affligé de la situation et des horreurs dont nous avons été témoins; il a manifesté le désir que je fisse connaître au ministre le résultat de mon entretien avec lui dans sa prison.

» Ce résultat, c'est que l'écrivain met sa plume entièrement à la discrétion du ministre. Il ne réclame pour le moment que quelque adoucissement nécessaire à sa position.

» .Je dois dire que j'ai trouvé le citoyen Emile de Girardin étrangement abusé sur les conséquences de la mise de Paris en état de siège. » Le capitaine d^élat-mejor rapporteur,

» PLÉE. »

Le voilà donc le grand mot de cet article énigmatique conçu en termes tels qu'il devait faire supposer pour le moins que M. de Girardin avait sollicité un portefeuille de M. Gavaignac !

Expliquons quelles circonstances ont donné naissance à celte lettre.

M. le capitaine Plée, quand il s'est présenté pour interroger M. de Girardin, l'a trouvé plongé au fond d'un cachot souterrain, où le jour pénétrait à peine, et où l'eau ruisselait sur les murs. M. le capitaine Plée ne dira pas qu'il ait entendu s'exhaler de la bouche de M. do Girardin aucune plainte. Ce n'est pas M. de Girardin qui a demandé à être replacé dans la geôle où il avait d'abord été renfermé ; l'ho-

(1) La communication au journal le Siècle de cette lettre, adressée à M. Cavaignac, est un avertissement donné aux personnes en correspondance avec le chef du pouvoir exécutif.

norablo initiative en a été prise par M. le capitaine Plée et par l'officier qui l'accompagnait : M. de Girardin l'a acceptée avec empressement, avec reconnaissance, mais il n'a fait que l'accepter.

Que l'on publie donc ce qu'il plaît d'appeler « Vinterrogatoire » qu'on a'fait subir à M. de Girardin !

On verra ce qui lui a été demandé et ce qu'il a répondu.

Mais on ne le publiera pas!

Tout l'interrogatoire s'est borné h une demande d'explications sur l'article imprimé en tète de la Presse du 25 juin.

On remarquera qu'à l'heure où M. de Girardin écrivait cet article (samedi soir 24 juin) et où il paraissait dans la Presse (dimanche matin 25 juin), le président de l'Assemblée nationale avait annoncé « la victoire complète sur » Vanarchie. » (Voir au Moniteur le compte-rendu de la séance du samedi : — six heures dix minutes.)

M. de Girardin n'a pas à insister sur les termes de la lettre de M. le capitaine Plée, datée du 27 juin ; la lettre datée du l®*" juillet, remise ouverte à M. le capitaine Plée pour être transmise à M. Cavaignac, dispense M. de Girardin de toute explication superflue.

Toutefois, il n'est pas inutile d'ajouter, même après la publication de celte lettre, que c'est par M. Plée que M. de Girardin apprit, au fond de son cachot, la mort héroïque de l'archevêque de Paris, et des braves généraux dont la France n'a pas encore eu le temps de quitter le deuil.

M. de Girardin était au secret ; ni lettres ni journaux ; aucune nouvelle, absolument aucune !

Comment tous les pouvoirs exécutifs avaient-ils été remis à M. Cavaignac? c'est ce que, le 27 juin, M. de Girardin, enfermé depuis deux jours à la Conciergerie, ne pouvait pas savoir; ce qu'il savait seulement, c'est ce qu'il avait imprimé le 22 juin sous ce titre : court dialogue.

Oui ou non, la prédiction du 22 juin s'est-elle ponctuellement réalisée ?

S'il le peut, que le Siècle le nie !

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